Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, conférence de presse et interviews à France 2, à CNN le 12 septembre 2002, notamment sur la lutte contre le terrorisme.

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Circonstance : Réunion de la 57è Assemblée générale des Nations unies à New York du 10 au 16 septembre 2002

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Texte intégral

(Déclaration aux Nations unies à New York, le 12 septembre 2002) :
Je tiens d'abord à rendre hommage à l'action remarquable de notre Secrétaire général qui, par ses hautes qualités humaines et son sens du dialogue, donne un rayonnement sans égal à notre organisation. J'adresse mes félicitations à M. Jan Kavan pour son élection comme président de la 57ème session de l'Assemblée générale. Je félicite également la Suisse et Timor-Est pour leur admission dans notre organisation.
Voici un an, dans la stupéfaction, dans l'épouvante, des attentats sans précédent frappaient New York et Washington. Nul, désormais, ne peut ignorer la part d'ombre du monde : un terrorisme international, alliant archaïsme et technologie, des réseaux criminels souterrains et mobiles, couplés à un risque croissant de prolifération des armes de destruction massive.
Ces adversaires redoutables s'insinuent au coeur de la complexité du monde. Ils jouent des frustrations et des ressentiments, des haines et des peurs. Ils déjouent les plans, savent trouver les failles, retournent les armes contre ceux qui les portent. Non, décidément, le monde ne souffre pas d'un excès de puissance. Au contraire, il découvre soudain son extrême vulnérabilité.
Devant ces menaces, peut apparaître la tentation de la fuite en avant. Ce serait une grave erreur. Face à des ennemis insaisissables, en constante métamorphose, la force ne peut être la seule réponse. L'exemple de l'Afghanistan suffit à le montrer. La mobilisation de la communauté internationale a permis de renverser un régime rétrograde et totalitaire qui hébergeait et soutenait le réseau Al Qaïda. Elle a porté un coup sévère aux infrastructures terroristes. C'était nécessaire, mais ce n'est pas suffisant. Il faut maintenant reconstruire, accompagner le peuple afghan. Inscrire nos efforts dans la durée. Poursuivre le travail entrepris sur le chemin de la stabilité et de la démocratie, mais aussi démanteler l'économie de la drogue et les trafics qu'elle alimente.
Que la force seule soit souvent vaine, c'est l'un des traits de notre époque. Nous vivons dans un monde marqué par l'interdépendance, où les causalités peuvent s'avérer lointaines, indirectes, imprévisibles. Prenons garde que nos interventions ne créent de nouvelles frustrations, n'engendrent de nouveaux déséquilibres, n'allument même des incendies que nous ne pourrions pas éteindre.
Le cas de l'Iraq est emblématique de cette nouvelle donne. Voici un pays qui, depuis plusieurs années, brave l'autorité du Conseil de sécurité et fait fi du droit international. Voici un régime qui menace gravement la sécurité, particulièrement celle des peuples de la région, en faisant planer le risque de prolifération d'armes de destruction massive, et dont le comportement est la cause directe des grandes souffrances qu'endure son peuple.
La communauté internationale est-elle concernée ? Bien sûr ! Peut-elle continuer à tolérer cette situation ? Certainement non ! Faut-il agir ? C'est une évidence, le statu quo ne peut plus durer. La détermination de la France à obtenir le respect du droit est totale.
Il faut agir, mais il faut être efficace. Il faut agir, mais sans risquer des résultats opposés à ceux que nous recherchons. Veillons à ne pas aggraver une situation déjà très préoccupante. Il faut agir, mais les pièges sont nombreux : une action politiquement ou juridiquement mal définie ou mal engagée ne permettrait pas de rassembler les larges soutiens nécessaires ; elle pourrait mobiliser contre elle les opinions publiques de la région, et le régime de Bagdad, aujourd'hui isolé, pourrait en tirer parti ; elle pourrait enfin aggraver les tensions au Proche-Orient et au-delà, à l'heure où nous devons au contraire redoubler nos efforts pour retrouver le chemin du dialogue et de la paix.
Comment éviter ces pièges ? Comment réussir ? Il n'y a qu'une voie : celle, exigeante, de la responsabilité collective. Le monde vit désormais dans l'interdépendance. Sa stabilité nous concerne tous. Nous avons chacun à y contribuer.
Les mesures nécessaires doivent être arrêtées par la communauté internationale au terme d'un examen approfondi et transparent. Toute tentation d'action unilatérale et préventive serait dangereuse. Il faut veiller à écarter tout soupçon de partialité ou d'injustice. Seule cette démarche est de nature à garantir que les éventuelles actions menées pour faire appliquer le droit et rétablir la sécurité n'ajouteront pas à l'insécurité. Voilà le meilleur gage de l'efficacité.
Voilà pourquoi, s'agissant de l'Iraq, la France plaide pour une démarche pleinement légitimée par la délibération collective. Une démarche en deux temps. Il nous faut d'abord réaffirmer ensemble la nécessité du retour des inspecteurs des Nations unies et exiger de l'Iraq qu'il se conforme enfin aux obligations résultant des décisions du Conseil de sécurité depuis 1991, selon un échéancier précis. C'est l'objectif de la communauté internationale. C'est aussi l'intérêt de l'Iraq. Si Bagdad persistait dans son refus d'un retour sans condition des inspecteurs, il faudrait en tirer les conséquences. Le Conseil de sécurité devrait alors décider des mesures à prendre, sans exclure aucune option. Les responsabilités seraient clarifiées.
Le monde doit être capable d'agir. Mais il a aussi besoin de cohérence et d'efficacité dans la durée. C'est là que réside aujourd'hui le véritable défi pour nos valeurs, pour nos démocraties.
Je suis allé récemment au Proche-Orient, dans les Balkans, en Afghanistan. J'y ai mesuré la force des aspirations, des espoirs en faveur de la paix. Mais j'ai aussi constaté combien les efforts, les élans des uns et des autres ont besoin d'être unis, fédérés autour d'une ambition collective.
Aucune puissance ne peut aujourd'hui assumer seule la responsabilité de l'équilibre du globe. Le monde aspire à se structurer autour de pôles de stabilité et de progrès. Au-delà des Etats-Unis, l'Union européenne a naturellement vocation à en constituer un, tout comme la Russie, la Chine, le Japon, l'Inde notamment. Désormais, chaque acteur doit porter sa part des efforts à fournir. C'est une oeuvre commune que nous devons bâtir.
Telle est l'ambition qui inspire l'Union européenne et l'action de la France en son sein. Sur la scène internationale, l'Union affirme son rôle au service de la paix et de la prospérité. Elle se dote d'instruments diplomatiques et de défense adaptés. Dans la perspective du grand élargissement, l'Union s'est aussi engagée dans une véritable refondation de son projet : tel est l'objet des travaux de la Convention, guidés par les principes de démocratie et d'efficacité pour l'Europe future. Ainsi, l'Union contribuera à la stabilité du continent et au-delà. Le modèle européen concilie enfin, de manière unique, les impératifs de cohésion sociale et de performance économique au service d'un projet commun, dans le respect de la diversité de chacun. Pour toutes ces raisons, la voix de l'Europe, j'en suis convaincu, porte des éléments de réponses aux grands enjeux de notre temps.
Aujourd'hui, la puissance, dans toutes ses dimensions, doit s'exercer dans le partage. Il faut donner voix à la diversité des approches et des points de vues. Le dialogue des cultures est essentiel : lui seul permet d'appréhender les grandes questions d'aujourd'hui en tenant compte de l'histoire et des aspirations de chaque peuple et de chaque pays ; lui seul peut écarter le risque d'une conception étroite du monde, basée sur la méconnaissance et la peur de l'autre ; lui seul enfin peut nous guider pour remettre l'homme au centre de nos préoccupations, au coeur de nos actions et de notre engagement commun.
Le partage implique de répondre à l'exigence de solidarité. Car l'extrême pauvreté, les famines, les épidémies ou les crises financières constituent autant de facteurs de désordre, de ferments d'instabilité. Le terrorisme s'en nourrit. La générosité doit être le corollaire de la puissance. Il y va de notre devoir politique et moral. Il y va aussi de notre intérêt.
Aussi la France s'est-elle engagée à accroître son effort en matière d'aide au développement, qui progressera de 50 % sur les cinq ans à venir.
Par sa proximité géographique, par les liens de l'histoire, de la culture, mon pays éprouve envers l'Afrique une amitié profonde. Il se sent une responsabilité particulière. Ce continent a, plus que d'autres, besoin de la solidarité de la communauté internationale dans les épreuves cruelles qu'il traverse : les trop nombreux conflits qui persistent ; le retour du spectre de la famine ; les difficultés économiques ; le drame du SIDA, qui frappe aujourd'hui près de 30 millions d'Africains.
Pourtant l'Afrique est riche de potentialités considérables ; riche de l'enthousiasme de sa jeunesse, de l'énergie de sa société civile ; riche de sa mémoire, de ses traditions, de ses trésors de sagesse dont nous avons tous beaucoup à apprendre. D'importants efforts ont été engagés en faveur des Droits de l'Homme, de la démocratie, de la lutte contre la corruption, et de politiques économiques et sociales favorables à une croissance forte et équilibrée. La mise en place du nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique - le NEPAD - témoigne de la volonté du continent de prendre en main son développement, dans le cadre d'un partenariat rénové avec les pays industrialisés. Sachons reconnaître et soutenir ces efforts.
Nous devons notamment aider l'Afrique à progresser sur la voie de la résolution des conflits, en Sierra Leone et au Liberia, en Ethiopie et en Erythrée, au Soudan. Ces drames nous concernent tous car, de nos jours, il n'y a plus de crise localisée. L'instabilité se propage. La communauté internationale doit se mobiliser.
Dans la région des Grands Lacs, les accords signés, de Lusaka à Pretoria et Luanda, doivent être appliqués. Ils doivent conduire au retrait de toutes les troupes étrangères présentes en République démocratique du Congo, au désarmement des groupes armés étrangers, à la réconciliation et au retour de la paix.
Concernant le Sahara occidental, il est bon que le Conseil de sécurité, dans sa dernière résolution, ait donné à M. James Baker le temps d'oeuvrer au rapprochement des parties. Il faut mettre à profit ce délai pour progresser.
Notre engagement doit être maintenu dans les Balkans, où les avancées obtenues cette année doivent être consolidées, au Kosovo, en Ancienne République yougoslave de Macédoine, comme en Bosnie-Herzégovine. Arrimer les Balkans à l'Europe par l'état de droit et la démocratie est plus que jamais notre horizon commun.
Au Proche-Orient, il faut enfin sortir de l'impasse et restaurer l'espoir. La situation empirera aussi longtemps que les parties resteront prisonnières de la logique de la violence. Il y a urgence à agir.
L'Autorité palestinienne doit user de tous les moyens à sa disposition pour prévenir et réprimer les actions terroristes. Dans la perspective de la création d'un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique, sur la base des frontières de 1967, elle doit également poursuivre ses réformes, notamment dans le domaine institutionnel.
De son côté, l'Etat d'Israël, s'il est légitime qu'il veuille se défendre face au terrorisme, doit le faire dans le respect du droit international. L'impératif de sécurité ne peut à lui seul tenir lieu de politique. La colonisation doit cesser, et les forces armées israéliennes doivent se retirer des territoires occupés, comme l'a exigé le Conseil de sécurité. Des mesures sont à prendre rapidement pour améliorer la situation humanitaire et sociale, aujourd'hui alarmante, de la population palestinienne.
Sur la base des résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité et du principe de "la terre contre la paix", que l'ensemble des pays arabes réunis à Beyrouth ont accepté de reconnaître à l'initiative de l'Arabie saoudite, le processus politique doit être relancé, avec l'aide du Quartet. Nous souhaitons la tenue rapide d'une conférence internationale. Son objectif doit être une paix juste, globale et durable ; une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, à l'intérieur de frontières sûres et reconnues, garantissant la sécurité aux Israéliens et offrant aux Palestiniens une vie normale, dans la dignité ; une paix fondée sur le règlement de l'ensemble du conflit régional entre Israël et ses voisins.
L'attention que nous portons aux crises régionales ne saurait nous détourner de la responsabilité que nous devons également assumer face aux défis mondiaux. Les Nations unies jouent tout leur rôle dans la lutte contre le terrorisme. Faisons en sorte qu'il en soit de même dans les autres grands combats de notre temps.
Luttons sans relâche contre la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. Le président de la République a proposé que le Conseil de sécurité se réunisse au plus haut niveau en 2003, en marge de l'Assemblée générale, avec un double mandat : faire le bilan de la politique de non-prolifération ; lui donner une nouvelle impulsion.
Mobilisons tous les acteurs du développement durable dans un partenariat renouvelé conformément aux engagements pris à Doha, à Monterrey et à Johannesburg. Le temps est venu de renforcer les coopérations concrètes pour permettre l'accès de tous aux ressources de base, comme l'eau et l'énergie, aux services sociaux élémentaires tels que l'éducation et la santé, à la sécurité alimentaire. Appelons aussi à la ratification et à la pleine mise en oeuvre du protocole de Kyoto.
Instaurons une véritable gouvernance mondiale du développement durable et donnons-lui la cohérence nécessaire. La France propose la création d'un "Conseil de sécurité économique et social" et d'une Organisation mondiale de l'environnement pour donner à l'ensemble des pays, notamment ceux du Sud, la possibilité de faire entendre leur voix sur ces questions.
Exerçons enfin toutes nos responsabilités pour défendre et promouvoir les Droits de l'Homme. Ils sont universels. Les progrès, souvent fragiles, doivent être encouragés. Les violations, trop nombreuses, doivent être sanctionnées.
Renforçons l'autorité et l'universalité de la Cour pénale internationale. Elle permettra d'éviter que les crimes les plus graves au niveau international restent impunis. Ce nouvel instrument est essentiel pour construire un monde plus juste et plus démocratique où le principe de responsabilité sera pleinement assumé.
Protégeons mieux, par des conventions ambitieuses, comme nous l'avons fait pour les enfants, les personnes handicapées, les victimes des disparitions forcées et de la torture. Luttons contre la corruption. Engageons la négociation de la convention à vocation universelle contre le clonage humain à des fins de reproduction, proposée par la France et l'Allemagne.
Oui, le principe de responsabilité collective est au coeur du système international. Il est au coeur de l'action des Nations unies. Pour jouer pleinement son rôle, l'organisation doit poursuivre ses réformes. Nous devons notamment conforter la représentativité du Conseil de sécurité en l'élargissant dans les deux catégories de membres. La France soutient les aspirations de l'Allemagne, du Japon et de l'Inde notamment.
Les Nations unies constituent la clef de voûte de l'ordre du monde. Les idées généreuses et fortes qui ont présidé à sa naissance, au lendemain d'un conflit mondial qui avait repoussé jusqu'à l'indicible les bornes de la barbarie, retrouvent toute leur actualité. Le monde contemporain est complexe, déroutant, imprévisible. Dans l'urgence doit se forger entre les nations une nouvelle alliance, une communauté de destin. Elle est notre avenir ; elle est notre chance. Répondons par nos actes aux attentes des peuples du monde.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 septembre 2002)
(Interview à France 2 à New York, le 12 septembre 2002) :
Q - Comment avez-vous perçu le discours de Bush ?
R - C'est un discours important, qui intervient au terme d'un long débat, depuis l'été, sur l'attitude à suivre vis-à-vis de l'Iraq, avec de fortes tentations, comme vous le savez, d'une action unilatérale américaine. Ce discours intervient, par ailleurs, à un moment de grande émotion, au moment des commémorations du 11 septembre.
Je crois que la position française et la position américaine sont tout à fait compatibles et se rejoignent sur un point central : c'est la place des Nations unies, la place du Conseil de sécurité. Et il s'agit bien d'obtenir que l'Iraq se conforme aux exigences dans le domaine de la prolifération des armes de destruction massive. C'est l'objectif central pour la France : faire en sorte que les inspecteurs des Nations unies puissent retourner en Iraq et vérifier qu'il n'y a pas d'entorse aux règlements de la communauté internationale.
Georges Bush demande à l'ONU d'agir, il y a une sorte d'ultimatum. Il interviendra peut être tout seul.
Marquer notre détermination, agir, c'est l'objectif de la France. Mais agir collectivement. C'est très important parce que cela conditionne la légitimité de l'action qui sera entreprise. L'action internationale, pour être efficace, doit être collective. Une action unilatérale pourrait nourrir la suspicion, le doute, créer des malentendus. Or c'est très important. Il s'agit là d'une région sensible, il s'agit d'un pays important dont nous souhaitons maintenir l'unité, la stabilité. La sécurité de la région, la compréhension des peuples arabes, tout cela est essentiel et doit donc nous déterminer à agir de façon collective.
Q - Est ce que ce discours vous a rassuré ? Est-ce que vous avez l'impression que la place sera laissée à l'ONU avant d'agir ?
R - Il y a une responsabilité à exercer et nous allons le faire. Nous nous réunissons demain avec le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui a rappelé ce matin dans un grand discours, tout le rôle justement qui était celui des Nations unies, de l'action politique. Nous allons nous réunir avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité pour examiner ce qui doit être fait. Vous savez qu'il y a une proposition française, celle que le président de la République a présentée en deux temps : une résolution pour marquer clairement la nécessité du retour des inspecteurs et, si ce n'est pas le cas, il appartiendra alors au Conseil de sécurité d'examiner l'ensemble des options possibles.
Q - Et vous avez l'impression que M. Bush est maintenant décidé à laisser un peu de place aux Nations unies ? Est-ce que vous êtes rassuré par son discours ?
R - Je crois que ce n'est pas un peu de place, c'est une grande place, au cur des préoccupations du président des Etats-Unis s'exprimant à la tribune des Nations unies. Il y a la reconnaissance de la responsabilité qui est celle des Nations unies, c'est-à-dire de l'ensemble de nos Etats, de l'ensemble de la communauté internationale, qui s'expriment et sont représentés dans le cadre des Nations unies.
Q - Donc vous êtes plutôt rassuré par son discours ?
R - Nous estimons qu'il apparaît désormais que l'action est dans les mains de la communauté internationale, c'est-à-dire dans celles des Nations unies. C'est ce que nous souhaitons, nous avons plaidé pour cela tout au long de ces mois. Nous considérons que dans un monde dangereux et qui connaît de très nombreuses crises, il est important d'agir collectivement si l'on veut être efficace. C'est la condition de l'efficacité et c'est évidemment au coeur des préoccupations françaises.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 septembre 2002)
(Conférence de presse à New York, le 12 septembre 2002) :
Je suis particulièrement heureux d'être devant vous aujourd'hui, avec Renaud Muselier, le secrétaire d'Etat. L'Assemblée générale, comme vous le savez, est un temps fort de la vie internationale et cette année, cette Assemblée générale est placée évidemment sous le signe d'une émotion particulière, avec la commémoration des événements du 11 septembre. C'est l'occasion de nombreuses rencontres bilatérales et multilatérales. J'ai déjà eu l'occasion de rencontrer Colin Powell, Igor Ivanov, mes collègues du P5, les cinq membres permanents. Nous avons eu l'occasion aussi de rencontrer Kofi Annan ainsi que l'ensemble de mes partenaires européens.
C'est pour moi l'occasion de faire un point tout particulièrement sur les questions qui concernent le grand arc de crise qui s'étend du Proche-Orient à l'Afghanistan. J'ai rencontré le Secrétaire général de la ligue arabe, M. Amr Moussa avant hier, le ministre des Affaires étrangères de l'Inde, le président de l'Afghanistan, le président Karzaï, mon collègue iranien, le ministre des Affaires étrangères du Koweït et je rencontrerai samedi le ministre irakien des Affaires étrangères, M. Naji Sabri ainsi que d'autres collègues de la région, de l'Egypte notamment.
Je verrai aussi le représentant libyen, les ministres des Affaires étrangères libyen, soudanais, jordanien et nous participerons vendredi à la réunion élargie sur l'Afghanistan.
L'Afrique est l'autre grand sujet cette année, qui sera abordé dans le cadre de cette Assemblée générale. Je participerai demain à la réunion sur les Grands Lacs ainsi qu'à la réunion plénière sur le NEPAD.
Un an après les événements du 11 septembre, le terrorisme reste évidemment un sujet majeur : aux nouvelles menaces, terrorisme, prolifération s'ajoutent toujours les préoccupations anciennes que vous connaissez : les épidémies, la faim, la pauvreté dans le monde qui restent une très forte préoccupation pour la diplomatie française. Il y a une inquiétude particulière de la communauté internationale, vous la sentez tous. Je l'ai senti ici, à l'Assemblée générale. Nous le sentons à chacun de nos déplacements. Je l'ai senti au Proche-Orient, je l'ai senti en Afrique et je l'ai senti tout particulièrement la semaine dernière puisque j'étais à la fois en Afghanistan et dans les Balkans.
Dans ce contexte, la position de la France est fondée sur un triple impératif.
D'abord, bien sûr, l'impératif de responsabilité.
Nous devons faire progresser la conscience universelle en luttant contre l'impunité. C'est tout le rôle que nous donnons à la Cour pénale internationale en élaborant des normes dans le domaine de la bioéthique. Vous savez qu'il y a une initiative franco-allemande visant à interdire le clonage humain à des fins de reproduction et complétant les textes et les mécanismes de protection des Droits de l'Homme.
Nous avons parallèlement à continuer nos efforts pour la promotion d'un monde plus solidaire. C'est tout l'effort dans le domaine de l'aide au développement dans la ligne des conférences de Monterrey et de Johannesburg.
Deuxième impératif, celui de la collégialité.
Plus que jamais, nous devons défendre les Nations unies, le système des Nations unies. Cela veut dire approfondir la coopération entre les Etats, les organisations régionales, les Nations unies, mais aussi les institutions financières pour régler durablement les crises qui sont aujourd'hui celles du monde.
Il faut renforcer les outils multilatéraux de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Il y a, vous le savez, une proposition du président de la République française qui est de faire le point en 2003, dans le cadre d'une réunion du Conseil de sécurité, sur la politique de non-prolifération.
Enfin, nous voulons continuer à réformer les Nations unies, en particulier élargir le Conseil de sécurité à de nouveaux membres à la fois permanents et non permanents. Nous voulons répondre aux aspirations de pays comme l'Allemagne, comme le Japon ou comme l'Inde.
Il faut aller de l'avant sur les institutions. Il y a l'idée, présentée là encore par le président français, d'un Conseil de sécurité économique et social et nous préconisons la création d'une organisation mondiale de l'environnement.
Au total, notre objectif est bien de forger une nouvelle alliance de la communauté internationale.
Le troisième impératif, c'est celui très important de la légitimité.
L'action de la communauté internationale doit revêtir une légitimité incontestable si l'on veut éviter qu'il y ait des suspicions, des malentendus, des procès d'intention. Cette idée est au cur de l'idée française de sécurité collective. Sans légitimité, il y a le risque d'accroître l'instabilité du monde. Et cette légitimité passe dans l'esprit de la France au premier chef par le rôle prééminent du Conseil de sécurité. Ses décisions doivent être appliquées car le Conseil demeure la seule instance habilitée à autoriser l'usage de la force hormis, bien sûr, le cas de la légitime défense.
Voilà quels sont donc les grands principes de la diplomatie française. Ils s'appliquent au cas particulier de l'Iraq qui est, là encore, au coeur des préoccupations de la communauté internationale.
L'attitude de l'Iraq, nous l'avons dit, nous le répétons aujourd'hui, est inacceptable. L'Iraq défie l'autorité du Conseil de sécurité, fait planer la menace d'une nouvelle prolifération d'armes de destruction massive et constitue donc un risque pour la sécurité de la région, pour la sécurité de la communauté internationale, mais aussi pour son peuple qui vit de grandes souffrances.
Ce statu quo est pour nous intolérable, il faut agir. Le choix n'est pas entre l'action ou l'abstention mais bien de savoir comment il faut agir. Il faut agir de façon légitime, de façon collective et de façon réfléchie. Il est important de veiller à ne pas ajouter de la crise à la crise, de l'instabilité à l'instabilité, de créer ou de risquer de créer de nouvelles frustrations, de nouveaux déséquilibres.
Il faut donc éviter le piège qui nous est aujourd'hui tendu. Une intervention mal préparée ne résoudrait pas durablement les problèmes, elle pourrait déstabiliser les pays voisins, aliéner les opinions publiques de la région, alors que Bagdad est aujourd'hui profondément isolée. Elle pourrait aggraver par ailleurs l'instabilité régionale dans l'ensemble du Proche-Orient et compromettre l'efficacité de la coalition internationale contre Al Qaïda qui a été le grand événement de l'année passée.
Dans ce contexte, la démarche française a été précisée, vous le savez, par le président de la République. Nous voulons une démarche légitimée par l'intervention du Conseil de sécurité. Nous voulons une démarche claire, qui adresse un message simple à l'Iraq qui doit respecter les résolutions du Conseil de sécurité. Nous voulons enfin une démarche qui puisse rassembler toute la communauté internationale.
Et c'est pourquoi nous insistons pour que cette démarche ait lieu en deux temps. Premier temps, exiger le retour des inspecteurs des Nations unies, sans entrave, sans délai et sans condition. Eventuellement, et le président de la République l'a précisé, nous pouvons fixer un calendrier précis qui permette de bien déterminer le cap qui est le nôtre. A l'issue de ce délai, nous devrons alors apprécier la situation ; ou bien constater que les inspecteurs opèrent librement en Iraq, qu'ils conduisent le travail qui est le leur de façon à éliminer l'ensemble des armes éventuelles de destruction massive, ce qui doit permettre alors d'engager la suspension et la fin des sanctions qui ont tant fait souffrir le peuple iraquien ; ou bien, à défaut, nous devrions alors décider des mesures à prendre, examiner l'ensemble des options disponibles dans le cadre du Conseil de sécurité, et vous le savez, la France n'exclut aucune option.
Le président des Etats-Unis a fait connaître ce matin ses vues, il a souligné le rôle central qu'il souhaite voir jouer aux Nations unies, c'est une bonne chose. Nous l'apprécions d'autant plus qu'on sait - le débat qui s'est noué aux Etats unis mêmes depuis de longs mois l'a montré - qu'il y avait cette tentation d'action unilatérale aux Etats-Unis. Nous saluons tout particulièrement l'annonce du retour des Etats-Unis à l'UNESCO.
Sur l'Iraq, le discours du président Bush est pleinement compatible avec la démarche française en deux temps : détermination à combattre la prolifération, nécessité d'un cadre collectif, celui du Conseil de sécurité et priorité à l'objectif simple, clair, qui est l'objectif des Nations unies depuis 1991 : le retour des inspecteurs en Iraq.
Demain, vous le savez, les membres permanents du Conseil de sécurité se réunissent lors d'un déjeuner avec Kofi Annan. Ce sera l'occasion pour moi, pour la France de présenter les idées françaises et de commencer à discuter de l'ensemble de ces questions. Il est important en effet de nous concerter avec l'ensemble de nos amis et partenaires au sein du Conseil de sécurité, avec nos nombreux amis dans la région au premier chef concernés, et bien sûr dans le cadre de l'Union européenne. Nous avons commencé à le faire, nous l'avons fait il y a quelques jours à Elseneur dans le cadre du Gymnich.
Notre objectif, et c'est important de le rappeler, c'est l'efficacité. Nos décisions doivent être au-dessus de toute critique, c'est la condition du succès. Dans ce contexte il est très important, et c'est tout l'intérêt d'avoir une démarche en deux temps, que la communauté internationale puisse se préparer, se mobiliser, marquer son consensus sur le retour des inspecteurs des Nations unies dans la région avant d'avoir éventuellement à examiner d'autres options.
Il est très important, et je veux le rappeler, d'adapter, dans le monde d'aujourd'hui notre action à une nouvelle donne internationale. Le monde est à la fois marqué par l'urgence, ce qui doit nous conduire à un impératif d'action et par l'interdépendance.
Ce monde est un monde complexe, il est important de prendre en compte l'ensemble des facteurs : les facteurs culturels, les exigences des peuples, les sensibilités des peuples. Notre conviction, c'est que le monde ne souffre pas aujourd'hui d'un excès de puissance mais qu'il découvre au contraire - et c'est ce qu'ont ressenti très profondément les Américains le 11 septembre dernier 6 un sentiment de vulnérabilité.
Pour faire face à cette situation, il est très important que la communauté internationale se mobilise de façon collective, c'est ce qu'a dit très clairement ce matin le Secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan.
Plus que jamais le monde que nous devons construire dépend de la contribution de chacun de nos peuples.
Q - Est-ce qu'il y a des cas où les Français renonceraient à cette approche en deux étapes ?
R - D'abord je dois dire que d'après l'ensemble des entretiens que j'ai pu avoir, c'est très clair avec la majorité des pays de l'Union européenne et un grand nombre de pays du monde arabe avec lesquels j'ai pu discuter de ces propositions françaises, il y a un très large consensus qui se fait. Je crois que c'est important de comprendre la nécessité de maintenir cette cohésion et c'est la raison pour laquelle nous insistons sur ces deux étapes : marquer l'objectif d'un retour des inspecteurs, le marquer collectivement, l'ensemble de la collectivité internationale soutenant cet objectif. Ce consensus exercera, vous l'imaginez, une forte pression sur l'Iraq et sur Saddam Hussein. Et c'est très important de marquer cette cohésion de la communauté au terme d'une année où de grands progrès ont été faits dans la lutte contre le terrorisme. Il est donc essentiel dans notre esprit de bien prendre en compte cette pédagogie indispensable. Il faut comprendre qu'aujourd'hui l'action internationale se fait à travers la prise de responsabilité des gouvernements et des Etats, mais aussi des peuples et des opinions publiques. Cette prise en compte doit donc nous conduire à choisir un chemin qui permet cette compréhension, qui évite les malentendus et qui évite donc les dérapages.
Q - Est ce que la France prendra part à une action militaire contre l'Iraq si l'ONU l'accepte ?
R - Il est très important sur la scène internationale de respecter les rythmes de la communauté. Aujourd'hui la question ne se pose pas en ces termes. La communauté internationale est aujourd'hui unie pour se retrouver sur un message clair qui est de lutter contre le risque de prolifération et se rassembler pour obtenir le retour des inspecteurs. Je l'ai dit, il appartiendra au Conseil de sécurité de se déterminer. Je crois donc qu'il est important de ne pas anticiper sur cette nouvelle phase qui pourrait avoir lieu. Mais nous l'avons dit, et le président Bush l'a dit ce matin de façon très solennelle devant l'Assemblée générale des Nations unies : c'est le rôle et la responsabilité des Nations unies. C'est ce qu'a dit aussi le Secrétaire général. Je crois que c'est dans ce cadre-là que la solution doit être recherchée. Mais, bien évidemment, il faudra tirer les conséquences si le retour des inspecteurs n'était pas possible. Il faudra alors examiner l'ensemble des options et chacun prendra à ce moment-là les responsabilités qui sont les siennes.
Q - Vous avez encore insisté aujourd'hui sur la nécessité du retour des inspecteurs. Le président Bush a parlé lui de cinq conditions beaucoup plus générales : désarmement, paiement des sommes dues au Koweït, liberté à l'intérieur du pays. Est-ce que vous adhérez à cette feuille de route extrêmement ambitieuse du président Bush ou bien est-ce que vous vous concentrez uniquement sur l'exigence pratique du retour des inspecteurs ?
R - Il faut se fixer l'objectif qui est celui-là même que se sont fixé les Nations unies au cours des dernières années. La priorité c'est bien, aujourd'hui, la lutte contre le risque de la prolifération. Et dans ce contexte, la priorité de la France c'est le retour des inspecteurs des Nations unies. Nous estimons bien sur que c'est la priorité, ce qui ne veut pas dire qu'il faut négliger les autres éléments. Il est important de continuer à marquer notre volonté de progresser sur les autres points. Mais nous estimons que le critère principal, l'élément central de la préoccupation internationale, ce qui justifie la mobilisation et l'action collective, c'est le retour des inspecteurs. Parce que le risque de prolifération est un risque majeur pour la communauté mondiale.
Q - Le président avait parlé d'un délai de trois semaines. Est-ce que vous proposez de présenter ces éléments dans la résolution au Conseil de sécurité cette semaine ?
R - Nous en discuterons demain avec le Secrétaire général et les membres permanents. Nous estimons qu'en effet il est important de se fixer un calendrier si l'on veut être efficace. Je le redis, la préoccupation française c'est la légitimité et l'efficacité. Nous voulons donc que les Nations unies puissent exercer totalement leurs responsabilités. Mais, bien évidemment, c'est un sujet que nous aborderons avec nos partenaires dès demain de façon à préparer les choses.
Q - Les Allemands se sont prononcés très fermement contre toute action contre l'Iraq. Est-ce que c'est à cause des élections en Allemagne ou est ce qu'il y a une division entre la majorité des membres de l'Union européenne et les Allemands sur cette question ?
R - Je crois qu'il y a une approche commune avec nos amis allemands pour lutter contre le risque de prolifération et pour marquer la volonté d'un retour des inspecteurs. Les Allemands ont pris une position claire sur l'intervention militaire. Il ne m'appartient pas de commenter la position prise par le chancelier.
Q - Le président Bush a parlé ce matin de l'objectif d'un changement de régime en Iraq. Qu'en pensez-vous et est-ce qu'une résolution de l'ONU pourrait faire allusion à un tel objectif ?
R - La France n'a aucune complaisance pour le régime iraquien. Nous marquons clairement notre désapprobation devant l'attitude qui est celle de ce régime vis-à-vis du peuple iraquien lui-même qui a payé très cher et qui paye aujourd'hui encore les actions de Saddam Hussein. Mais notre objectif doit être clair. Notre responsabilité doit être claire. C'est bien le retour des inspecteurs et c'est bien le risque de prolifération. Moyennant quoi nous n'estimons pas aujourd'hui qu'il faut aller au-delà, tout simplement parce que reconnaître la légitimité d'un changement de régime serait rentrer dans une instabilité de la scène internationale qui serait sans fin. Où se situerait alors la frontière entre les régimes acceptables pour les uns et les régimes moins acceptables pour les autres. Et cela justifierait toute sorte d'interventions militaires. Donc je crois que ce n'est pas un sujet qui peut être abordé par les Nations unies. Il ne nous appartient pas de rentrer dans ce type de considération. L'objectif pour nous c'est bien la stabilité de l'ordre mondial et donc la priorité accordée au problème de la non-prolifération.
Q - A propos de la proposition en deux étapes. Prenez la deuxième étape : supposons que l'Iraq ne permette pas aux inspecteurs de revenir dans les délais. Vous avez dit que le Conseil va examiner toutes les options. Est-ce que vous seriez disposé à aller avec les Etats-Unis et le Conseil et autoriser la force si nécessaire ?
R - Nous ne voulons pas anticiper, je l'ai dit, sur ce que nous ferons, sur ce que la France fera dans cette hypothèse. J'ai dit clairement que nous examinerons dans le cadre du Conseil de sécurité l'ensemble des options qui se présenteront, chacune évidemment, et nous prendrons les responsabilités qui sont les nôtres à ce moment là.
Q - Si Saddam refuse d'appliquer les résolutions au cours des prochains jours, est-ce que vous envisagez que le Conseil devra alors présenter une autre résolution autorisant d'autres actions y compris l'action militaire ou est ce que cela sera implicite dans les résolutions qui seront convenues au cours des prochains jours ?
R - Notre sentiment, c'est dès lors que l'on parle de responsabilité et d'action collective, il est important que cette action, que cette responsabilité s'exercent à chaque étape. Et je l'ai dit, pour une raison fondamentale, qui est celle de l'explication, de la responsabilité. Non seulement du Conseil de sécurité, mais de la communauté internationale, de l'ensemble des pays qui ne sont pas membres du Conseil de sécurité et qui ont aussi une opinion publique, un parlement devant lesquels il faut expliquer les choses. Cette priorité, accordée à la cohésion de la communauté internationale, est justifiée par notre souci de l'efficacité. Si l'on veut être efficace, il ne faut pas griller les étapes. Il faut associer tout le monde à l'exercice de la responsabilité. C'est la rançon, c'est le prix de la démocratie.
Q - Vous avez dit que vous avez parlé avec Colin Powell et après la déclaration du président Bush, est ce que vous avez idée de la réponse des Américains au plan de M. Chirac et quelles sont vos idées sur les délais qui pourraient être espérés pour le Conseil de sécurité pour prendre ces mesures ?
R - Je n'ai pas encore eu l'occasion de rentrer précisément dans un calendrier ou dans une méthodologie, avec le secrétaire d'Etat américain. Nous aurons l'occasion de le faire, je l'ai dit, demain. Mais nous nous entendons d'ores et déjà sur un point central, qui est le rôle des Nations unies et le rôle du Conseil de sécurité. Quand on se rappelle le débat qui a lieu depuis plusieurs mois dans ce pays, c'est pour nous une très grande satisfaction que je tiens à exprimer aujourd'hui devant vous.
Deuxièmement, sur le calendrier. Le président de la République française a indiqué que dans son esprit il pouvait s'agir de quelques semaines, il a parlé de trois semaines, qui permettraient de marquer clairement la nécessité de ce retour des inspecteurs. Je note que le président Bush de son côté n'a pas mentionné ce matin de calendrier. Nous évoquerons donc cette perspective évidemment au cours des prochains jours avec l'ensemble de nos partenaires.
Q - (A propos du Moyen-Orient)
R - Notre préoccupation vis-à-vis du Moyen-Orient est évidemment très grande. Et elle est renforcée par l'instabilité que connaît aujourd'hui l'ensemble de cette région. Notre conviction c'est qu'il est important que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies soient appliquées partout. Il ne doit pas y avoir deux poids et deux mesures. Et il est essentiel que nous ayons bien conscience de l'interaction qui existe aujourd'hui entre les crises, entre les situations. Nous avons le devoir de ne négliger à aucun moment ces situations, en particulier celle du Proche-Orient dont on voit bien les conséquences, les effets désastreux. Nous avons aujourd'hui l'exemple de la situation humanitaire dans les territoires occupés, la situation des Palestiniens, l'inquiétude du peuple israélien devant la menace terroriste. Il y a donc un devoir, nous le disons depuis plusieurs mois, un grand devoir de la communauté internationale de se mobiliser et évidemment, la situation de l'Iraq ne fait que renforcer la nécessité d'avancer sur ce point là.
Nous le disons pour le Proche-Orient comme sur les autres crises qui inquiètent aujourd'hui la communauté internationale. Je l'ai dit en Afghanistan, je l'ai dit dans les Balkans. Il ne suffit pas de stabiliser, il ne suffit pas de faire baisser la tension dans ces différentes crises. Nous devons régler, nous mobiliser pour régler véritablement ces crises. Dans ce contexte, nous continuons de préconiser une conférence internationale qui permettrait très rapidement de fixer un calendrier, de fixer des priorités, de réunir l'ensemble des parties, de façon à véritablement avancer vers la création d'un Etat palestinien qui est la seule solution susceptible, dans le respect de la sécurité, et évidemment des intérêts d'Israël, de permettre à cette région de retrouver la paix.
Q - Il y a deux jours, le secrétaire d'Etat, Richard Armitage a réagi de façon positive au plan de M. Chirac en disant que c'était une évolution de la position française qui n'excluait pas pour la première fois une intervention militaire. Est-ce qu'il y a vraiment une évolution de la position française sur cette question-là ?
R - La position française a été exprimée depuis longtemps et elle n'a pas changé : détermination face au terrorisme, face aux menaces de prolifération, retour des inspecteurs et nécessité de tirer toutes les conclusions si ce retour des inspecteurs n'était pas possible. La position française, vous la connaissez, elle n'a pas changé.
Q - Il y a un sentiment très répandu dans le monde arabe que la France au début, s'est toujours opposée à l'action militaire contre l'Irak mais finalement s'est ralliée sur les positions militaires des Etats-Unis. Est-ce que cette position est devenue une position officielle de la République française ?
R - La position que j'exprime, la position que le président de la République a exprimée il y a quelques jours, c'est bien sûr la position officielle de la France. Nous ne pouvons pas accepter le statu quo, nous ne pouvons pas accepter les entorses aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et nous fixons clairement l'objectif qui est le nôtre dans un monde qui, vous le savez, est marqué par la dangerosité, par l'instabilité. Il est donc très important que l'ensemble des énergies de la communauté internationale, l'ensemble des énergies du Conseil de sécurité puissent se rassembler pour justement faire face à cette menace.
Q - Vous avez parlé du respect des résolutions de l'ONU. Récemment, en ce qui concerne la République démocratique du Congo la France a annoncé qu'elle soutenait le processus en cours. Qu'est-ce que cela veut dire ? On va faire en sorte que les résolutions de l'ONU soient respectées ou on va permettre à la République démocratique du Congo de pouvoir respecter ses engagements avec les différents accords signés ?
R - C'est bien évidemment notre objectif que de permettre à la souveraineté des Etats de s'exercer pleinement et nous soutenons les processus qui ont été engagés, qu'il s'agisse du processus de Lusaka ou de Pretoria. Il y a donc là une mobilisation de la diplomatie française. A Paris il y a quelques jours, le président de la République a reçu le président Kabila. Je l'ai revu en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Nous allons évoquer dans le cadre de cette Assemblée générale ce problème spécifique à l'occasion d'une réunion du Conseil. Nous sommes donc mobilisés pour essayer de faire avancer cette question et j'aurai l'occasion de me rendre moi-même très prochainement dans cette région.
Q - L'administration Bush a exprimé des réserves sur l'efficacité des inspections en Iraq. Qu'en pensez-vous ?
R - Les rapports que nous possédons sur le travail des inspecteurs entre 1991 et 1998 a clairement marqué que ce travail pouvait être efficace. L'essentiel des informations dont dispose la communauté internationale est évidemment contenu dans ces rapports. Que l'on s'attache à ce que ces inspections, ce retour des inspecteurs puissent être efficaces, évidemment c'est notre conviction. Et c'est pour cela que ce retour doit se faire sans restriction, sans condition et de telle façon qu'ils puissent effectivement, librement travailler sur place, de façon à s'assurer - et je le redis parce que c'est bien l'objectif français et c'est bien l'objectif qui doit être celui de la communauté internationale - que le risque de prolifération puisse être définitivement écarté. C'est à cet égard que notre responsabilité est engagée.
Q - A propos de l'élargissement de l'UE, est-ce que la France envisage une date pour la Turquie ? Pour Chypre ?
R - Sur l'élargissement, c'est évidemment une question centrale pour l'Union européenne. Nous avons eu l'occasion de faire le point sur l'élargissement lors du Gymnich au Danemark, à Elseneur. Nous aurons l'occasion de refaire un point lors de la prochaine réunion du Conseil des Affaires générales à la fin du mois. L'objectif c'est de tout boucler effectivement d'ici la fin de l'année au sommet de Copenhague. Nous pensons que nous respecterons le calendrier. Nous avons encore évoqué l'ensemble de ces questions lors du dîner du processus de Blaesheim avec le chancelier allemand. Le sentiment français, c'est que les choses se déroulent conformément à ce qui est souhaité. Concernant l'entrée de la Turquie ou la perspective d'entrée de la Turquie, ou d'autres pays comme la Roumanie ou la Bulgarie, nous nous préoccupons de maintenir cette perspective ouverte et de prévoir les incitations indispensables pour faire en sorte que le momentum autour de ces candidatures puisse être maintenu.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 septembre 2002)
(Interview à CNN à New York le 12 septembre 2002) :
Q - (Sur la réaction de la France au discours du président Bush)
R - Nous pensons que ce discours est un discours important. Nous sommes satisfaits du discours du président Bush aux Nations unies ce matin. Il accorde un rôle central aux Nations unies et au Conseil de sécurité. Nous croyons qu'une question aussi dangereuse que l'Iraq doit être traitée de façon collective. Le Conseil de sécurité est l'instrument adéquat pour traiter ce problème.
Q - (Sur notre réaction aux diverses exigences américaines vis-à-vis de l'Iraq)
R - Bien sûr toutes ces exigences doivent être satisfaites. Mais nous pensons qu'il est essentiel que la communauté internationale et les Nations unies se concentrent sur l'objectif principal, sur notre inquiétude principale aujourd'hui : la lutte contre le risque de prolifération. C'est pourquoi nous demandons le retour des inspecteurs des Nations unies en Iraq. C'est là notre vraie exigence. C'est pourquoi la France fait une proposition en deux temps. Première étape : le retour des inspecteurs, nous exigeons leur retour. Bien sûr, si les Iraquiens refusent leur retour alors, et c'est la deuxième étape, le Conseil de sécurité devra décider des mesures à prendre.
Q - (Sur la nécessité de deux résolutions)
R - Oui, nous pensons qu'il faut deux résolutions. C'est la seule manière d'avoir une approche collective de la question. Il faut se souvenir que cette affaire est importante pour les gouvernements bien sûr, mais aussi pour les opinions publiques. Il nous faut donc être clairs, être pédagogues et expliquer ce que nous faisons. Nous devons éviter les malentendus sur les causes de nos exigences vis-à-vis de l'Iraq.
Q - (Sur l'objectif d'un changement de régime en Iraq)
R - Non, nous devons être très clairs : notre objectif, c'est bien celui des Nations unies. Ce n'est pas un changement de régime en Iraq. L'objectif pour lequel nous sommes prêts à travailler c'est la lutte contre la prolifération et le retour des inspecteurs. C'est l'objectif commun de toute la communauté internationale. Il faut être très clair. Il faut établir un consensus solide étant données la situation internationale et l'instabilité que nous devons gérer. Reconnaissons d'abord que beaucoup a déjà été fait en un an. Nous avons vu se former une coalition contre le terrorisme. Il faut entretenir cette dynamique. C'est essentiel. Si toute la communauté internationale soutient cette résolution, qui exigera le retour des inspecteurs, cela mettra une pression considérable sur l'Iraq et l'isolera. Je crois qu'il faut faire pression sur l'Iraq. Ensuite, si l'Iraq ne satisfait pas à nos demandes, alors le Conseil de sécurité devra examiner les différentes possibilités qui s'offriront. Et chacun prendra ses responsabilités. C'est très important.
Q - (Sur la relance sur le même sujet)
R - Nous ne sommes pas satisfaits de voir Saddam Hussein au pouvoir. Nous connaissons sa politique et son attitude envers son peuple. Nous connaissons son attitude au plan régional et nous savons quelle menace il peut faire peser. Mais nous pensons qu'il ne faut pas s'engager dans un processus visant à changer le régime. Nous ne pouvons pas savoir où cela nous mènerait, ni comment nous pourrions réagir face à d'autres gouvernements qui ne nous plaisent pas. Nous devons donc avoir des objectifs très clairs. Il ne faut pas augmenter l'instabilité d'un monde déjà très instable. Il faut créer de la sécurité et diminuer l'instabilité. La communauté internationale doit donc être mobilisée sur un objectif simple et unique : lutter contre la prolifération et s'assurer que l'Iraq ne sera pas en mesure de créer plus d'instabilité et d'ouvrir des perspectives dangereuses pour la communauté internationale.
Q - (Sur les délais envisageables pour le retour des inspecteurs)
R - Le président Chirac a dit il y a quelques jours que ce pourrait être une question de semaines. Il a parlé de trois semaines accordées à l'Iraq pour accepter le retour des inspecteurs. J'ai vu que le président Bush n'avait pas évoqué de calendrier ce matin. Bien sûr il faudra préciser cette question. Les membres permanents du Conseil de sécurité déjeunent demain avec Kofi Annan. Nous en parlerons et travaillerons sur cette question.
Q - (Sur notre évaluation de l'efficacité des inspections)
R - Il nous semble que les inspecteurs ont bien travaillé entre 1991 et 1998. La plupart des renseignements que nous avons sur la situation en Iraq provient des rapports des inspecteurs. Nous pensons donc que les inspecteurs peuvent bien travailler en Iraq. Nous devons nous assurer qu'ils seront en mesure de travailler sans contrainte. Cela fait partie de nos demandes. Lorsque nous exigeons le retour des inspecteurs, nous pensons également à leurs conditions de travail. Nous voulons qu'ils puissent travailler convenablement dans la région. Evidemment, si les inspecteurs ne sont pas en mesure de travailler, alors le Conseil de sécurité devra à nouveau examiner la situation et décider de ce qui doit être fait. Mais c'est bien une action collective, une décision collective qui sera la meilleure garantie d'efficacité de notre action. Il ne faut pas prendre le risque de créer plus d'instabilité. Vous connaissez la situation dans la région. Vous connaissez la situation au Proche-Orient. Vous connaissez la situation en Afghanistan et entre le Pakistan et l'Inde. Nous devons faire très attention dans notre façon de traiter ces questions.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 septembre 2002)
(Interview à des medias français à New York, le 12 septembre 2002) :
Q - Le Secrétaire général des Nations unies a lancé un appel au multilatéralisme dans son discours d'inauguration. Est-ce que vous avez le sentiment que le président Bush joue réellement le jeu du multilatéralisme sur l'Iraq ou, au contraire, comme disent certains, est-ce qu'il veut juste entendre de l'ONU sur une décision qui est déjà prise ?
R - Nous sommes satisfaits du discours du président Bush, justement parce qu'il rejoint nos préoccupations : affirmer la nécessité de l'action collective, de la responsabilité des Nations unies et du Conseil de sécurité. Vous savez que c'est la position de la France. Il y a eu aux Etats-Unis un long débat sur cette question avec une tentation de l'unilatéralisme. Nous nous réjouissons donc que tout le rôle qui est le sien et toute la responsabilité indispensable dans un monde très instable et difficile soient rendus au Conseil de sécurité et aux Nations unies.
Q - On a pourtant l'impression que la France et les Etats-Unis n'ont pas les mêmes vues, que les Etats-Unis veulent renverser le régime de Saddam Hussein alors que la France veut le retour des inspecteurs ?
R - Nous voulons nous situer dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité. Quel est l'élément central que demandent les Nations unies ? C'est le retour des inspecteurs. Pourquoi ? Parce que le retour des inspecteurs nous permettra de connaître exactement la situation de l'Iraq et donc d'y faire face.
Q - Est-ce que la France va déposer un projet de résolution ?
R - Le président de la République a bien expliqué la position française. Dans notre esprit, les choses devraient se dérouler en deux temps. Dans un premier temps, demander le retour des inspecteurs. Bien évidemment si ce retour des inspecteurs n'est pas possible, nous devrons examiner dans un second temps toutes les options. Nous tenons à ces deux étapes. Si nous pensons qu'elles sont appropriées, c'est parce qu'il est important qu'il y ait un processus légitime, incontestable de l'action internationale. Il faut éviter toute suspicion, tout malentendu de la part des Etats, des gouvernements et des opinions publiques. Evidemment les Nations unies jouent ce rôle pédagogique, font cette démonstration de la cohésion. Depuis un an, depuis les attentats du 11 septembre, beaucoup a été fait. Nous faisons en sorte de maintenir cette cohésion de la communauté internationale et c'est pour cela qu'il est très important d'avoir un consensus au Conseil de sécurité pour demander le retour des inspecteurs. Nous serons alors d'autant plus écoutés par l'Iraq. L'Iraq pourra vérifier d'autant plus sa position de solitude et d'isolement par rapport à la communauté internationale et nous pensons alors que nous aurons d'autant plus de chances d'être efficaces.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 septembre 2002)