Texte intégral
Le Figaro : Actualité oblige, pouvez-vous nous donner votre sentiment sur les récentes déclarations de Simone Veil et François Léotard qui souhaitent la candidature d'Édouard Balladur à la prochaine élection présidentielle ?
Charles Millon : Je ne souhaite pas entraver l'action du gouvernement. Édouard Balladur a dit avant et répété après les législatives que son action politique serait perturbée si l'on abordait les échéances électorales d'une manière prématurée. Le Premier ministre avait même demandé à ses ministres de respecter un devoir de réserve. En tant que président de groupe parlementaire, je m'imposera également ce devoir de réserve pour l'élection présidentielle, car je souhaite que la France aborde sa période de redressement économique et social et que le Premier ministre puisse y consacrer tout son temps sans être embarrassé par des querelles de politique électorale.
Le Figaro : Êtes-vous satisfait des textes votés durant cette session ?
Charles Millon : Oui, même si j'appelle de mes vœux une plus grande rigueur législative. – Trop de lois tuent la loi –. La multiplication de lois de circonstance ou de diverses mesures d'ordre social ou fiscal déprécie le travail parlementaire. Quant aux textes votés lors de cette session, je me félicite que, pour la première fois, le gouvernement ait affirmé une doctrine en matière fiscale. Le groupe UDF avait proposé en mai dernier de réformer l'impôt sur le revenu (Irpp), tout en modernisant la contribution sociale généralisée (CSG) : une première étape a été accomplie en ce sens dans la loi de finances pour 1994.
Mais surtout, dans la négociation du Gatt, chacun sait que l'UDF avait, la première, demandé que l'on aboutisse à un accord équilibré et que le gouvernement résiste aux pressions électoralistes ou corporatistes. Le Premier ministre est parvenu à un accord globalement positif. Et au-delà même de l'accord, ce qui est important, c'est que l'on ait terrassé les démons protectionnistes et les tentations de repli sur soi qui menacent la France.
Le Figaro : Que pensez-vous du texte instaurant la « perpétuité réelle » pour les assassins d'enfants ?
Charles Millon : Il est vrai qu'avec l'arsenal juridique existant, il aurait sans doute été possible de ne pas mettre en place ce nouveau dispositif. Mais je pense que ce phénomène social est d'une telle gravité qu'il était bon que le législateur réitère avec vigueur son souhait de voir réprimer de manière exemplaire ce type de crime, tout en gardant au dispositif une dimension humaniste.
Le Figaro : Un important courant s'est fait jour, au sein de la majorité, en faveur du rétablissement de la peine de mort. Qu'en pensez-vous ?
Charles Millon : Je n'y suis pas favorable. En 1981, j'avais voté contre l'abolition de la peine de mort parce que l'on n'avait pas mis en place une peine de substitution. Mais il y a eu depuis la réforme du Code pénal. Le rétablissement de la peine de mort n'apporterait rien, sinon la réponse à une pulsion sociale du moment.
Le Figaro : Et le vote de la révision de la loi Falloux ?
Charles Millon : D'abord, chose promise, chose due. Cela faisait partie des engagements électoraux de la nouvelle majorité. Et puis, en France, personne ne proteste quand une collectivité locale finance une association sportive ou culturelle pour construire des locaux. Pourquoi les associations éducatives souffriraient-elles seules d'une restriction ? Enfin, le rapport Vedel a mis l'accent sur le problème de la sécurité, qu'il faut prendre en compte. On peut disserter longtemps sur la méthode utilisée par le gouvernement. Mais je souhaite le retour au calme.
Faut-il revoir le régime de l'immunité parlementaire ?
Il faut y réfléchir. Je suis assez favorable à la suggestion de Philippe Séguin de limiter les levées d'immunité à des cas très graves.
Le Figaro : Êtes-vous favorable à la session unique de neuf mois ?
Charles Millon : C'est un vaste débat, on ne peut pas y répondre par le biais de cette seule question. Il pose d'ailleurs un autre problème, celui d'une gestion plus rigoureuse du cumul des mandats.
Le Figaro : Quels textes aimeriez-vous voir venir à la session de printemps ?
Charles Millon : La seule priorité, c'est l'emploi, toujours l'emploi, encore l'emploi. La loi Giraud est utile, mais c'est une œuvre inachevée. Il est indispensable que des mesures significatives soient prise si l'on veut terrasser le chômage : exonérations fiscales des investissements, développement des fonds de pensions, aide aux entreprises individuelles, formation par alternance, allègement du coût du travail… Parallèlement au dépôt de la grande loi d'aménagement du territoire, nous voulons une loi d'adaptation en matière agricole car il y a une mutation à accompagner dans le domaine de l'agriculture.
Enfin, il convient de tirer les conclusions du Gatt en matière européenne : mise en place de la monnaie unique et renforcement des institutions politiques européennes.
Le Figaro : Édouard Balladur devrait-il conduire une liste unique aux élections européennes ?
Charles Millon : Le Premier ministre a d'autres soucis. La situation économique exige qu'il se consacre au redressement de notre pays. Quant à savoir s'il faut une ou deux listes, c'est une question de programme. S'il n'y a pas de divergences avec nos partenaires du RPR, la liste unique se justifiera. S'il y en a, je ne vois pas pourquoi deux listes seraient contraires au débat démocratique, d'autant qu'il s'agit d'élections à la proportionnelle. La démocratie n'exige-t-elle pas émulation et stimulation ?
Le Figaro : Comment qualifieriez-vous Édouard Balladur ?
Charles Millon : C'est un homme courtois, intelligent, habile.
Le Figaro : Quel est le rôle du groupe UDF ?
Je souhaite que le groupe UDF soit un peu l'éclaireur des réformes de fond qui doivent être engagées. Le sang neuf qui est entré en mars dans notre groupe lui donne cette audace, parfois cette impertinence, toujours cette franchise, qui lui permettent de dire parfois sans réserve au gouvernement ce que ressent l'opinion.