Texte intégral
Monsieur le Député,
Monsieur le Sénateur,
Messieurs les Présidents,
Mesdames Messieurs les membres des délégations,
Monsieur le Haut-Commissaire,
Mesdames, Messieurs,
C'est avec beaucoup de plaisir que je vous accueille aujourd'hui au ministère des DOM-TOM pour ce rendez-vous annuel. Dès maintenant, je formule le vœu que nos journées de travail seront fructueuses. Je sais qu'un large esprit de compréhension et d'amitié animera nos réunions, car j'ai eu le temps depuis mon arrivée au gouvernement de mieux vous connaître.
Je connaissais depuis longtemps mon ami Jacques Lafleur, aux côtés duquel j'ai siégé à l'Assemblée Nationale. Et j'ai eu l'occasion dans les derniers mois de rencontrer en Nouvelle-Calédonie et à Paris la plupart des responsables politiques. Encore récemment, j'ai eu le plaisir d'accueillir ici les présidents Jorédié et Burck avec lesquels j'ai eu plusieurs conversations intéressantes.
Au nom du gouvernement, au nom de ce ministère, où je veux que vous vous sentiez chez vous, je vous adresse à tous la bienvenue : aux présidents de délégation et à celles et ceux qui les accompagnent.
Nous voici donc réunis pour ouvrir le 5e comité de suivi voulu par les accords de Matignon. Je ne vous cacherai pas que c'est pour moi depuis ma prise de fonctions il y a bientôt 8 mois, un moment particulièrement important. Pour vous aussi, je le sais, il s'agit d'un rendez-vous essentiel pour faire le point sur la situation du territoire, pour apprécier le fonctionnement de ces institutions et pour constater comment est mise en œuvre la politique de développement et de rééquilibrage à laquelle nous sommes attachés.
Le comité de suivi c'est la rencontre des trois partenaires des accords de Matignon ; c'est l'attachement de chacun à vouloir continuer à travailler ensemble au service de la Nouvelle-Calédonie. Je vous avais indiqué à Nouméa que j'avais confiance dans votre capacité de dialogue et de solidarité, et que je vous y aiderai de toutes mes forces. Entre vous, et entre vous et l'État, s'est instauré un étroit partenariat fondé sur le souci permanent du dialogue et sur le respect réciproque.
Au-delà des différences d'appréciation, nous avons tous la même conviction que le travail en commun est la seule source de progrès.
Lors de mon déplacement en Nouvelle-Calédonie et à l'occasion des contacts que j'ai pu avoir avec vous, j'ai tiré le sentiment que nous avions la même idée, celle de promouvoir et de défendre ce qui unit les hommes et ce qui les rassemble et à rejeter ce qui les oppose et ce qui les conduit à s'affronter. Je sais que depuis bientôt cinq ans vous êtes animés de cet esprit. Je voulais simplement vous dire que je le partage. Ayons en cet instant une pensée pour un homme que je n'ai pas connu, Jean-Marie Tjibaou, dont l'engagement avec celui de Jacques Lafleur a permis de sceller les accords.
Nous sommes tous ici dans le cadre de nos responsabilités propres pour agir dans l'intérêt de la Nouvelle-Calédonie.
Au cours de mon déplacement en juin dernier, j'ai aisément tiré la conclusion que la Nouvelle-Calédonie méritait de la part de l'État une attention toute particulière non seulement parce qu'elle a connu des heures tragiques au cours de son histoire mais aussi parce qu'elle est une terre dont l'importance mérite d'être soulignée.
La Nouvelle-Calédonie est au cœur de l'océan Pacifique, non loin de l'Asie du sud-est et du Japon, proche de cette immense terre qu'est l'Australie : cette position géographique est essentielle. Il n'est pas utile d'insister là-dessus auprès de vous : lors du siècle prochain, vous serez au centre de la partie du monde dont le développement sera le plus spectaculaire. Inévitablement votre territoire en tirera des bénéfices, mais cela pourra le conduire aussi à connaître de nouvelles contraintes.
Il faut dire que la Nouvelle-Calédonie est riche. Ne vous méprenez pas sur ce mot, je veux dire tout d'abord que la Nouvelle-Calédonie est riche d'une population diversifiée de par ses origines et de par ses cultures. C'est un facteur d'enrichissement considérable parce que l'épanouissement de l'un profite toujours à l'autre. La préservation, par chacune des communautés vivant en Nouvelle-Calédonie, de sa propre identité n'est pas une menace pour votre cohésion. Elle est au contraire un moyen pour vous de progresser ensemble.
La Nouvelle-Calédonie est également riche de son potentiel géographique, de son espace et de ses ressources naturelles. Vous avez les moyens de bâtir une économie plus solide, plus juste et plus équilibrée.
Je dois dire aussi que la solidarité nationale qui s'exerce en faveur de la Nouvelle-Calédonie est également un facteur de développement. La Nouvelle-Calédonie doit justement attendre beaucoup de la France mais celle-ci considère la Nouvelle-Calédonie comme un territoire important. Les atouts que je viens de rappeler, et notamment votre position géographique, vous amèneront à jouer un rôle croissant au sein de votre ensemble régional. C'est justement pour cela que le Premier ministre a confié à Jacques Lafleur une mission sur le développement des relations économiques entre la France, l'Extrême-Orient et l'Asie du Sud-Est. La France doit s'appuyer sur vous pour nouer avec vos voisins d'étroites relations de coopération et pour défendre une certaine idée de la culture et de l'homme.
Les séances de travail que nous aurons ensemble vont donc nous permettre de faire le point sur l'application des accords de Matignon. Je voudrais à nouveau vous dire avant notre rencontre chez le Premier ministre jeudi après-midi que le Gouvernement est attaché au succès de ces accords. Je vous confirme ce que je vous ai déjà dit à Nouméa : le Gouvernement est décidé à poursuivre sans ambiguïtés sur la voie qui a été tracée en 1988, mais nous devrons en avoir une vision juste et objective.
Je compte sur votre franchise pour me faire part des difficultés que vous éprouvez. Je sais que la bonne application de ces accords suppose un bon fonctionnement des collectivités.
À plusieurs reprises vous m'avez fait par des problèmes administratifs et financiers que vous rencontriez. Mon objectif premier était de rattraper les retards dans la mise en œuvre des engagements financiers de l'État. La tâche m'était très difficile, et j'ai dû mener avec le soutien constant du Premier ministre beaucoup d'efforts pour qu'un rattrapage puisse s'effectuer. Vous connaissez la situation des finances publiques de l'État, je n'ai pas besoin de vous en dire plus mais je puis vous affirmer qu'un effort substantiel a été mené cette année par le Gouvernement.
Je souhaite aussi que nous abordions l'examen des conditions d'exécution des contrats de développement. Ils sont essentiels pour assurer le développement économique et le rééquilibrage du territoire. J'aimerai connaître vos avis, éventuellement vos critiques, ainsi que vos suggestions quant à l'application de cette politique. Pour ma part, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, mon objectif est de veiller au meilleur emploi possible de l'argent public. Cela ne traduit pas une attitude négative mais seulement le souci que nous recherchions ensemble avec les moyens dont nous disposons les meilleurs équipements et les meilleurs outils pour assurer le développement.
J'ai déjà noté les résultats positifs, que vous constatez chaque jour, des actions qui ont été menées pour donner aux Calédoniens une meilleure formation, les moyens d'obtenir un emploi sain et durable, pour disposer d'un meilleur cadre de vie et pour accéder plus facilement à l'épanouissement culturel. Mais il reste encore beaucoup à faire car la crise économique mondiale n'épargne pas la Nouvelle-Calédonie, et notamment sa richesse principale qu'est le nickel. Tout cela doit nous conduire à nous mobiliser encore plus fortement pour assurer le développement économique et le progrès social.
Par ailleurs, j'ai pris connaissance, avec le plus grand intérêt, des rapports des groupes de travail qui ont été constitués à la suite du précédent comité de suivi pour étudier les principaux enjeux que connaît le territoire. Qu'il s'agisse du foncier, de l'énergie, de l'emploi et des revenus, nous sommes face aux principales questions que les responsables politiques doivent se poser. Là aussi je souhaite recueillir vos avis et vos suggestions sur le contenu du travail qui a été fait. Cela peut être le moyen d'envisager des améliorations et des réformes utiles au développement.
Enfin, je sais qu'ont été suggérés des aménagements institutionnels notamment en ce qui concerne les compétences respectives de l'État et du Territoire, des provinces et des communes. Je sais par exemple la demande des maires en ce qui concerne leurs attributions en matière d'urbanisme. Je souhaite qu'une discussion s'engage sur ce point qui pourrait éventuellement conduire à une réforme législative si celle-ci recueille au préalable l'assentiment de tous. En effet, je dois le répéter, les aménagements à la loi référendaire de 1988 ou à d'autres textes qui fondent l'organisation institutionnelle du territoire ne peuvent être mis en œuvre que s'ils reposent sur l'accord des partenaires. Je suis prêt en ce domaine à entendre toutes les suggestions que vous pourriez me faire.
Nous avons donc un grand travail devant nous mais soyons convaincus de notre détermination à vouloir les régler, à vouloir avancer.
Certains peuvent regretter que la nature de nos discussions soit trop administrative : c'est à mon avis une vision trop rapide des choses car ce que je viens de rappeler ou d'évoquer constitue des enjeux essentiels pour le devenir de la Nouvelle-Calédonie.
Nous sommes tous bien conscients que dans les accords de Matignon figure l'échéance de 1998. Personne ici n'oublie cette date. Il reste encore quatre années pour continuer à réfléchir et à discuter ensemble. Certes les partenaires connaissent des divergences mais j'ai la conviction que nous avons tous la volonté de surmonter les difficultés et que nous avons des objectifs communs. Ce que j'ai appris en Nouvelle-Calédonie me permet d'affirmer que les Calédoniens ont manifesté clairement l'intention de vivre ensemble, de progresser ensemble et de rechercher les meilleurs moyens pour cela. Sachez donc que l'État est à vos côtés et que je suis confiant dans vos capacités à relever ce défi.
Profitons donc de ces quelques jours que nous offre le comité de suivi pour poursuivre notre tâche et mieux nous écouter.
Mardi 14 décembre 1993
Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les députés,
Au cours de la semaine dernière, du 6 au 9 décembre, j'ai présidé le cinquième comité de suivi des accords de Matignon. Depuis 1983, cette réunion se tient chaque année pour examiner avec le gouvernement la situation de la Nouvelle-Calédonie.
Je dirai d'emblée que si cette réunion a été consacrée à l'étude des problèmes concrets qui se posent au territoire, elle n'en a pas moins revêtu une grande signification politique.
J'avais déclaré, lors de mon déplacement à Nouméa, en juin dernier, que l'État respecterait les engagements qu'il avait contractés, qu'il s'agisse de maintenir la paix civile, favoriser le dialogue ou construire le rééquilibrage économique, social et culturel entre les différentes provinces. Monsieur le premier ministre a solennellement confirmé cette démarche en indiquant à nos partenaires :
"Le chemin sur lequel se trouve la Nouvelle-Calédonie est le bon. Le gouvernement vous encouragé à continuer dans cette direction et vous y aidera".
L'on peut constater aujourd'hui que la poursuite sur la voie qui a été tracée recueille un très large accord. Outre l'État, les deux principales formations politiques du territoire ont manifesté leur attachement à la lettre et à l'esprit des accords de Matignon. Ainsi, si monsieur Paul Neaoutyine président du FNLKS était absent, il a toutefois indiqué, je m'en suis personnellement entretenu avec lui, et il l'a lui-même confirmé au premier ministre, qu'il était prêt à dialoguer avec le gouvernement et qu'il était toujours attaché aux accords.
En la matière, la volonté politique du gouvernement d'assurer la bonne exécution de son rôle ne saurait se limiter à des bonnes paroles mais se traduit aussi par des actes. C'est pourquoi j'ai tenu à ce que les questions posées par mes partenaires appellent de la part de l'État des réponses précises. Le relevé des conclusions du cinquième comité de suivi atteste du sérieux et de la pertinence du travail qui y a été mené.
Nous avons en premier lieu abordé les questions financières les collectivités calédoniennes connaissent aujourd'hui de graves difficultés de trésorerie, dues pour une part aux retards de paiement de l'État. Dès ma prise de fonction, prenant connaissance de cette situation qui n'était pas convenable, j'ai pris les mesures nécessaires pour que ce retard soit résorbé, et j'ai obtenu, avec le soutien du premier ministre, que des crédits de paiement suffisants soient mis en place pour financer les engagements de l'État au titre des opérations antérieures à 1993. Cette question était prioritaire, car elle risquait de mettre en cause la crédibilité et l'autorité de l'État.
Par ailleurs, le gouvernement a confirmé qu'il consentirait au territoire une avance de trésorerie pour 1994 et a décidé d'étendre à la Nouvelle-Calédonie le bénéfice des avances de trésorerie aux communes dans les conditions du droit commun.
En second lieu, nous avons évoqué la situation économique du territoire. Nos partenaires, et plus particulièrement monsieur Jacques Lafleur, ont souligné la nécessité de donner à la Nouvelle-Calédonie des outils performants pour valoriser ses atouts et mieux profiter de ses potentialités pour créer des emplois et des richesses.
Dans cet esprit, nous avons décidé de mettre en place dans le territoire une équipe, au service de l'État et des trois provinces, composée d'économistes ou d'aménageurs, un peu à l'image de ce qu'est le Datar en métropole, pour susciter et favoriser des projets économiques novateurs.
Aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie est frappée de plein fouet par la crise mondiale de nickel qui constitue sa principale richesse naturelle. Cette crise présente des aspects économiques et sociaux complexes : c'est pourquoi le gouvernement a décidé d'envoyer sans délai une mission d'expertise qui examinera à la fois les conditions d'un relèvement de 5 centièmes en 1994 de la teneur maximale en nickel des minerais à l'exportation et les conditions de mise en œuvre d'un plan économique et social en faveur de l'ensemble du secteur.
En troisième lieu, nous avons fait le point en matière d'éducation et de culture. La croissance démographique nécessite un rythme élevé de constructions scolaires auxquels l'État, le territoire et les provinces, au titre de leurs compétences respectives, doivent faire face : dans ce domaine, l'effort de l'État sera accentué en 1994 puisque le premier ministre a décidé d'ouvrir au profit de la Nouvelle-Calédonie un crédit supplémentaire de 12 MF.
Par ailleurs, mon collègue jacques Toubon, a confirmé à nos partenaires la réalisation du centre culturel Jean-Marie Tjibaou, élément essentiel du rééquilibrage culturel au profit des mélanésiens, tel qu'il a été voulu par les accords de Matignon. Les travaux devraient pouvoir débuter dès l'année 1994.
Enfin, le comité de suivi a examiné les questions institutionnelles. Il est apparu que les deux partenaires de l'État, tout en exprimant leur attachement à la loi référendaire, ont estimé que certains aménagements techniques étaient nécessaires pour préciser la répartition des compétences entre l'État, le territoire, les provinces et les communes. Des propositions seront prochainement adressées au gouvernement. Mais, d'ores et déjà, a été retenu le principe de confier aux communes des attributions en matière d'urbanisme opérationnel, jusque-là exercées par les provinces. Il a été considéré que le maire était le mieux à même de délivrer les autorisations individuelles d'occupation du sol.
En outre, il a été décidé d'étudier l'extension ou l'adaptation à la Nouvelle-Calédonie de certains textes législatifs ou réglementaires dans les domaines les plus divers : environnement, droit du travail, intercommunalité, etc.
C'est donc sur des résultats très concrets, essentiels pour le devenir du territoire, qu'a débouché le cinquième comité de suivi.
Toutefois, il est apparu, alors que nous nous situons à mi-chemin de la période de dix ans prévue par les accords, que pour mieux traiter les différentes questions politiques, économiques et sociales qui se posent en Nouvelle-Calédonie, il était nécessaire de renforcer et de décentraliser le dispositif de suivi.
Ainsi, il a été décidé qu'au-delà de la réunion plénière du comité de suivi qui se tient chaque année à Paris seraient organisés à Nouméa sur une base trimestrielle des comités de suivi restreints. Ils pourront décider la constitution de groupes de travail spécialisés ou d'enquêtes confiées à des organismes ou personnalités, examiner les résultats de ces travaux ou missions, d'une manière générale, ils auront pour tâche de préparer le travail du comité annuel afin d'accélérer l'élaboration et la mise en œuvre des réformes qui seront, d'un commun accord entre les signataires, juges indispensables au développement du territoire.
L'État, en ce qui le concerne, est amené à tirer deux conclusions principales.
La première est que nous devons nous mobiliser en priorité pour assurer un développement économique harmonieux et équilibré. Monsieur Jacques Lafleur a exprimé le souhait que l'État aide la Nouvelle-Calédonie à construire son économie pour l'avenir, en initiant et en soutenant des projets économiques novateurs. C'est dans ce sens que nous devons travailler, la tâche sera difficile, mais chacun convient que le territoire bénéficie d'atouts réels de par ses richesses naturelles, sa situation géographique et sa diversité culturelle.
La deuxième conclusion a trait au devenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. C'est en 1998 que la loi référendaire a fixé l'échéance pour le choix d'un nouveau statut. Des idées ont été lancées, des propositions ont été avancées. Le gouvernement, comme l'a indiqué monsieur le premier ministre, est prêt à participer à cette réflexion, s'il est sollicité pour le faire. Mais, il lui semble préférable, pour l'instant, que l'initiative, le calendrier et l'organisation d'un tel débat soient le fait de nos partenaires en Nouvelle-Calédonie.
Je dirai enfin, monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, que la nation doit avoir confiance en la Nouvelle-Calédonie : confiance dans la capacité des néo-calédoniens de dialoguer entre eux, mais aussi confiance dans leur aptitude à définir les meilleurs moyens de vivre ensemble et de progresser ensemble. Dans les années décisives qui nous séparent de 1998 nos partenaires savent qu'ils peuvent compter sur l'appui et la compréhension de l'État.
Mardi 8 décembre 1993
Question d'actualité à l'Assemblée nationale
Intervention du Premier ministre
Réponse à E. Emmanuelli
Monsieur le président,
Mesdames et messieurs les députés.
Je souhaite en effet rendre compte à la représentation nationale de l'état actuel des négociations sur le commerce international. Je voudrais rappeler que ces négociations sont avec le problème du chômage le plus difficile de ceux que nous avons trouvé à notre arrivée au Gouvernement, il y a huit mois. Notre effort a consisté à rendre ce débat commercial le moins général possible, le plus technique et précis possible afin d'entraîner la conviction de nos partenaires et nous avons essayé qu'il ne fût pas focalisé sur l'agriculture de telle sorte qu'il soit bien clair que dans cette affaire, la France défendait les intérêts de son économie en général et de l'économie européenne en général.
Aujourd'hui, quels sont les résultats ? On peut considérer que le principe, (le principe seulement, je le reconnais, mais nous verrons à perfectionner les choses) de la création d'une organisation mondiale de commerce est adoptée. Si tel était le cas, ce serait un progrès considérable car cette organisation mondiale veillerait au règlement multilatéral et équitable des différents et elle constituerait l'institution dont nous avons impérativement besoin pour régler les problèmes fondamentaux du commerce mondial de demain qui sont le dumping monétaire, le dumping social, le lien entre commerce international et environnement.
Nous avons toujours, nous Français souhaité la création de cette institution, nous nous réjouissons du progrès accompli même s'il n'est pas encore définitif et précis.
En ce qui concerne l'agriculture, les négociateurs américains ont fait un mouvement vers la communauté. Le dossier de Blair House, ça n'est pas sous mon Gouvernement, M. le Président qu'il a été conclu, le dossier de Blair House a été réouvert. Le ministre de l'Agriculture aura certainement l'occasion de vous apporter à ce sujet tous les compléments d'informations nécessaires. Vous me permettrez de me limiter à quelques points. Les améliorations substantielles ont été obtenues. Par rapport à Blair House, les exportations seraient en ce qui concerne les céréales supérieures de 8 millions de tonnes à ce qui était convenu et de 360 000 tonnes pour la viande bovine de 253 000 tonnes pour les volailles et de 102 000 tonnes pour le fromage. De surcroît, il a été convenu d'une clause de rendez-vous annuel pour évaluer la situation du marché mondial et la participation de la communauté à la croissance de ce marché mondial, ce qui était pour nous un problème extrêmement important, c'est dire Mesdames et Messieurs que la vocation exportatrice de la communauté est désormais reconnue.
Par ailleurs, la préférence communautaire est préservée et la tarification demeure à un niveau suffisant. Pour répondre à votre question précise, je vous indique que les importations américaines de Corn-glutten field qui concurrencent les céréales européennes que le marché de l'alimentation animale feront l'objet d'un examen annuel si elles dépassent 5 700 000 tonnes. Voilà un certain nombre de précisions, (je répète que M. le ministre de l'Agriculture vous en dira davantage s'il en a l'occasion) que je souhaitais vous apporter mais surtout je voudrais rappeler que la clause de paix sera désormais non pas de 6 ans mais de 9 ans. C'est un élément essentiel à la pérennité de la politique agricole commune. L'agriculture européenne sera donc à l'abri jusqu'à l'an 2004 des contestations ou des menaces de rétorsions comme celles dont l'Europe fût encore menacée il y a à peine 1 an.
Sur l'agriculture pour conclure. Le Gouvernement considère que le pré-accord de Bruxelles c'est un élément d'un accord, ce n'est pas la totalité de l'accord, que le pré-accord de Bruxelles est satisfaisant pour beaucoup plus de la moitié. Restent d'autres problèmes à régler. Des problèmes internationaux et des problèmes européens. S'agissant des problèmes internationaux, l'audiovisuel, les importations textiles, l'aéronautique, il y a encore des progrès à faire et les discussions continuent. Quant aux problèmes européens, il s'agit essentiellement d'obtenir de nos partenaires d'une part, que l'instrument de politique commercial essentiel pour contrebalancer la section 301 dont sont dotés les États-Unis que cet instrument de politique commercial qui a fait l'objet du dépôt de propositions par la commission européenne soit ratifié par les Douze, ce sera sans doute l'un des objets des discussions du Conseil Européen dans 48 heures. Nous demandons également que des garanties complémentaires soient accordées aux agriculteurs européens afin qu'il soit clairement indiqué et garanti qu'il n'y aura pas, par rapport à la réforme de la politique agricole commune, de jachères supplémentaires du fait de l'application de Blair House.
Je me suis employé M. le Président, je me suis employé depuis 6 mois, j'y ai consacré une part importante de mon temps et notamment dans ces trois derniers jours à multiplier les contacts. J'ai reçu dimanche M. Brittan et M. Sutherland. J'ai écrit à M. Kohl, à M. Delors et à M. Dehaene. J'ai téléphoné hier au Chancelier Kohl et à M. Lubbers, le Premier ministre des Pays-Bas. Rien ne sera définitivement réglé et tout optimisme est prématuré. Les trois jours qui viennent seront décisifs.
Je souhaite, je l'ai dit souvent et je le répète, je souhaite que l'on parvienne à un accord. Mais aujourd'hui je ne peux pas vous en apporter la certitude, car nous entendons bien entendu défendre les intérêts économiques de la France et de l'Europe. Simplement et c'est un progrès capital, l'on ne peut plus dire désormais que ce sont les agriculteurs Français qui empêchent l'accord. C'est un paradoxe à dire vrai, on a tout le temps parlé de l'agriculture française, notamment chez nos partenaires étrangers, et voici que ce problème est désormais réglé entre Européens et Américains, maintenant c'est sur d'autres que nous buttons. Je les ai énumérés devant vous, nous allons tâcher de les résoudre dans les trois jours qui viennent. Pour conclure, je voudrais soumettre à votre appréciation 4 réflexions.
La première c'est que nous avons fait en sorte par notre action, par la procédure que nous avons demandé que l'on applique, nous avons fait en sorte que fût pleinement restauré l'autorité politique au sein de la communauté européenne.
Nous avons dans la pratique infléchi l'équilibre des pouvoirs conformément aux vœux de toutes les opinions publiques dans tous les pays d'Europe et spécialement dans le nôtre.
En second lieu, si nous parvenons à un accord, je répète que je ne peux pas en donner l'assurance aujourd'hui à l'heure où je m'adresse à vous, nous aurons à cœur de vous demander de l'apprécier. Le Gouvernement prendra ses responsabilités. Il est légitime que le Parlement soit appelé à prendre les siennes même si ça n'est pas juridiquement indispensable puisqu'il ne s'agit pas de ratifier un texte écrit. J'ai donc demandé ce matin au Conseil des ministres l'autorisation d'engager la responsabilité du Gouvernement au titre de l'article 49 - 1er alinéa de la Constitution. Vous aurez ainsi Mesdames et Messieurs après plus de 8 mois de Gouvernement l'occasion de vous exprimer, d'apprécier et de juger si notre action convient à l'orientation générale que vous nous avez donné lorsque vous avez approuvé la déclaration de politique générale que je vous ai soumise au début du mois d'avril.
Troisième observation. Nous sommes sortis de notre isolement et nous sommes sortis sans rien concéder sur l'essentiel. Nous ne sommes pas de ceux qui redoutent la solitude. La solitude peut être une force et il faut savoir l'affronter. Bien des grandes périodes de notre histoire ont été justement celles qui ont été marquées par des efforts solitaires. Mais il ne faut pas non plus la préférer à toute autre solution, et je crois qu'il est important que la France puisse marquer sa place dans l'organisation du commerce mondial.
Enfin, et c'est ma dernière observation, si nous parvenons à un accord, l'atmosphère j'en suis certain changera en Europe et dans notre pays et c'est un message de courage et d'optimisme que nous aurons à cœur de faire partager par l'ensemble du peuple français. La France est un grand pays qui a de grandes chances. Il nous appartiendra à ce moment-là de l'entraîner tous ensemble vers l'avenir.