Texte intégral
Messieurs,
Mes chers amis,
Je voudrais dabord, en prenant la parole devant vous, massocier à la peine des habitants de Château-du-Loir, de la famille de Daniel Macheton, de tous les élus de la Sarthe. Comme beaucoup dentre vous, des souvenirs du maire de Château-du-Loir me sont revenus en mémoire ce matin : des souvenirs des débats au conseil général, des souvenirs de débats sur la déviation de Château-du-Loir, ou encore des souvenirs dinauguration de foires au vin, dans cette vallée du Loir quil aimait tant.
La journée commence pas trop mal pour la France enfin, cela dépend pour qui, notamment dans ma famille, mais quand il y a des bonnes nouvelles, autant les prendre ! Je voudrais remercier Marc Joulaud et Jean-Carl Grelier, qui mont invité à votre congrès. Cest la troisième fois que jy participe, depuis que jai lhonneur et la charge de diriger le Gouvernement de notre pays. Jai accepté cette invitation, je vous le dis tout de suite, pas par nostalgie, mais parce que je sais quauprès de vous je retrouve lesprit de responsabilité, lesprit de consensus qui anime les élus locaux. Et je suis fier de dire que cet esprit de consensus, cet esprit de responsabilité, il est particulièrement vrai dans le département de la Sarthe.
Il y a une sorte de modèle sarthois de tolérance, de respect, et de recherche de lefficacité. Alors cela ne signifie pas quil ny ait pas des débats entre nous. Et chacun ici a encore en mémoire les discours enflammés dYvon Luby, ou les passes darmes entre Jean-Claude Boulard et Roland Du Luart, ou encore celles entre Robert Jarry et moi-même. Mais je crois pouvoir dire que nous avons toujours su mettre de côté nos différends lorsque vraiment lessentiel était en jeu : lorsquil a fallu se serrer les coudes pour sauver des emplois, ou pour accueillir de nouveaux investisseurs ; lorsquil a fallu surmonter les oppositions par exemple à la réalisation dune autoroute indispensable au désenclavement de notre région ; ou encore protéger le patrimoine mondial que représente la course des 24 heures du Mans ; ou assurer le développement de notre capital départemental.
Je veux dire que ce modèle, ce modèle de respect, ce modèle de recherche de consensus, cest un modèle qui serait bien utile à notre pays par les temps qui courent.
En effet, mes chers amis, nous ne sommes pas dans ce quon pourrait appeler un faux plat de lhistoire ; mais nous sommes sur une crête, qui est terriblement exposée. Et aujourd'hui, tout est possible, le meilleur comme le pire. Si nous ne sommes pas seuls à partager une angoisse de lavenir, puisque la crise que nous affrontons est une crise au moins européenne, nous sommes seuls comptables de nos actes pour y faire face.
En 2008 nous avons connu une sévère crise financière, qui a été déclenchée par la faillite dune banque. Nous y avons fait face, et nous y avons fait face, si vous vous en souvenez bien, non pas par des décisions techniques, mais par un acte politique. Ce qui permet dailleurs de dire à tous ceux qui pensent que la politique na plus son rôle à jouer dans lhistoire, et que désormais le monde est mené par la finance, par les techniques, par des mécanismes qui nous échappent, nont pas complètement raison même si naturellement, il y a toujours une compétition entre les systèmes, entre les économies et entre les actes politiques.
Mais en 2008, cest un acte politique qui a stoppé la crise financière. Et cet acte politique, il est venu dEurope, et il est venu notamment, largement, de la France et de la Grande-Bretagne. Cet acte politique a consisté à dire : Il ny aura pas de faillite de banque en Europe, parce que les Etats ne laisseront pas tomber les banques. Nous avons engagé ensuite, à linitiative de la France, un effort de réforme du capitalisme mondial, et un effort de régulation du système financier. Cet effort, qui est en cours et qui est loin dêtre achevé, il a déjà donné des fruits : il y a moins de paradis fiscaux aujourd'hui quil y en avait. Les autorités de régulation se coordonnent mieux dans le monde ; les règles prudentielles ont été renforcées pour les banques.
Et dans quelques jours, à Cannes, la France qui accueillera les membres du G20, cherchera à convaincre ses partenaires daller plus loin. Daller plus loin sur les parités monétaires : comment peut-on continuer à fonctionner avec un système où la valeur des monnaies ne reflète pas la réalité des économies ? Comment aller plus loin sur la régulation des prix des matières premières : lénergie, dabord, mais les produits agricoles aussi. Comment aller plus loin sur le financement par une taxe sur les flux financiers du développement et de la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays les plus pauvres qui nont évidemment pas les moyens de satisfaire les exigences que nous nous sommes collectivement fixées.
Mais je veux vous dire que nous aurions tort de croire, et nous avons eu tort de croire, que la crise de 2008 allait pouvoir être résolue, et quau fond cétait une crise financière, une crise technique. Cétait une crise, cest une crise de civilisation. Cest la crise de la civilisation européenne, qui a choisi de vivre à crédit. Depuis 30 ans, nous assistons à un mouvement de montée en puissance de ce quon appelle les pays émergents. Cela nest pas une nouveauté, cela nest pas une découverte. Nous avons dailleurs sans cesse commenté, analysé ce phénomène. Mais la vérité, cest que nous nen avons tiré aucune conséquence pour nous-mêmes. Et aujourd'hui, il est faux de dire que le monde est en train de changer le monde nest pas en train de changer : il a déjà changé. Et nous, nous ne lavons pas vu.
Cest ce quon appelle la mondialisation, contre laquelle certains voudraient dresser de nouvelles lignes Maginot.
Et vous savez, la mondialisation, dabord ce nest pas un phénomène nouveau : cest juste le mouvement de lhistoire, qui fait que des civilisations naissent, quand dautres déclinent. Les Chinois, les Indiens, les Coréens, les Brésiliens, demain je lespère les pays du Printemps arabe, lAfrique, réclament ou réclameront leur dû. Et je veux dire quil est inutile et quil est injuste de parler de compétition déloyale. Est-ce que vous croyez quelle était loyale, la compétition, quand nous exploitions leurs richesses naturelles, pour les transformer chez nous en biens de consommation, quon leur revendait ensuite ?
Devant ce mouvement, qui est un mouvement inéluctable, qui naturellement doit être régulé, nous aurions dû transformer notre société, nous aurions dû réorganiser notre organisation publique ; nous aurions dû faire appel à lesprit de responsabilité de chacun, plutôt que de toujours promettre plus dassistance et plus dintervention publique. Mais nous ne lavons pas fait. Alors nous nous sommes endettés.
Nous avons perdu une partie de notre richesse je parle de lensemble des pays européens , du fait de la concurrence, mais nous navons rien changé à notre façon de vivre. Eh bien, aujourd'hui, lheure de vérité sonne. Et quand on a, ce qui est notre cas, 1.600 milliards de dettes, je vous dis, ce nest pas utile de sen prendre aux autres. Ce nest pas utile de sen prendre aux agences de notation, même si naturellement, on peut faire toutes les critiques sur leur action. Ce nest pas utile de sen prendre aux banquiers. Ce nest pas utile de sen prendre aux spéculateurs, ou à je ne sais quels boucs émissaires. Cela nest pas utile non plus de faire croire quil y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques.
Bien sûr, aucun système fiscal nest juste. Bien sûr, nous devons toujours tendre à plus de justice dans la répartition de leffort et il y a sûrement encore beaucoup à faire. Mais quand on a le record mondial, avec deux ou trois autres pays, de la dépense publique par habitant, quand on a le record mondial des prélèvements obligatoires par rapport à la richesse produite, vous savez, il ny a pas dautre recette pour réduire lendettement que de réduire les dépenses. Et je vous demande de retenir ce que je vous dis, de vous en souvenir dans les prochaines années, parce que cest une réalité qui est incontournable. Cest une réalité qui simposera à tous ceux qui auront la lourde charge de conduire les destinées de notre pays pour les vingt ans qui viennent.
Jai depuis longtemps attiré lattention sur cette situation. Jai écrit que la France pouvait supporter la vérité. Et depuis 2008, depuis la crise qui a aggravé nos déséquilibres, je conduis sous lautorité du président de la République une politique difficile, qui vise à ramener notre pays vers léquilibre budgétaire, sans casser les moteurs déjà fragiles de la croissance.
En 2010 et en 2011, nous aurons divisé par trois le rythme de progression des dépenses publiques. Entre 2010 et 2011, le déficit est passé de 148,8 milliards à 95,5 milliards deuros. Et il sera encore réduit de 15 % en 2012.
Entre 2011 et 2012, cest une réduction de 45 milliards deuros que nous allons réaliser, la moitié sur des économies de dépenses, et lautre moitié sur des recettes complémentaires, par la réduction de niches fiscales et sociales. Le budget 2012 sera lun des budgets les plus rigoureux que notre pays ait connu depuis 1945.
Grâce à ces efforts, grâce aux réformes que nous avons engagées, nous restons lun des dix pays au monde avec la meilleure crédibilité financière. Je veux vous dire que cest un atout que nous devons préserver à tout prix. Parce que cest un atout qui nous permet de financer notre dette à un coût relativement faible. Nous empruntons aujourd'hui, pour financer ces 1.600 milliards que jévoquais, autour de 2 %, un peu plus de 2 % quand une grande partie de nos voisins européens le font à 5 %, et plus. A 2 %, nous avons 45 milliards dintérêts à payer chaque année, pour notre dette. 45 milliards ! Vous imaginez ce que ce serait si nos taux dintérêts passaient de 2 à 4, à 5 ou à 6 % !
Le triple A de la France, cest le résultat des efforts que nous avons engagés. La réforme des retraites, cest 30 milliards de dépenses de moins dici 2016. La modernisation de lEtat, cest déjà 15 milliards déconomies depuis quatre ans. La rationalisation de la carte militaire, de la carte judiciaire, de loffre de soins, le non remplacement dun fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce sont des mesures difficiles, ce sont des mesures qui font grincer des dents, mais ce sont des mesures qui simposent à tous. Et je veux dire que les collectivités locales ne peuvent pas échapper à cet effort de réduction de la dépense. Elles lont dailleurs fait : elles lont fait depuis 2008 avec le gel des dotations de lEtat, avec la réforme de la taxe professionnelle, et avec la réforme territoriale.
Je veux dire un mot sur cette réforme territoriale. Nous en avions débattu, il y a deux ans, à Château-du-Loir. La plupart des pays européens ont choisi des méthodes radicales pour réorganiser leurs territoires. Et vous le savez bien, vous qui avez souvent des relations avec dautres pays européens : les Allemands, les Espagnols, les Italiens ont regroupé leurs communes dans des ensembles de plusieurs souvent dizaines de milliers dhabitants. Ils ont développé une décentralisation qui est basée sur des grandes régions fortes et autonomes. Mais chacun a son histoire, chacun a sa culture, et chacun a sa méthode. Nous, nous avons opté pour des regroupements volontaires, et pour la mise en place dune véritable synergie entre départements et régions, par la création du conseiller territorial. Alors lhistoire nous reprochera peut-être de ne pas avoir été plus ambitieux ; mais il y a une chose dont je suis certain, cest que lhistoire ne nous reprochera pas davoir engagé ce mouvement de rationalisation.
Aujourd'hui, beaucoup délus et jimagine que cest ce que vous avez fait tout à lheure me demandent plus de temps, plus de concertation, plus danalyses, plus de simulations, pour conduire ces réformes ; ils ont raison. Et je veux dire que compte tenu de la méthode que nous avons choisie, compte tenu de ce quest notre pays, de ce quest notre territoire, de ce que sont les liens entre nos collectivités, nous ne sommes pas à quelques mois près. Jai toujours dit dailleurs et je lavais dit à Château-du-Loir, je men souviens que je ne croyais pas à la pérennité des mariages forcés. Nous allons donc prendre le temps nécessaire pour réussir à dessiner une nouvelle carte de lintercommunalité. Partout où des solutions consensuelles apparaîtront, il faudra aller de lavant ; partout où il y aura des oppositions, jai demandé aux préfets de reprendre le travail, de reprendre la concertation, de se donner des délais. La date du 31 décembre qui dailleurs, je le rappelle pour la petite histoire, avait été imposée au Gouvernement par le Parlement, contre son avis est une date que nous ne respecterons pas car il ny a aucune raison de se fixer un objectif aussi contraignant.
Dans la Sarthe, le schéma de coopération intercommunale est actuellement en discussion, au sein de la commission départementale. Je sais que vos travaux avancent dans un esprit de conciliation et de recherche de lintérêt général. Pour autant, et cest naturel, toutes les difficultés ne sont pas aplanies. Plusieurs questions sont au centre des débats. Dabord, quelle est la place que doit occuper notre ville capitale ? Jusquoù faut-il étendre lagglomération du Mans, dont personne ne peut nier le poids économique, démographique, dans notre département ? Ensuite, quelle place faut-il réserver aux petites structures, dont la population et le potentiel financier natteignent pas une masse suffisante pour assurer les services attendus de la population ? Et enfin, quel avenir devons nous envisager pour les territoires plus isolés, éloignés des principaux axes de communication ?
Sur chacun de ces sujets, je connais vos préoccupations. Ce que je veux vous dire mais je ne vous apprendrai rien , cest que la coopération intercommunale ne peut pas se réduire à des rapports de forces dans un schéma, ni à organiser lesprit de clocher. La vérité, cest quon ne dessine pas des communautés pour lavenir en fonction des amitiés ou des inimitiés des uns et des autres.
Nos communes ont plusieurs siècles dhistoire, et les communautés que nous créons existeront bien après que nous aurons disparu. Nous devons donc bâtir pour lavenir. Il sagit de répondre au mieux à nos enjeux de développement : la gestion cruciale des espaces et du foncier, lorganisation des moyens de transport, la question de lattractivité. Quel gain collectif réalisons-nous lorsque nous créons des zones dactivités concurrentes à quelques kilomètres de distance ? Quel gain collectif faisons-nous quand des lotissements restent vides parce que trop proches les uns des autres, et trop peu concertés ? Enfin, quel gain collectif faisons-nous quand la population se détourne de services publics trop peu financés et éloignés de leur niveau dexigence ?
On peut prendre tout le temps quil faut à la discussion, mais il faut vraiment quon ait à cur de construire des ensembles qui soient des ensembles cohérents, qui correspondent à la réalité, qui correspondent aux aspirations des populations, qui correspondent à la géographie. Ce nest pas parce quon naime pas le maire de la commune dà côté quil ne faut pas envisager détendre la communauté de communes. Ce nest pas parce quon ne partage pas les mêmes options politiques ; ce nest pas parce quil y a le débat entre lagglomération mancelle et les communes rurales, ce ne sont pas des raisons qui doivent nous conduire dans nos réflexions. Vous savez, on ne fait pas couler la rivière à lenvers. Et donc, si les populations ne veulent pas des schémas quon met en place, on pourra toujours créer toutes les structures quon voudra, elles ne fonctionneront pas. Notre devoir, cest de trouver les bonnes structures au bon niveau, pour apporter au mieux les services dont notre population a besoin. Et je compte sur votre participation active pour que nous parvenions aux améliorations que nous avons voulues, dans le cadre du calendrier, des souplesses de calendrier que je viens dindiquer.
Sur la question des financements, plusieurs dentre vous mont fait part des difficultés quils rencontraient pour trouver des financements bancaires pour leurs investissements. Ce sont dailleurs des demandes qui ont été relayées au plan national par les associations délus, à commencer par lAssociation des Maires de France. Jai donc immédiatement demandé à la Caisse des Dépôts de mettre 3 milliards deuros à la disposition des collectivités locales pour financer leurs prêts, dici la fin de cette année. Lobjectif, cest que les projets dinvestissements qui correspondent à des besoins réels, et qui sont compatibles avec lassise financière des collectivités, soient financés. Le dispositif que nous mettons en place sinspire très largement de ce quon avait fait en 2008, où il y avait déjà une crise des liquidités qui empêchait les banques de prêter aux collectivités locales. Ce dispositif sera effectif dès la semaine prochaine, puisque les premières adjudications auront lieu la semaine prochaine.
Mais au-delà de cette réponse, qui est simplement une réponse conjoncturelle, pour faire face à un blocage de crédits qui est lié à la crise financière, il faut que nous apportions des solutions durables, des solutions structurelles à la transformation du paysage des collectivités locales. Ce paysage du financement des collectivités locales change, il change pour deux raisons : dabord, les nouvelles réglementations bancaires internationales, et enfin, ensuite, les difficultés de la banque DEXIA difficultés qui avaient démarré en 2008 avec la crise financière, et qui nous ont conduit ces derniers jours à engager une restructuration profonde de cet établissement. Cette restructuration qui a été engagée par les gouvernement belge, français et luxembourgeois, va nous donner loccasion de franchir un pas très important : nous allons constituer un pôle public de financement des territoires, autour de la BANQUE POSTALE et de la Caisse des Dépôts, qui sera désormais linterlocuteur privilégié de vos collectivités pour vous offrir les prêts bancaires dont vous avez besoin pour votre développement, sous la forme dune offre de financement que nous veillerons à maintenir simple et transparente, pour ne pas retrouver les errements qui ont été commis depuis près de vingt ans par notamment le groupe DEXIA.
Ce pôle sera une référence sur le marché du financement des collectivités locales. En 2008, quand nous étions venus au secours de DEXIA, nous avions installé une nouvelle direction à la tête de cet établissement, et létablissement avait rompu avec les pratiques du passé dont les collectivités sétaient plaintes. Nous avons sans relâche multiplié les efforts pour assainir le marché, en mettant en place des contrôles renforcés de lAutorité de contrôle prudentiel, pour réglementer les emprunts structurés. Aujourd'hui nous allons plus loin, en installant au cur de lactivité de financement des collectivités un établissement dont loffre de prêts, loyale et adaptée aux besoins des collectivités, constituera une référence de bonnes pratiques sur le marché.
Comme vous, je trouve anormal quun projet lorsquil est viable et utile, quil est porté par une collectivité saine ne trouve pas de partenaires bancaires. Malheureusement, je connais aujourdhui de nombreux exemples de cette situation y compris dans notre département. Je veux vous dire que le préfet et le directeur de la Banque de France sont à votre disposition pour vous aider chaque fois quune situation de ce type se présentera. La détermination de lEtat à faire front aux côtés des collectivités territoriales est intacte mais pour autant, notre action ne les exonère pas de la nécessité pardon de me répéter de maîtriser leurs dépenses et de réduire leur endettement.
Je voudrais dire un mot de la question de la santé en zone rurale. Jai inauguré la semaine dernière en Indre-et-Loire une maison de santé, ce qui ma dailleurs permis de rappeler aux habitants dIndre-et-Loire que la première maison de santé a été créée au début des années 50 pardon pour le maire de La Ferté-Bernard à Sablé-sur-Sarthe. Sur ce sujet, vous êtes nombreux à mavoir fait part de vos inquiétudes, de vos initiatives à commencer justement par le maire de La Ferté-Bernard. Bon, cest un fait : le nombre des médecins libéraux ne cesse de décliner dans notre département. Entre 2002 et 2011, le nombre des médecins généralistes a baissé de 4,8% alors même quil augmentait de 5 % dans la région des Pays-de-la-Loire ; avec 459 médecins, nous ne comptons plus que 13 % des effectifs régionaux, ce qui ne correspond évidemment pas à notre poids démographique. A la suite de Roland du Luart et de Pierre Hellier, je sais que Jean-Marie Geveaux sest emparé du sujet en sattachant à fidéliser les étudiants de médecine dans la Sarthe.
Cest une approche essentielle qui nen est quà ses débuts et que nous aurons à installer dans la durée. Nous avons mis en place un dispositif dont jai signé dailleurs la première mise en uvre la semaine dernière qui permet en attribuant des bourses à des étudiants en médecine dobtenir en échange un contrat de durée dexercice dans les territoires de notre département. Dans la même logique, louverture dune première année détude de médecine à luniversité du Maine à laquelle jai donné mon feu vert il y a trois ans contribue à assurer la formation de médecins attachés à notre département.
Nous avons encore bien des projets à mener, au service de notre département ; je veux dire que si son modèle de développement lui a réussi, il faut rester ambitieux pour la Sarthe et former encore davantage nos structures publiques. On a beaucoup parlé de la place privilégiée de la Sarthe dans la géographie française, sa proximité de lÎle-de-France, son cadre rural préservé qui sait en même temps accueillir des grandes infrastructures, qui sait préserver un tissu industriel dynamique, son excellente desserte tant routière que ferroviaire et malgré cela, un développement maîtrisé et un foncier qui reste encore accessible. Mais il faut bien dire que ces atouts, la Sarthe nest plus seule à en disposer .Dautres régions séquipent, je pense notamment au développement du réseau TGV qui dessert Reims aujourdhui, qui desservira Laval demain. Quand toutes les régions sont en compétition pour attirer de lactivité, alors, limmobilisme est mortifère. Notre territoire doit se structurer et il doit se structurer pour répondre aux enjeux dune compétition économique dans laquelle il a toute sa place.
Depuis 2007, lEtat en Sarthe a pris toute sa part à leffort de réforme. Vous savez que jy ai personnellement veillé. Je pense au Mans, au regroupement immobilier afin que lensemble des administrations de lEtat soit réunie sur le site de lancienne école de gendarmerie, plus de 1 000 fonctionnaires regroupés ; ce sont des économies de gestion mais ce sont aussi de meilleures conditions de travail et ce sont aussi des passerelles faciles entre les ministères. Dans la même logique, le nouveau commissariat du Mans sera localisé à proximité immédiate du groupement de gendarmerie de manière à mutualiser les moyens techniques. En dehors du Mans aussi, nous avons conduit des réorganisations utiles, pas toujours faciles, la réforme progressive de la carte des trésoreries ou bien la fermeture de trop petites brigades de gendarmerie notamment à Précigné dans la communauté de communes de Sablé qui permet dailleurs en contrepartie de déployer plusieurs gendarmes supplémentaires sur le terrain.
Depuis près de quatre ans, je mefforce dêtre à vos côtés pour accroître la compétitivité de notre territoire. Cest ce que nous avons réussi à faire en investissant dans lenseignement supérieur notamment à luniversité du Maine, en soutenant un maillage hospitalier de qualité qui, certes, permet de faire émerger un hôpital de référence au Mans mais qui permet dassurer un égal accès aux soins de tous sur le territoire sarthois en améliorant encore le réseau de transports. Ce fut le cas quand lEtat a participé au financement de la seconde ligne de tramway, Monsieur le maire du Mans, et à celui du bus de haut niveau de service entre Allonnes et Le Mans. Ce fut aussi le cas sur les aménagements liés à la nouvelle ligne à grande vitesse vers Rennes. Il y a deux ans, à Château-du-Loir, je vous avais annoncé la mise en place du fonds de solidarité territoriale pour venir en aide aux communes dont le territoire est concerné par la construction de la ligne à grande vitesse sans pour autant profiter dune amélioration de la desserte. Ce projet a été profondément remanié à la suite de vos demandes, à la suite des demandes des élus qui trouvaient la première mouture du texte trop complexe et trop centralisatrice. Voilà, comme quoi, vous voyez quà Matignon, il marrive parfois dêtre le porte-parole du maire dAuvers-le-Hamon !
Mesdames et Messieurs, depuis près de cinq années, je place toute ma force au service de notre pays et cela sans oublier doù je viens et à qui je le dois. Je ne sais pas si jai été en tout point fidèle à vos espérances. Et je vois bien les inquiétudes des Français qui depuis 2008 subissent les effets de la crise. Gouverner la France en temps de croissance, cest déjà difficile, mais la gouverner en période de crise économique et financière, ça lest encore plus. Je me suis efforcé dagir avec sincérité en suivant lidée que je me fais de notre intérêt national.
Je veux vous dire que ma façon de faire de la politique, vous le savez, je lai apprise en Sarthe. La politique, ce nest pas un jeu. Cest quelque chose de grave. Cest quelque chose qui au fond engage notre pays et qui touche la vie de tous nos concitoyens. Ici dans la Sarthe, nous le savons bien, celui qui se prête au jeu des paillettes et des coups médiatiques est assez rapidement remis à sa place.
Il y a une chose importante que le mandat de maire nous apprend plus que tout, cest que le seul juge, ce sont les électeurs. Le seul juge, ce sont les citoyens qui vous côtoient tous les jours. La politique des coulisses, avec ses ficelles, avec ses petits arrangements, je la fuis. Je la fuis tout simplement parce que la légitimité ne se construit pas là. La légitimité dépend des Français et deux seuls ; personne nest propriétaire de son poste, personne nest propriétaire de son mandat. En République, ce sont les électeurs qui décident ou non de vous faire confiance. Je suis parfois inquiet de voir combien lengagement politique qui est actuellement décrié, soupçonné, méprisé parfois, je veux dire que cest injuste parce quil y a de la noblesse dans le service de nos concitoyens. Cest injuste mais pour autant, il revient aux responsables publics de ne pas prêter le flanc à la critique en faisant de la politique une simple affaire de pouvoir.
Dans notre département, une chose est essentielle, je veux le redire, cest quau-delà des divergences politiques, au-delà des différences territoriales, nous avons toujours su nous rassembler et travailler ensemble pour servir lintérêt général. Notre territoire a construit sa tradition politique dans le respect et dans la recherche du consensus. Jamais quelles que soient nos divergences, la politique na sombré dans lagression ou dans linvective et de cela, je suis certain que les Sarthois nous sont reconnaissants. Ce qui compte, cest le bien public bien plus que les partis. Et ce qui importe, ce sont les idées, ce sont les débats, ce sont les projets qui font avancer le progrès.
Cest avec ces valeurs qui sont nos valeurs que jassume mes fonctions de chef du gouvernement. Bon, il est probable quau bout de cinq ans, mon bail arrive à son terme ! Les élections approchent, jai dit quaux législatives de 2012, je solliciterai la confiance des Parisiens. Mais je veux que vous le sachiez, je suis fier de mes racines sarthoises et je ne les romprai jamais car je les porte en moi. Après trente ans daction publique dans notre département, je ressens la nécessité de passer la main, de laisser une nouvelle génération apporter sa compétence, son enthousiasme, sa fraîcheur à lengagement politique. Je lai fait en 2001 en quittant à regret dailleurs je le dis la mairie de Sablé où jai tout appris, où jai toutes mes références, où mon cur est resté attaché, je ne le regrette pas et il semble que vous non plus dailleurs puisque vous avez choisi mon successeur pour présider votre association. Je pense que, dans la vie, il faut se fixer de nouveaux défis. Et je pense que lon est moins utile lorsque lon parcourt sans cesse les mêmes chemins. Voilà, cela nest pas une décision facile et jespère que vous maccorderez le bénéfice de la sincérité. Quoi quil en soit, je voudrais vous dire que je serai toujours avec vous parce quon ne tranche pas sa vie : on la construit par étapes dans la fidélité et dans la continuité.
Voilà, mes chers amis, ce que je voulais vous dire ce soir en toute confiance.
Source http://www.gouvernement.fr, le 17 octobre 2011
Mes chers amis,
Je voudrais dabord, en prenant la parole devant vous, massocier à la peine des habitants de Château-du-Loir, de la famille de Daniel Macheton, de tous les élus de la Sarthe. Comme beaucoup dentre vous, des souvenirs du maire de Château-du-Loir me sont revenus en mémoire ce matin : des souvenirs des débats au conseil général, des souvenirs de débats sur la déviation de Château-du-Loir, ou encore des souvenirs dinauguration de foires au vin, dans cette vallée du Loir quil aimait tant.
La journée commence pas trop mal pour la France enfin, cela dépend pour qui, notamment dans ma famille, mais quand il y a des bonnes nouvelles, autant les prendre ! Je voudrais remercier Marc Joulaud et Jean-Carl Grelier, qui mont invité à votre congrès. Cest la troisième fois que jy participe, depuis que jai lhonneur et la charge de diriger le Gouvernement de notre pays. Jai accepté cette invitation, je vous le dis tout de suite, pas par nostalgie, mais parce que je sais quauprès de vous je retrouve lesprit de responsabilité, lesprit de consensus qui anime les élus locaux. Et je suis fier de dire que cet esprit de consensus, cet esprit de responsabilité, il est particulièrement vrai dans le département de la Sarthe.
Il y a une sorte de modèle sarthois de tolérance, de respect, et de recherche de lefficacité. Alors cela ne signifie pas quil ny ait pas des débats entre nous. Et chacun ici a encore en mémoire les discours enflammés dYvon Luby, ou les passes darmes entre Jean-Claude Boulard et Roland Du Luart, ou encore celles entre Robert Jarry et moi-même. Mais je crois pouvoir dire que nous avons toujours su mettre de côté nos différends lorsque vraiment lessentiel était en jeu : lorsquil a fallu se serrer les coudes pour sauver des emplois, ou pour accueillir de nouveaux investisseurs ; lorsquil a fallu surmonter les oppositions par exemple à la réalisation dune autoroute indispensable au désenclavement de notre région ; ou encore protéger le patrimoine mondial que représente la course des 24 heures du Mans ; ou assurer le développement de notre capital départemental.
Je veux dire que ce modèle, ce modèle de respect, ce modèle de recherche de consensus, cest un modèle qui serait bien utile à notre pays par les temps qui courent.
En effet, mes chers amis, nous ne sommes pas dans ce quon pourrait appeler un faux plat de lhistoire ; mais nous sommes sur une crête, qui est terriblement exposée. Et aujourd'hui, tout est possible, le meilleur comme le pire. Si nous ne sommes pas seuls à partager une angoisse de lavenir, puisque la crise que nous affrontons est une crise au moins européenne, nous sommes seuls comptables de nos actes pour y faire face.
En 2008 nous avons connu une sévère crise financière, qui a été déclenchée par la faillite dune banque. Nous y avons fait face, et nous y avons fait face, si vous vous en souvenez bien, non pas par des décisions techniques, mais par un acte politique. Ce qui permet dailleurs de dire à tous ceux qui pensent que la politique na plus son rôle à jouer dans lhistoire, et que désormais le monde est mené par la finance, par les techniques, par des mécanismes qui nous échappent, nont pas complètement raison même si naturellement, il y a toujours une compétition entre les systèmes, entre les économies et entre les actes politiques.
Mais en 2008, cest un acte politique qui a stoppé la crise financière. Et cet acte politique, il est venu dEurope, et il est venu notamment, largement, de la France et de la Grande-Bretagne. Cet acte politique a consisté à dire : Il ny aura pas de faillite de banque en Europe, parce que les Etats ne laisseront pas tomber les banques. Nous avons engagé ensuite, à linitiative de la France, un effort de réforme du capitalisme mondial, et un effort de régulation du système financier. Cet effort, qui est en cours et qui est loin dêtre achevé, il a déjà donné des fruits : il y a moins de paradis fiscaux aujourd'hui quil y en avait. Les autorités de régulation se coordonnent mieux dans le monde ; les règles prudentielles ont été renforcées pour les banques.
Et dans quelques jours, à Cannes, la France qui accueillera les membres du G20, cherchera à convaincre ses partenaires daller plus loin. Daller plus loin sur les parités monétaires : comment peut-on continuer à fonctionner avec un système où la valeur des monnaies ne reflète pas la réalité des économies ? Comment aller plus loin sur la régulation des prix des matières premières : lénergie, dabord, mais les produits agricoles aussi. Comment aller plus loin sur le financement par une taxe sur les flux financiers du développement et de la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays les plus pauvres qui nont évidemment pas les moyens de satisfaire les exigences que nous nous sommes collectivement fixées.
Mais je veux vous dire que nous aurions tort de croire, et nous avons eu tort de croire, que la crise de 2008 allait pouvoir être résolue, et quau fond cétait une crise financière, une crise technique. Cétait une crise, cest une crise de civilisation. Cest la crise de la civilisation européenne, qui a choisi de vivre à crédit. Depuis 30 ans, nous assistons à un mouvement de montée en puissance de ce quon appelle les pays émergents. Cela nest pas une nouveauté, cela nest pas une découverte. Nous avons dailleurs sans cesse commenté, analysé ce phénomène. Mais la vérité, cest que nous nen avons tiré aucune conséquence pour nous-mêmes. Et aujourd'hui, il est faux de dire que le monde est en train de changer le monde nest pas en train de changer : il a déjà changé. Et nous, nous ne lavons pas vu.
Cest ce quon appelle la mondialisation, contre laquelle certains voudraient dresser de nouvelles lignes Maginot.
Et vous savez, la mondialisation, dabord ce nest pas un phénomène nouveau : cest juste le mouvement de lhistoire, qui fait que des civilisations naissent, quand dautres déclinent. Les Chinois, les Indiens, les Coréens, les Brésiliens, demain je lespère les pays du Printemps arabe, lAfrique, réclament ou réclameront leur dû. Et je veux dire quil est inutile et quil est injuste de parler de compétition déloyale. Est-ce que vous croyez quelle était loyale, la compétition, quand nous exploitions leurs richesses naturelles, pour les transformer chez nous en biens de consommation, quon leur revendait ensuite ?
Devant ce mouvement, qui est un mouvement inéluctable, qui naturellement doit être régulé, nous aurions dû transformer notre société, nous aurions dû réorganiser notre organisation publique ; nous aurions dû faire appel à lesprit de responsabilité de chacun, plutôt que de toujours promettre plus dassistance et plus dintervention publique. Mais nous ne lavons pas fait. Alors nous nous sommes endettés.
Nous avons perdu une partie de notre richesse je parle de lensemble des pays européens , du fait de la concurrence, mais nous navons rien changé à notre façon de vivre. Eh bien, aujourd'hui, lheure de vérité sonne. Et quand on a, ce qui est notre cas, 1.600 milliards de dettes, je vous dis, ce nest pas utile de sen prendre aux autres. Ce nest pas utile de sen prendre aux agences de notation, même si naturellement, on peut faire toutes les critiques sur leur action. Ce nest pas utile de sen prendre aux banquiers. Ce nest pas utile de sen prendre aux spéculateurs, ou à je ne sais quels boucs émissaires. Cela nest pas utile non plus de faire croire quil y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques.
Bien sûr, aucun système fiscal nest juste. Bien sûr, nous devons toujours tendre à plus de justice dans la répartition de leffort et il y a sûrement encore beaucoup à faire. Mais quand on a le record mondial, avec deux ou trois autres pays, de la dépense publique par habitant, quand on a le record mondial des prélèvements obligatoires par rapport à la richesse produite, vous savez, il ny a pas dautre recette pour réduire lendettement que de réduire les dépenses. Et je vous demande de retenir ce que je vous dis, de vous en souvenir dans les prochaines années, parce que cest une réalité qui est incontournable. Cest une réalité qui simposera à tous ceux qui auront la lourde charge de conduire les destinées de notre pays pour les vingt ans qui viennent.
Jai depuis longtemps attiré lattention sur cette situation. Jai écrit que la France pouvait supporter la vérité. Et depuis 2008, depuis la crise qui a aggravé nos déséquilibres, je conduis sous lautorité du président de la République une politique difficile, qui vise à ramener notre pays vers léquilibre budgétaire, sans casser les moteurs déjà fragiles de la croissance.
En 2010 et en 2011, nous aurons divisé par trois le rythme de progression des dépenses publiques. Entre 2010 et 2011, le déficit est passé de 148,8 milliards à 95,5 milliards deuros. Et il sera encore réduit de 15 % en 2012.
Entre 2011 et 2012, cest une réduction de 45 milliards deuros que nous allons réaliser, la moitié sur des économies de dépenses, et lautre moitié sur des recettes complémentaires, par la réduction de niches fiscales et sociales. Le budget 2012 sera lun des budgets les plus rigoureux que notre pays ait connu depuis 1945.
Grâce à ces efforts, grâce aux réformes que nous avons engagées, nous restons lun des dix pays au monde avec la meilleure crédibilité financière. Je veux vous dire que cest un atout que nous devons préserver à tout prix. Parce que cest un atout qui nous permet de financer notre dette à un coût relativement faible. Nous empruntons aujourd'hui, pour financer ces 1.600 milliards que jévoquais, autour de 2 %, un peu plus de 2 % quand une grande partie de nos voisins européens le font à 5 %, et plus. A 2 %, nous avons 45 milliards dintérêts à payer chaque année, pour notre dette. 45 milliards ! Vous imaginez ce que ce serait si nos taux dintérêts passaient de 2 à 4, à 5 ou à 6 % !
Le triple A de la France, cest le résultat des efforts que nous avons engagés. La réforme des retraites, cest 30 milliards de dépenses de moins dici 2016. La modernisation de lEtat, cest déjà 15 milliards déconomies depuis quatre ans. La rationalisation de la carte militaire, de la carte judiciaire, de loffre de soins, le non remplacement dun fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce sont des mesures difficiles, ce sont des mesures qui font grincer des dents, mais ce sont des mesures qui simposent à tous. Et je veux dire que les collectivités locales ne peuvent pas échapper à cet effort de réduction de la dépense. Elles lont dailleurs fait : elles lont fait depuis 2008 avec le gel des dotations de lEtat, avec la réforme de la taxe professionnelle, et avec la réforme territoriale.
Je veux dire un mot sur cette réforme territoriale. Nous en avions débattu, il y a deux ans, à Château-du-Loir. La plupart des pays européens ont choisi des méthodes radicales pour réorganiser leurs territoires. Et vous le savez bien, vous qui avez souvent des relations avec dautres pays européens : les Allemands, les Espagnols, les Italiens ont regroupé leurs communes dans des ensembles de plusieurs souvent dizaines de milliers dhabitants. Ils ont développé une décentralisation qui est basée sur des grandes régions fortes et autonomes. Mais chacun a son histoire, chacun a sa culture, et chacun a sa méthode. Nous, nous avons opté pour des regroupements volontaires, et pour la mise en place dune véritable synergie entre départements et régions, par la création du conseiller territorial. Alors lhistoire nous reprochera peut-être de ne pas avoir été plus ambitieux ; mais il y a une chose dont je suis certain, cest que lhistoire ne nous reprochera pas davoir engagé ce mouvement de rationalisation.
Aujourd'hui, beaucoup délus et jimagine que cest ce que vous avez fait tout à lheure me demandent plus de temps, plus de concertation, plus danalyses, plus de simulations, pour conduire ces réformes ; ils ont raison. Et je veux dire que compte tenu de la méthode que nous avons choisie, compte tenu de ce quest notre pays, de ce quest notre territoire, de ce que sont les liens entre nos collectivités, nous ne sommes pas à quelques mois près. Jai toujours dit dailleurs et je lavais dit à Château-du-Loir, je men souviens que je ne croyais pas à la pérennité des mariages forcés. Nous allons donc prendre le temps nécessaire pour réussir à dessiner une nouvelle carte de lintercommunalité. Partout où des solutions consensuelles apparaîtront, il faudra aller de lavant ; partout où il y aura des oppositions, jai demandé aux préfets de reprendre le travail, de reprendre la concertation, de se donner des délais. La date du 31 décembre qui dailleurs, je le rappelle pour la petite histoire, avait été imposée au Gouvernement par le Parlement, contre son avis est une date que nous ne respecterons pas car il ny a aucune raison de se fixer un objectif aussi contraignant.
Dans la Sarthe, le schéma de coopération intercommunale est actuellement en discussion, au sein de la commission départementale. Je sais que vos travaux avancent dans un esprit de conciliation et de recherche de lintérêt général. Pour autant, et cest naturel, toutes les difficultés ne sont pas aplanies. Plusieurs questions sont au centre des débats. Dabord, quelle est la place que doit occuper notre ville capitale ? Jusquoù faut-il étendre lagglomération du Mans, dont personne ne peut nier le poids économique, démographique, dans notre département ? Ensuite, quelle place faut-il réserver aux petites structures, dont la population et le potentiel financier natteignent pas une masse suffisante pour assurer les services attendus de la population ? Et enfin, quel avenir devons nous envisager pour les territoires plus isolés, éloignés des principaux axes de communication ?
Sur chacun de ces sujets, je connais vos préoccupations. Ce que je veux vous dire mais je ne vous apprendrai rien , cest que la coopération intercommunale ne peut pas se réduire à des rapports de forces dans un schéma, ni à organiser lesprit de clocher. La vérité, cest quon ne dessine pas des communautés pour lavenir en fonction des amitiés ou des inimitiés des uns et des autres.
Nos communes ont plusieurs siècles dhistoire, et les communautés que nous créons existeront bien après que nous aurons disparu. Nous devons donc bâtir pour lavenir. Il sagit de répondre au mieux à nos enjeux de développement : la gestion cruciale des espaces et du foncier, lorganisation des moyens de transport, la question de lattractivité. Quel gain collectif réalisons-nous lorsque nous créons des zones dactivités concurrentes à quelques kilomètres de distance ? Quel gain collectif faisons-nous quand des lotissements restent vides parce que trop proches les uns des autres, et trop peu concertés ? Enfin, quel gain collectif faisons-nous quand la population se détourne de services publics trop peu financés et éloignés de leur niveau dexigence ?
On peut prendre tout le temps quil faut à la discussion, mais il faut vraiment quon ait à cur de construire des ensembles qui soient des ensembles cohérents, qui correspondent à la réalité, qui correspondent aux aspirations des populations, qui correspondent à la géographie. Ce nest pas parce quon naime pas le maire de la commune dà côté quil ne faut pas envisager détendre la communauté de communes. Ce nest pas parce quon ne partage pas les mêmes options politiques ; ce nest pas parce quil y a le débat entre lagglomération mancelle et les communes rurales, ce ne sont pas des raisons qui doivent nous conduire dans nos réflexions. Vous savez, on ne fait pas couler la rivière à lenvers. Et donc, si les populations ne veulent pas des schémas quon met en place, on pourra toujours créer toutes les structures quon voudra, elles ne fonctionneront pas. Notre devoir, cest de trouver les bonnes structures au bon niveau, pour apporter au mieux les services dont notre population a besoin. Et je compte sur votre participation active pour que nous parvenions aux améliorations que nous avons voulues, dans le cadre du calendrier, des souplesses de calendrier que je viens dindiquer.
Sur la question des financements, plusieurs dentre vous mont fait part des difficultés quils rencontraient pour trouver des financements bancaires pour leurs investissements. Ce sont dailleurs des demandes qui ont été relayées au plan national par les associations délus, à commencer par lAssociation des Maires de France. Jai donc immédiatement demandé à la Caisse des Dépôts de mettre 3 milliards deuros à la disposition des collectivités locales pour financer leurs prêts, dici la fin de cette année. Lobjectif, cest que les projets dinvestissements qui correspondent à des besoins réels, et qui sont compatibles avec lassise financière des collectivités, soient financés. Le dispositif que nous mettons en place sinspire très largement de ce quon avait fait en 2008, où il y avait déjà une crise des liquidités qui empêchait les banques de prêter aux collectivités locales. Ce dispositif sera effectif dès la semaine prochaine, puisque les premières adjudications auront lieu la semaine prochaine.
Mais au-delà de cette réponse, qui est simplement une réponse conjoncturelle, pour faire face à un blocage de crédits qui est lié à la crise financière, il faut que nous apportions des solutions durables, des solutions structurelles à la transformation du paysage des collectivités locales. Ce paysage du financement des collectivités locales change, il change pour deux raisons : dabord, les nouvelles réglementations bancaires internationales, et enfin, ensuite, les difficultés de la banque DEXIA difficultés qui avaient démarré en 2008 avec la crise financière, et qui nous ont conduit ces derniers jours à engager une restructuration profonde de cet établissement. Cette restructuration qui a été engagée par les gouvernement belge, français et luxembourgeois, va nous donner loccasion de franchir un pas très important : nous allons constituer un pôle public de financement des territoires, autour de la BANQUE POSTALE et de la Caisse des Dépôts, qui sera désormais linterlocuteur privilégié de vos collectivités pour vous offrir les prêts bancaires dont vous avez besoin pour votre développement, sous la forme dune offre de financement que nous veillerons à maintenir simple et transparente, pour ne pas retrouver les errements qui ont été commis depuis près de vingt ans par notamment le groupe DEXIA.
Ce pôle sera une référence sur le marché du financement des collectivités locales. En 2008, quand nous étions venus au secours de DEXIA, nous avions installé une nouvelle direction à la tête de cet établissement, et létablissement avait rompu avec les pratiques du passé dont les collectivités sétaient plaintes. Nous avons sans relâche multiplié les efforts pour assainir le marché, en mettant en place des contrôles renforcés de lAutorité de contrôle prudentiel, pour réglementer les emprunts structurés. Aujourd'hui nous allons plus loin, en installant au cur de lactivité de financement des collectivités un établissement dont loffre de prêts, loyale et adaptée aux besoins des collectivités, constituera une référence de bonnes pratiques sur le marché.
Comme vous, je trouve anormal quun projet lorsquil est viable et utile, quil est porté par une collectivité saine ne trouve pas de partenaires bancaires. Malheureusement, je connais aujourdhui de nombreux exemples de cette situation y compris dans notre département. Je veux vous dire que le préfet et le directeur de la Banque de France sont à votre disposition pour vous aider chaque fois quune situation de ce type se présentera. La détermination de lEtat à faire front aux côtés des collectivités territoriales est intacte mais pour autant, notre action ne les exonère pas de la nécessité pardon de me répéter de maîtriser leurs dépenses et de réduire leur endettement.
Je voudrais dire un mot de la question de la santé en zone rurale. Jai inauguré la semaine dernière en Indre-et-Loire une maison de santé, ce qui ma dailleurs permis de rappeler aux habitants dIndre-et-Loire que la première maison de santé a été créée au début des années 50 pardon pour le maire de La Ferté-Bernard à Sablé-sur-Sarthe. Sur ce sujet, vous êtes nombreux à mavoir fait part de vos inquiétudes, de vos initiatives à commencer justement par le maire de La Ferté-Bernard. Bon, cest un fait : le nombre des médecins libéraux ne cesse de décliner dans notre département. Entre 2002 et 2011, le nombre des médecins généralistes a baissé de 4,8% alors même quil augmentait de 5 % dans la région des Pays-de-la-Loire ; avec 459 médecins, nous ne comptons plus que 13 % des effectifs régionaux, ce qui ne correspond évidemment pas à notre poids démographique. A la suite de Roland du Luart et de Pierre Hellier, je sais que Jean-Marie Geveaux sest emparé du sujet en sattachant à fidéliser les étudiants de médecine dans la Sarthe.
Cest une approche essentielle qui nen est quà ses débuts et que nous aurons à installer dans la durée. Nous avons mis en place un dispositif dont jai signé dailleurs la première mise en uvre la semaine dernière qui permet en attribuant des bourses à des étudiants en médecine dobtenir en échange un contrat de durée dexercice dans les territoires de notre département. Dans la même logique, louverture dune première année détude de médecine à luniversité du Maine à laquelle jai donné mon feu vert il y a trois ans contribue à assurer la formation de médecins attachés à notre département.
Nous avons encore bien des projets à mener, au service de notre département ; je veux dire que si son modèle de développement lui a réussi, il faut rester ambitieux pour la Sarthe et former encore davantage nos structures publiques. On a beaucoup parlé de la place privilégiée de la Sarthe dans la géographie française, sa proximité de lÎle-de-France, son cadre rural préservé qui sait en même temps accueillir des grandes infrastructures, qui sait préserver un tissu industriel dynamique, son excellente desserte tant routière que ferroviaire et malgré cela, un développement maîtrisé et un foncier qui reste encore accessible. Mais il faut bien dire que ces atouts, la Sarthe nest plus seule à en disposer .Dautres régions séquipent, je pense notamment au développement du réseau TGV qui dessert Reims aujourdhui, qui desservira Laval demain. Quand toutes les régions sont en compétition pour attirer de lactivité, alors, limmobilisme est mortifère. Notre territoire doit se structurer et il doit se structurer pour répondre aux enjeux dune compétition économique dans laquelle il a toute sa place.
Depuis 2007, lEtat en Sarthe a pris toute sa part à leffort de réforme. Vous savez que jy ai personnellement veillé. Je pense au Mans, au regroupement immobilier afin que lensemble des administrations de lEtat soit réunie sur le site de lancienne école de gendarmerie, plus de 1 000 fonctionnaires regroupés ; ce sont des économies de gestion mais ce sont aussi de meilleures conditions de travail et ce sont aussi des passerelles faciles entre les ministères. Dans la même logique, le nouveau commissariat du Mans sera localisé à proximité immédiate du groupement de gendarmerie de manière à mutualiser les moyens techniques. En dehors du Mans aussi, nous avons conduit des réorganisations utiles, pas toujours faciles, la réforme progressive de la carte des trésoreries ou bien la fermeture de trop petites brigades de gendarmerie notamment à Précigné dans la communauté de communes de Sablé qui permet dailleurs en contrepartie de déployer plusieurs gendarmes supplémentaires sur le terrain.
Depuis près de quatre ans, je mefforce dêtre à vos côtés pour accroître la compétitivité de notre territoire. Cest ce que nous avons réussi à faire en investissant dans lenseignement supérieur notamment à luniversité du Maine, en soutenant un maillage hospitalier de qualité qui, certes, permet de faire émerger un hôpital de référence au Mans mais qui permet dassurer un égal accès aux soins de tous sur le territoire sarthois en améliorant encore le réseau de transports. Ce fut le cas quand lEtat a participé au financement de la seconde ligne de tramway, Monsieur le maire du Mans, et à celui du bus de haut niveau de service entre Allonnes et Le Mans. Ce fut aussi le cas sur les aménagements liés à la nouvelle ligne à grande vitesse vers Rennes. Il y a deux ans, à Château-du-Loir, je vous avais annoncé la mise en place du fonds de solidarité territoriale pour venir en aide aux communes dont le territoire est concerné par la construction de la ligne à grande vitesse sans pour autant profiter dune amélioration de la desserte. Ce projet a été profondément remanié à la suite de vos demandes, à la suite des demandes des élus qui trouvaient la première mouture du texte trop complexe et trop centralisatrice. Voilà, comme quoi, vous voyez quà Matignon, il marrive parfois dêtre le porte-parole du maire dAuvers-le-Hamon !
Mesdames et Messieurs, depuis près de cinq années, je place toute ma force au service de notre pays et cela sans oublier doù je viens et à qui je le dois. Je ne sais pas si jai été en tout point fidèle à vos espérances. Et je vois bien les inquiétudes des Français qui depuis 2008 subissent les effets de la crise. Gouverner la France en temps de croissance, cest déjà difficile, mais la gouverner en période de crise économique et financière, ça lest encore plus. Je me suis efforcé dagir avec sincérité en suivant lidée que je me fais de notre intérêt national.
Je veux vous dire que ma façon de faire de la politique, vous le savez, je lai apprise en Sarthe. La politique, ce nest pas un jeu. Cest quelque chose de grave. Cest quelque chose qui au fond engage notre pays et qui touche la vie de tous nos concitoyens. Ici dans la Sarthe, nous le savons bien, celui qui se prête au jeu des paillettes et des coups médiatiques est assez rapidement remis à sa place.
Il y a une chose importante que le mandat de maire nous apprend plus que tout, cest que le seul juge, ce sont les électeurs. Le seul juge, ce sont les citoyens qui vous côtoient tous les jours. La politique des coulisses, avec ses ficelles, avec ses petits arrangements, je la fuis. Je la fuis tout simplement parce que la légitimité ne se construit pas là. La légitimité dépend des Français et deux seuls ; personne nest propriétaire de son poste, personne nest propriétaire de son mandat. En République, ce sont les électeurs qui décident ou non de vous faire confiance. Je suis parfois inquiet de voir combien lengagement politique qui est actuellement décrié, soupçonné, méprisé parfois, je veux dire que cest injuste parce quil y a de la noblesse dans le service de nos concitoyens. Cest injuste mais pour autant, il revient aux responsables publics de ne pas prêter le flanc à la critique en faisant de la politique une simple affaire de pouvoir.
Dans notre département, une chose est essentielle, je veux le redire, cest quau-delà des divergences politiques, au-delà des différences territoriales, nous avons toujours su nous rassembler et travailler ensemble pour servir lintérêt général. Notre territoire a construit sa tradition politique dans le respect et dans la recherche du consensus. Jamais quelles que soient nos divergences, la politique na sombré dans lagression ou dans linvective et de cela, je suis certain que les Sarthois nous sont reconnaissants. Ce qui compte, cest le bien public bien plus que les partis. Et ce qui importe, ce sont les idées, ce sont les débats, ce sont les projets qui font avancer le progrès.
Cest avec ces valeurs qui sont nos valeurs que jassume mes fonctions de chef du gouvernement. Bon, il est probable quau bout de cinq ans, mon bail arrive à son terme ! Les élections approchent, jai dit quaux législatives de 2012, je solliciterai la confiance des Parisiens. Mais je veux que vous le sachiez, je suis fier de mes racines sarthoises et je ne les romprai jamais car je les porte en moi. Après trente ans daction publique dans notre département, je ressens la nécessité de passer la main, de laisser une nouvelle génération apporter sa compétence, son enthousiasme, sa fraîcheur à lengagement politique. Je lai fait en 2001 en quittant à regret dailleurs je le dis la mairie de Sablé où jai tout appris, où jai toutes mes références, où mon cur est resté attaché, je ne le regrette pas et il semble que vous non plus dailleurs puisque vous avez choisi mon successeur pour présider votre association. Je pense que, dans la vie, il faut se fixer de nouveaux défis. Et je pense que lon est moins utile lorsque lon parcourt sans cesse les mêmes chemins. Voilà, cela nest pas une décision facile et jespère que vous maccorderez le bénéfice de la sincérité. Quoi quil en soit, je voudrais vous dire que je serai toujours avec vous parce quon ne tranche pas sa vie : on la construit par étapes dans la fidélité et dans la continuité.
Voilà, mes chers amis, ce que je voulais vous dire ce soir en toute confiance.
Source http://www.gouvernement.fr, le 17 octobre 2011