Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à CNews le 27 mars 2017, à propos de la situation en Guyane, du climat de la campagne électorale de la présidentielle, notamment à gauche, et de l'accueil des réfugiés syriens en France.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour Emmanuelle COSSE.
EMMANUELLE COSSE
Bonjour.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous, mais vous devriez être en Guyane, non, vous aussi ?
EMMANUELLE COSSE
Peut-être que je devrais y être même si, vous le savez, en tant que ministre on est dans une période de réserve, on n'a pas le droit de faire de déplacements officiels. Il n'empêche que ce qui se passe en Guyane nous inquiète et nous occupe.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une règle qu'il faut transgresser. Il est impossible de la tenir alors qu'il se passe ces menaces.
EMMANUELLE COSSE
Ce n'est pas moi en tant que ministre qui peut la transgresser, c'est le secrétaire général du gouvernement. Surtout, n'importe quel candidat à la présidentielle peut nous attaquer si nous sommes en train de représenter le gouvernement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous demandez un accord unanime des candidats pour qu'on s'occupe directement de la Guyane.
EMMANUELLE COSSE
Je vais vous dire. Le sujet surtout, c'est qu'on s'en occupe de la Guyane. Il y a là un mouvement de grève mené par pas mal de syndicalistes avec des enjeux notamment sur la sécurité. La mission interministérielle qui a été envoyée en fin de semaine dernière, ce n'est pas une rigolade comme j'ai pu l'entendre. C'est des hauts fonctionnaires qui regardent tous les problèmes. Pêche, agriculture, sécurité, les questions de manque de personnels, des questions de tension qui sont aujourd'hui au coeur des éléments de revendication qu'on entend. L'Outre-mer, les Outre-mer, n'a pas été une inconnue du quinquennat.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez, attendez. Quand vous dites qu'il y a une délégation de hauts fonctionnaires, on aimerait bien que la ministre en charge de l'Outre-mer se déplace. Elle refuse de se déplacer, elle attend je ne sais quoi.
EMMANUELLE COSSE
La ministre de l'Outre-mer s'est déplacée dans tous les territoires d'Outre-mer depuis sa prise de fonction.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on s'en fiche, c'est maintenant.
EMMANUELLE COSSE
Excusez-moi, Jean-Pierre ELKABBACH, ce n'est pas juste maintenant. S'occuper de la Guyane, c'est tous les jours et pas juste quand on est dans une élection présidentielle où des candidats se rappellent qu'il s'agit d'un département de la France. C'est tous les jours. Quand Myriam EL KHOMRI fait des mesures sur le chômage et la prime pour les jeunes, la Garantie jeunes en Guyane ; quand Najat VALLAUD-BELKACEM redonne des moyens à l'éducation ; quand Bernard CAZENEUVE, alors ministre de l'Intérieur, redonne les postes de police qui avaient été supprimés sous Nicolas SARKOZY parce que justement il y a un gros problème de sécurité, c'est ça s'occuper de la Guyane.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Ségolène ROYAL y était la semaine dernière.
EMMANUELLE COSSE
Ségolène ROYAL y était la semaine dernière sur les questions environnementales. Comme vous le savez, la Guyane connaît aussi de grosses difficultés y compris sur la question de l'orpaillage et de tout ce qui est trafic autour de ça. C'est vrai qu'aujourd'hui il y a une très forte tension. Ericka BAREIGTS, la ministre des Outre-mer, a lancé ce matin un appel au calme et aussi un appel à la négociation.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça ne veut rien dire l'appel au calme et à la négociation avec des interlocuteurs qui sont, pour eux, pas du niveau. Pourquoi on parle d'instrumentalisation ? Votre gouvernement dit récupération politique et instrumentalisation. Qu'est-ce que ça veut dire dans le climat actuel ?
EMMANUELLE COSSE
Je remarque que pendant cinq ans ce gouvernement, avec ses deux ministres des Outre-mer, s'est occupé constamment des Outre-mer avec deux lois, un budget de deux milliards annuels et une évolution très forte, quand une grande partie des candidats à la présidentielle ne découvrent les Outre-mer que maintenant parce que, comme vous le savez, ce sont des départements qui votent beaucoup, et d'un seul coup ça les intéresse.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui instrumentalise ?
EMMANUELLE COSSE
Je suis désolée, ils étaient où pendant la discussion que la loi égalité réelle qui a été adoptée il y a maintenant un mois, qui est enfin une loi pour les Outre-mer, pour justement…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui instrumentalise ?
EMMANUELLE COSSE
Qui instrumentalise ? L'extrême droite notamment sur les questions de sécurité et d'autres candidats qui regardent ça de loin. Aujourd'hui, on est inquiet. On s'occupe des Outre-mer, moi y compris.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a entendu tout à l'heure Patrick KARAM avec Romain DESARBRES qui disait : « On va vers un bain de sang. »
EMMANUELLE COSSE
Ecoutez, Patrick KARAM, mon collègue au conseil régional d'Ile-de-France, je pense qu'il faut de la mesure dans tous les propos et aujourd'hui, il faut regarder secteur par secteur les sujets de conflit et d'achoppement, comment est-ce qu'on y arrive et le redire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais où ? A Paris ou à Cayenne ?
EMMANUELLE COSSE
Pardon ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut travailler cela à Paris ou à Cayenne ? Pourquoi ne pas y aller ?
EMMANUELLE COSSE
Il faut travailler aux deux endroits. Moi, je me suis occupé aussi de la Guyane sur la question d'aménagement et de foncier, et je peux vous dire…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il ne faut pas pour rassurer, même si c'est une opération électorale - il y a quand même une grève générale avec tous les secteurs concernés - ne pas organiser une réunion de ministres symboliquement sur place ?
EMMANUELLE COSSE
Ce que je peux vous dire, c'est qu'on y travaille et qu'en termes de visite officielle, cela… Mais vous savez, même quand on ne nous voit pas, nous travaillons. J'ai débloqué un établissement public foncier d'aménagement pour ce territoire qui en a besoin dans l'indifférence générale, et pourtant c'est une des clefs de l'avancée de ce territoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi alors il y a ces violences ? J'allais dire sous-jacentes mais elles sont là.
EMMANUELLE COSSE
Non, il y a une inquiétude.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que c'est ces 500 frères qui sont cagoulés, qui sont tout en noir, qui font la justice sur place et qui dépassent même les revendications des syndicats ? Et qui font peur aux syndicats ?
EMMANUELLE COSSE
Oui, ils font peur à tout le monde. Ils ont fait peur à Ségolène ROYAL. Non, ils ne lui ont pas fait peur mais ils ont essayé de lui faire peur il y a quinze jours maintenant. C'est un mouvement extrêmement violent qui est dans un rapport de force très difficile et qui ne veut pas dans la négociation quand on lui propose.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous savez où est Christiane TAUBIRA, qui est députée de là-bas ?
EMMANUELLE COSSE
Non. Elle n'est plus députée, Christiane TAUBIRA.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais…
EMMANUELLE COSSE
Elle est une figure de la Guyane et, par contre, je peux vous dire que les députés de la Guyane – et j'en connais certains parce que j'ai travaillé avec eux sur les questions d'érosion de la côte et des problèmes maritimes – sont très mobilisés sur leur territoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous ne demandez pas à Christiane TAUBIRA de s'exprimer ?
EMMANUELLE COSSE
Mais je le demande à tout le monde. Ce n'est pas parce qu'on vient de Guyane qu'il faut s'exprimer sur la Guyane. La Guyane, c'est la France. Je demande simplement à tous les Français de réfléchir aux départements d'Outre-mer tout le temps et pas simplement quand il y a une échéance électorale.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais il y a des risques de contagion en plus. Alors, vous êtes en train de vivre les derniers jours d'un gouvernement qui se démonte en ordre dispersé. Vous, vous avez choisi Benoît HAMON.
EMMANUELLE COSSE
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a bien commencé, il était bien parti, pourquoi ça ne marche plus ?
EMMANUELLE COSSE
Je pense que c'est difficile aujourd'hui mais ce n'est pas tant le problème de Benoît HAMON, c'est le problème de cette élection présidentielle. Vous avez le candidat leader de la droite qui est complètement disqualifié et qui, pourtant, se maintient, ce qui fait que c'est une campagne qui ne parle…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Laisser les électeurs juges.
EMMANUELLE COSSE
Mais excusez-moi. Quand on est mis en cause, que ce soit vrai ou non, quand on est mis en cause à ce point-là, si on respecte l'institution française, si on respecte la démocratie, on se retire et on demande à quelqu'un de se présenter. Pourquoi je dis cela ? Parce qu'en fait tout le débat tourne là-dessus. On ne parle plus des vrais sujets. C'est quoi le projet de société de Marine LE PEN qui est une candidate d'extrême droite ? C'est la préférence nationale dans tous les secteurs et les actions de l'Etat. C'est ça aujourd'hui qui est sur la table. C'est quoi le programme de François FILLON ? C'est la casse du service public et la suppression de postes de fonctionnaires.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pardon, ça c'est des slogans.
EMMANUELLE COSSE
Non, non, ce n'est pas slogans. Non, je vais vous donner un exemple.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est le débat, le débat.
EMMANUELLE COSSE
Le débat, c'est quel est…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, on verra tout à l'heure les autres, mais Benoît HAMON, pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi il est abandonné à la fois par les socialistes ? Ils sont dans une phase de transhumance pour beaucoup d'entre eux.
EMMANUELLE COSSE
Mais il n'est pas abandonné. Moi, je n'ai pas l'impression de l'abandonner.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on voit les François de RUGY, Barbara POMPILI et quelques autres qui étaient vos collègues dans le gouvernement, qui sont des Verts, qui le quittent. On a l'impression que, comme les moineaux, ils s'en vont pour aller chercher de meilleures graines. Est-ce que c'est par conviction ou par opportunisme ?
EMMANUELLE COSSE
Ça, c'est à eux qu'il faut le demander. Ce qui est certain, c'est que moi j'aime dire que, quand on parle de vote utile, le vote utile c'est le vote des convictions. C'est vrai que quand j'entends que certains rejoignent Emmanuel MACRON au nom de l'écologie, sincèrement il faut trouver d'autres arguments.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais, ils trouvent d'autres arguments : la peur de Marine LE PEN qui menace la démocratie, hop !
EMMANUELLE COSSE
Mais tout ça, c'est n'importe quoi. Aujourd'hui, il faut savoir se battre pourquoi on fait de la politique, quel est le projet de société. Benoît HAMON, c'est le candidat de la gauche et des écologistes. Ça peut déplaire à beaucoup de gens, c'est le candidat de la gauche et des écologistes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne marche pas, hélas pour lui.
EMMANUELLE COSSE
Excusez-moi. Vous regardez les sondages aujourd'hui, moi je fais campagne et il reste encore 28 jours et jusqu'au bout je vais me battre pour que ça marche.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais regardez, Benoît HAMON lui-même dit qu'il est trahi, il en est persuadé. Ecoutez-le.
- Extrait du journal de 20 heures de France 2 du 26 mars :
BENOIT HAMON, CANDIDAT SOCIALISTE A L'ELECTION PRESIDENTIELLE
Depuis quelques semaines s'organisent des ralliements à Emmanuel MACRON qui consistent à me planter un couteau dans le dos.
LAURENT DELAHOUSSE
Et la dynamique, elle n'est pas du côté de Jean-Luc MELENCHON ?
BENOIT HAMON
Non. Pour l'instant, je parle de cela, c'est-à-dire me planter des couteaux dans le dos. On m'annoncerait même la semaine prochaine une mise à mort avec le ralliement de Manuel VALLS à la candidature d'Emmanuel MACRON. C'est oublier une chose, c'est que ce ne sont pas eux qui m'ont donné vie, c'est d'abord un vote populaire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous rendez compte ? Benoît HAMON dit « ma mise à mort » et il anticipe le départ de Manuel VALLS et des Vallsistes.
EMMANUELLE COSSE
Ecoutez, moi je pense qu'aujourd'hui ce qui est important, c'est de connaître les propositions de Benoît HAMON, ce qu'il défend. Il a fait une mue vers l'écologie qui est la première vraiment forte mue de la part d'un candidat socialiste, et ça, pour toutes personnes qui sont inquiètes par l'état de notre monde et de la planète, doivent réfléchir à ses propositions.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien.
EMMANUELLE COSSE
Non, c'est très important. Parce qu'aujourd'hui, c'est ça qui est en jeu à mon avis pour l'avenir. Ensuite, moi je le redis, rassembler sa famille, rassembler sa famille, rassembler sa famille. Donc c'est ça aujourd'hui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi la famille ? La famille est partie.
EMMANUELLE COSSE
Non. La famille, vous savez, c'est une notion globale, large. Ce n'est pas simplement les gens qui sont encartés dans tel ou tel parti. C'est les personnes qui pensent qu'il faut un projet de gauche pour ce pays, qu'il faut du progrès social, qu'il faut continuer des réformes qui sont importantes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Est-ce qu'il faut qu'il cède ? Il est piégé là entre Emmanuel MACRON et Jean-Luc MELENCHON. Est-ce qu'il faut accepter le leadership de MELENCHON pour rassembler la famille ?
EMMANUELLE COSSE
Je pense qu'il aura du mal parce qu'il y a une grosse différence entre Benoît HAMON et Jean-Luc MELENCHON : c'est leur position sur l'Europe. Moi, je suis de gauche et je suis prête à me rassembler avec beaucoup de gens mais je peux vous le dire, je ne pourrai jamais soutenir un candidat qui n'est pas pro-européen. Et moi, je ne vois pas chez Jean-Luc MELENCHON quelqu'un qui défend une Europe. Et sincèrement, quand on voit TRUMP d'un côté, ce qui se passe en Russie encore hier avec des choses très, très graves, je peux vous dire que ce besoin d'Europe forte, solidaire, vraiment engagée pour ses concitoyens est essentiel. Et c'est pour ça qu'à mon avis, ça a des limites. Mais aujourd'hui, nous avons un candidat qui a été porté en effet par une primaire, et moi je vous dis les choses simplement, je pense que toutes les personnes qui s'étaient engagées à soutenir le système de la primaire qui, après, reviennent sur leur parole, elles ne sont pas dignes de faire de la politique parce qu'on ne peut pas faire ça, on ne peut pas faire ça.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous voyez ce que vous dites et qui vous attaquez là ?
EMMANUELLE COSSE
Oui, j'attaque François DE RUGY qui était le candidat…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Yves LE DRIAN, oui.
EMMANUELLE COSSE
Non mais sincèrement, on a… moi je me suis battue pour la primaire, on s'est engagé à aller dans ce processus, à donc accepter la fin de ce processus. Vous ne pouvez pas dire…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
…François DE RUGY qui était ministre…
EMMANUELLE COSSE
Non, il n'était pas ministre, mais excusez-moi…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il en aurait rêvé, c'était Barbara POMPILI qui était ministre. Mais vous dites que…
EMMANUELLE COSSE
Je dis simplement que… non mais on ne peut pas juste décider de savoir si on suit un processus en fonction de qui sort.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Yannick JADOT, il les a bien défendus, lui a réussi le coup du… je ne peux pas dire du siècle mais le coup de l'année.
EMMANUELLE COSSE
Ça, c'est son histoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'avec 1 %, il obtient peut-être la possibilité d'avoir 50 circonscriptions.
EMMANUELLE COSSE
Ecoutez ! C'est son…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça n'a pas été un handicap dès le départ de la campagne ?
EMMANUELLE COSSE
Moi je peux vous dire qu'il y a un an et demi, quand je suis entrée dans le gouvernement auquel j'appartiens, c'était pour rassembler justement les écologistes et les socialistes. Donc je suis ravie qu'un an plus tard, Yannick JADOT ait fait la même chose que moi. Après son histoire personnelle et l'histoire de son parti, ça ne m'intéresse plus vous savez.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y a beaucoup de gens qui donnent l'impression d'avoir déjà négligé la présidentielle et qui pensent aux législatives, vous n'avez pas ce sentiment ?
EMMANUELLE COSSE
Si, j'ai ce sentiment et c'est ce que je vous dis, c'est que le débat de fond, les projets, qu'est-ce qu'on promet aux Français, comment on va avancer, c'est quoi notre place dans le monde, en fait ce sont des sujets qui sont totalement évacués. Beaucoup de gens se sont mis en retrait à droite comme à gauche de la présidentielle, parce qu'ils sont perdus ou ils ne se retrouvent pas dans les candidats…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire il faut sauver sa peau et sauver son siège éventuellement.
EMMANUELLE COSSE
Je ne sais même pas mais en tout cas en effet… en même temps je le rappelle, notre régime est quand même parlementaire, donc malgré l'inversion du calendrier les élections législatives, c'est un peu elles qui font les majorités en France.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous travaillez en principe avec Benoît HAMON, vous faites partie d'un conseil politique, depuis quand il ne s'est pas réuni ?
EMMANUELLE COSSE
5 à 6 semaines je pense.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est normal pour un candidat ?
EMMANUELLE COSSE
Ce n'est pas vraiment à moi de juger de ce qui se passe dans cette campagne. Mais en tout cas, il pourrait se réunir plus souvent, oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors vous appartenez à un gouvernement Emmanuelle COSSE, qui est accusé de manipulations, d'écoutes et de coups bas. Vous avez vu qu'ils finissent par faire croire aux Français qu'il y a au sommet de l'Etat un cabinet rose, un cabinet noir !
EMMANUELLE COSSE
Je vais vous dire, ces accusations portées par François FILLON sont absolument scandaleuses. Pourquoi ? D'une part parce que quand on est…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si elles sont vraies ?
EMMANUELLE COSSE
Je vais revenir, d'une part elles ne sont pas vraies mais c'était vraiment un paravent parce que monsieur FILLON, ne voulant pas répondre sur les sujets sur lesquels il est mis en cause, décide de faire cet écran de fumée. Ensuite, on parle d'un président de la République et d'un gouvernement qui a mis fin aux instructions au Parquet, il faut quand même le rappeler, jusqu'en 2012 le garde des Sceaux pouvait donner des instructions au Parquet dans toutes les affaires, on y a mis fin, il n'y a plus aucun lien entre les ministres garde des Sceaux et le Parquet sur les questions des affaires. Raconter aujourd'hui que François HOLLANDE aurait mis sur écoute François FILLON ou je ne sais quoi, c'est simplement pour faire – je vous l'ai dit – un écran de fumée pour ne pas s'attaquer aux vrais sujets. Qu'a-t-il fait de l'argent prévu pour les collaborateurs quand il était au Sénat et à l'Assemblée nationale, a-t-il eu des emplois fictifs ? C'est ça le sujet. Et aujourd'hui…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas le vôtre, c'est celui de la justice ou peut-être les électeurs.
EMMANUELLE COSSE
C'est en effet de la justice, peut-être des électeurs mais quand même de la démocratie, pourquoi ? Moi je fais de la politique et par ailleurs, je crois être quelqu'un de particulièrement honnête et qui est assez dérangé par les questions d'argent, parce que ce n'est pas du tout mon monde. Je peux vous dire que quand j'entends cette histoire de François FILLON, à chaque fois je me sens attaquée parce que j'ai l'impression qu'en fait, on attaque tous ces gens qui sont élus, du petit élu local d'une commune de 50 habitants à un député ou un président de l'Assemblée nationale, enfin je veux dire n'importe quelle fonction de gens qui font les choses pour l'intérêt national.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il n'est pas présumé innocent…
EMMANUELLE COSSE
Il est évidemment présumé innocent…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attendez que la justice…
EMMANUELLE COSSE
Mais justement…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il est normal d'épier, d'espionner…
EMMANUELLE COSSE
Mais évidemment que non, mais qui vous a dit…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
De piéger des adversaires politiques…
EMMANUELLE COSSE
Mais est-ce que vous croyez que ça se fait…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça a toujours été le cas.
EMMANUELLE COSSE
Est-ce que vous croyez que ça se fait, est-ce que vous croyez franchement que…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vous qui êtes dans le gouvernement.
EMMANUELLE COSSE
Excusez-moi mais oui, je suis dans le gouvernement et je peux vous dire que quand je vois les discussions que nous avons chaque semaine sur la situation internationale, la menace terroriste, comment lutter contre Daesh, je peux vous dire… vous croyez franchement que le président de la République –qui est un homme extrêmement honnête – aurait du temps à perdre de savoir ce que fait François FILLON ou d'autres opposants ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En tout cas, les fillonistes ont déposé le besoin ou la nécessité, l'envie d'une commission d'enquête et on verra…
EMMANUELLE COSSE
Mais très bien, autre écran de fumée. Moi je vais vous dire, quand on fait de la politique et qu'on a des opposants, on les bat sur le plan politique, avec ses propositions, avec des lois, avec des mesures. La réalité aujourd'hui, c'est que je pense que François FILLON a du mal à admettre qu'il (inaudible) ces 5 dernières années et, donc, préfère raconter n'importe quoi à l'encontre du président de la République.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous expliquez qu'Emmanuel MACRON attire autant, qu'il est en train de faire une razzia politique tous azimuts, est-ce que ce n'est pas le fait que les Français en ont marre du clivage droite-gauche, gauche-droite et qui veulent tenter quelque chose d'autre ?
EMMANUELLE COSSE
Je pense qu'il y a plusieurs choses, il y a une envie de renouvellement, ça c'est certain. C'est un homme qui est jeune et je pense que de ce point de vue-là, il attire énormément. Vous avez aussi en effet des gens qui, peut-être, en ont marre de ces clivages. Mais quand même, toute la vie politique française s'est construite autour d'un clivage droite-gauche. Et avoir un clivage entre la droite et la gauche ne veut pas dire être clivé, on peut faire sur un grand nombre de propositions des accords…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on ne l'a pas fait sous la Vème République.
EMMANUELLE COSSE
Ce n'est pas tout à fait vrai, y compris je vais vous dire dans la loi que j'ai défendue qui s'appelle « égalité citoyenneté »…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sont des votes.
EMMANUELLE COSSE
Sur des votes, on a eu…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On se souvient du vote autour de Simone VEIL…
EMMANUELLE COSSE
Non mais c'est des sujets…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur l'abolition de la peine de mort ou des sujets plus récents.
EMMANUELLE COSSE
Importants. Et par contre ce qui, je pense, tue un peu tout le monde et crée l'exaspération, c'est qu'en effet vous avez des clivages qui sont joués, c'est-à-dire qu'à un moment on a des partis qui ne sont que dans l'opposition.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Marine LE PEN, elle profite de vos divisions, elle est en train de faire son miel peu à peu, elle parle d'une stature même de femme d'Etat.
EMMANUELLE COSSE
Mais c'est bien pour ça que moi, je voudrais en revenir à ce qu'est Marine LE PEN, à ce qu'elle propose pour les Français. Qu'est-ce qui se passe si elle est élue, c'est quoi son programme ? C'est… que ça soit dans l'éducation nationale, dans les politiques de logement, sur l'accès aux soins, c'est mettre en place la préférence nationale. Est-ce que c'est ça que nous voulons, est-ce que nous voulons que dans ce pays, on ait des droits et une place dans la société parce qu'on est uniquement français ? Il faut se poser les questions…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y en a beaucoup qui vous répondent oui, par exemple pour le logement et les HLM…
EMMANUELLE COSSE
Il y en a beaucoup…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les HLM, c'est votre spécialité, elle veut la préférence nationale !
EMMANUELLE COSSE
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle veut d'abord que les Français soient prioritaires.
EMMANUELLE COSSE
Oui mais la réalité, c'est qu'il y a très peu d'étrangers par ailleurs logés en HLM. Et ce qu'elle dit en gros, c'est quoi ? C'est qu'il faut une nationalité, qu'on vive dans ce pays, notre pays qui s'est construit autour des immigrations successives, sincèrement ! Y compris moi ou peut-être vous, je n'en sais rien mais moi, mes grands-parents n'étaient pas Français. De quoi on parle sincèrement dans ce pays ! Et aujourd'hui, Marine LE PEN raconte n'importe quoi à des gens qui veulent autre chose, qui peuvent être en colère. Moi, je préfère qu'on réponde sur les questions de lutte contre la pauvreté, accès à la formation, accès au logement et pas au niveau de la nationalité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi on ne vous écoute pas plus souvent, pourquoi vous ne parlez pas plus souvent ?
EMMANUELLE COSSE
Je ne sais pas, je réponds en tout cas quand on m'invite et vous m'invitez.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Marine LE PEN, elle participe à tous les événements de la campagne présidentielle, les meetings, les débats à la télévision…
EMMANUELLE COSSE
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc elle a sa place comme n'importe quel parti démocratique. Ma question, pourquoi les banques françaises refusent-elles de la financer, quand elle sait qu'un jour ou l'autre elle aura suffisamment de moyens pour les rembourser ?
EMMANUELLE COSSE
Ecoutez ! Moi j'étais chef de parti, j'ai été négocier des prêts pour les élections, donc je peux vous dire que mon parti qui n'était pas dans des grandes situations de succès électoraux avait du mal à emprunter. Je suis étonnée que Marine LE PEN était en difficulté, mais peut-être simplement parce qu'il faut être transparent, il faut être transparent pour emprunter à des banques françaises…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et elle ne l'est pas ?
EMMANUELLE COSSE
Je n'en sais rien, moi ce que je peux…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez qu'elle est allée chercher de l'argent chez monsieur POUTINE ?
EMMANUELLE COSSE
En tout cas ce que je peux vous dire, c'est qu'on est très contrôlé en tant que parti politique, il faut être transparent, il faut amener des pièces…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle est allée chercher du fric chez monsieur POUTINE ?
EMMANUELLE COSSE
En tout cas ce qui est certain, c'est qu'elle a des alliances avec monsieur POUTINE…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Enfin ! Des roubles.
EMMANUELLE COSSE
Et moi quand je vois hier ce qui s'est passé en Russie avec l'arrestation d'autant d'opposants à monsieur POUTINE, je suis extrêmement gênée qu'une candidate à la présidence…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu…
EMMANUELLE COSSE
De la République soit en lien avec ce monsieur qui est loin d'être un démocrate.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors si elle et le Front national sont des dangers pour la démocratie, vous devriez au moins à gauche vous rassembler : MELENCHON et Benoît HAMON. Vous avez entendu Marine LE PEN, elle s'en prend à l'Union européenne. On l'écoute.
(…)
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle n'en veut pas mais apparemment chez madame MERKEL, ça marche plutôt malgré sa politique migratoire, vous avez vu qu'elle a devancé Martin SCHULZ…
EMMANUELLE COSSE
Oui, elle a gagné…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans la Sarre.
EMMANUELLE COSSE
Dans la Sarre et puis je crois, la présidente sortante a fait plus de 40 %, donc c'est un score extrêmement élevé. Vous savez pourquoi Marine LE PEN combat l'Europe ? Parce qu'en fait l'Europe, c'est la négation totale du projet de Marine LE PEN. Marine LE PEN ne veut pas des migrants, ne veut pas de ceci, ne veut pas de cela, moi je veux une France qui soit solidaire et qui soit à la hauteur de ses responsabilités.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soyons concret, au-delà des…
EMMANUELLE COSSE
Tout simplement, les migrants, les migrants…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les migrants, vous vous en occupez avec le ministre de l'Intérieur.
EMMANUELLE COSSE
Absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui monsieur FEKL, Matthias FEKL. On devait avoir 30 000 réfugiés en France, il y en aurait combien aujourd'hui ?
EMMANUELLE COSSE
On devait accueillir 30.000 réfugiés syriens, 4 000 sont venus.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est tout ?
EMMANUELLE COSSE
C'est tout parce que c'est eux qui décident de venir, ils viennent des camps de Jordanie, des camps du Liban, de Turquie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais en revanche, il y a des clandestins qui arrivent…
EMMANUELLE COSSE
Par ailleurs…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui sont à Paris et qui sont…
EMMANUELLE COSSE
Nous avons mis à l'abri depuis un an plus de 28.000 personnes, nous avons plus de 10 000 personnes qui sont dans nos centres d'accueil et d'hébergement. Et beaucoup de ces personnes qui viennent de l'Erythrée, du Soudan, de la Somalie, de la Libye sont aujourd'hui réfugiés en France. Les personnes que nous avons mises à l'abri de Calais, beaucoup d'entre elles aujourd'hui sont réfugiées.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à Grande-Synthe, vous avez renouvelé un accord jusqu'au 31 août, c'est-à-dire qu'après…
EMMANUELLE COSSE
Pas du tout.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le nouveau gouvernement.
EMMANUELLE COSSE
Pas du tout mais en tout cas, je pense que notre devoir c'est de ne pas laisser des gens dans la rue et dans le plus grand dénuement aux mains des passeurs. Donc s'en occuper, les amener vers la voie du droit d'asile, donc avoir des droits en France, s'intégrer en France et c'est l'essentiel.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernier thème très rapide Emmanuelle COSSE, vous êtes ministre du Logement, on n'entend pas beaucoup parler du logement chez les candidats, peut-être que c'est le signe que ça marche maintenant. Vous avez été trois femmes ministre du Logement, le quinquennat se termine mieux qu'il a commencé. Vous avez été deux, Sylvia PINEL et vous, pour corriger les absurdités et les blocages de la précédente !
EMMANUELLE COSSE
En tout cas ce que je peux vous dire, c'est que nous avons cette année les meilleurs chiffres de construction de logements des 5 dernières années ; et en matière de logement social les meilleurs chiffres depuis 10 ans. Donc les résultats sont là, pourquoi est-ce qu'on parle si peu de logements aujourd'hui ? Peut-être que ça va mieux. Mais moi, je peux vous dire qu'étant une personne très engagée sur la question du logement, je ne me satisfais pas des très bons résultats cette année. Moi ce que j'espère, c'est qu'ils soient aussi bons pendant 10 ans. Si nous tenons ce rythme-là pendant 10 ans…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire en faisant la politique actuelle et pas la politique précédente ?
EMMANUELLE COSSE
En tout cas…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Du début…
EMMANUELLE COSSE
En effet…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dites-le, articulez-le.
EMMANUELLE COSSE
En effet. Et donc en 10 ans, nous sommes capables de relever le défi du mal logement en France. Mais maintenant, il faut aussi que toutes les personnes qui seront au gouvernement, quelle que soit l'issue de l'élection, tienne un programme ambitieux, de la mobilisation générale et un Premier ministre et un président de la République qui, jusqu'au bout, demandent des comptes sur la question du logement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'en même temps, ce sont des facteurs de croissance, etc.
EMMANUELLE COSSE
Et d'emplois, absolument, absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
De croissance et d'emplois. Dernière remarque, Cécile DUFLOT était avec vous chez Benoît HAMON…
EMMANUELLE COSSE
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez ensemble ?
EMMANUELLE COSSE
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous êtes réconciliées ?
EMMANUELLE COSSE
Pas du tout mais ce n'est pas le sujet, ça ne m'intéresse pas…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous vous parlez ?
EMMANUELLE COSSE
Non.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi cette fâcherie ?
EMMANUELLE COSSE
Parce que je suis rentrée au gouvernement il y a un an, mais vous savez…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et elle ne vous le pardonne pas ?
EMMANUELLE COSSE
Je ne crois pas…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle pouvait être ministre, elle, mais pas vous ?
EMMANUELLE COSSE
C'est ce que j'ai lu dans la presse mais ça m'importe peu. Moi ce qui m'importe c'est la vie des Français, leurs conditions de vie…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment vous dites « il faut rassembler la famille », quand vous êtes 2 vous n'arrivez pas à vous parler.
EMMANUELLE COSSE
Mais moi, je me rassemble avec tout le monde…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec vous-même !
EMMANUELLE COSSE
Non, je fais campagne pour Benoît HAMON, je distribue les tracts et les susceptibilités des uns et des autres, je les range dans un tiroir car ce n'est pas très important dans la période. Dans la période, c'est l'avenir de la France et je veux vous dire, dans ce moment-là il faut que tout le monde soit un peu à la hauteur. Ça veut aussi dire ranger ses susceptibilités et ses égos.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue et restez franche et directe comme ça.
EMMANUELLE COSSE
Je vais essayer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mars 2017