Texte intégral
Q- J.-M. Ayrault, bonjour. Merci d'être avec nous. Est-ce que F. Amara doit démissionner ?
R- Je crois que c'est son problème maintenant. Elle a fait le choix d'entrer dans ce Gouvernement, celui de N. Sarkozy. Elle ne doit pas être vraiment surprise, parce que, dans la campagne présidentielle, il a été question de tous ces sujets, du ministère de l'Immigration ET de l'Identité nationale. Donc, déjà, d'entrée, moi ça m'a surpris, je la connais, c'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime. Mais là, je ne comprends pas ce qu'elle fait dans ce Gouvernement. Donc, la logique...
Q- Elle doit démissionner ?
R- C'est son problème maintenant. De toute façon, il y a un sujet qui est le test ADN pour contrôler le regroupement familial, pour des gens qui travaillent en France, et qui sont en situation régulière, il ne s'agit pas d'autre chose. Et c'est donc profondément choquant. Donc, nous, nous continuons la bataille pour que le test ADN soit supprimé de ce projet de loi, et cette bataille va continuer, parce qu'elle mobilise beaucoup de gens, pas seulement la gauche, mais beaucoup de scientifiques. Le Comité national d'éthique s'est prononcé contre. Et puis aussi les Eglises et beaucoup de gens de différentes obédiences qui ont dit "non, ce n'est pas possible, ce n'est pas conforme à l'identité républicaine de la France".
Q- "C'est dégueulasse d'instrumentaliser l'immigration avec les test ADN", dit-elle. Alors, elle a rectifié un petit peu, parce que, tout de suite, évidemment, de nombreux députés UMP ont réagi. Elle a rectifié en disant : "oui, mais à gauche, c'est comme à droite finalement, à gauche, lorsque la gauche était au pouvoir, elle n'a rien fait pour les quartiers"...Vous l'avez entendue ?
R- Oui, j'ai entendu, mais oui, parce qu'il fallait qu'elle s'en sorte. Donc, elle essaie de s'en sortir en attaquant aussi la gauche. Mais le mot, ce n'est pas cela qui me choque, on ne va pas faire un débat sur le mot "dégueulasse", ce serait vraiment ridicule, parce que si on fait le palmarès des mots parfois un peu limites de certains hommes ou femmes politiques, ce n'est pas F. Amara qui sera...
Q- Vous pensez à qui ?
R- Vous l'avez cité, ce matin, sur votre antenne, M. Devedjian, qui s'est indigné hier, donc il est presque ridicule. Non, ce n'est pas le sujet, le sujet c'est juste sur la question de fond. Il faut que ce test ADN soit supprimé parce qu'il est contraire à nos principes, tout simplement, et il soulève bien des interrogations, y compris dans la majorité d'ailleurs. Alors, sur la question que vous évoquiez, le plan banlieues, la gauche n'a rien fait sur les banlieues... Nous n'avons pas fait assez, cela c'est vrai. Et nous ne sommes pas près d'avoir terminé la rénovation des banlieues, redonner un espoir aux jeunes de ces quartiers. Mais moi je pose la question : à quoi sert le ministère de F. Amara ? C'est une vraie question. F. Amara est chargée de préparer une nouvelle loi sur les banlieues. Croyez-vous qu'on a besoin encore d'une loi ! Quand il y a un problème en France, on dit : on va faire une loi. C'est cela la vraie question qui m'intéresse. Donc, si j'ai l'occasion de croiser F. Amara, je lui dirais : "à quoi servez-vous ? Qu'est-ce que vous allez nous proposer". Parce qu'aujourd'hui, on connaît tout ce qu'il faut faire : réhabiliter les logements, mettre des services publics dans les quartiers, faire en sorte que les gens trouvent un travail, les former, que les offres d'emploi et les demandeurs d'emploi, notamment des jeunes, puissent se rencontrer, parce que souvent il y a des offres d'emploi et il n'y a personne qui veut les prendre. Donc, il faut relever ce défi, mais il faut des moyens, et il n'y a pas besoin d'une nouvelle loi pour cela. On sait ce qu'il faut faire.
Q- Alors, qu'allez-vous faire autour de cette loi sur l'immigration, sur le regroupement familial ? Allez-vous prendre de nouvelles initiatives ? Parce que, maintenant, il y a la commission mixte paritaire...
R- Oui, et puis après il y aura le vote définitif de l'Assemblée. Donc, nous continuons à mobiliser je dirais un mouvement d'opinion. Mais, si la majorité UMP vote quand même cet amendement, cet article, nous ferons un recours au Conseil constitutionnel, parce que nous pensons que nous avons des arguments à faire valoir.
Q- Vous annoncez donc ce matin, que vous ferez un recours devant le Conseil constitutionnel ?
R- Oui, on fera un recours devant le Conseil constitutionnel, mais pas seulement sur ce point, parce que dans ce projet de loi, qui concerne le regroupement familial, ce ne sont pas beaucoup de gens par an, c'est une vingtaine de milliers de personnes qui sont concernés par le regroupement familial, et qui veulent faire venir leur famille, parfois leur femme, parfois quelques enfants, et ce ne sont pas des millions de personnes, et des centaines de milliers de personnes. On risque de faire peur aux gens. Donc, le regroupement familial, le droit de vivre en famille, au bout de cinq, six ans, de travailler en France, vous êtes en situation régulière, et vous voulez vivre en famille. Vous voyez, par exemple, dans ce texte, il y a des restrictions très fortes aux couples mariés ; un Français marié avec une étrangère, ou une étrangère mariée avec un Français, il y a des limitations au regroupement des couples. Alors, voilà un sujet sur lequel nous allons faire aussi un recours au Conseil constitutionnel.
Q- Mais les tests ADN, quand on regarde le texte actuel, il n'y a plus grand-chose dedans ?
R- Raison de plus pour le supprimer si c'est ce que vous pensez, il n'y a pas besoin de le maintenir. Alors, si on le maintient, cela veut dire qu'on le maintient comme une sorte de drapeau : pour faire croire. Encore une fois, je dis la loi, ce n'est pas n'importe quoi la loi, elle doit s'appliquer à tous. Si la loi c'est uniquement de la communication, si c'est pour faire croire qu'on va résoudre un problème... J'ai été très choqué par ce qu'a dit le Premier ministre l'autre jour, il a dit que c'était pour régler le problème des demandes abusives des droits d'asile. Non ! Ce texte porte uniquement sur le regroupement familial, et on est en train de parler du problème général de l'immigration, qui est un problème, qu'il faut réguler, à la fois, par des lois nationales, mais...
Q- On attend vos propositions sur l'immigration, J.-M. Ayrault.
R- Mais vous savez, il y a plusieurs propositions : c'est de se mettre d'accord entre Européens, parce que, pour l'instant, nous n'avons pas beaucoup avancé au niveau de l'Europe, de l'Union européenne, sur des règles communes en matière d'immigration clandestine, de régulation des flux migratoires. Et il faut aussi que la France et l'Europe se mettent d'accord pour assurer ce qu'on appelle "le co-développement"...
Q- Oui, sauf que c'est difficile. Les Allemands ont besoin de main d'oeuvre parce que leur taux de natalité est très faible, donc, ils font
venir des immigrés. Nous, notre taux de natalité est plus fort, donc, on a peut-être moins besoin d'immigrés, et moins besoin d'immigration "choisie" ?
R- C'est possible qu'il y ait des besoins dans certains secteurs économiques, c'est un sujet qui est réel, mais, justement, il faut qu'on ait des règles communes, même s'il peut y avoir quelques différences dans l'application, mais des règles communes. Parce que l'immigration qui vient d'Afrique en particulier, c'est une immigration qui ne concerne pas que la France, elle concerne toute l'Europe ; l'Espagne est touchée, l'Italie est touchée. Donc, comment traiter ces questions si on n'en parle pas ensemble, si on n'agit pas ensemble, notamment, vis-à-vis des pays d'origine ? Parce que, dans les pays d'origine, c'est l'Afrique, c'est la misère, c'est parfois la guerre, il faut être beaucoup plus actifs sur ces questions, et pas simplement se contenter, comme l'a fait N. Sarkozy, d'un discours en Afrique, qui d'ailleurs a laissé des traces très négatives.
Q- EADS, maintenant. Allez-vous demander la création d'une commission d'enquête parlementaire ?
R- Oui, oui, nous rédigeons notre proposition de résolution, il y a urgence. Hier, j'étais à la commission des finances, nous avons auditionné le directeur du Trésor, le directeur de l'Agence de participation de l'Etat, et également le directeur de la Sogea (phon), la société qui porte les actions...
Q- ...Et A. Lagardère...
R- Nous n'avons pas de réponses assez précises à nos questions. Parce qu'il y a quand même quelque chose qui ne va pas. Quel a été le rôle de l'Etat ? Vous n'allez pas me faire croire- on ne va me faire croire - que l'Etat n'était pas au courant de ce qui s'est passé ! Les difficultés...
Q- Ce que dit T. Breton !
R- Oui, mais...
Q- Et c'est ce que dit le président de la CDC !
R- Peut-être, mais l'Etat ce n'est pas seulement eux, c'est tout un
ensemble : la présidence de la République, le Gouvernement. Vous
n'allez quand même imaginer que le ministère de l'Intérieur, qui a la
tutelle des Renseignements Généraux, ne sait pas...
Q- N. Sarkozy à l'époque...
R- ... ne sait pas ce qu'il se passe un certain nombre de choses anormales en matière d'achat, de revente d'actions, et qui peut conduire à des délits d'initiés.
Q- D de Villepin...
R- C'est métier du ministère de l'Intérieur, comme c'est celui de la Défense aussi. Parce que, la Défense c'est aussi la tutelle sur les industries de défense...
Q- Mais vous demandez à N. Sarkozy de s'expliquer sur EADS ?
R- Il ne faut pas qu'il y ait d'échappatoires. Il ne faut pas simplement que N. Sarkozy nous fasse une déclaration en disant : "C'est scandaleux, il y a un scandale, des gens qui se sont enrichis". Oui, c'est un scandale ! Mais derrière, est-ce que l'Etat, qui est à la fois actionnaire, et qui a aussi la mission de contrôler ce qui se passe en matière financière, a vraiment joué son rôle ? Et alors pour le savoir, une commission d'enquête parlementaire... J'espère qu'on ne nous dira pas "non", que la majorité ne nous dira pas "non", parce que c'est la meilleure façon. Là, on va interroger les gens sous serment, on peut enquêter sur pièce et sur place...
Q- Pourquoi ? La majorité pourrait s'y opposer, selon vous ?
R- Je ne sais pas. En tout cas, on verra, on verra. En tout cas, je pose la question. Mais je repose une autre question : dans quelques jours, aura lieu à Amsterdam l'Assemblée générale d'EADS. Et l'Etat français sera représenté. Et nous avons posé hier une question à l'Assemblée nationale à laquelle nous n'avons pas eu de réponse publique, de la ministre, Mme Lagarde : est-ce que l'Etat français, représenté par, je suppose des hauts fonctionnaires, a donné mandat pour renouveler le mandat d'administrateur d'A. Lagardère ? Nous n'avons pas eu la réponse hier à l'Assemblée nationale par la ministre, la responsable politique. Mais nous avons reposé la question à la commission des Finances, et les hauts fonctionnaires qui étaient là, nous ont dit : nous avons mandat du Gouvernement de voter pour le renouvellement d'A. Lagardère. Alors, je pose vraiment la question : quand on connaît les liens entre N. Sarkozy et A. Lagardère, qu'il qualifie de "[son] frère", "mon frère" !! Franchement, on est dans une sorte d'Etat UMP...
Q- Connivence ?
R- Oui, il y a connivence ! Mais cela ne va pas s'arrêter là. Vous avez entendu parler du dossier Areva, c'est-à-dire le constructeur de centrales nucléaires publiques français, où il est question de vendre cette entreprise à M. Bouygues. Ce n'est pas n'importe quoi Monsieur Bouygues, c'est aussi le patron de TF1. Donc, ce mélange des genres, je crois que c'est cela la vraie question, il faut la poser, nous la posons. Cette commission d'enquête va nous aider.
Q- On dirait F. Bayrou en vous écoutant !
R- Oui, très bien, s'il y a des convergences, il n'y a pas que la gauche qui peut penser cela. Je crois qu'il y a beaucoup de Français qui se posent des questions, et on veut la clarté. Et puis, là, j'ai l'impression qu'il y a une source de nuages de fumée. On voit beaucoup parler du scandale, et c'est un scandale, parce que, derrière c'est l'emploi industriel, ce sont des sites industriels en France et en Europe. Oui, c'est scandaleux, on fait le plan pour Power 8, on supprime des emplois, et puis pendant ce temps-là, il y a des gens qui s'enrichissement indûment. Mais il faut aller plus loin, c'est-à-dire, la politique industrielle de la France, et puis le mécano industriel, et puis le mécano politico-médiatique. Est-ce que tout cela est bien démocratique ? On va le savoir, en tout cas j'espère. On parle de nouveaux pouvoirs pour le Parlement, des réformes institutionnelles. Si on dit non à notre commission d'enquête, cela veut dire que tout cela aussi c'est de la poudre aux yeux.
Q- Pourquoi ne pas interdire aux grands patrons qui ont des contrats avec l'Etat, de posséder des médias ?
R- Cela fait partie de nos propositions. Nous proposons. Vous me demandez si on propose quelque chose. Nous proposons qu'une loi définisse les règles très précises...
Q- Vous allez déposer une proposition de loi ?
R- Absolument, nous y travaillons. Nous avons plusieurs fois interpellé le Gouvernement sur ce point, mais nous ferons des propositions concrètes.
Q- Et l'idée ?
R- L'idée, c'est de dire que toute entreprise qui bénéficie de commandespubliques de l'Etat...
Q- De fonds publics de l'Etat...
R- ...ne puisse pas être propriétaire d'un groupe de presse, parce que cela devient très inquiétant, il y a un risque pour l'indépendance des comités de rédaction. Et tout le monde le sait bien. Alors, nous avons proposé cela dans la réforme constitutionnelle. Lorsque nous sommes allés devant la commission Balladur, avec F. Hollande, nous avons fait cette proposition. Donc, vous voyez, on avance.
Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 octobre 2007
R- Je crois que c'est son problème maintenant. Elle a fait le choix d'entrer dans ce Gouvernement, celui de N. Sarkozy. Elle ne doit pas être vraiment surprise, parce que, dans la campagne présidentielle, il a été question de tous ces sujets, du ministère de l'Immigration ET de l'Identité nationale. Donc, déjà, d'entrée, moi ça m'a surpris, je la connais, c'est quelqu'un pour qui j'ai de l'estime. Mais là, je ne comprends pas ce qu'elle fait dans ce Gouvernement. Donc, la logique...
Q- Elle doit démissionner ?
R- C'est son problème maintenant. De toute façon, il y a un sujet qui est le test ADN pour contrôler le regroupement familial, pour des gens qui travaillent en France, et qui sont en situation régulière, il ne s'agit pas d'autre chose. Et c'est donc profondément choquant. Donc, nous, nous continuons la bataille pour que le test ADN soit supprimé de ce projet de loi, et cette bataille va continuer, parce qu'elle mobilise beaucoup de gens, pas seulement la gauche, mais beaucoup de scientifiques. Le Comité national d'éthique s'est prononcé contre. Et puis aussi les Eglises et beaucoup de gens de différentes obédiences qui ont dit "non, ce n'est pas possible, ce n'est pas conforme à l'identité républicaine de la France".
Q- "C'est dégueulasse d'instrumentaliser l'immigration avec les test ADN", dit-elle. Alors, elle a rectifié un petit peu, parce que, tout de suite, évidemment, de nombreux députés UMP ont réagi. Elle a rectifié en disant : "oui, mais à gauche, c'est comme à droite finalement, à gauche, lorsque la gauche était au pouvoir, elle n'a rien fait pour les quartiers"...Vous l'avez entendue ?
R- Oui, j'ai entendu, mais oui, parce qu'il fallait qu'elle s'en sorte. Donc, elle essaie de s'en sortir en attaquant aussi la gauche. Mais le mot, ce n'est pas cela qui me choque, on ne va pas faire un débat sur le mot "dégueulasse", ce serait vraiment ridicule, parce que si on fait le palmarès des mots parfois un peu limites de certains hommes ou femmes politiques, ce n'est pas F. Amara qui sera...
Q- Vous pensez à qui ?
R- Vous l'avez cité, ce matin, sur votre antenne, M. Devedjian, qui s'est indigné hier, donc il est presque ridicule. Non, ce n'est pas le sujet, le sujet c'est juste sur la question de fond. Il faut que ce test ADN soit supprimé parce qu'il est contraire à nos principes, tout simplement, et il soulève bien des interrogations, y compris dans la majorité d'ailleurs. Alors, sur la question que vous évoquiez, le plan banlieues, la gauche n'a rien fait sur les banlieues... Nous n'avons pas fait assez, cela c'est vrai. Et nous ne sommes pas près d'avoir terminé la rénovation des banlieues, redonner un espoir aux jeunes de ces quartiers. Mais moi je pose la question : à quoi sert le ministère de F. Amara ? C'est une vraie question. F. Amara est chargée de préparer une nouvelle loi sur les banlieues. Croyez-vous qu'on a besoin encore d'une loi ! Quand il y a un problème en France, on dit : on va faire une loi. C'est cela la vraie question qui m'intéresse. Donc, si j'ai l'occasion de croiser F. Amara, je lui dirais : "à quoi servez-vous ? Qu'est-ce que vous allez nous proposer". Parce qu'aujourd'hui, on connaît tout ce qu'il faut faire : réhabiliter les logements, mettre des services publics dans les quartiers, faire en sorte que les gens trouvent un travail, les former, que les offres d'emploi et les demandeurs d'emploi, notamment des jeunes, puissent se rencontrer, parce que souvent il y a des offres d'emploi et il n'y a personne qui veut les prendre. Donc, il faut relever ce défi, mais il faut des moyens, et il n'y a pas besoin d'une nouvelle loi pour cela. On sait ce qu'il faut faire.
Q- Alors, qu'allez-vous faire autour de cette loi sur l'immigration, sur le regroupement familial ? Allez-vous prendre de nouvelles initiatives ? Parce que, maintenant, il y a la commission mixte paritaire...
R- Oui, et puis après il y aura le vote définitif de l'Assemblée. Donc, nous continuons à mobiliser je dirais un mouvement d'opinion. Mais, si la majorité UMP vote quand même cet amendement, cet article, nous ferons un recours au Conseil constitutionnel, parce que nous pensons que nous avons des arguments à faire valoir.
Q- Vous annoncez donc ce matin, que vous ferez un recours devant le Conseil constitutionnel ?
R- Oui, on fera un recours devant le Conseil constitutionnel, mais pas seulement sur ce point, parce que dans ce projet de loi, qui concerne le regroupement familial, ce ne sont pas beaucoup de gens par an, c'est une vingtaine de milliers de personnes qui sont concernés par le regroupement familial, et qui veulent faire venir leur famille, parfois leur femme, parfois quelques enfants, et ce ne sont pas des millions de personnes, et des centaines de milliers de personnes. On risque de faire peur aux gens. Donc, le regroupement familial, le droit de vivre en famille, au bout de cinq, six ans, de travailler en France, vous êtes en situation régulière, et vous voulez vivre en famille. Vous voyez, par exemple, dans ce texte, il y a des restrictions très fortes aux couples mariés ; un Français marié avec une étrangère, ou une étrangère mariée avec un Français, il y a des limitations au regroupement des couples. Alors, voilà un sujet sur lequel nous allons faire aussi un recours au Conseil constitutionnel.
Q- Mais les tests ADN, quand on regarde le texte actuel, il n'y a plus grand-chose dedans ?
R- Raison de plus pour le supprimer si c'est ce que vous pensez, il n'y a pas besoin de le maintenir. Alors, si on le maintient, cela veut dire qu'on le maintient comme une sorte de drapeau : pour faire croire. Encore une fois, je dis la loi, ce n'est pas n'importe quoi la loi, elle doit s'appliquer à tous. Si la loi c'est uniquement de la communication, si c'est pour faire croire qu'on va résoudre un problème... J'ai été très choqué par ce qu'a dit le Premier ministre l'autre jour, il a dit que c'était pour régler le problème des demandes abusives des droits d'asile. Non ! Ce texte porte uniquement sur le regroupement familial, et on est en train de parler du problème général de l'immigration, qui est un problème, qu'il faut réguler, à la fois, par des lois nationales, mais...
Q- On attend vos propositions sur l'immigration, J.-M. Ayrault.
R- Mais vous savez, il y a plusieurs propositions : c'est de se mettre d'accord entre Européens, parce que, pour l'instant, nous n'avons pas beaucoup avancé au niveau de l'Europe, de l'Union européenne, sur des règles communes en matière d'immigration clandestine, de régulation des flux migratoires. Et il faut aussi que la France et l'Europe se mettent d'accord pour assurer ce qu'on appelle "le co-développement"...
Q- Oui, sauf que c'est difficile. Les Allemands ont besoin de main d'oeuvre parce que leur taux de natalité est très faible, donc, ils font
venir des immigrés. Nous, notre taux de natalité est plus fort, donc, on a peut-être moins besoin d'immigrés, et moins besoin d'immigration "choisie" ?
R- C'est possible qu'il y ait des besoins dans certains secteurs économiques, c'est un sujet qui est réel, mais, justement, il faut qu'on ait des règles communes, même s'il peut y avoir quelques différences dans l'application, mais des règles communes. Parce que l'immigration qui vient d'Afrique en particulier, c'est une immigration qui ne concerne pas que la France, elle concerne toute l'Europe ; l'Espagne est touchée, l'Italie est touchée. Donc, comment traiter ces questions si on n'en parle pas ensemble, si on n'agit pas ensemble, notamment, vis-à-vis des pays d'origine ? Parce que, dans les pays d'origine, c'est l'Afrique, c'est la misère, c'est parfois la guerre, il faut être beaucoup plus actifs sur ces questions, et pas simplement se contenter, comme l'a fait N. Sarkozy, d'un discours en Afrique, qui d'ailleurs a laissé des traces très négatives.
Q- EADS, maintenant. Allez-vous demander la création d'une commission d'enquête parlementaire ?
R- Oui, oui, nous rédigeons notre proposition de résolution, il y a urgence. Hier, j'étais à la commission des finances, nous avons auditionné le directeur du Trésor, le directeur de l'Agence de participation de l'Etat, et également le directeur de la Sogea (phon), la société qui porte les actions...
Q- ...Et A. Lagardère...
R- Nous n'avons pas de réponses assez précises à nos questions. Parce qu'il y a quand même quelque chose qui ne va pas. Quel a été le rôle de l'Etat ? Vous n'allez pas me faire croire- on ne va me faire croire - que l'Etat n'était pas au courant de ce qui s'est passé ! Les difficultés...
Q- Ce que dit T. Breton !
R- Oui, mais...
Q- Et c'est ce que dit le président de la CDC !
R- Peut-être, mais l'Etat ce n'est pas seulement eux, c'est tout un
ensemble : la présidence de la République, le Gouvernement. Vous
n'allez quand même imaginer que le ministère de l'Intérieur, qui a la
tutelle des Renseignements Généraux, ne sait pas...
Q- N. Sarkozy à l'époque...
R- ... ne sait pas ce qu'il se passe un certain nombre de choses anormales en matière d'achat, de revente d'actions, et qui peut conduire à des délits d'initiés.
Q- D de Villepin...
R- C'est métier du ministère de l'Intérieur, comme c'est celui de la Défense aussi. Parce que, la Défense c'est aussi la tutelle sur les industries de défense...
Q- Mais vous demandez à N. Sarkozy de s'expliquer sur EADS ?
R- Il ne faut pas qu'il y ait d'échappatoires. Il ne faut pas simplement que N. Sarkozy nous fasse une déclaration en disant : "C'est scandaleux, il y a un scandale, des gens qui se sont enrichis". Oui, c'est un scandale ! Mais derrière, est-ce que l'Etat, qui est à la fois actionnaire, et qui a aussi la mission de contrôler ce qui se passe en matière financière, a vraiment joué son rôle ? Et alors pour le savoir, une commission d'enquête parlementaire... J'espère qu'on ne nous dira pas "non", que la majorité ne nous dira pas "non", parce que c'est la meilleure façon. Là, on va interroger les gens sous serment, on peut enquêter sur pièce et sur place...
Q- Pourquoi ? La majorité pourrait s'y opposer, selon vous ?
R- Je ne sais pas. En tout cas, on verra, on verra. En tout cas, je pose la question. Mais je repose une autre question : dans quelques jours, aura lieu à Amsterdam l'Assemblée générale d'EADS. Et l'Etat français sera représenté. Et nous avons posé hier une question à l'Assemblée nationale à laquelle nous n'avons pas eu de réponse publique, de la ministre, Mme Lagarde : est-ce que l'Etat français, représenté par, je suppose des hauts fonctionnaires, a donné mandat pour renouveler le mandat d'administrateur d'A. Lagardère ? Nous n'avons pas eu la réponse hier à l'Assemblée nationale par la ministre, la responsable politique. Mais nous avons reposé la question à la commission des Finances, et les hauts fonctionnaires qui étaient là, nous ont dit : nous avons mandat du Gouvernement de voter pour le renouvellement d'A. Lagardère. Alors, je pose vraiment la question : quand on connaît les liens entre N. Sarkozy et A. Lagardère, qu'il qualifie de "[son] frère", "mon frère" !! Franchement, on est dans une sorte d'Etat UMP...
Q- Connivence ?
R- Oui, il y a connivence ! Mais cela ne va pas s'arrêter là. Vous avez entendu parler du dossier Areva, c'est-à-dire le constructeur de centrales nucléaires publiques français, où il est question de vendre cette entreprise à M. Bouygues. Ce n'est pas n'importe quoi Monsieur Bouygues, c'est aussi le patron de TF1. Donc, ce mélange des genres, je crois que c'est cela la vraie question, il faut la poser, nous la posons. Cette commission d'enquête va nous aider.
Q- On dirait F. Bayrou en vous écoutant !
R- Oui, très bien, s'il y a des convergences, il n'y a pas que la gauche qui peut penser cela. Je crois qu'il y a beaucoup de Français qui se posent des questions, et on veut la clarté. Et puis, là, j'ai l'impression qu'il y a une source de nuages de fumée. On voit beaucoup parler du scandale, et c'est un scandale, parce que, derrière c'est l'emploi industriel, ce sont des sites industriels en France et en Europe. Oui, c'est scandaleux, on fait le plan pour Power 8, on supprime des emplois, et puis pendant ce temps-là, il y a des gens qui s'enrichissement indûment. Mais il faut aller plus loin, c'est-à-dire, la politique industrielle de la France, et puis le mécano industriel, et puis le mécano politico-médiatique. Est-ce que tout cela est bien démocratique ? On va le savoir, en tout cas j'espère. On parle de nouveaux pouvoirs pour le Parlement, des réformes institutionnelles. Si on dit non à notre commission d'enquête, cela veut dire que tout cela aussi c'est de la poudre aux yeux.
Q- Pourquoi ne pas interdire aux grands patrons qui ont des contrats avec l'Etat, de posséder des médias ?
R- Cela fait partie de nos propositions. Nous proposons. Vous me demandez si on propose quelque chose. Nous proposons qu'une loi définisse les règles très précises...
Q- Vous allez déposer une proposition de loi ?
R- Absolument, nous y travaillons. Nous avons plusieurs fois interpellé le Gouvernement sur ce point, mais nous ferons des propositions concrètes.
Q- Et l'idée ?
R- L'idée, c'est de dire que toute entreprise qui bénéficie de commandespubliques de l'Etat...
Q- De fonds publics de l'Etat...
R- ...ne puisse pas être propriétaire d'un groupe de presse, parce que cela devient très inquiétant, il y a un risque pour l'indépendance des comités de rédaction. Et tout le monde le sait bien. Alors, nous avons proposé cela dans la réforme constitutionnelle. Lorsque nous sommes allés devant la commission Balladur, avec F. Hollande, nous avons fait cette proposition. Donc, vous voyez, on avance.
Source:premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 octobre 2007