Interviews de M. Dominique Perben, ministre des DOM TOM, à France 2 le 30 novembre et France-Inter le 9 décembre 1993, sur les conséquences des négociations du GATT pour l'outre-mer, le suivi de l'application des accords de Matignon en Nouvelle-Calédonie et les relations entre le gouvernement et le RPR.

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Média : France 2 - France Inter

Texte intégral

France 2  : mardi 30 novembre 1993

G. Leclerc : Quelle politique de développement voyez-vous pour la Guadeloupe ?

D. Perben : Ce département d'Outre-mer souffre encore plus que la métropole de la crise économique actuelle. S'ajoutent à nos problèmes d'ici des difficultés de structures. Que faire ? Il faut défendre l'agriculture traditionnelle qui emploie beaucoup de monde et qui assure l'équilibre écologique, du département. C'est la banane, la canne à sucre, le sucre et le rhum. Pour cela, il nous faut convaincre nos partenaires européens, ce que nous avons fait pour la banane et ce qu'il nous faut faire maintenant pour la canne et le sucre, de maintenir un système relativement protecteur pour ces productions de l'Outre-mer français qui sont très concurrencées par des pays sans salaires d'Amérique du Sud ou d'Amérique centrale. C'est l'occasion de discussions avec la Commission de Bruxelles, les choses avancent bien. C'est ce que j'appelle l'intégration dans l'Europe.

G. Leclerc : C'est l'agriculture, il y a aussi le tourisme.

D. Perben : Le tourisme et la nécessité d'un développement d'industries de transformation, de fabrication ou de présentation de produits pour arriver à créer des emplois. Je souhaite également que nous puissions développer des industries dites d'exportation, c'est-à-dire qui pourraient amener des produits sur le marché européen grâce à des aides à la création d'emplois. C'est une nécessité si nous voulons rattraper la courbe démographique qui va relativement vite et qui, malgré les créations d'emplois, fait que le chômage augmente dans les départements d'Outre-mer.

G. Leclerc : Est-ce que la loi Pons a porté ses fruits ?

D. Perben : Il y a eu la loi Pons en 87, en 92 une modification dans un sens négatif de cette loi. En 1993, après la formation du nouveau gouvernement, en liaison avec le Parlement, nous avons un peu amélioré le dispositif. En particulier pour aider la constitution de fonds propres dans les entreprises, pour aider aussi à la réalisation de grandes concessions de service public qui seraient bien utiles dans ces départements. Quel est le bilan ? Aujourd'hui, compte tenu de la situation économique et de la faiblesse de l'investissement, on n'a pas le sentiment que la défiscalisation provoque un afflux d'investissement. Avec la reprise économique qui va venir, il y aura un effet amplificateur qui s'est beaucoup fait sentir sur le tourisme.

G. Leclerc : Où en est-on sur l'application des accords de Matignon ? Le président du FLNKS ne viendrait pas à la prochaine réunion du comité de suivi des accords la semaine prochaine ?

D. Perben : Effectivement. Non pas en tant que président du FLNKS mais il se trouve qu'il est en même temps le leader d'un petit parti politique qui est un peu le petit-frère de l'Union calédonienne. Ce parti a décidé de ne pas participer au comité de suivi mais le président du FLNKS a tenu à se faire représenter par son vice-président. Donc, le comité de suivi va se tenir, les accords s'appliquent dans de bonnes conditions. Sur le plan politique, il y a une assez bonne entente entre les différents partenaires, il y a une gestion des différentes provinces dans un bon esprit. Il nous faut maintenant réussir leur équilibrage économique. C'est ce à quoi nous nous employons, à assurer un meilleur développement du Nord et des îles pour éviter la concentration de la population et de l'économie dans le Sud de l’île.

G. Leclerc : Sur le GATT, on a la volonté des Américains d'aboutir avant le 15 décembre et d'un autre côté, MM. Giscard d'Estaing et Barre qui ont dénoncé des positions irresponsables.

D. Perben : À l'approche des négociations, il y a un peu d'agitation. Il faut aussi être raisonnable et dire que lorsque l'on veut gagner une négociation, il ne faut pas commencer par dire qu'on signera à n'importe quel prix. La position du gouvernement exprimée très fortement par le Premier ministre qui est de dire « nous souhaitons un accord mais pas n'importe comment parce qu'il faut des concessions de la part des Américains », c'est la bonne position. Je souhaiterais qu'en France il y ait une situation un peu d'union nationale dans une affaire comme celle-ci et que pour se démarquer pour des raisons politiques, on ne donne pas l'impression d'affaiblir la position française.

G. Leclerc : Et quand, pour les élections européennes, l'UDF demande au RPR de se définir clairement pour l'Europe.

D. Perben : Les discours c'est bien mais la meilleure façon de se déterminer clairement pour l'Europe c'est de le faire au gouvernement. Or, que se passe-t-il depuis sept mois ? Nous gouvernons ensemble en particulier sur le dossier européen. Il y a des ministres RPR et des ministres UDF. Se poser cette question c'est ne pas vouloir regarder en face ce qui se passe au gouvernement.


France Inter : jeudi 9 décembre 1993

A. Ardisson : Quelle influence le GATT va-t-il avoir sur les DOM-TOM ?

D. Perben : Aujourd'hui, sur les DOM-TOM, je ne pense pas que ce qui est en discussion dans cette négociation du GATT ait une très grande influence. Les produits les plus concernés seront peu touchés, sauf si un certain nombre d'accords européens risquaient d'être mis en cause par cette négociation du GATT. Ce qui, je crois, ne sera pas le cas. Un exemple : l'organisation commune de marchés sur la banane ou sur le sucre, qui sont des cadres dans lesquels l'économie antillaise ou réunionnaise s'insère dans de bonnes conditions, ne sont pas menacés par le GATT et donc, à mon avis, l'influence sera très indirecte.

A. Ardisson : Cinquième réunion du Comité de suivi des Accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie. Actuellement, l'équipe d'E. Balladur donne un peu l'impression d'avoir chaussé les chaussures de Rocard.

D. Perben : Ce qui est important, c'est de voir que sur le terrain, les partenaires s'entendent bien mais y a incontestablement une réussite des accords de 88 en ce sens, politiquement il y a une bonne collaboration entre RPCR et FLNKS, chacun dans ses responsabilités. J'ai observé cela, je suis allé sur place en juin, j'ai confirmé à cette occasion la volonté du gouvernement de poursuivre dans un esprit de dialogue, de conciliation et de recherche de consensus, la gestion des affaires de ce territoire. Et en effet, depuis lundi dernier, nous sommes réunis avec les leaders du FLNKS et du RPCR, nous avons une réunion cet après-midi chez le Premier ministre pour faire le point. Sur les affaires institutionnelles nous avons réfléchi à quelques aménagements de ce système et surtout les affaires économiques et sociales. Ce territoire ce n'est pas seulement une nécessité d'accord politique, c'est aussi une nécessité de rééquilibrage économique. Il nous faut donc réussir le développement économique de ce territoire, aider les Calédoniens à le faire dans un contexte international qui n'est pas bon et dans un contexte plus particulier du cours du nickel en effondrement actuellement.

A. Ardisson : Il faut aussi parler du rééquilibrage entre les deux communautés et cela n'est pas encore fait.

D. Perben : Oui, mais il est en cours. Sur trois provinces, deux sont dirigées par des gens du FLKNS et les relations entre communautés, entre partis politiques sont aujourd'hui des relations de coopération. C'est frappant de voir à quel point les relations humaines, d'amitié, comptent tant dans ce territoire.

A. Ardisson : Il y a des problèmes d'emploi, de revenu, d'insertion dans les DOM-TOM le RMI ce n'est pas la bonne solution et vous disiez: « Il va falloir trouver autre chose. » Où en est-on ?

D. Perben : J'ai, depuis 9 mois, tenu un discours très clair et qui a été compris et apprécié car c'est un discours de dignité. J'ai dit que les problèmes de DOM, ne peuvent plus aujourd'hui se régler en terme d'assistance financière par la métropole, il faut arriver à construire de vraies économies et arriver à faire une vraie insertion des RMIstes, des chômeurs. Il ne s'agit pas, pour moi, de supprimer le RMI, mais de lui donner sa vraie dimension d'insertion par le développement d'une économie sociale, réelle, ce que j'ai proposé au Conseil des ministres il y a quelques semaines et que nous allons mettre en place dès janvier prochain.

A. Ardisson : Que le GATT aboutisse ou pas, une question de confiance va être posée à l'Assemblée la semaine prochaine. Vous pensez qu'elle sera votée ?

D. Perben : D'abord il faut savoir quel sera le résultat. Nous le saurons pendant le week-end compte tenu du déroulement des choses. Si les choses vont jusqu'au bout de ce que nous savons jusqu'à ce matin, je pense que l'on va vers un accord tout à fait convenable pour la France et donc, un soutien de la majorité au gouvernement.

A. Ardisson : Moyennant quoi, E. Balladur a la voie royale qui lui est ouverte devant lui…

D. Perben : C'est une réflexion de journaliste, mais à chaque jour suffit sa peine. E. Balladur avait été placé par l'histoire de ces derniers mois dans une situation très difficile, il a lui-même parlé de « piège. » Nous avons hérité d'une situation dans laquelle la France était isolée et le dos au mur. Le gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, a fait un très bon travail, tout le monde le reconnaît aujourd'hui. C'est vrai que c'est un plus pour l'équipe gouvernementale et pour le Premier ministre.

A. Ardisson : P. Lellouche disait : « Ce sera Balladur ou Chirac en tout cas ils s'entendront entre eux et on verra » vous vous disiez : « Ce sera Chirac. »

D. Perben : Ce n'est pas ce que j'ai dit mais ça a été présenté ainsi. Si l'ensemble de ma déclaration avait été reprise, je pense que les gens auraient vu que j'avais dit des choses assez évidentes à savoir que J. Chirac était naturellement candidat et que le RPR disposait aujourd'hui de deux présidentiables. On en a déjà beaucoup parlé.

A. Ardisson : Hier après-midi, J. Chirac saluait « la grande intelligence et la fermeté avec laquelle, le gouvernement et plus particulièrement A. Juppé, menaient les négociations du GATT. » Pourquoi J. Chirac salue-t-il particulièrement A. Juppé et pas le Premier ministre ?

D. Perben : Il a salué l'ensemble et il a peut-être voulu souligner les capacités d'A. Juppé qu'il avait choisi, il y a maintenant 6 ans, comme Secrétaire général du RPR. C'est donc une façon de reconnaître ce que lui-même avait pressenti il y a longtemps, à savoir les grandes qualités d'A. Juppé.

A. Ardisson : Il ne faut rien y voir d'autre ?

D. Perben : On peut y voir tout ce que l'on voudra.