Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, à France Info le 9 mars 2020, sur l'épidémie COVID-19 et la crise migratoire.

Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, à France Info le 9 mars 2020, sur l'épidémie COVID-19 et la crise migratoire. Amélie de Montchalin 09/03/2020 Coronavirus

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Le coronavirus continue de progresser en Europe. On va revenir sur la situation italienne dans un instant. La France prend des mesures pour essayer de freiner l'épidémie. Ecoutez le ministre de la Santé, Olivier VERAN, hier soir, après un nouveau Conseil de défense à l'Elysée.

OLIVIER VERAN, MINISTRE DE LA SANTE – HIER SOIR
A l'échelle nationale, tous les rassemblements de plus de 1 000 personnes sont désormais interdits. Les préfets, les ministères, feront remonter une liste d'évènements considérés comme utiles à la vie de la Nation. Je précise que les manifestations en feront partie, tout comme les concours par exemple ou encore le recours aux transports en commun.

LORRAIN SENECHAL
Olivier VERAN hier soir, donc après ce Conseil de défense à l'Elysée. On a l'impression qu'on retarde le plus possible le passage au stade 3. Il est prévu pour quand, d'après vous ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On voit bien d'abord qu'il faut rappeler les objectifs. Aujourd'hui, en fait, on cherche à faire deux choses : d'abord, vraiment, ralentir la progression du virus et mettre à l'abri, protéger les personnes les plus fragiles, pour qu'on puisse, le cas échéant, à la fois avoir, vous voyez, une préparation dans les hôpitaux, et puis surtout avoir le moins de personnes fragiles impactées par ce virus. Donc c'est pour ça qu'on voit que, de manière très locale, là où le virus est très actif, eh bien on a des mesures de confinement dans certains départements, et puis…

LORRAIN SENECHAL
Dans l'Oise, dans le Haut-Rhin, une partie de la Corse également.

RENAUD DELY
Exactement, dans les écoles, dans les endroits où c'est le plus actif. Et puis, dans le reste du pays, eh bien on a ces fameux gestes barrières où c'est au fond au niveau individuel qu'on est aujourd'hui le plus efficace, en se lavant les mains, en évitant de se serrer la main ou de se toucher, en ayant aussi de la précaution, notamment vis-à-vis des personnes âgées. Donc dans ce cadre-là, ce qu'annonce effectivement Olivier VERAN hier après le Conseil de défense, c'est que nous prenons des précautions, pour que les endroits où le virus puisse circuler et donc ne pas être ralenti, eh bien soient le plus réduits possible, c'est pour ça qu'il y a une limite à 1 000 personnes.

LORRAIN SENECHAL
Donc on y va graduellement, pas de passage au stade 3 pour l'instant, ça n'est pas d'actualité.

AMELIE DE MONTCHALIN
En fait, ce stade 3 il faut je crois aussi bien préciser. Le virus ne sera pas plus dangereux parce qu'on sera au stade 3. Simplement, le stade 3 c'est une façon différente d'organiser les services publics et donner des priorités, c'est la période où on se dit que le virus n'arrive plus à être ralenti. Jusqu'à maintenant on y arrive, donc on fait le plus possible dans cette direction. Au stade 3, comme vous le dites, c'est une nouvelle organisation et là on met tous les moyens surtout sur le soin, sur la prise en charge des personnes malades. A ce moment-là, la médecine de ville par exemple joue un rôle très particulier, et donc on fait des choses voyez par étapes…

LORRAIN SENECHAL
C'est-à-dire qu'on aiguille en fait les patients qui sont porteurs du coronavirus, mais globalement vont bien, on les laisse chez eux, pour ne pas encombrer les hôpitaux.

AMELIE DE MONTCHALIN
A ce moment-là, comme la priorité c'est la prise en charge des personnes malades, et en particulier celles qui sont dans les conditions les plus affectées, eh bien on fait exactement une différenciation. Tout l'enjeu, je crois que c'est vraiment important, c'est de ne pas céder à la peur ou à la psychose, mais c'est d'apporter des réponses différenciées, locales, adaptées au fond à ce qui se passe sur le terrain, et amener les Français surtout à ce que le pays ne s'arrête pas, que nous puissions continuer à avoir une vie économique, sociale, démocratique, le plus longtemps possible et dans les plus grandes zones possibles.

RENAUD DELY
Est-ce que ce passage au stade 3, qui est donc inéluctable à terme, et qui va toucher donc, qui va concerner la réorganisation de notre service public, ce que vous expliquez à l'instant, est-ce que ça nous entraînerait aussi à prendre des mesures concernant les transports, les transports publics ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, à ce stade, ce n'est pas l'option que nous privilégions, pour une raison par exemple très simple : si l'on dit que ce qu'on cherche dans cette phase-là, c'est d'avoir des hôpitaux qui fonctionnent le mieux possible, d'avoir comme déjà aujourd'hui une extrêmement forte mobilisation de tout le système de santé, à ce moment-là il faut qu'elle soit encore décuplée. On a besoin que les infirmières puissent aller dans les hôpitaux, on a besoin que les médecins puissent se déplacer. Donc vous voyez bien qu'à ce moment-là, on a des mesures qui pourraient être vues comme de bon sens, qui seraient en fait contre-productives, parce qu'on empêcherait là aussi de donner toute sa priorité au bon fonctionnement du système de santé.

LORRAIN SENECHAL
Donc vous excluez ce type de mesure, quelle que soit l'évolution de l'épidémie.

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, vous savez, on fait les choses par étapes. On essaie de suivre la science et on essaie de faire des choses qui soient cohérentes. Je vous dis qu'il nous semble extrêmement important d'assurer la continuité absolue des systèmes de santé, et à ce titre on sait que les systèmes de transport, sont les infrastructures nécessaires, pour notamment, je vous dis, pour les infirmières, les personnels soignants, tout le personnel de l'hôpital, puisse arriver à destination et sur leur lieu de travail.

LORRAIN SENECHAL
Mais ce qui est vrai aujourd'hui ne sera pas forcément vrai plus tard, en fonction de l'évolution de la situation.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et c'est pour ça qu'on communique, vous voyez, en toute transparence, étape par étape, et qu'on fait les choses différenciées, parce que ça n'aurait aucun sens, dans une région qui n'a pas de circulation active du virus, de prendre les mesures que l'on prend, dans le Haut-Rhin ou dans l'Oise, où on fait les choses pour rassurer la population et être à la bonne échelle, avec les mesures qui s'imposent.

LORRAIN SENECHAL
Alors, vous parlez de rassurer la population. Il y a les ressortissants français également à l'étranger qui sont parfois un peu, ils se sentent un peu laissés pour compte. On se souvient du rapatriement des Français de Wuhan en Chine, qui avait commencé très tôt au moment où l'épidémie s'est déclarée dans le pays. Il y a également des ressortissants qui sont actuellement bloqués en Egypte, par exemple. Ecoutez cette jeune femme, Katia, elle est en croisière sur le Nil, sur un bateau qui a été touché par le coronavirus. Elle se retrouve en partie isolée sur ce bateau, elle a été jointe par nos collègues de France Bleu Périgord.

KATIA, TOURISTE FRANÇAISE EN EGYPTE
On est vraiment démuni, on n'a aucune nouvelle de notre gouvernement, et nous, tout ce qu'on veut, c'est que la France vienne nous chercher. Venez tous nous chercher.

LORRAIN SENECHAL
Voilà, l'émotion dont de cette française, Katia, qui est bloquée sur un bateau en Egypte. Qu'est-ce que vous lui répondez à Katia ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On a une cellule de crise au Quai d'Orsay, et je vais m'assurer qu'elle est bien identifiée. Les consulats, dans tous les pays du monde, ont d'ailleurs une activité qui augmente, j'étais moi-même aux Etats-Unis il y a quelques jours, eh bien partout dans le monde les consulats qui sont les points d'accueil en fait des Français qui sont à l'étranger de manière permanente ou temporaire, sont particulièrement mobilisés, donc je vais me renseigner sur son cas particulier. Cette cellule de crise, est une cellule qui justement permet que depuis la France, on ait une compréhension claire de tout ce qui se passe pour nos ressortissants dans le monde, et de mettre des moyens, le cas échéant.

LORRAIN SENECHAL
Mais, est-ce que les autorités égyptiennes sont des autorités fiables ? Puisqu'elles n'évoquent pour l'instant que 48 cas dans le pays, dont 45 qui proviendraient de ce bateau dans lequel est bloquée Katia.

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, vous imaginez bien…

LORRAIN SENECHAL
A voudrait dire seulement trois cas dans tout le pays de l'Egypte.

AMELIE DE MONTCHALIN
... que le monde entier se prépare. Le monde entier prend des mesures. Il y a de certains pays, on le voit, la progression de l'épidémie, de fait, factuellement, on le voit d'ailleurs dans certains pays européens, n'en est qu'à ses débuts. Je ne vais pas ici juger, voyez, depuis ici le centre de Paris, ce qui se passe dans un pays où je n'ai pas aujourd'hui de détails. Ce qui est important, c'est la coordination internationale, à la fois au niveau européen, notamment pour la recherche.

RENAUD DELY
Elle existe aujourd'hui ? On voit bien que les pays européens prennent chacun des mesures différentes, selon l'impact d'ailleurs de la maladie dans leur pays, est-ce qu'aujourd'hui il y a une coordination pour qu'il y ait des mesures communes, cohérentes, à l'échelle de l'Union européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Au niveau européen, il y a trois choses qui se passent, qui sont essentielles. D'abord c'est une transparence totale sur l'épidémie, sur comment les chiffres évoluent, pour que nous ayons un bon suivi de l'épidémie elle-même. Ça c'est extrêmement important. Deuxième chose, c'est qu'il y a un effort commun sur la recherche, pour qu'on ne fasse pas 27 fois la même recherche, mais plutôt qu'on mette en commun si on veut tester des médicaments, si on veut tester des traitements, ça c'est essentiel. Et il y a aussi une doctrine commune, sur l'idée qu'on fasse des choses de manière différenciée, locale, c'est pour ça que…

RENAUD DELY
Donc il n'y a pas de mesures communes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il ne peut pas y avoir de mesures communes. Si vous êtes dans un système où le sujet c'est un problème de santé, qui doit être traité au plus proche des patients, les systèmes de santé sont différents, la prise en charge est différente, et donc on met tous les moyens, après il y a de l'appui économique, il y a de l'appui budgétaire, il y a eu des rapatriements faits en commun. Donc tout ce qui a du sens à être fait ensemble, eh bien on le fait ensemble, et ensuite surtout on a de la solidarité pour que chacun des pays prenne des mesures qui soient le plus adapté. Vous avez des pays comme l'Allemagne, comme l'Italie, comme la France, qui ont des foyers localisés, et donc on prend des mesures localisées, et vous avez des pays qui pour l'instant objectivement sont très peu touchés, donc là qui sont encore dans la phase de prévention.

LORRAIN SENECHAL
La réponse européenne au coronavirus, on continue d'en parler avec vous, Amélie de MONTCHALIN, secrétaire d'Etat à l'Europe, dans quelques instants, juste après un coup d'oeil sur le fil info.

-Flash info-

LORRAIN SENECHAL
Amélie de MONTCHALIN, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, invitée du 8h30 de France Info ce matin. On parlait de la réponse européenne face au coronavirus, une réponse qui n'est pas forcément unifiée, différenciée en tout cas selon les pays. Il va falloir donner une réponse également aux conséquences économiques du coronavirus. Bruno LE MAIRE, votre collègue de l'Economie, est en ce moment l'invité de France Inter, il explique que les conséquences peuvent être assez importantes, avec plusieurs fois 0,1 point de pourcentage du PIB qui viendrait impacter la croissance, la croissance pourrait tomber sous le 1 % du PIB. C'est aussi la crainte que vous avez ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, ce qui est sûr, c'est que, moi, je suis économiste de formation, c'est très difficile aujourd'hui de savoir quel sera l'impact, on voit bien qu'on est au début d'une certaine manière d'un phénomène qui va s'étendre dans le temps, on va essayer que ça soit le plus court possible, le moins impactant possible, d'abord en termes de santé, effectivement, il faut qu'on soit, là, extrêmement vigilant. Ce qui me semble important à dire, c'est que nous sommes mobilisés pour que, notamment, toutes les entreprises, tous les secteurs les plus impactés soient accompagnés, parfois avec des mesures de chômage partiel, parfois avec des mesures d'étalement des charges sociales et fiscales, parfois avec de l'aide au cas par cas, parfois avec d'ailleurs des mesures qui sont en lien avec les grands groupes, quand vous êtes une PME. Donc on fait du cas par cas. Et il est évident que notre priorité, c'est de préserver à la fois l'emploi, l'activité, et donc il y a une partie, vous avez vu, en Italie, qui dépend aussi de la relance publique. Donc on a une palette de mesures, je pense qu'il faudra compter et voir l'impact une fois que ce sera fini. C'est très, très difficile aujourd'hui de donner des chiffres.

RENAUD DELY
Aujourd'hui, Amélie de MONTCHALIN, cette crise du coronavirus, ce n'est pas seulement une crise sanitaire, c'est déjà une crise économique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Eh bien, c'est une crise aujourd'hui qui déjà impacte les flux mondiaux, il y a une partie des exportations, des importations, notamment à partir de la Chine ou vers la Chine qui ont été ralenties, puisque la vie économique en Chine après le confinement a, elle-même, beaucoup ralenti, ça impacte aussi des secteurs – on l'a dit – comme le tourisme, comme les voyagistes, donc aujourd'hui, on a une approche sectorielle, et donc, on est, et le gouvernement, dans son ensemble, que ce soit sur les aspects du ministère du Travail, bien sûr, Bercy, bien sûr, les secteurs spécifiquement impactés, ont un suivi au cas par cas…

RENAUD DELY
Il faudra des mesures de relance de l'activité en France d'une part, et à l'échelle européenne d'autre part, Bruno LE MAIRE réclame, évoque ce matin la nécessité d'un plan d'investissement massif à l'échelle européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça, c'était quelque chose déjà qu'on demande depuis longtemps, c'est-à-dire que ça fait longtemps qu'on observe déjà, depuis quelques trimestres, qu'on a une baisse de l'investissement, qu'on a certains pays qui ralentissent.

RENAUD DELY
Mais là, c'est directement lié à l'impact du coronavirus…

AMELIE DE MONTCHALIN
Et c'est d'autant plus justifié que vous avez conjoncturellement, on le voit bien à côté de ces phénomènes plus structurels, on a conjoncturellement un ralentissement, donc tout ça justifie effectivement que, eh bien, l'Etat investisse, alors investisse dans des choses utiles, dans la transition climatique, dans les infrastructures, dans des choses qui pourront durer au-delà de la crise.

LORRAIN SENECHAL
L'Italie par exemple met sept milliards et demi sur la table pour relancer l'économie dans le pays, c'est dans le même ordre de grandeur qu'il faudrait être en France ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, il faut qu'on accompagne les choses au cas par cas, région par région, nous, déjà, en France, on cherche à être en accompagnement des entreprises elles-mêmes, avant d'avoir des chiffres généraux, on voit bien que la situation n'est pas du tout la même en Italie, où le coeur et le poumon économique est arrêté, et la France, où vous avez aujourd'hui deux départements qui sont particulièrement impactés, et avec certaines villes ensuite isolées. Donc là aussi, moi, je pense qu'il faut avoir une vision très calme, très pragmatique, très consciente des risques de l'accompagnement nécessaire et de faire évoluer nos dispositifs en fonction de la situation…

RENAUD DELY
Justement, est-ce que ça veut dire, Amélie de MONTCHALIN, que dans cette période exceptionnelle de crise sanitaire, avec ces mesures de relance, de soutien de l'activité, qu'il faut prendre, eh bien, il faut s'affranchir de l'impératif de réduction des déficits pour au moins un certain temps ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais évidemment qu'à circonstances exceptionnelles, eh bien, cadre politique exceptionnel, vous avez dans les règles européennes prévu les cas de force majeure, une épidémie, eh bien, c'est typiquement un cas de force majeure, ensuite, Thierry BRETON l'a très bien dit au nom de la Commission européenne hier, les règles ne sont pas là pour faire des choses qui n'ont pas de sens, les règles sont là pour encadrer les choses en temps normal, eh bien, comme nous ne sommes pas en temps normal, les choses s'adaptent…

LORRAIN SENECHAL
Il est commissaire européen au marché intérieur, Thierry BRETON, je le précise, mais est-ce que vous aurez l'aval, le soutien de l'Allemagne, d'Angela MERKEL, qu'on sait très frileuse sur ces questions d'affranchissement des règles européennes ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce que je peux vous dire, c'est qu'au niveau européen, il est extrêmement clair que face à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles, traitement exceptionnel, vous voyez, ce n'est pas de Bruxelles qu'on gère les hôpitaux, mais en revanche, depuis Bruxelles, on a pu gérer effectivement en commun le rapatriement des citoyens européens de Chine, depuis Bruxelles, on peut gérer notre recherche, depuis Bruxelles, on peut, s'il y a des secteurs particulièrement impactés, faire des choses ensemble, donc là aussi, l'Europe, elle agit là où elle est pertinente, c'est une puissance qui peut agir à un certain niveau, il y a des choses qui se font au niveau très, très local, il y a des choses qui se font au niveau collectif, et donc là, aussi, eh bien, il faut du bon sens, et surtout rester dans une optique où on fait les choses graduellement en fonction des besoins, en étant tout à fait mobilisé, prêt à faire beaucoup plus, mais en adaptant la réponse.

RENAUD DELY
Justement, à l'occasion de cette crise, Amélie de MONTCHALIN, on découvre aussi l'ampleur de notre dépendance économique ou la dépendance de la France et de l'Union européenne à l'endroit de la Chine, dans des secteurs parfois aussi stratégiques que celui du médicament, voici la proposition que tire de ce constat le député Insoumis du Nord, Adrien QUATENNENS.

ADRIEN QUATENNENS, DEPUTE LFI (LE GRAND JURY)
Nous voulons effectivement instaurer un pôle public du médicament qui permettrait de relocaliser la production d'un certain nombre d'entre eux, et qui permettrait d'assurer en quelque sorte une forme de souveraineté sanitaire que nous avons perdue de fait, oui.

RENAUD DELY
C'était hier chez nos confrères de RTL, à mesure exceptionnelle, situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, disiez-vous, pourquoi pas nationaliser le secteur du médicament au vu de notre dépendance aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, je remercie Adrien QUATENNENS de s'intéresse à un sujet sur lequel le gouvernement et l'Europe travaillent déjà depuis quelques mois, une mission…

RENAUD DELY
Donc vous vous dirigez déjà vers une nationalisation de ce secteur ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, pas une nationalisation, la souveraineté, la capacité à produire en Europe des médicaments, notamment pour que nous puissions en toute circonstance avoir accès à ces médicaments, c'est un sujet sur lequel une mission d'ailleurs du Premier ministre a été confiée, il y a maintenant quelques mois, des propositions vont être faites, c'est Jacques BIOT qui travaille sur ce sujet…

LORRAIN SENECHAL
Mais pourquoi, pour réinstaller la production des matières premières au sein de l'Europe, au sein de la France ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Pour nous assurer de deux choses, d'abord, qu'en toute circonstance, nous puissions avoir accès à un certain nombre de médicaments, et par ailleurs, que nous puissions avoir aussi une forme de contrôle sur les prix, vous savez que vous avez des médicaments aujourd'hui très innovants qui parfois sont produits très, très loin de chez nous, mais sur lesquels, du coup, on est dépendant, eh bien, du bon vouloir d'un fabricant, l'encadrement par exemple qu'on a aujourd'hui sur les prix des médicaments en France ou en Europe n'est pas forcément applicable à des gens qui vous le vendent depuis l'autre bout du monde…

LORRAIN SENECHAL
Mais ça veut dire qu'on joue sur les stocks ou qu'on fait carrément revenir la production des médicaments…

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a un enjeu industriel évidemment, quand on parle de souveraineté européenne, voilà un très bon sujet, c'est-à-dire, être capable sur des sujets qui nous semblent être extrêmement importants à notre autonomie, à notre indépendance, de pouvoir avoir une relocalisation, c'est un sujet sur lequel Olivier VERAN est déjà très impliqué…

RENAUD DELY
Mais comment a-t-on pu en arriver-là, Amélie de MONTCHALIN, à avoir une telle dépendance sur un secteur aussi stratégique que le médicament, plus de 90 % de nos médicaments dépendent de la production en Chine ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, mais en soi, ce n'est pas un problème, ça devient un problème quand vous avez…

RENAUD DELY
Ce n'est pas un problème en soi, par nature, sur un secteur aussi stratégique, ça ne pose pas un problème en termes de construction justement de cette fameuse souveraineté européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais vous avez plein de secteurs stratégiques… non, mais en soi, vous avez beaucoup de secteurs stratégiques qui dépendent de ce qu'on appelle de chaînes de valeurs qui sont interconnectées, qui sont internationales, il y a des bouts qui sont produits d'un côté, des bouts de l'autre, le commerce international permet, donc théoriquement, ça ne pose pas un problème, je ne veux pas inquiéter…

RENAUD DELY
Il n'y a pas de souveraineté européenne…

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne veux pas inquiéter les Français aujourd'hui en leur disant : on va manquer de médicaments, ce que l'on dit, c'est que, effectivement, aujourd'hui, on s'aperçoit que, notamment dans les médicaments innovants, des choses qui – voyez – ne sont pas forcément déjà parties d'Europe, mais juste qui n'ont jamais peut-être été ici, ça vaut le coup de pouvoir s'assurer que nous ayons des filières de production chez nous pour que cette souveraineté…

RENAUD DELY
Il a fallu le coronavirus pour s'en apercevoir…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, c'est bien pour ça que je vous dis que ça fait des mois, ça fait déjà plusieurs mois, si vous regardez cette mission que le Premier ministre a confiée, ça date de bien avant le coronavirus, c'est un sujet notamment pour la médecine génomique, essentiel…

LORRAIN SENECHAL
Et c'est sur les rails, les laboratoires suivent ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement. Je peux vous dire que ce sont des sujets sur lesquels les laboratoires travaillent sur la possibilité d'avoir des cercles de production, notamment au niveau européen, on n'est pas du tout dans un sujet où il faudrait se dire qu'on prend des mesures radicales, je ne vous parle pas de nationalisation, c'est un débat industriel, la stratégie industrielle européenne, dans un certain nombre de domaines, demande à ce qu'on ait un contrôle plus précis d'un certain nombre de chaînes de valeurs, c'est au coeur de la stratégie de Thierry BRETON, d'Ursula Von DER LEYEN, que la France demande, et quand on parle souveraineté, on est là, au coeur de quelque chose de concret, parfois, les gens vous disent : ça veut dire quoi la souveraineté, eh bien, là, c'est concret, c'est la capacité à produire chez nous, selon nos règles, selon nos prix, selon nos modèles économiques, par exemple, des médicaments très innovants, personnalisés, eh bien, ça, c'est des choses sur lesquelles, l'Europe, aujourd'hui, investit, et ça ne date pas du coronavirus, j'insiste, parce qu'on a sinon l'impression qu'on est toujours à la traîne. Là, sur ce sujet-là, c'est des choses qu'on a déjà bien mises dans les tuyaux, bien avant.

LORRAIN SENECHAL
Alors, vous parlez de souveraineté européenne, on va parler dans un instant de la souveraineté du point de vue des frontières de l'Europe, puisqu'il y a une crise en ce moment qui se déroule aux frontières de l'Europe, plus précisément entre la Grèce et la Turquie, on va y revenir juste après l'info à 8h50 avec Soizic BOUR.

-Flash info-

LORRAIN SENECHAL
Amélie de MONTCHALIN, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, invitée du 8h30 de France Info. Le président turc Recep Tayyip ERDOGAN sera tout à l'heure à Bruxelles pour discuter des frontières de l'Union européenne, essayer d'obtenir un accord après l'ouverture par la Turquie de sa frontière avec la Grèce. Plusieurs milliers de migrants qui fuient les combats en Syrie se sont retrouvés acculés à la frontière, et ce matin c'est l'Allemagne qui annonce un accord pour l'accueil de 1 500 migrants, des enfants mineurs en Europe. Est-ce que la France va accueillir une partie de ces enfants ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous, côté français, et aux côtés de tous les Européens, on a une politique qui est très claire, c'est : ni l'impuissance, ni la passivité. Et on a trois priorités dans ce moment. D'abord c'est une priorité humanitaire, et donc c'est effectivement d'accompagner financièrement, avec du matériel, à la fois les populations qui sont en Syrie. Effectivement…

LORRAIN SENECHAL
Ça veut dire qu'on n'accueille pas une partie de ces migrants.

AMELIE DE MONTCHALIN
On a aujourd'hui avec la Grèce, tout un travail de collaboration qui date depuis maintenant plusieurs trimestres, plusieurs années, de relocalisation chez nous de personnes qui sont particulièrement en danger, c'est une chose qu'on fait au cas par cas, notamment pour les enfants, et ça, ça a toujours eu lieu, et ça continuera, c'est une solidarité européenne...

LORRAIN SENECHAL
D'accord, donc là on est tout à fait dans ce cas de figure-là.

AMELIE DE MONTCHALIN
... très organisée. Donc, sur la situation elle-même, il y a un sujet humanitaire, et donc là-dessus, et l'Europe et la France, investissent, mettent des moyens, et je pense que c'est extrêmement important de le rappeler, que ce soit donc en Syrie, en Turquie, sur les îles grecques, et donc sur l'ensemble des endroits où il y a des personnes qui sont aujourd'hui en danger. Ensuite, on a une réponse qui doit être forte vis-à-vis de la Turquie, qui nous met une pression, qui nous semble être inacceptable, puisque…

LORRAIN SENECHAL
Du chantage, même, disent les dirigeants européens. Vous êtes d'accord avec ce terme ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais je suis d'accord avec ce terme, puisque ça consiste à dire : nous avons un accord, nous travaillons ensemble, s'il y a des difficultés, parlons-en, c'est pour ça qu'il est extrêmement important qu'il y ait cette réunion aujourd'hui à Bruxelles entre ERDOGAN, Charles MICHEL et Ursula VON DER LEYEN, parce que nous voulons discuter, et ensuite il y a un sujet politique, diplomatique de long terme, c'est qu'il faut que nous trouvions une solution en Syrie. Parce qu'on peut, vous voyez, chercher à trouver des solutions temporaires, on ne résoudra tout ça qu'avec une solution politique…

LORRAIN SENECHAL
Il veut quoi, Recep ERDOGAN, il veut de l'argent, tout simplement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, ce que je comprends, c'est qu'il voudrait du soutien en Syrie, pour s'assurer que nous puissions avoir une fin des combats au Nord de la Syrie. C'est ce que nous avons aujourd'hui de fait, puisqu'un cessez-le-feu a été accordé. Nous voulons une solution de long terme. Il ne faut pas que les combats puissent reprendre, sinon on voit bien qu'on est dans quelque chose qui est d'abord humanitairement très difficile, et qui est géopolitiquement, qui n'est pas acceptable, parce que ce n'est pas comme ça qu'entre puissances on se parle, par du chantage, par de la pression, en utilisant des vies humaines pour faire pression les uns sur les autres.

LORRAIN SENECHAL
Question de Renaud DELY.

RENAUD DELY
Amélie de MONTCHALIN, vous le rappeliez à l'instant, il y a un accord passé entre l'Union européenne et la Turquie, c'était vraiment une bonne idée cet accord signé en 2016 pour confier justement à ERDOGAN la gestion des flux migratoires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, c'est une bonne idée s'il est appliqué. Aujourd'hui…

RENAUD DELY
L'Europe a fait preuve de naïveté au moins ? Ce n'est pas une illustration de plus de l'impuissance européenne sur ce dossier ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors, je rappelle pour vos auditeurs, que l'accord, c'est un accord financier qui permet à des ONG…

LORRAIN SENECHAL
6 milliards d'euros, c'est bien ça ? C'est ce que l'Union européenne donne à la Turquie.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce n'est pas au gouvernement turc... Oui, ce n'est pas à la Turquie, c'est à des acteurs qui sont en Turquie, pour notamment s'occuper des 3,6 millions de réfugiés déplacés qui sont la conséquence de cette crise syrienne, qui dure depuis beaucoup trop longtemps. Et donc…

RENAUD DELY
L'Europe s'est mise dans la main d'ERDOGAN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais, on s'est mis dans la main, on ne s'est mis dans la main de personne. Une situation se produisait, 3,6 millions de personnes quittent leur pays parce que c'est la guerre, se retrouvent en Turquie, et donc nous apportons notre soutien pour éviter que ces personnes, de la Turquie, continuent de se déplacer de plus en plus loin de chez elles, parce que nous avons toujours et nous garderons toujours cet espoir de pouvoir trouver, dans le plus bref délai, une situation pérennisée, stabilisée, en Syrie, pour que ces personnes puissent revenir chez elles. Le but n'est pas que ces personnes continuent d'être des déplacés à très long terme, le but c'est que, et c'est pour ça que les efforts diplomatiques, se concentrent en particulier sur ce qui se passe en Syrie.

LORRAIN SENECHAL
Amélie de MONTCHALIN, on va revenir en France un court instant, puisque samedi soir une manifestation de féministes s'est terminée dans une forme de violences, en tout cas on a vu des images circuler sur les réseaux sociaux, de charges policières, qui ont choqué jusqu'à votre collègue au gouvernement, la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes/hommes, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA, SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DE L'EGALITE ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES
Effectivement, nous avons vu ces vidéos sur les réseaux sociaux où des femmes sont bousculées et certaines molestées, et particulièrement des jeunes femmes, donc moi j'ai trouvé ces images choquantes, mais je souhaite…

JOURNALISTE
Par les policiers.

MARLENE SCHIAPPA
Par des gendarmes plus exactement. J'ai trouvé ces images choquantes.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que vous aussi vous avez été choquée par les images, Amélie de MONTCHALIN ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ah, moi, ce qui est sûr c'est qu'une manifestation pour le droit des femmes, je pense qu'il est important qu'elle puisse se tenir en toute sécurité. Je pense qu'il est très important que nous ayons des éclaircissements, c'est d'ailleurs pour ça qu'il y a une espèce d'enquête interne…

LORRAIN SENECHAL
Oui oui.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il va y avoir une commission d'enquête ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne suis pas sûre qu'il faille une commission d'enquête. Vous savez…

RENAUD DELY
Non pas simplement une enquête interne, justement. Aurélien TACHE, député La République En Marche, réclame lui, aujourd'hui, une enquête.

AMELIE DE MONTCHALIN
Chacun peut y aller de sa manière d'avoir les faits, moi je pense qu'il est très important que nous ayons toute la clarté sur ce qui s'est passé de part et d'autre, parce qu'il y a eu des interpellations, il y a eu des…

LORRAIN SENECHAL
Plus personne en garde à vue aujourd'hui, aucune poursuite lancée à ce stade, dit le Parquet de Paris.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est pour ça qu'il faut donc que nous puissions avoir la lumière sur les faits, que les femmes puissent effectivement, quand elles manifestent pour défendre leurs droits, le faire en toute sécurité. Je voudrais juste qu'on comprenne bien ce qui s'est passé. Je vois aussi, et ça c'est quelque chose qu'il faut qu'on ait tous en tête, c'est qu'il ne faut pas que ça jette l'opprobre, ni sur le mouvement féministe, ni sur d'ailleurs les efforts que font les forces de l'ordre, pas dans cette manifestation au quotidien, chaque jour, pour accueillir les femmes qui sont accueillies dans les commissariats, sont accueillies partout en France. Je pense que là aussi il faut qu'on puisse clarifier les faits et ne pas faire une espèce d'amalgame gigantesque, considérant que les forces de l'ordre seraient forcément, voyez, des opposants à la cause des femmes. Je ne pense pas que ce soit la bonne façon de poser les choses. Donc, clarifions la situation, et laissons effectivement les femmes manifester en sécurité. Je crois de dimanche une grande marche a eu lieu…

RENAUD DELY
Clarifier les faits et des sanctions si jamais c'est nécessaire.

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment, évidemment.

RENAUD DELY
Il faudra sanctionner.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais évidemment. On est, vous savez très bien, à la fois totalement solidaires avec les forces de l'ordre, quand elles sont dans des situations qui les mettent en danger, mais on est aussi très ferme sur le fait que tout comportement...

LORRAIN SENECHAL
Y compris pour les donneurs d'ordres.

AMELIE DE MONTCHALIN
Tout comportement, qui n'est pas adapté à la doctrine, j'allais dire, du maintien de l'ordre, et à ce que doit être aujourd'hui, en République, dans un état de droit, le maintien de l'ordre, nous avons évidemment des sanctions à prendre, c'est pour ça qu'une enquête est ouverte et que nous attendons les faits. Mais je pense que c'est important de se rappeler que les forces de l'ordre sont aussi, partout en France, tous les jours, eh bien des personnes qui accompagnent les femmes, notamment dans le dépôt de plaintes, quand elles ont elles-mêmes subi des violences.

LORRAIN SENECHAL
Merci Amélie de MONTCHALIN.

RENAUD DELY
Merci.

LORRAIN SENECHAL
Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes d'avoir été l'invité de France Info ce matin.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mars 2020

Santé publique Epidemie Politique economique UE - Turquie Migration 203000636
Date et heure de mise à jour

Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à Sud Radio le 4 mars 2020, sur l'épidémie de COViD-19, la réforme des retraites et la crise migratoire.

Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à Sud Radio le 4 mars 2020, sur l'épidémie de COViD-19, la réforme des retraites et la crise migratoire. Jean-Baptiste Lemoyne 04/03/2020 Politique gouvernementale

CECILE DE MENIBUS
« Le petit déjeuner politique » de ce matin, c'est Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

PATRICK ROGER
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

PATRICK ROGER
Le président Emmanuel MACRON a déclaré hier qu'il prévoyait une phase qui va durer des semaines et sans doute des mois. Quel est le message de cette petite phrase hier ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, le message c'est qu'il faut s'habituer à vivre dans la durée, effectivement, avec ce coronavirus. Donc ça veut dire qu'il faut effectivement s'adapter, un certain nombre de précautions, d'hygiène élémentaire, ça a été dit, les gestes, se laver les mains etc. Un certain nombre également de restrictions dans des activités sociales. Vous avez vu, les rassemblements de plus de 5 000 personnes dans des lieux confinés, effectivement, ont été interdits, pour éviter en tous les cas que le virus se propage plus encore. On est…

PATRICK ROGER
C'est compliqué, parce que ça ajoute de la psychose, quoi, avec cette petite phrase d'hier « ça va durer des semaines et sans doute des mois », est-ce que c'était la bonne formulation, non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas que la vie s'arrête, et justement on fait tout pour que la vie continue, mais ça veut dire qu'il faut que chaque citoyen, chaque Français, puisse prendre un certain nombre de dispositions, pour que justement la vie continue de la façon la plus normale possible, mais en s'adaptant quand même, en sachant qu'il y a ce phénomène, et qu'on souhaite au maximum endiguer sa propagation. Vous l'avez vu, il y a quatre clusters, il faut au maximum restreindre…

PATRICK ROGER
Oh lala, ce mot cluster !

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà, c'est restreindre…

PATRICK ROGER
On n'aurait pas pu choisir un mot basque, par exemple ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Enfin, c'est quatre foyers, allez, foyers.

PATRICK ROGER
Oui, foyers.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le mot foyers. Quatre foyers, et il faut au maximum restreindre. Voilà. Par exemple, en matière d'éducation, eh bien dans ces zones-là effectivement il y a certaines écoles qui sont fermées, et avec Jean-Michel BLANQUER, on s'est adapté, grâce au CNED on peut donner un enseignement à distance pour au moins 3 heures par jour, aux élèves qui sont concernés. J'en parle aussi, parce que je m'occupe beaucoup des Français établis hors de France, on a des Français qui sont en Chine, qui eux sont encore au plus près du foyer originel, et donc on a mis en place ce type de dispositif, également, pour que la vie puisse continuer, différemment, mais puisse continuer.

PATRICK ROGER
Le président qui hier soir aussi a ajouté : "nous sommes prêts, et les masques vont être réquisitionnés pour être distribués aux soignants".

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça a été fait cette nuit, le décret est paru dans le Journal officiel cette nuit.

PATRICK ROGER
Oui, mais alors de quels masques ? On a vraiment des réserves, des stocks ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, tout à fait.

PATRICK ROGER
Agnès BUZYN disait, il y a un mois et demi : « on a des dizaines de millions de masques ».

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je confirme.

PATRICK ROGER
Des dizaines de millions.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait.

PATRICK ROGER
Eh bien je croyais que c'était 15 millions.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non non non, mais il y a un stock au global qui est beaucoup plus important, qui est de l'ordre d'une centaine de millions, si ma mémoire est bonne, mais il y en a 15 millions qui sont d'ores et déjà distribués ou en cours de distribution auprès des hôpitaux, des ARS, des pharmacies, tout simplement pour équiper les personnes qui en ont besoin. Alors j'insiste sur « qui en ont besoin », parce que vous et moi, si nous sommes bien portants, on n'a pas besoin d'avoir ce masque. Il faut le distribuer aux personnes qui sont les plus faibles, qui sont atteintes, et éventuellement suspicieuses, voilà etc.

PATRICK ROGER
Et puis les personnels soignants.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Exactement, et les professionnels.

PATRICK ROGER
Sauf que ça ne protège pas véritablement, c'est ça qui est compliqué, le sauf avec les FFP2.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Donc, il y a…

PATRICK ROGER
Il y a besoin de clarification.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Pour les personnes qui vraiment sont en contact premier et puis sont touchées, mais sinon c'est les règles d'hygiène élémentaires, qui ont été rappelées, et qui d'après les plus grands spécialistes, ce n'est pas moi qui le dis, sont des barrières importantes, déjà.

PATRICK ROGER
Efficaces, oui. Le 19 février, la France a envoyé un AIRBUS de 17 tonnes de matériel à la Chine, c'est sur le site du gouvernement, diplomatie.gouv.fr, ça représente quoi ces 17 tonnes et pourquoi nous l'avons fait alors ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, nous avons envoyé du matériel en Chine, mais également dans d'autres foyers touchés, nous préparons des éléments pour l'Iran par exemple, eh bien pour pouvoir aussi apporter une aide, une contribution face... dans des pays qui sont particulièrement touchés…

PATRICK ROGER
Eh bien oui, mais on a déjà du mal à faire face chez nous, alors pourquoi envoyer à l'extérieur ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non non, mais on était dans une logique humanitaire. Pour le coup, grâce à ce décret sur les masques par exemple, ça veut dire que désormais tous les masques produits en France resteront en France, qu'il n'y aura pas d'exportation possible.

PATRICK ROGER
Alors ça c'est sûr ? Parce qu'il y a par exemple l'un des plus gros producteurs, qui a eu une commande passée par les Britanniques, et qui passe avant la commande française. Alors, qu'est-ce qui va se passer pour ce producteur ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, il y a une réunion justement, aujourd'hui même, au ministère de la Santé, entre les producteurs, le ministère, pour travailler sur ce sujet-là. Mais en tous les cas ce décret de réquisition fait qu'il n'y a pas de crainte à avoir sur l'alimentation.

PATRICK ROGER
Donc on passera avant les Britanniques, alors.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout ça va être déterminé. Je ne suis pas à la réunion au ministère de la Santé avec les producteurs, c'est là où tous ces éléments vont être mis sur la table, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il n'y a pas de crainte de pénurie à ce stade, on est là, on est équipé pour répondre aux besoins.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il y a un plan, une concertation européenne également, puisque vous, vous êtes en charge l'Europe justement ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, tout à fait. Tout à fait. Les ministres de la Santé européens vont se retrouver le 6 mars, donc c'est en fin de semaine, ils l'ont déjà fait il y a quelques jours et c'est important effectivement pour coordonner la réponse, parce qu'il faut que, enfin, nous sommes un ensemble où nous circulons énormément, cette libre circulation fait que, voilà, il est important d'avoir des réponses qui soient les plus proches possible, les systèmes de santé peuvent être différents, et donc ce dialogue il est important, il se poursuit.

PATRICK ROGER
Oui, bon. Vous allez réunir aussi des professionnels du secteur du tourisme…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait.

PATRICK ROGER
... puisque vous avez en charge au ministère des Affaires étrangères, vous êtes ministre auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et aussi le tourisme, donc, pour faire un point en fait plus précis.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, Bruno LE MAIRE et Agnès PANNIER-RUNACHER, que vous receviez hier, ont reçu l'ensemble des secteurs économiques. Pour ma part, mardi prochain, je réunis ce qu'on appelle le Comité de filière tourisme, justement, où on a tous les professionnels, pour suivre la situation. C'est vrai que j'étais hier avec... je recevais le président. L'UMIH…

PATRICK ROGER
Les hôteliers.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Les hôteliers restaurateurs, qui me faisait part de ses préoccupations. On observe à peu près une chute de 20% des arrivées aériennes. Pour l'hébergement, il y a une moyenne, mais une moyenne cache des disparités, une baisse de 5 à 10%. Il y a des établissements qui peuvent être beaucoup plus touchés que ça, ceux qui sont peut-être à proximité de centres de congrès etc., et face à cela, avec Bruno LE MAIRE, on a décidé d'avoir une réponse massive de soutien aux entreprises, avec eh bien par rapport aux charges, des étalements possibles, avec la Banque publique d'investissement qui peut venir garantir des prêts de trésorerie faits par les TPE PME, parce qu'il y a besoin là aussi que la vie économique continue, que nos entreprises, eh bien…

PATRICK ROGER
Oui, vous n'allez pas les étrangler, les asphyxier avec des demandes de cotisations, etc.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non non non non. On est dans une situation un peu exceptionnelle, qui demande aussi des réponses exceptionnelles, et donc c'est pourquoi...

PATRICK ROGER
Mais ça risque de durer aussi cette crise, donc le secteur du tourisme risque d'être fortement impacté, là, au printemps en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, pour l'instant, les données que nous avons, par exemple vous savez, dans le tourisme on a les prévisions d'arrivées aériennes à 3 mois, à 6 mois. Pour l'instant on est sur des prévisions en baisse de l'ordre de 5 à 7, 8%. Voilà. Il faut faire face à cela. Nous avons pour l'instant encore beaucoup d'arrivées des Etats-Unis, du Royaume-Uni, qui compensent la clientèle, qui compensent presque la clientèle chinoise, ou coréenne, asiatique, qui elle est en chute libre, - 80% sur la clientèle chinoise. Ais il est important effectivement, nous sommes la première destination touristique au monde et donc il est important, eh bien, d'être aux côtés de nos professionnels.

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il y a des nouvelles mesures qui sont prises dans les aéroports par exemple ou face aux touristes étrangers qui viendraient toujours en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, vous savez, dans les aéroports se sont... il y a un dispositif qui concerne en fait les vols en provenance des zones les plus infestées, on va dire, et pour lesquels il y a des dispositifs de prise de température, etc., et puis beaucoup de recommandations qui sont faites aux passagers. Voilà. Je crois qu'il faut aussi beaucoup compter sur la responsabilité personnelle et c'est pourquoi il est important d'en parler en fait énormément effectivement sur vos ondes, pour que chacun ait le bon réflexe.

PATRICK ROGER
Mais il y a de nouvelles consignes qui sont données aux compagnies aériennes également et aux aéroports ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien les consignes elles ont été données. On est aujourd'hui dans la phase 2. Les consignes liées à la phase 2 ont été données samedi. Vous savez, tout le monde est sur le pont. On a eu ce Conseil des ministres extraordinaire, le président était lui-même auprès de la cellule de crise hier au ministère de la Santé. Ce matin même dans une heure, une demi-heure maintenant, un Conseil de défense exceptionnel. Donc, au fur et à mesure, les consignes sont prodiguées à l'ensemble des secteurs.

PATRICK ROGER
On va passer à la phase 3 bientôt, c'est ça ? Vous le redoutez ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le ministre de la Santé a dit qu'on n'y était pas encore, que le stade épidémique se rapprochait, mais on n'y était pas encore, donc pour l'instant…

PATRICK ROGER
Et là, il y aura de nouvelles mesures, Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Exactement. En fait, ce qu'il faut retenir, c'est que tout ça est évolutif et que par définition les mesures, eh bien seront amenées à évoluer en fonction de l'évolution également, du virus.

PATRICK ROGER
Moins de transports, moins de déplacements, probablement, c'est ça ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Donc il faudra à ce moment-là, aviser. Pour l'instant on essaie de rester dans cette phase 2, qui est de lutter contre la propagation et le fait qu'il ait de nouveaux foyers.

PATRICK ROGER
Bon. Le 49.3 a été utilisé à l'Assemblée nationale pour faire passer la réforme des retraites.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est la 89ème fois, donc ce n'est pas vraiment un scoop. Vous savez, c'est un outil qui est dans la Constitution française depuis 1958…

PATRICK ROGER
Vous regrettez quand même d'avoir et obligés et contraints d'utiliser ce 49.3 ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien, on regrette que finalement les oppositions aient fait le choix juste de la flibuste. La flibuste parlementaire c'est le fait de noyer d'amendements le Parlement pour qu'il ne puisse plus débattre, en fait, il est complètement paralysé. Et c'est dommage, parce que du coup, il n'y a pas eu vraiment des débats sur le fond, alors que ce projet, pour le régime des retraites…

PATRICK ROGER
Ça peut revenir. Ça peut revenir, puisqu'il va y avoir la navette quand même.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà. On finit une étape à l'Assemblée nationale, maintenant le texte va au Sénat. Vous savez, moi j'ai été sénateur, je sais que cette maison elle aime regarder de près le texte et avoir un vrai débat, d'ailleurs au Sénat il n'y a pas de 49.3/ Moi, rapporteur de la loi El Khomri à l'époque, j'ai pu voir combien on avait pu nous-mêmes apporter notre touche, et puis ensuite le texte reviendra à nouveau à l'Assemblée. Donc le débat se poursuit et c'est heureux.

PATRICK ROGER
Jean-Baptiste LEMOYNE, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, il y a une crise européenne actuellement, enfin en tout cas une crise sur les réfugiés, est-ce qu'on doit se préparer à une crise migratoire semblable à celle de 2015, où 1,5 million de personnes était venu en Europe ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr, c'est que je crois que par rapport à 2015, les Européens doivent faire preuve de beaucoup plus d'unité et de soutien face aux pays qui sont en première ligne face à cette situation, je pense à la Grèce, à la Bulgarie. C'est pourquoi d'ailleurs Ursula VON DER LEYEN, Charles MICHEL, la présidente de la Commission et le président du Conseil européen, étaient hier à la frontière gréco-turque, tout simplement parce que c'est la frontière extérieure de l'Union européenne. Et honnêtement, le président ERDOGAN, enfin voilà, à travers ERDOGAN, on a…

PATRICK ROGER
Mais il faudra des sanctions contre ERDOGAN. On a bien pris des sanctions contre la Russie.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire, c'est que le président ERDOGAN utilise finalement les migrants, d'éventuels réfugiés, un peu comme une sorte de menace, et c'est un comportement qui est discutable.

PATRICK ROGER
C'est du chantage.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est du chantage.

PATRICK ROGER
Mais alors, est-ce qu'il ne faudrait pas répliquer avec des sanctions ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez, on a un accord qui nous lie à la Turquie. Cet accord, qui remonte à 2016, justement, prévoit un accompagnement financier massif, 6 milliards d'euros, pour aider la Turquie à non seulement installer ses réfugiés, ses migrants, mais les accompagner également dans leur nouvelle vie. Et donc, quelque part, quand il y a un accord, eh bien il faut que les 2 parties soient au rendez-vous. Nous on est au rendez-vous des décaissements financiers, il faut que la Turquie soit au rendez-vous de son côté aussi.

PATRICK ROGER
Jean-Baptiste LEMOYNE, le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Le cas du vice-ministre iranien de la Santé, montre qu'il a été infecté par le nouveau coronavirus, ce qui montre aussi que les politiques, donc forcément, sont aussi en première ligne. Vous, vous êtes aux Affaires étrangères, donc vous recevez des délégations étrangères, est-ce que vous êtes suivi régulièrement ? Est-ce que le président MACRON est suivi régulièrement ? Et comment on peut être sûr que tout se passe bien ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien j'applique finalement ce que j'évoquais, la responsabilité individuelle, c'est-à-dire, eh bien voilà, j'applique ces gestes d'hygiène élémentaires. Je m'assure que je n'ai pas de fièvre, voilà.

CECILE DE MENIBUS
Oui mais quand même, comment être rassuré que ceux que vous recevez ne l'aient pas non plus ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais encore une fois…

CECILE DE MENIBUS
C'est compliqué.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je m'assure que moi, en tous les cas, je suis en bonne condition, et c'est ça, si j'avais un pépin, naturellement j'irais consulter et... pour savoir si je pose un problème.

PATRICK ROGER
Xavier BERTRAND prend deux fois par jour sa température, parce qu'il a côtoyé en fait des gens qui étaient porteurs.

CECILE DE MENIBUS
Mais, il y a un risque quand même.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois que, encore une fois, de façon générale…

CECILE DE MENIBUS
Vous ne voulez pas le dire, mais il y a un risque.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non non…

CECILE DE MENIBUS
Mais si, il y a un risque.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire, c'est que dans la vie, il faut toujours être prudent. Voilà. Eh bien j'adapte et je mets en oeuvre naturellement les préconisations qui ont été faites pas ministre de la Santé.

PATRICK ROGER
Eh bien voilà ! Je vais vous donner…

CECILE DE MENIBUS
Mettez-en, mettez-en.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je mets le petit…

CECILE DE MENIBUS
Et prenez une douche. Prenez une douche avec.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
J'ai vu que vous m'aviez dit d'ailleurs que les micros étaient également traités après chaque intervenant…

CECILE DE MENIBUS
Absolument.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Donc voilà, je crois que chacun fait ce qu'il faut pour que la vie se poursuive.

CECILE DE MENIBUS
D'accord.

PATRICK ROGER
Merci Jean-Baptiste LEMOYNE, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, était l'invité ce matin de Sud Radio. Voilà. Et puis le gel, il ne faut pas quand même aller trop fort, parce qu'on n'a plus beaucoup de stocks.

CECILE DE MENIBUS
Non non mais il faudra le fabriquer, vous nous en fabriquer, monsieur LEMOYNE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2020

Politique gouvernementale Epidemie Retraite Migration 203000574
Date et heure de mise à jour

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur la crise migratoire et les relations avec la Turquie, au Sénat le 4 mars 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur la crise migratoire et les relations avec la Turquie, au Sénat le 4 mars 2020. Jean-Yves Le Drian 04/03/2020 UE-Turquie Question d'actualité au Sénat

J'ai avec le sénateur del Picchia une conversation ininterrompue depuis plusieurs années sur la question turque. Je vais compléter mes propos puisque vous me permettez de le faire.

Nous avons, avec la Turquie, plusieurs sujets de contentieux lourds, y compris récents, plusieurs sujets d'irritation, le dernier étant le non-respect de l'accord de 2016 avec l'Union européenne qui se produit sous nos yeux.

Mais il y a eu récemment la question du nord-est syrien, où finalement l'initiative turque a remis en cause notre manière d'appréhender la sécurité dans cette région de la Syrie. Il y a toujours les actions turques en Méditerranée orientale, où nos engagements sont opposés. Il y a, en Libye, les actions que vous connaissez, les ruptures de l'embargo décidé par les Nations unies par l'armée turque qui achemine en Libye des forces syriennes, ce que l'on appelle des proxys, qui viennent d'ailleurs souvent de la région d'Idlib, j'en ai parlé tout à l'heure. Et puis, sur l'OTAN, j'en parlerai dans un instant, l'ambiguïté demeure. Nous avons, sur la question des libertés, des divergences majeures. Et puis l'instrumentalisation des migrants n'est pas acceptable.

Mais nous sommes dans la même alliance. Voilà le sujet. Et donc, je pense, Monsieur le Sénateur, qu'il nous faudra avoir rapidement avec la Turquie une grande explication, lourde, franche, publique, pour savoir de quel côté est l'un, de quel côté est l'autre et là où nos intérêts sont communs ; et dire tout cela, fortement, sinon on ne s'en sortira pas.

Et je rejoins votre propos d'ouverture lors de votre question. Nous devons avoir avec ce pays une discussion exigeante. L'actualité nous l'impose. Cela n'empêche pas les discussions avec le président Poutine que le président Macron a eues et va avoir dans les heures qui viennent. Mais cet impératif-là me paraît essentiel. Parce que nous avons quand même un point commun : la lutte contre le terrorisme.

Je n'ai pas eu le temps de dire tout à l'heure que, dans la zone d'Idlib, vous avez beaucoup de groupes terroristes, y compris Daech, y compris des combattants étrangers, y compris des Français combattants étrangers.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 mars 2020

Turquie UE - Turquie UE - Syrie Migration 203000627
Date et heure de mise à jour

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur la situation humanitaire dans la zone d'Idlib en Syrie et la crise migratoire, au Sénat le 4 mars 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur la situation humanitaire dans la zone d'Idlib en Syrie et la crise migratoire, au Sénat le 4 mars 2020. Jean-Yves Le Drian 04/03/2020 Syrie Question d'actualité au Sénat

Oui, Madame la Sénatrice, j'ai commencé à répondre à cette question tout à l'heure.

Je voudrais simplement attirer l'attention du Sénat sur la situation humanitaire qui existe aujourd'hui dans la zone d'Idlib. En vous rappelant auparavant, puisque vous avez dit que le président Erdogan avait déclaré ses frontières ouvertes, je vous rappelle, mais vous le savez, et on le constatera encore demain à la réunion des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne, les frontières de la Grèce et donc de l'espace Schengen, elles, sont fermées. Et nous ferons en sorte qu'elles restent fermées. Que les choses soient claires.

Mais je vous voudrais appeler l'attention du Sénat sur la situation à Idlib puisque parfois on ne mesure pas bien ce qui s'y passe. Il y a, dans cette région, trois millions d'habitants. Sur les trois millions d'habitants, il y a la moitié de réfugiés. D'où viennent-ils ? Des zones, dites de désescalade, qui ont été instaurées au fur et à mesure de la reconquête territoriale par les forces de Bachar El Assad en Syrie. Et lorsqu'il y avait une zone qui était reconquise par la force, par le régime de Bachar El Assad, on transportait par cars les habitants, tous les habitants, dans la zone d'Idlib et on y amenait aussi tous les groupes terroristes.

Ce qui fait, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, que dans cette zone aujourd'hui, sur les trois millions d'habitants, vous avez un million et demi de réfugiés qui ne passeront pas en Turquie puisque la frontière, là, elle est vraiment fermée, et qui sont dans un état de dénuement, de détresse considérable et qui aujourd'hui sont en train de se déplacer une deuxième fois, car vue l'offensive du régime de Bachar El Assad vers le sud, ils remontent vers la frontière turque. Et donc, beaucoup d'habitants sont pour une deuxième fois réfugiés et déplacés, avec le froid, la faim, les épidémies, la recrudescence des violences contre les femmes et les filles. A tel point que le secrétariat général des Nations unies a demandé qu'une enquête soit faite pour condamner les frappes aériennes délibérées sur des objectifs civils que ce soit les hôpitaux et les écoles, et que cela pourrait constituer, si c'est suffisamment documenté, ce à quoi nous allons nous atteler, ce serait éventuellement reconnu comme crimes de guerre.

Voilà qu'elle est la réalité de la situation. Et en matière humanitaire, la France et l'Union européenne seront au rendez-vous de ces populations. Ces réfugiés-là, ce ne sont pas ceux dont vous parliez tout à l'heure. Ceux-là, ils ont été organisés et mobilisés par le président Erdogan pour faire pression sur l'Europe.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 mars 2020

Syrie France - Syrie UE - Turquie Migration 203000626
Date et heure de mise à jour

Communiqué du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, en date du 2 mars 2020, sur la situation en Syrie et la crise migratoire.

Communiqué du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, en date du 2 mars 2020, sur la situation en Syrie et la crise migratoire.
Ministère de l'Europe et des affaires étrangères 02/03/2020 Syrie Entretien avec son homologue grec, M. Níkos Déndias, et le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, M. Josep Borrell

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères s'est entretenu dimanche 1er mars au soir avec son homologue grec, M. Níkos Déndias et le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, M. Josep Borrell. Il a rappelé à cette occasion l'appel de 14 ministres des affaires étrangères de pays membres de l'Union européenne à la cessation immédiate des hostilités du régime syrien et de ses alliés à Idlib afin de mettre un terme à la dégradation catastrophique de la situation humanitaire et aux violations massives du droit international humanitaire. Il a réitéré avec la plus grande fermeté la condamnation de cette offensive du régime syrien et de ses soutiens, notamment russes, et des attaques contre les forces turques dans la zone.

Dans ce contexte, le ministre a fait part de la pleine et entière solidarité de la France envers la Grèce qui est soumise à une pression migratoire accrue à ses frontières maritimes et terrestres. Il a également indiqué soutenir la demande de la Grèce faite auprès du Haut représentant de l'Union européenne pour l'organisation dans les tout prochains jours d'un Conseil des affaires étrangères extraordinaire afin de déterminer une position commune et des actions conjointes des pays membres face à cette nouvelle situation de crise.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 mars 2020

Syrie France - Syrie Conflit arme France - Grece Migration 202000593
Date et heure de mise à jour