Texte intégral
RTL : 30 août 1993
J.-M. Lefèvre : Invitée de RTL, 18 heures, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Jeunesse et des Sports. Bonsoir.
M. Alliot-Marie : Bonsoir.
J.-M. Lefèvre : Est-ce que les très graves incidents qui se sont produits samedi, lors du match au Parc des Princes PSG-Caen, ne sont pas l'illustration de l'échec des pouvoirs publics ?
M. Alliot-Marie : Oh, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un échec des pouvoirs publics, ou alors il faudrait parler de l'échec de tous les pouvoirs publics européens dans la mesure où, malheureusement d'ailleurs, les incidents que nous avons vus sont bien connus aussi dans d'autres pays. Ce qui m'amène d'ailleurs à saisir mes collègues des différents pays, où des incidents de ce type ont lieu, de façon à ce que nous essayons ensemble de trouver des solutions.
J.-M. Lefèvre : À l'exception quand même de la Grande-Bretagne qui avait pris des mesures et il semble que la question des hooligans sur les stades ait été plus ou moins réglée.
M. Alliot-Marie : Plus ou moins comme vous le dites.
J.-M. Lefèvre : Mais plutôt plus que moins d'après tous les témoignages.
M. Alliot-Marie : Mais plutôt plus que moins. C'est la raison pour laquelle il convient, également, de prendre des mesures. Mais, vous savez, le Paris Saint-Germain a pris des mesures à la suite des incidents qui avaient eu lieu au mois de juin et nous avons vu que, malheureusement, eh bien cela n'empêche pas un certain nombre de dérapages. Alors, aujourd'hui, ce qu'il faut c'est à la fois sanctionner très durement, et ça je le dis, ces voyous, je crois qu'il n'y a pas d'autre terme, qui viennent perturber le déroulement des matchs, qui portent atteinte à la sécurité de ceux qui aiment le sport et qui viennent là pour cela, et qui portent, en même temps, atteinte à l'image du sport alors que je crois que les jeunes aujourd'hui dans notre société, avec tous les problèmes qu'ils ont, ont besoin de croire dans le sport. Et, je leur dirais qu'ils ont raison d'ailleurs.
J.-M. Lefèvre : Oui, mais les représentants des syndicats de police vous disent que les jeunes interpellés lors des précédents matchs sont libérés sans poursuites et qu'il n'y a pas de suites judiciaires.
M. Alliot-Marie : Moi, je souhaite qu'il y ait des suites judiciaires. Vous savez, lorsqu'il y a eu des incidents au moment où je suis arrivée, j'ai saisi immédiatement mes collègues de l'Intérieur et de la Justice en leur disant, qu'il fallait que nous trouvions des solutions. Alors, je vais vous dire que nous avons travaillé.
J.-M. Lefèvre : Alors justement, concrètement, qu'est-ce que vous proposez ?
M. Alliot-Marie : Oh, il y a plusieurs mesures. Encore une fois, les représentants des différents ministères se sont réunis pendant tout le mois de juillet, et le mois d'août d'ailleurs, et il y a eu plusieurs réunions. Cela débouche, d'abord sur un projet de loi que j'envoie à mes collègues car je souhaiterais qu'il puisse être discuté lors de la prochaine session parlementaire, et qui nous permettrait de prendre notamment, non seulement des sanctions, mais également des mesures préventives. Vous savez…
J.-M. Lefèvre : C'est-à-dire ?
M. Alliot-Marie : … pour ma part, je souhaite que l'on puisse créer une sorte de peine accessoire de certaines condamnations de façon à interdire l'accès aux stades à des gens qui se sont déjà manifestés pour leur violence dans de telles circonstances.
J.-M. Lefèvre : Ce qui existe un peu déjà en Grande Bretagne où certains meneurs sont obligés d'aller au commissariat de police à l'heure des matchs se présenter.
M. Alliot-Marie : Tout à fait. Vous savez, moi je crois que dans des affaires comme celles-ci, d'abord il faut être très pragmatique, que le problème n'est pas de faire de grands effets d'annonce mais d'avoir des mesures concrètes et efficaces. Et, pour cela, eh bien moi, je suis toujours prête à regarder ce qui se passe autour de moi, à choisir les meilleures idées, celles qui se sont révélées efficaces. Alors, en la matière, bon c'est un exemple, il y a d'autres mesures qui sont comme celle-là.
J.-M. Lefèvre : Alors, un autre point précis. Il semble que samedi, les spectateurs quand ils entrent au Parc des Princes sont fouillés. Or, plusieurs des agresseurs avaient, semble-t-il, des armes. Alors, qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'ils bénéficient d'un local, de choses sur place ? Est-ce qu'il y a des fuites et des failles dans le dispositif ?
M. Alliot-Marie : Non, je pense que les responsables, d'ailleurs, de ces opérations l'ont dit. Il y a eu quelques problèmes dans la fouille visiblement. Il faut dire d'ailleurs que ce n'est pas facile quand vous avez des milliers de personnes qui se présentent sur un stade par des petites portes. Il faut à la fois les fouiller, effectivement, et d'autre part ne pas créer un total encombrement. Alors, il peut y avoir de temps en temps… – quand on pense que les choses vont bien se passer parce que, malheureusement, ce n'est pas forcément quand on attend des incidents que ces incidents se produisent – eh bien, il y a peut-être eu un certain relâchement de l'attention de ceux qui étaient chargés de ces fouilles. Je pense que ce sera une leçon pour l'avenir. Et peut-être faut-il, également, améliorer les systèmes de détection. Parce que, vous le savez, aujourd'hui on est très bien armé, si je puis dire, pour détecter tout ce qui est métallique. En revanche, il y a des objets qui peuvent servir d'arme, de projectile, et qui, eux, ne sont pas métalliques. Ça pose d'autres problèmes.
J.-M. Lefèvre : Est-ce que vous êtes favorable, ça ne sera peut-être que déplacer le problème, à la fermeture de cette tribune Boulogne ?
M. Alliot-Marie : Écoutez, je crois qu'il vaut mieux essayer de trouver des solutions, parce que même si la tribune Boulogne était fermée, on risque de retrouver les mêmes groupes dans d'autres tribunes. Mais, les dirigeants du Paris Saint-Germain ont réhabilité cette tribune, qui a été fermée pour quelques matchs. Nous voyons que, aujourd'hui, que malgré les mesures prises, eh bien, on n'empêche pas un certain nombre de dérapages.
J.-M. Lefèvre : Et on sait qui sont les casseurs. Ce sont toujours les mêmes. Les policiers ont des bandes vidéo et des images. Il y a une organisation derrière selon vous ou ce sont des jeunes incontrôlés ?
M. Alliot-Marie : Non, je dirais que ce ne sont que des petits groupes. D'après ce que je sais, d'après ce que l'on m'en a dit, ce sont des petits groupes qui ont leur propre organisation mais qui n'appartiennent pas à une véritable organisation contrôlée. C'est bien d'ailleurs ce qui rend leur surveillance plus difficile.
J.-M. Lefèvre : Alors, demain vous allez recevoir les dirigeants du football français.
M. Alliot-Marie : Tout à fait.
J.-M. Lefèvre : Est-ce que vous estimez qu'ils ont fait ce qu'ils devaient faire, ou qu'ils se sont un peu, peut-être, facilement ou trop facilement défausser sur les pouvoirs publics en disant, nous, on avait ce qu'il fallait ? Est-ce que vous leur reprochez quelque chose ?
M. Alliot-Marie : Non, il ne s'agit pas de reprocher aux uns et aux autres. Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'ensemble, chacun dans le domaine de nos compétences, nous trouvions des solutions qui nous évitent ce genre d'incidents, d'accidents qui, encore une fois, portent atteinte au sport. Le sport c'est autre chose. Ça doit être une fête. Et, il y a un certain nombre de valeurs qui sont attachées au sport, et je souhaite qu'elles soient mises en avant. Et, il est évident que des incidents, comme ceux qui se sont produits avant-hier de la même façon qu'un certain nombre d'autres problèmes qui se posent aujourd'hui au football, eh bien, portent atteinte à cette image du football. Alors, il faut que cela cesse. Et, il faut que, tous ensemble, nous travaillions à ce que cela se produise et également que nous travaillions à ce que les forces de l'ordre, qui font avec un grand dévouement un travail souvent remarquable justement pour protéger ceux qui ont simplement envie de voir un beau match, eh bien, le fassent dans des conditions normales.
J.-M. Lefèvre : Vous reconnaissez quand même qu'aujourd'hui et pour un jeune s'il aime le football, il a le choix entre la violence et les affaires de corruption ? Il y a quand même un sale climat.
M. Alliot-Marie : Écoutez, il y a un climat que je déplore que l'on parle trop de ça et non pas des exploits sportifs…
J.-M. Lefèvre : Malheureusement, les équipes françaises pendant l'été ça n'a pas été extraordinaire.
M. Alliot-Marie : Ah, ça dépend, écoutez. Là aussi, je crois qu'on a toujours un certain pessimisme en France. Et, finalement on regarde toujours ce qui ne va pas. Moi, ce que je constate aussi, c'est que nous avons eu depuis quelques mois de fantastiques résultats, que nous avons gagné des championnats d'Europe, des championnats du Monde, que ce soit en rugby, que ce soit en football, que ce soit en athlétisme, que ce soit en vol-à-voile, que ce soit en judo. Alors, parlons aussi un peu de ça. Et, je dis aux jeunes, ne vous laissez pas omnibuler. Il arrive qu'il y ait des dérapages. Vous l'avez dit vous-même, cela concernait, en ce qui concerne les incidents de samedi, une cinquantaine ou une centaine de personnes. Par rapport aux milliers qui étaient présentes, eh bien regardons un peu les milliers de vrais amoureux du sport. Je crois qu'il faut croire au sport, et je dis aux jeunes, vous avez raison de croire au sport, il y a là un moyen de vous exprimer et des valeurs qui sont des valeurs très positives.
J.-M. Lefèvre : Parce que, pour revenir au sport, et à 98, la Coupe du monde en France, dans ce climat, est-ce qu'il va falloir quand même agir vite et fort pour essayer de régler cette question bien avant ?
M. Alliot-Marie : Bien entendu, moi je ne crois pas tellement au problème matériel, réel. Je suis sûre qu'on les réglera. Le problème est aussi celui de l'image du sport. C'est vrai que ça la fiche mal, si vous me pardonnez l'expression. Eh bien, ça la fiche mal que dans un pays qui doit accueillir la Coupe du monde il y ait quelques voyous qui viennent porter la violence au sein nos stades. Mais ça, je crois que c'est tous ensemble et également avec le public que nous y mettrons fin. Moi, j'avais été très frappée, j'ai assisté à un match au Parc des Princes où il y avait eu comme cela quelques manifestations, et j'ai vu l'ensemble du public siffler ceux qui ne respectaient pas, je crois que c'était une minute de silence à l'époque, eh bien, je trouve que c'est une très bonne chose.
J.-M. Lefèvre : Dernière question, Saint-Denis, Rosny, le Grand Stade pour 98, bon, ça sera plutôt Seine Saint-Denis sûrement ?
M. Alliot-Marie : Le Grand Stade sera construit en 1998, ce sera une très grande fête pour le football. Pour l'instant…
J.-M. Lefèvre : Il faut espérer qu'il sera construit avant.
M. Alliot-Marie : Il sera construit avant.
J.-M. Lefèvre : Et, vous annoncez ça quand ?
M. Alliot-Marie : Très prochainement. Pour l'instant, savez, j'ai été amenée à interroger un certain nombre de collectivités locales à la demande d'ailleurs des responsables de Melun-Sénart pour savoir s'ils étaient prêt à contribuer, je dirais, à l'énorme dépense financière qui était demandée aux pouvoirs publics. Pour l'instant, j'ai reçu une réponse qui était celle d'ailleurs de la Ville de Paris, et qui me dit que la Ville de Paris ne peut envisager de participer financièrement au déficit de la construction du Grand Stade qui était prévue Melun-Sénart. J'attends que les réponses des deux autres collectivités locales. Dès que je les aurais, eh bien je ferais connaître ma réponse. Et, comme vous le savez, j'ai travaillé dans le temps du déroulement de la procédure pour que, en cas de besoin, de nouvelles solutions soient trouvées. Eh bien, pratiquement immédiatement, nous pourrons, si c'était nécessaire, annoncer une autre solution. Nous avons le choix entre plusieurs.
J.-M. Lefèvre : Michèle Alliot-Marie, merci.
France 2 : 31 août 1993
G. Leclerc : Michèle Alliot-Marie bonjour.
M. Alliot-Marie : Bonjour.
G. Leclerc : Alors tout le monde a vu ces images de violence des supporters du Paris Saint Germain contre des CRS, vous réunissez aujourd'hui les responsables du football et du maintien de l'ordre. Quel est votre sentiment sur ces dérives, et quelles mesures peut-on envisager prendre ?
M. Alliot-Marie : Je crois que ces dérives sont inacceptables. Ce qui signifie qu'elles doivent être à la fois très fermement sanctionnées et qu'on doit effectivement essayer de les prévenir. C'est la raison pour laquelle, je vais commencer, d'ailleurs ce matin, en vous quittant, par recevoir le président du Comité National Olympique et je vais lui demander de réunir le Comité Olympique Français de façon à ce qu'avec tous les responsables du sport français, nous fassions à la fois une analyse précise des raisons qui conduisent à des débordements et que nous essayons ensemble de mettre en place ces mesures de prévention. Ensuite, cet après-midi effectivement, je recevrai à la fois le président de la Fédération, le président de la Ligue, les responsables du Paris-Saint-Germain, le Monsieur Stade qui a été nommé par mon collègue Charles Pasqua et également monsieur le Préfet de Police de Paris pour aussi faire le point de ceci. D'ailleurs nous avons déjà travaillé sur ce sujet puisque vous savez que j'avais eu l'occasion de réagir assez fermement juin lorsqu'il y avait déjà eu des dérives de ce genre. Et au mois de pendant tout l'été, comme je l'avais souhaité, une commission avec des responsables du ministère de la Justice et du Ministre de l'Intérieur se sont réunis à plusieurs reprises et on a préparé un projet de loi qui nous permette d'aller plus loin à la fois dans les sanctions et dans la prévention. Ce projet je vais l'envoyer et j'espère que nous pourrons le faire voter à la prochaine session.
G. Leclerc : Alors l'une des mesures qui semblerait de bon sens, ce serait d'interdire l'accès au stade aux hooligans, et il parait que ce n'est pas possible ?
M. Alliot-Marie : Il y a effectivement aujourd'hui dans notre législation, il y a un texte qui interdit le refus de vendre, donc refus de vendre y compris des billets. Et nous avons aujourd'hui à arbitrer entre d'une part, je dirais la sécurité et le confort de ceux qui aiment le sport, des spectateurs qui vont à ces matchs pour participer à une grande fête et puis d'autre part l'interdiction effectivement à certains d'entrer dans les stades. Pour ma part, je le dis très clairement, j'estime que ceux qui ont déjà causé des troubles dans les stades, doivent avoir une sanction, qui soit prononcée d'ailleurs par le juge, qui soit une sorte de peine complémentaire et lorsqu'on les sanctionne en disant, bon vous avez commis un certain nombre de fautes, eh bien vous avez une sanction pénale disons, eh bien je souhaiterai que le juge puisse également dire : pendant tant d'années, il vous est interdit de rentrer dans un stade.
G. Leclerc : Ce qui veut dire une modification de la loi ?
M. Alliot-Marie : Ce qui veut dire une modification de la loi, c'est ce que nous sommes en train de préparer.
G. Leclerc : Alors le football en a également beaucoup parlé cet été à propos du feuilleton de l'été, Valenciennes-OM. D'une façon générale, qu'est-ce que tout cela vous inspire ? Est-ce que là aussi il y a des mesures à prendre pour un peu normaliser les relations entre le sport et l'argent et plus particulièrement le sport et le football ?
M. Alliot-Marie : Vous comprendrez que je ne vous parle pas de l'affaire OM-Valenciennes elle-même, la justice est saisie, et je dirais que déontologiquement et constitutionnellement, il n'est pas question pour moi d'en parler. En revanche, j'ai déjà eu l'occasion de dire qu'effectivement, que toutes les suspicions qui peuvent tourner autour d'une affaire comme celle-ci, portent atteinte à l'image du football, et portent atteinte d'une façon générale à l'image du sport. Alors, la première chose, il faut quand même être sérieux, ce n'est pas parce qu'il y a des suspicions qui portent sur quelques personnes qu'il faut condamner un sport superbe comme le football ou qu'il faut condamner à fortiori le sport. Mais effectivement, il faut aujourd'hui réussir à assainir cette situation. Beaucoup a déjà été fait en ce sens, depuis quelques années grâce aux responsables du sport, je crois qu'aujourd'hui il faut aller plus loin, notamment pour clarifier les rapports qui peuvent exister entre l'argent et le sport. En ce qui me concerne, j'ai dès mon arrivée mis en place la commission sur les intermédiaires, de façon à commencer à clarifier et je crois qu'il faut aller encore plus loin en ce sens. Le sport c'est fantastique. Et tous ces jeunes qui croient dans le sport, qui se passionnent pour lui, ont bien raison de le faire, il faut que nous qui sommes des responsables sportifs ou politiques, eh bien que nous leur donnions toutes les raisons d'en être fier, et de ne pas avoir comme ça des petits doutes.
G. Leclerc : Alors autre sujet d'actualité, le Grand stade, pour la coupe du monde de football 1998. En pensait que ce serait Melun Sénart, et puis à première vue on remet en cause la décision pourquoi ?
M. Alliot-Marie : Oh, vous savez il ne s'agit pas de remise en cause de décision, il s'agit simplement d'essayer de trouver les meilleurs moyens de faire de cette coupe du monde de football en 1998, une grande fête pour le football pour les sportifs, et pour la France. Alors de ce point de vue, il faut choisir aussi c'est vrai, le meilleur emplacement possible pour installer ce stade où auront lieu les finales, les grandes manifestations.
G. Leclerc : Et Melun Sénart, ça ne va pas ?
M. Alliot-Marie : Alors quand je suis arrivée, j'ai trouvé ce dossier, et moi j'ai écouté un petit peu autour de moi, et j'ai entendu notamment, ça m'a beaucoup frappé, tous les grands sportifs, me dire qu'il s'agissait d'un endroit qui était trop éloigné d'une ville, qui était en quelque sorte au milieu d'un désert, en quelque sorte, donc des champs, et que par conséquent ça ne correspondait pas à l'aspect de convivialité qui est extrêmement lié au sport. D'autre part, ce que j'ai constaté également c'est qu'il y avait de gros problèmes financiers. C'était une création, une opération qui au départ avait été prévue pour ne coûter rien au pouvoir public. Et je m'apercevais fur et à mesure qu'effectivement cette opération n'avait peut-être pas été sur le plan financier suffisamment bien montée et que cela risquait de coûter très cher. Par correction j'ai attendu jusqu'au bout effectivement que la procédure se fasse, il y a eu, on a rendu si vous voulez les dossiers à la fin du mois de juillet et on s'est aperçu effectivement que le coût était beaucoup plus élevé. Alors là-dessus les responsables de Melun Sénart m'ont dit : nous demandons une participation à plusieurs collectivités territoriales ce qui amènerait l'État à avoir un moindre effort à faire. J'ai interrogé ces collectivités territoriales deux sur trois m'ont répondu, la Ville de Paris et d'autre part le Conseil Général qui m'ont dit l'un et l'autre que pour eux il n'était pas question de participer à un financement du déficit de l'opération Melun Sénart.
G. Leclerc : On reparle maintenant de Saint Denis et Rosny-sous-Bois, ça vous parait effectivement…
M. Alliot-Marie : Alors attendez, moi ce que je dis aujourd'hui, j'attends encore la dernière réponse, au vue de la dernière réponse eh bien je verrai ce qu'il convient de faire. Mais comme je me préoccupe de la réalisation de la Coupe du Monde dans les meilleures conditions, j'ai effectivement fait étudier un certain nombre de solutions de rechange, et si nous étions amenés à abandonner le projet Melun Sénart dans les prochains jours, il y aurait effectivement de nouvelles solutions qui pourraient être immédiatement proposées.
G. Leclerc : Brièvement quand sera pris la décision ?
M. Alliot-Marie : Dans les tous prochains jours.
G. Leclerc : Michèle Alliot-Marie, merci, bonne journée.
France 2 : 31 août 1993
B. Masure : Alors voilà, comme annoncé, comme promis, nous retrouvons tout de suite Michèle Alliot-Marie, qui est ministre des Sports, et Jean Fournet-Fayard, président de la Fédération Française de Football. Ma première question sera pour vous, Monsieur le président. Qu'est-ce que vous pensez de ce que les journalistes qualifient d'ultimatum de la FIFA ?
J. Fournet-Fayard : Oui, j'ai entendu parler de ce qualificatif d'ultimatum. Non, je crois que la FIFA est intervenue parce qu'elle estimait bon de la faire. Ceci étant, j'ai le sentiment qu'ils oublient un petit peu que le sport en France agit par délégation et doit respecter les procédures qui sont les siennes, des procédures que, aussi la Ligue nationale que la Fédération, nous respecterons toujours. Ceci étant, j'ai entendu, tout à l'heure, un certain nombre de choses qui sont fausses à mon avis, et je voudrais les remettre en place. Tout d'abord, l'instance judiciaire se déroule de son côté, et c'est nous qui l'avons provoquée. Et, je pense que nous avons eu un courage suffisant. Il est évident que si la justice n'avait pas été saisie, il n'y aurait pas d'affaire actuellement, et nous parlerions d'autre chose que l'ultimatum de la FIFA. La deuxième chose, c'est que la procédure qui est en cours est une procédure sportive. Et, c'est dans ce cadre-là que la Commission Supérieure des Disciplines agit. Mais, il y a des règles. Des règles disciplinaires qui sont, qui figurent en détail dans la loi de juillet 92 dernier, et nous nous devons de la respecter.
B. Masure : Monsieur Fournet-Fayard, oui, excusez-moi, la FIFA parle d'atermoiements et on a peut-être aussi un peu ce sentiment. La réunion de l'autre semaine de la Ligue a été reportée. Elle a été reportée d'ailleurs à samedi.
J. Fournet-Fayard : C'est encore un exemple de la procédure que nous devons respecter puisqu'en effet, à la première convocation les convoqués peuvent demander un report de cette réunion au plus tard dix jours derrière. Mais, ce que je pense, c'est que la FIFA n'a pas suffisamment conscience des problèmes qui sont les nôtres. Et, je le répète bien, nous ferons jusqu'au bout, nous respecterons les procédures qui sont les nôtres. Je pense, que le 23 septembre, date qui a été fixée je ne sais trop comment, eh bien, que ce 23 septembre peut tout à fait correspondre à une décision chez nous de la Commission Supérieure de Discipline. C'est en tout cas ce qu'on peut envisager.
B. Masure : Il y aura donc bien une réunion le 4 septembre de la Ligue mais pas de décision annoncée tout de suite, de sanction annoncée tout de suite ?
J. Fournet-Fayard : Non, je vous répète la Commission de discipline qui a dû reconvoquer les six qui ne voulaient pas venir parce qu'ils n'étaient pas libres à ce moment-là, et ils en avaient le droit de par la procédure. Ceci étant, je regrette aussi la rigueur et la longueur de cette procédure. Mais, cette procédure nous est imposée par la loi, je le répète, la loi sur le sport de juillet 92.
B. Masure : Je voudrais, maintenant, me tourner vers le ministre des Sports, Michèle Alliot-Marie. Dans un instant nous parlerons de l'objet de votre réunion : les violences au Parc des Princes samedi dernier, le problème des hooligans. Mais tout de suite, une question Madame le ministre. Est-ce que ce n'est pas un petit peu gênant qu'on fasse, la France fasse, en quelque sorte, un peu figure de tricheur aux yeux de l'étranger ?
M. Alliot-Marie : Oh, je crois que la France, et en tous les cas la Fédération, ne fait pas figure de tricheur. La France, comme vient de la dire le président Fournet-Fayard, respecte ses procédures, et elle les respecte parfaitement. Et, j'ajouterais une chose, c'est qu'il faut rendre hommage au président de la Fédération et au président de la Ligue pour avoir déclenché cette affaire en portant plainte. Peut-être certains autres, qui sont prompts à la critique aujourd'hui, feraient-ils bien d'avoir eu le même courage dans d'autres pays pour effectivement savoir immédiatement réagir lorsqu'il y a des actions sanctionnables.
B. Masure : Alors, madame Alliot-Marie, vous aviez convoqué tous les responsables du football concernés par les graves incidents du Parc des Princes samedi soir. Faut-il envisager de modifier la législation pour empêcher les fauteurs de troubles d'entrer dans les stades français ? Ce matin, sur l'antenne d'Europe numéro Un, Charles Pasqua s'est déclaré plutôt dubitatif sur l'efficacité d'une loi anti casseurs, ou anti-hooligans. Alors, est-ce que vous avez progressé dans la discussion ?
M. Alliot-Marie : Absolument. Je crois qu'il s'agit là d'un phénomène qui n'est pas spécifique à la France, qui n'est pas nouveau d'ailleurs, et qui est un phénomène extrêmement complexe dans la mesure où il intègre des problèmes de foule. Ce que nous cherchons c'est, loin de toute opération médiatique, de prendre les mesures qui soient les plus efficaces possibles contre la violence dans les stades. Alors, certaines de ces mesures sont matérielles, peuvent être prises à très court terme. D'autre part, il peut y avoir des mesures qui sont, aujourd'hui, empêchées par des législations trop restrictives et qui n'avaient pas envisagé ce type de situation. Donc, nous prenons des mesures dans tous les domaines, qu'ils soient matériels, ou qu'ils soient juridiques. Alors, c'est ainsi que, si vous permettez, dès demain à très court terme, et pour protéger les prochains matchs, des mesures seront présentées par le préfet Massoni à la suite de la réunion qu'il organise. D'autre part, il y a effectivement, aussi, les mesures que prendra la justice dans le cadre des instances en cours puisqu'il y a une commission rogatoire. Et, je souhaite, pour ma part, que les sanctions qui pourront être prises contre les coupables soient exemplaires, c'est-à-dire qu'elles soient préventives. Et puis, d'autre part, il y a également ce problème de l'entrée dans les stades de gens qui sont déjà condamnés pour des violences commises dans les stades. Aujourd'hui, la loi, qui empêche le refus de vente, interdit effectivement de prendre des sanctions préventives contre ces personnes. Je souhaite, pour ma part, et je proposerai au gouvernement un projet de loi en ce sens, qui sera d'ailleurs simplement un article, qui permette aux juges, lorsqu'ils prononcent une peine contre quelqu'un qui a fait preuve de violence dans les stades, eh bien, de l'assortir d'une peine complémentaire qui lui interdirait, pendant une certaine durée, de pouvoir de nouveau aller dans un stade.
B. Masure : Merci, madame le ministre pour toutes ces précisions. Merci, Monsieur Jean Fournet-Fayard d'avoir répondu à notre invitation, donc, sur ce nouveau dossier chaud du football.
France 3 : 31 août 1993
M. Autheman : En France. D'abord, les hooligans du PSG. Après les violences de samedi dernier, Michèle Alliot-Marie, ministre des Sports, convoque les dirigeants dans son bureau. Réunion pour tenter de trouver, enfin, une parade. Réunion à laquelle participaient les dirigeants du club, mais aussi les présidents de la Ligue, de la Fédération, de la mairie de Paris, et le tout nouveau monsieur sécurité. En direct, justement maintenant, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Jeunesse et des Sports. Bonsoir.
M. Alliot-Marie : Bonsoir.
M. Autheman : Vous venez donc de présider cette réunion. Je crois que cette réunion est toujours en cours. Est-ce que vous avez pu, d'ores et déjà, prendre un certain nombre de décisions pour faire face à ces hooligans ?
M. Alliot-Marie : Oui, nous avons pris une série de mesures et établi un calendrier. Il y aura d'abord des mesures à très court terme pour éviter que, dans les prochains matchs, nous ayons, de nouveau, de tels incidents. Ces mesures à très court terme, seront explicitées demain par le préfet Massoni qui tient une réunion à 17 heures. D'autre part, nous aurons dans les jours prochains, je pense, les suites de la commission rogatoire qui a été instruite, et je pense que ceci débouchera sur des sanctions dont je souhaite qu'elles soient très sévères.
M. Autheman : Michèle Alliot-Marie, c'est en fait apparemment le PSG qui, essentiellement dans les clubs français, est confronté à ce problème de hooligans. Ça fait très longtemps que ce phénomène existe. Visiblement, les dirigeants du club n'ont obtenu, pour l'instant, aucun résultat. Est-ce qu'on ne peut pas aussi envisager des sanctions contre le club ?
M. Alliot-Marie : Oh, le club a obtenu un certain nombre de résultats. Il faut le reconnaître. Il y a eu des événements, effectivement, qui se sont passés au mois de juin et qui m'avaient d'ailleurs amené à réagir, qui a d'ailleurs conduit, également, un certain nombre de décision y compris de la part des représentants du PSG puisqu'ils ont élaboré un nouveau règlement intérieur qui doit, d'ailleurs, être mis en œuvre dans les prochains jours puisqu'il nécessite d'ailleurs l'intervention d'autres instances que ceux-là même. Mais, donc, en la matière, nous travaillons tous ensemble. Je crois, que c'est ce qui relève de cette décision. Il y avait des représentants de monsieur Méhaignerie, le Garde des Sceaux. Il y avait le représentant de Charles Pasqua. Il y avait le représentant du préfet. Les représentants du sport. Et, tous ensemble, ce que nous voulons c'est prendre des mesures, non pas médiatiques, mais des mesures très concrètes qui nous permettent de régler ce problème qui est un problème très difficile.
E. Lucet : Justement, Michèle Alliot-Marie, vous parliez du Garde des Sceaux. On a parlé, ces derniers jours, de vide juridique. Allez-vous proposé un nouveau texte de loi ?
M. Alliot-Marie : Absolument. C'est la troisième mesure, après les mesures à court terme proposées demain dans la réunion autour de Philippe Massoni les mesures concernant la justice. Je souhaite également déposer, dans les premiers jours d'ailleurs de la session parlementaire, un texte qui permette aux juges, lorsqu'ils prononcent une sanction contre quelqu'un qui a exercé une violence à l'intérieur d'un stade, eh bien, de pouvoir prononcer une peine complémentaire qui lui interdira l'accès aux stades pendant un certain temps.
M. Autheman : Alors, Michèle Alliot-Marie, si vous le voulez bien, vous restez quelques instants avec nous puisqu'il y a une autre affaire aujourd'hui dans l'actualité. Le football français qui est maintenant mis en demeure de réagir après l'affaire OM-Valenciennes. La Fédération internationale a lancé un ultimatum. Elle attend une décision avant le 23 septembre, sinon, dit-elle, la Fédération française pourrait être exclue. Explications de Zidi Boudaoud.
Reportage
E. Lucet : Alors, Michèle Alliot-Marie, ça vous inquiète ces menaces ? Allez-vous demander à la Fédération d'accélérer le processus ?
M. Alliot-Marie : Écoutez, la Fédération, pour l'instant, parfaitement respecté les procédures légalement en France. Et d'ailleurs, je suis sûre que le respect de ces procédures conduira à une décision qui rentrera tout à fait dans les délais qui suscitent de telles inquiétudes de la part de la FIFA. J'ajouterais une chose, parce qu'il ne faut pas l'oublier non plus, c'est que c'est grâce justement à la Ligue et à la Fédération que les poursuites ont été engagées. Ça, il ne faut pas l'oublier. Je crois que la Fédération et la Ligue ont, l'une et l'autre, très bien fait leur travail, et il faut leur rendre hommage.
E. Lucet : Michèle Alliot-Marie, merci d'avoir interrompu votre réunion pour répondre à nos questions.
Europe 1 : 31 août 1993
C. Delay : Alors que la ville d'Angers est sur le pied de guerre pour accueillir demain les supporters du Paris Saint Germain, Michèle Alliot-Marie hausse le ton pour lutter contre les hooligans. Le ministre de la Jeunesse et des Sport recevait cet après-midi les responsables du football français, du Paris Saint Germain, ainsi que les représentants des ministères concernés. Madame Alliot-Marie souhaite déposer un projet de loi pour lutter contre la violence dans les stades. Elle répond à Edmond Zucchelli.
M. Alliot-Marie : Il y a le projet de loi qui avait été élaboré par le groupe de travail que j'avais fait réunir à la suite des incidents du mois de mai et de juin, et qui devrait déboucher sur un texte discuté au début de la prochaine session parlementaire, c'est à dire au mois d'octobre, et qui permettrait aux juges, qui sanctionnent quelqu'un pour des fautes et des violences commises à l'intérieur d'un stade, de prononcer une peine complémentaire d'interdiction de pénétrer dans le stade. Il faut permettre, justement, aux responsables, à ce moment-là, d'avoir les moyens de faire respecter l'ordre public. Donc là, il s'agit d'une mesure très ponctuelle, un texte très très court d'ailleurs, et qui devrait répondre à ce besoin.
C. Delay : Le ministre doit rencontrer demain le préfet de police de Paris, Philippe Massoni, et les dirigeants du PSG pour discuter précisément du problème posé par les hooligans au Paris Saint Germain.
RMC : 1er septembre 1993
J.-L. Caffier : La position de la FIFA a été rendue publique quelques heures seulement avant la réunion consacrée à l'autre grand problème du ballon rond à l'heure actuelle. Michèle Alliot-Marie veut aller vite pour résoudre le problème des casseurs, le ministre des Sports a reçu les représentants du football français, du Paris-Saint-Germain et de la Ville de Paris elle annonce des mesures imminentes. Michèle Alliot-Marie.
M. Alliot-Marie : La justice est actuellement saisie, il y a une commission rogatoire et je pense que ceci aboutira vite, je crois qu'on est décidé à aller vite et sur des sanctions qui soient tout à fait exemplaires. Ensuite, il y a le projet de loi qui avait été élaboré à la suite des incidents du mois de mai et de juin et qui devraient déboucher sur un texte discuté au début de la prochaine session parlementaire, c'est-à-dire au mois d'octobre et qui permettrait au juge de prononcer une peine complémentaire d'interdiction de pénétrer dans le stade. Enfin dernière étape, je dirais, c'est celle de la saisine que je compte faire de mes collègues des différents pays européens, qui se trouvent confrontés au même phénomène de façon à ce qu'ensemble nous recherchions des solutions qui ne soient pas simplement nationales, mais communautaires.
Le Quotidien de Paris : 2 septembre 1993
Le Quotidien : Pouvez-vous détailler plus avant les mesures que vous avez annoncées mardi dernier concernant la sécurité dans les stades ?
Michèle Alliot-Marie : Si vous le voulez bien, je vais prendre les choses par ordre chronologique. Premièrement, et à très court terme, certaines décisions seront explicitées par le préfet, notamment concernant le Parc des Princes et les possibilités d'extension de ces décisions à d'autres types de matches. Il s'agit par exemple d'avaliser le nouveau règlement du Paris-Saint-Germain. Ce sont là des mesures très immédiates.
Deuxièmement, dans tout ce qui relève de l'action judiciaire destinée à sanctionner les fauteurs de troubles de samedi dernier, la justice est décidée à aller vite et bien. Je souhaiterais personnellement qu'elle prenne des sanctions très dures, exemplaires. Pour tout dire dissuasives.
Troisièmement, il s'agit d'une modification législative qui devrait être présentée au Parlement dès le début de la session d'automne. Il s'agit là d'un texte très court, d'un seul article. Je ne veux pas créer une nouvelle loi anticasseurs, mais lever l'interdiction à titre préventif de faire venir les gens dans les stades. Les juges pourront prononcer une peine complémentaire d'interdiction de pénétrer dans un stade à ceux qui y auront déjà été pris à des actes de violence. Par ailleurs, il y aura d'autres types de mesures qui sont étudiées actuellement par un groupe de travail interministériel composé de membres du ministère de la Justice et de l'Intérieur. Ce groupe avait été formé après les incidents du match PSG-Olympique de Marseille en mai dernier. Il s'agit de déterminer un certain nombre de mesures juridiques et matérielles. Je leur demanderai d'essayer de mettre en œuvre des actions de formation dans lesquelles je souhaite voir impliquer le mouvement sportif. Je vais d'ailleurs rencontrer les gens du Comité olympique et leur dire combien leur rôle est important en matière de formation et de sensibilisation des jeunes.
Quatrièmement enfin, j'ai préparé une lettre pour mes collègues ministres des Sports européens concernés par la violence. Nous allons tenter de nous réunir et d'essayer de trouver des parades pour les matches internationaux.
Au total, je souhaite être pragmatique et cerner efficacement le problème.
Le Quotidien : La nouvelle disposition législative que vous souhaitez voir adopter, ne va-t-elle pas à l'encontre du principe de liberté de circulation des personnes.
Michèle Alliot-Marie : Il y a en effet un certain nombre de principes juridiques qui bloquent en quelque sorte le règlement du problème. Cela peut être par exemple le refus de vente des billets. Actuellement, les responsables d'un stade sont obligés de vendre leurs billets même à des supporters avérés violents. Il faut faire sauter, dans un cas très précis, tous ces blocages. Il n'est pas question de promouvoir une grande loi, mais pragmatiquement d'introduire de petites mesures très concrètes.
Le Quotidien : En matière de prévention, ne comptez-vous pas agir en direction des clubs de supporters ?
Michèle Alliot-Marie : Tout à fait, je vais voir cela avec les clubs, et m'inspirer de ce qui se fait à l'étranger. Il semble que les clubs de supporters soient un bon moyen de faire de la prévention. Grâce à leur encadrement ils peuvent maintenir un certain calme. Le problème, c'est qu'il semble qu'il y ait un certain nombre de jeunes, ceux qui sont en question, qui ne font pas partie de ces associations… Je veux également faire de la prévention au niveau du mouvement sportif et de l'éducation pour qu'ils envoient des messages à l'ensemble du public. J'ai en effet été très frappée la dernière fois que je suis allée au Parc des Princes, par le chahut dans l'un des virages lors d'une minute de silence en mémoire des joueurs zambiens morts dans un accident d'avion. Ces fauteurs de troubles se sont fait huer par tout le stade. Je compte également sur cette réprobation générale pour influencer ces gens qui sont décidément un peu dérangés.
Le Quotidien : À propos du groupe de travail interministériel, Frédérique Bredin n'avait-elle pas demandé à une mission Sport et sécurité de lui rédiger un rapport sur le problème ?
Michèle Alliot-Marie : Je n'ai jamais eu communication de ce rapport. Sa commission m'est donc très utile… Je trouve ça très, très dommage de ne pas en avoir eu connaissance. Ce n'est pas parce que des propositions ont été faites par une commission d'un ministre présent avant moi que ses idées ne sont pas intéressantes. Je regrette encore une fois dans l'intérêt général, que l'or n'ait pas jugé bon de me remettre ce rapport. Ce qui m'a frappé d'ailleurs dans la réunion de mardi dernier, c'est la volonté de tous les partenaires de travailler ensemble sans que l'un essaie de se reposer sur l'autre.
Le Quotidien : Le football n'est-il pas peu à peu devenu un sport perverti ?
Michèle Alliot-Marie : C'est un très beau sport qui passionne des millions de gens. Il y a des centaines de dirigeants qui croient en ce sport. Ce que je regrette un peu, c'est que des suspicions viennent masquer tout ce qui va bien et entacher la réputation du football français.
Par ailleurs, il est vrai que le football provoque parfois chez certains un transfert d'agressivité. Là, nous parlons d'un tout petit nombre de personnes. Pour les cent personnes du Parc par exemple, ça pose un vrai problème d'insertion dans la société. J'ai un peu tendance à dire que c'est simplement une manifestation de débilité. Ce sont là des gens qui viennent pour avoir une occasion de taper sur quelqu'un. Ce sont des malades.
Le Quotidien : L'affaire OM-Valenciennes a contribué grandement à ternir l'image du football…
Michèle Alliot-Marie : Je ne peux pas parler de cette affaire sur le fond, une instance judiciaire est en cours. Mais bien sûr, cette affaire pèse sur l'image du football et je trouve cela tout à fait déplorable.
Le Quotidien : Que pensez-vous de la réaction de la FIFA qui vient de tester de faire pression sur la Fédération française de football pour qu'elle hâte ses décisions ?
Michèle Alliot-Marie : Si des gens extérieurs aux règles judiciaires françaises peuvent exprimer quelques inquiétudes, il est évident que les dirigeants de la Fédération française n'ont rien à se reprocher. Il ne faudrait surtout pas oublier que ce sont eux qui ont déclenché l'affaire en portant plainte au lieu d'avoir voulu l'étouffer. Je tiens à leur rendre honneur d'avoir pris cette initiative courageuse.