Texte intégral
Ce sont les PME qui sont porteuses d'emplois. Le développement local ne se décrète pas. Il faut une révolution pour briser les tendances lourdes qui paralysent la France.
Par Philippe Vasseur, Secrétaire général du PR, député du Pas-de-Calais
Faut-il laisser croire à nos concitoyens qu'on a tout essayé et que rien ne peut enrayer la montée inexorable du chômage ? Idée dangereuse, car porteuse de désenchantements et de réactions imprévisibles, y compris le rejet de l'Europe, de la liberté des échanges, voire de la démocratie. Car si fait défaut l'espoir de lendemains meilleurs, on peut redouter le pire.
Regardons où se situent les gisements de travail dans les économies qui créent des emplois. Ils sont certes encore un peu dans l'industrie manufacturière, mais ils sont surtout dans les services et l'artisanat, pas forcément de haute qualification, mais de professionnalisme élevé. Ce sont les PME qui sont porteuses d'emplois futurs, davantage que les grandes entreprises ou les administrations. Et parmi les ingrédients de l'emploi, la dimension régionale des solidarités et des synergies locales apparaît essentielle.
C'est moins la macro-économie qui crée les emplois que la micro-économie locale.
Le développement local
Promenons-nous dans les régions françaises : à quelques brillantes exceptions près, on n'y trouve pas l'équivalent de ce qu'on peut observer en Allemagne du Sud, en Suisse, en Italie du Nord : des bourgades de campagne étincelantes de prospérité, leurs zones d'activités bruissantes de dynamisme, leurs artisanats créatifs, leurs PME technologiques et exportatrices.
Le développement local se trouve dans l'efficacité des zones prospères de l'Europe moyenne de l'arc lotharingien.
Le Prato, en Toscane, a affirmé depuis un quart de siècle, une vocation innovante et exportatrice dans les PME des industries textiles : le Frioul, en Vénétie, s'est découvert à partir d'une situation géographique excentrée et d'une vieille tradition agricole, une vocation dans la fabrication de chaises et sièges qui a conquis, en peu d'années, une part appréciable du marché européen et mondial. Les petites villes de Bavière, du Wurtemberg et de Suisse abritent nombre d'entreprises moyennes de mécanique de haute technologie, de machines-outils, de chimie fine, qui exportent partout dans le monde.
Nous avons aussi, en France, de vieilles régions rurales qui réussissent leur reconversion dans les industries exportatrices et les services modernes. L'agro-alimentaire, l'artisanat de luxe, souvent à partir de traditions locales, sont des fleurons de notre commerce extérieur. Mais nous avons aussi beaucoup de régions qui s'étiolent et dépérissent : la désertification rurale est le résultat du manque d'activités créatrices de richesses et de revenus stables pour fixer la population et, pourquoi pas, pour attirer de nouveaux candidats à l'emploi fuyant les grandes zones urbaines et attirés par la qualité de vie de nos régions.
Pourquoi certains territoires géographiques sont-ils éclatants de prospérité et d'autres, parfois voisins de trente kilomètres, s'étiolent-ils dans le marasme ? Pourquoi certaines régions réussissent-elles leur reconversion et d'autres échouent-elles ? Il y a bien des mystères dans l'alchimie complexe du développement local : comme toute question non résolue, celle-ci devrait logiquement provoquer études et réflexions, et l'intérêt des économistes. Ceux-ci seraient bien avisés de se détourner parfois de la macro-économie, des grands équilibres, de la relance et de la demande globale, de la monnaie, sujets sur lesquels tant de choses ont été dites, pour s'intéresser à la micro-économie réelle et productive.
Une cure radicale
Le développement local ne se décrète pas. Rien n'est plus étranger à la politique industrielle de tradition dirigiste et centralisée que la prolifération du tissu des petites et moyennes entreprises compétitives. L'esprit d'entreprise, l'initiative et la création ont évidemment davantage besoin d'un climat général et d'un environnement accueillant que d'aides financières et d'incitations. De ce point de vue, les chartes pour le développement local signées actuellement dans les régions par le ministère des Entreprises vont dans la bonne direction.
Mais de simples trains de mesures gouvernementales ne sauraient, à eux seuls, créer ce climat et cet environnement favorables. Nous avons déjà connu, en France, de nombreux plans PME et programmes d'aménagement du territoire, bâtis à l'aide d'allégements fiscaux et de dispositions financières, sociales et réglementaires.
Ils ne sont pas inutiles et d'autres sont incontestablement nécessaires. Cependant, la maladie de langueur du développement local en France a besoin d'une cure radicale : homéopathie ne peut pas être le remède approprié.
Cette cure radicale est indispensable. On en connaît les grands remèdes : allégement massif des charges pesant sur l'emploi et sur le travail ; réduction des taxes frappant la réussite, fruit du travail et de la créativité ; simplification des règlements et des formalités administratives ; développement accéléré de la formation en entreprise et de l'apprentissage ; création d'espaces pour les circuits de l'épargne locale, etc.
Ces réformes ne constituent rien moins qu'une révolution par l'apport aux tendances lourdes qui ont structuré l'économie, la société et l'administration françaises depuis un demi-siècle.
Le mal français n'est qu'un des cas d'espèce, sans doute un des plus extrêmes du mal européen qu'on appelle parfois l'euro sclérose. Car c'est l'Europe qui va mal dans le monde contemporain : l'Europe de l'Est, victime du tout-social et tout-plan ; l'Europe de l'Ouest qui a cru trouver dans les excès de l'État providence la réponse à l'exigence de solidarité.
Nos voisins, bien que souvent moins atteints que la France, ont commencé à réagir. Observer n'est pas imiter, tirons des expériences voisines les enseignements qui le méritent, mais ne nous contentons pas de les copier.
La France a besoin de cette révolution : plus de 3,2 millions de chômeurs, la déflation financière et la dépression économique, l'échec des promesses de la précédente majorité, les rêves devenus cauchemars, doivent convaincre le plus grand nombre que notre pays ne s'en sortira pas autrement.