Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, à CNews le 24 septembre 2019, sur l'évaluation des médicaments, l'affaire du Médiator et les urgences médicales.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue, vous êtes décidément sur tous les fronts, accaparée, sollicitée, bienvenue Agnès BUZYN et merci d'être avec nous.

AGNES BUZYN
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le scandale. Mediator, je commence par ça, avec des milliers de victimes, il est enfin devant la justice pour un procès qui se veut exemplaire. Est-ce qu'on est sûr que de tels événements ne se reproduiraient pas, que de tels drames seraient impossibles ?

AGNES BUZYN
Il faut toujours être prudent dans ces questions autour du médicament et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle je me bats contre l'usage très important que font nos concitoyens des médicaments avec une très forte demande à consommer. Mais sur le Mediator c'est quand même un procès hors norme, vous le savez, c'est un procès pénal, donc il y a des fautes lourdes qui sont reprochées à des gens, on verra si à la fin ces personnes sont estimées coupables. Mais depuis la crise du Mediator un grand nombre de mesures ont été prises pour favoriser la transparence autour de l'évaluation des médicaments. Et donc il y a eu une loi en 2011 qui d'une part a permis de mieux indemniser les victimes et d'autre part une loi qui a permis de vérifier les liens d'intérêts entre les médecins et l'industrie pharmaceutique et d'empêcher que des médecins qui travaillent avec l'industrie évaluent les médicaments. Donc cette loi est très bien respectée par les agences sanitaires maintenant à la fois au niveau national…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne garantissez pas que ça ne se reproduirait pas parce qu'il a fallu des enquêtes, des morts pour vaincre la toute puissance des laboratoires de leurs lobbies et de leurs secrets…

AGNES BUZYN
Le problème c'est que vous ne pouvez jamais quand vous êtes ministre avoir la certitude que des gens ne vont pas frauder, donc si des gens ne fraudent pas l'évaluation des médicaments est évidemment totalement transparente et les agences sanitaires font des contrôles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des “guetteurs”, il y a des “veilleurs” et il y a des “sanctionneurs”.

AGNES BUZYN
Il y a des “guetteurs”, il y a des lanceurs d'alerte, il y a des contrôles de l'Agence du médicament dans les laboratoires qui vont vérifier si les faits sont justes. Il y a la possibilité maintenant pour tous les Français de déclarer leurs effets secondaires et donc de mettre en alerte…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On l'a vu au moment du Levothyrox.

AGNES BUZYN
Voilà et ça ça n'existait pas avant et donc chacun peut être responsable de sa santé et agir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes ministre de la Santé, c'est-à-dire vous êtes bien placée pour voir les effets et les conséquences du climat, de la pollution et en même temps sur les maladies. A New-York à l'Assemblée générale des Nations Unies 60 chefs d'Etat se sont engagés pour recréer les forêts d'Amazonie, pour financer la lutte contre la pollution et ça va continuer aujourd'hui. Il y a un fonds européen vert, dit le président de la République, qui va probablement atteindre d'ici à la fin du mois 10 milliards. Ce qui a frappé ce sont les images de Greta THUNBERG avec ses 16, 17 ans, on ne sait plus d'ailleurs si elle a 17 ou 18, à New-York comme à Berlin, à Copenhague et à Paris elle est restée fidèle à son message, culpabiliser les dirigeants politiques et les adultes, on l'écoute.

GRETA THUNBERG, MILITANTE POUR LE CLIMAT
Vous m'avez volé mes rêves, mon enfance avec des mots vides de sens et pourtant je reste quand même une fille très chanceuse, les gens souffrent, les gens sont en train de mourir ! Nos écosystèmes sont en train de s'éteindre, nous sommes au début d'une extinction globale. Tout ce qui vous intéresse c'est augmenter la croissance, comment osez-vous ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, encore une leçon, c'est un mélange émouvant et un peu inquiétant, comment vous ressentez ces images vous ?

AGNES BUZYN
Il faut toujours des gens qui dénoncent, ce qui compte aussi c'est des gens qui apportent des solutions, le président de la République est dans la recherche de solutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais quand vous voyez cette image elle vous dérange comme elle dérange des Français ?

AGNES BUZYN
Non parce que je pense, vous parlez de culpabiliser les adultes, moi je pense qu'il y a beaucoup d'adultes qui n'ont pas attendu madame Greta THUNBERG pour être culpabilisés, je pense que les adultes sont mal à l'aise du monde qu'ils laissent à leurs enfants. Moi je suis mère, je suis mal à l'aise et je me suis engagée en politique pour agir évidemment pour la santé, pour le climat, pour les personnes vulnérables. Donc on est mal à l'aise du monde qu'on laisse à nos enfants mais ce qui compte c'est les solutions qu'on apporte. Et le président…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez vu qu''elle attaque en justice cinq pays dont la France pour toutes sortes de raisons, les gros pollueurs, l'Inde, la Chine, etc., les Etats-Unis ne sont pas dans son collimateur mais elle attaque la France. Le président de la République a d'une certaine façon répondu qu'il faut des actes !

AGNES BUZYN
Il faut des actions.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
J'appelle chacun d'entre vous pour qui ne l'a pas fait à ré-hausser sa contribution au Fonds vert, je sais que nos amis japonais attendent beaucoup de ceux-là aussi, il faut qu'ils fassent leurs annonces. Je sais que l'émir du Qatar a des grandes nouvelles à faire, donc je compte chacun sur vous, des actes, des actes, des actes ! On ne peut pas laisser notre jeunesse passer tous ses vendredis à manifester, on ne peut pas voir notre jeunesse dans l'état de souffrance parfois, d'émotion qu'on a vu tout à l'heure et simplement dire « on fait tout bien », on est encore loin du compte mais continuons à agir ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, des actes, des actes, des actes mais il faut faire les actes, parfois on dit la France est en contradiction dans son comportement entre le discours et les actes, entre la vertu du discours. et la réalité qui est moins vertueuse.

AGNES BUZYN
Le Gouvernement est le premier gouvernement européen à avoir annoncé la fin des centrales à charbon, la fermeture des centrales à charbon, c'est un acte très volontariste. Nous sommes les premiers à dénoncer les accords commerciaux lorsqu'un pays avec lequel on doit signer un accord ne tient pas compte de l'Accord de Paris sur le climat. Donc c'est un gouvernement qui agit, le président de la République est vraiment totalement engagé sur ces questions écologiques depuis le début, il le porte maintenant au niveau européen et international. Je trouve ça entre guillemets « fort de café » que la France soit attaquée pour son inaction climatique et quelque part que les plus gros pollueurs alors que la France, nous le savons, est un pays qui émet assez peu de CO2, que les plus gros pollueurs ne soient pas attaqués, je me demande ce qui est derrière cette attaque de Greta THUNBERG.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Derrière il y a Greta et ses 15 petits camarades dont beaucoup d'Américains, de jeunes, elle est conseillée par une firme américaine qui s'appelle le cabinet HAUSFELD qui est spécialiste en droit commercial, donc il y a peut-être quelques influences. Cet après-midi c'est un grand moment qui commence et probablement pour trois semaines vous serez sur le banc du Gouvernement avec deux ou trois autres ministres, c'est la loi bioéthique devant les députés. Est-ce que vous avez déjà la première phrase de votre discours ?

AGNES BUZYN
Non, il n'est pas encore fini, je vais encore y travailler après vous avoir vu, Monsieur ELKABBACH, je vais remettre les dernières touches personnelles à ce discours dans la matinée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui sera ou qui devrait être historique.

AGNES BUZYN
Je ne sais pas s'il sera historique mais en tous les cas la loi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En tout cas il est attendu.

AGNES BUZYN
La loi l'est.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement ce qui accroche et ce qui est important c'est la PMA pour les femmes seules qui déclenche beaucoup de passion, ça vous le savez, et les opposants ne désarment pas parce que beaucoup disent qu'ils acceptent la PMA pour les hétérosexuels mais qu'ils combattent la PMA pour les homosexuels, pour les femmes célibataires, ils ne veulent pas qu'elles aient les mêmes droits, vous avez l'Eglise catholique qui s'est prononcée et l'Académie de médecine. Au passage vous avez dit que sa position est datée, je peux dire c'est une position ringarde mais si elle ne sert à rien à l'Académie de médecine quelle est sa légitimité, quelle est son autorité, à quoi elle sert ?

AGNES BUZYN
L'Académie de médecine donne des avis sur la base de l'analyse de la littérature et elle donne des avis scientifiques sur des questions scientifiques, donc on les attend sur ces questions-là. Là on est clairement plus sur un sujet sociétal, cet avis, nous le savons et notamment certains académiciens m'ont écrit après cet avis, ils étaient très gênés de la façon dont ça a été rédigé, cet avis est porté, nous ne savons, par monsieur MATTEI qui a été ministre de la Santé d'un gouvernement de droite…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Victime de la canicule de 2003.

AGNES BUZYN
Voilà, donc je ne sais pas à quel point la totalité des académiciens endosse ou pas les phrases qui ont été rajoutées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils ont été 69 à voter pour.

AGNES BUZYN
Non, 69 % a voté sur la loi, en réalité ils sont pour la loi dans sa globalité mais ils ont mis une phrase sur la PMA sur les femmes seules en interrogeant le changement anthropologique qui serait issu de cela. Il faut bien comprendre que la PMA pour les femmes célibataires c'est une PMA de subsidiarité, c'est-à-dire pour des femmes qui dans un parcours de vie savent qu'elles n'auront pas l'opportunité de s'unir avec une femme ou avec un homme d'ailleurs et qui à un moment décident dans leur vie personnelle de faire un projet parental en ayant beaucoup mûri le projet. Et donc ce sont de toute façon des femmes qui aujourd'hui vont en Espagne ou en Belgique le faire, c'est des femmes qui prennent des risques pour leur santé, qui parfois font appel à un donneur de spermatozoïdes sur Internet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec tous les risques que cela comporte.

AGNES BUZYN
Avec des risques de maladies sexuellement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc là il y a beaucoup plus de sécurité dans ce que vous dîtes.

AGNES BUZYN
C'est un accompagnement, c'est de la subsidiarité, on n'est pas en train d'ouvrir la PMA, l'idée n'est pas que les femmes fassent des enfants toutes seules et que ce soit un changement de société, c'est vraiment ouvrir la possibilité à certaines femmes qui aujourd'hui n'ont pas la possibilité de s'unir pour x raisons, d'aller au bout de leur projet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a 2.500 amendements prévus…

AGNES BUZYN
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
…est-ce que vous pouvez nuancer, corriger votre projet de loi ou il sera à la fin comme il est au début ?

AGNES BUZYN
Nous avons d'ores et déjà adopté en commission une cinquantaine d'amendements des différents groupes parlementaires et nous avons retravaillé des amendements avec les parlementaires qui les ont portés en commission pour pouvoir en adopter de nouveaux, donc nous ouvrons évidemment la possibilité à chacun de faire évoluer le texte. Par contre il y a des fondamentaux, c'est-à-dire est-ce qu'on est pour ou contre l'ouverture de la PMA pour…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est le principe intouchable.

AGNES BUZYN
Il y a des amendements qui visent à supprimer cet article et ceux-là on ne va pas les accepter évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La PMA avec un papa et une maman coûte chaque année 300 millions, qu'est-ce que va coûter la PMA sans père ?

AGNES BUZYN
Entre 10 et 15 millions pour les femmes homosexuelles ou les femmes célibataires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous convaincrez la droite qui est contre le remboursement par la Sécurité sociale…

AGNES BUZYN
Oui, il faut que ceux qui utilisent l'argument que pour les couples hétérosexuels on traite une maladie arrêtent d'utiliser cet argument, même pour les couples hétérosexuels c'est du déclaratif, on vient dans un centre de paiement en disant « on n'a pas réussi à faire un enfant depuis un an » et il se trouve que dans beaucoup de cas les personnes ne sont pas stériles et d'ailleurs parfois arrivent à faire des bébés par voie naturelle dans les grossesses ultérieures. Donc en réalité il n'y a pas de critère de maladies objectivé qui justifie le remboursement pour les couples hétérosexuels.

AGNES BUZYN
Vous êtes contre la GPA, la gestation pour autrui, ça vous l'avez dit, le président de la République l'a dit, etc., mais Elisabeth BADINTER, et elle n'est pas la seule, prévient que la GPA ne va pas s'arrêter parce qu'on la refuse et beaucoup de gens disent il y aura la GPA éthique, maintenant on dit la GPA éthique, etc. Est-ce qu'une fois votée ce tabou qui tombera la GPA ne va pas devenir une revendication constante pendant le quinquennat ?

AGNES BUZYN
Elle l'est déjà, donc elle ne va pas le devenir, certains revendiquent la GPA.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou elle va prendre de l'ampleur.

AGNES BUZYN
Elle ne va pas prendre de l'ampleur, elle s'oppose à notre principe éthique fondamental qui est un principe français et il n'est pas partagé à travers le monde qui est la non-marchandisation du corps humain. Et ceux qui prônent la GPA éthique, je l'entends notamment entre des sœurs, par exemple une femme serait stérile et sa sœur porterait le bébé, pas stérile forcément mais n'aurait pas d'utérus, sa sœur porterait le bébé pour le couple, ça pourrait être de la GPA éthique. Sauf que personne ne peut garantir qu'il n'y a pas de pression, personne ne peut garantir qu'il n'y a pas derrière des questions d'argent, des questions d'héritage, donc en réalité on ne peut pas garantir le caractère éthique d'une GPA.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dîtes que vous resterez l'avocate du non au moins pendant ce quinquennat ?

AGNES BUZYN
Ah ça je le confirme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Le projet de loi va développer l'autorisation qui est donnée depuis quelque temps sur la recherche concernant les embryons qui sont stockés, qui sont en surnombre et surnuméraires et dont les parents n'ont plus besoin ou ne veulent plus, il y a combien d'embryons qui sont quelque part stockés, qui ne servent à rien ?

AGNES BUZYN
Il y a beaucoup d'embryons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien, des milliers ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui donnés à la recherche il y a autour de 19.000 embryons d'ores et déjà disponibles, stockés, qui sont issus de PMA très ancienne et dont les couples n'ont pas eu usage parce qu'ils ont réussi à avoir un enfant du premier coup et des embryons sont stockés. En réalité la recherche n'a pas besoin de ces embryons, sur les 10 dernières années la recherche en a utilisé 2.000 et donc la question qui se pose est de savoir ce que nous faisons de tous ces d'embryons stockés. Les couples souvent décident aussi non pas de les donner à la recherche mais de les détruire et donc la question qui est posée c'est est-ce qu'on…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des milliers d'embryons stockés qui doivent être détruits.

AGNES BUZYN
Il faut aussi rassurer, on parle d'un amas de cellules, on parle d'un amas de quelques centaines de cellules, c'est un embryon au sens médical du terme mais dans l'inconscient collectif ça peut inquiéter. Ce sont des petites boules de cellules, il n'y a aucune différenciation de tissus, on est vraiment à des stades très, très précoces du développement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous avez le sentiment que vous vivez un moment qui est important, périlleux mais en même temps important pour la société française ?

AGNES BUZYN
Oui, c'est un moment très important sur le fond comme sur la forme, c'est un moment très important pour la classe politique dans son ensemble et pas seulement pour le Gouvernement et la ministre que je suis parce qu'une loi de bioéthique c'est à la fois des avancées pour certains de nos concitoyens mais aussi des interdits, c'est cet équilibre qu'on doit trouver entre offrir de nouvelles possibilités grâce à la science mais aussi dire ce que la société refuse. Mais sur la forme c'est aussi montrer aux Français que la classe politique est capable d'un débat démocratique apaisé et respectueux, c'est aussi important pour moi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça se joue à partir de cet après-midi. Vendredi le Conseil des ministres va examiner le budget 2020, il prévoit l'exonération totale des cotisations pour les seniors de plus de 70 ans qui emploient un salarié à domicile. C'est une décision qui a surpris et qui a déclenché un tollé de protestations, sur les 500 niches fiscales qui existent il y représente presque 100 milliards qui ont doublé en 16 ans, une fois de plus pourquoi s'attaquer aux seniors ?

AGNES BUZYN
Ce n'est pas s'attaquer aux seniors, en réalité c'est une niche fiscale qui permet à des gens qui sont en difficulté de se mouvoir par exemple d'avoir des aides à domicile comme une femme de ménage, quelqu'un qui vient apporter le repas. Et en réalité la Cour des comptes et le rapport de Dominique LIBAULT qui est le rapport qui nous a aidés à préparer la loi sur le grand âge et l'autonomie ont pointé du doigt que cette niche n'était pas suffisamment ciblée sur les personnes qui avaient une perte d'autonomie. Et donc en réalité on va maintenir cette niche évidemment pour toutes les personnes qui ont une perte d'autonomie et qui ont un handicap par exemple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi 70, pourquoi pas 75, 80, pourquoi sans concertation, pourquoi ça naît brusquement ? L'économie c'est en 2020 310 millions et après 370 millions.

AGNES BUZYN
Ce n'est pas à vous, Monsieur ELKABBACH, que je vais dire que 70 ans on peut être en pleine forme et donc pourquoi quand on est en pleine forme à 70 ans on bénéficie de cette niche fiscale et pas quand on est une maman seule qui élève son bébé !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais pourquoi ? Permettez-moi d'insister, pourquoi cibler ces seniors quand les avantages fiscaux pour les emplois à domicile de tous les Français représentent 4,7 milliards ? La moitié de cette somme bénéficie à 10% des contribuables les plus aisés, pourquoi ceux-là, pourquoi les Harpagon de Bercy et les technocrates les visent, pourquoi ?

AGNES BUZYN
Les seniors comme n'importe qui bénéficient des mêmes exonérations que la totalité des Français mais ils avaient une niche en plus et c'est cette niche en plus qui n'était pas ciblée sur la perte d'autonomie que l'on va cibler uniquement sur les personnes qui sont en perte d'autonomie quel que soit l'âge, en réalité quel que soit l'âge, donc on peut l'ouvrir aussi à des personnes plus jeunes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous vous avez trouvé ça parce que vous vous occupez du plan Dépendance.

AGNES BUZYN
Dans le plan Dépendance, dans le plan Grand âge et Autonomie se pose la question justement de l'aide à domicile, du maintien à domicile et donc toutes les discussions vont porter sur comment nous finançons mieux les services à la personne à domicile lorsque les personnes vieillissent et donc tout cela va être sur la table d'ici la fin de l'année.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien mais beaucoup pensent qu'à cause du risque social et politique et de l'effet possible boomerang messieurs MACRON et PHILIPPE tueront cette initiative des technocrates, enfin on verra ! L'hôpital, le tiers des services d'urgences continue en ce moment, vous n'arrivez pas à les convaincre et vous leur avez donné rendez-vous dans trois mois en leur disant qu'ils vont recevoir 750 millions et qui seront répartis comment et à quoi servira l'argent supplémentaire ?

AGNES BUZYN
J'ai donc débloqué 750 millions pour refonder nos urgences et à la fois renforcer l'amont, c'est-à-dire la capacité à aller voir un médecin en ville avec les mêmes avantages que dans les urgences, pour renforcer également les services eux-mêmes notamment en permettant à des infirmières de se former, à faire des tâches qu'elles ne font pas habituellement et elles auront une prime pour cela. Et puis à renforcer également l'aval parce que les urgentistes se plaignent beaucoup de l'impossibilité de coucher les malades et donc nous allons recréer des…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des postes, vous ne dites pas combien mais il y aura des postes.

AGNES BUZYN
Il y a 80 % de cette somme, 80% des 750 millions d'euros servent pour des postes, pour des ressources humaines, donc nous avons entendu ce qui est demandé par les grévistes, ils veulent des postes, il y a des postes, ces postes seront répartis à la fois en amont de l'hôpital, dans les urgences et en aval de l'hôpital parce qu'en réalité nous avons besoin d'éviter que les gens qui n'ont pas besoin d'aller aux urgences aujourd'hui puissent trouver un médecin en ville quand ils le souhaitent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des hôpitaux qui fonctionnent apparemment normalement…

AGNES BUZYN
Il y a énormément d'hôpitaux qui fonctionnent bien, en général ce sont ceux qui ont mis en oeuvre les mesures du pacte que j'ai présenté il y a 10 jours parce qu'en réalité ils ont été innovants dans leurs organisations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il y a tout à réorganiser dans la gestion des hôpitaux.

AGNES BUZYN
Absolument, par exemple s'il y a des hôpitaux qui ont mis en place des services de gestion de lits, vous avez plusieurs personnes qui passent leur temps à trouver des lits dans un hôpital et ce ne sont pas les médecins des urgences ou les infirmières des urgences qui passent une heure à téléphoner pour convaincre leurs collègues d'ouvrir un lit, de laisser un lit disponible et ça se sont des spécialistes de la gestion des lits et j'en veux dans tous les hôpitaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça va durer jusqu'aux élections municipales ?

AGNES BUZYN
Je ne sais pas, je suis en train de travailler avec tous les acteurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous le redoutez…

AGNES BUZYN
Non, et les groupes de travail sont en place, je leur ai demandé des mesures concrètes, disponibles dans les hôpitaux avant les épidémies de grippe de cet hiver et ce sera mis en place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous êtes arrivée au ministère vous avez dit “l'hôpital est à bout de souffle”, vous lui avez redonné de l'oxygène…

AGNES BUZYN
Oui, je veux que l'hôpital respire, j'ai déjà l'année dernière débloqué 400 millions d'euros pour les hôpitaux, de nouveau 400 millions d'euros cette année pour l'hôpital. L'année dernière pour la première fois depuis 10 ans j'ai augmenté les financements des hôpitaux, ce qu'on appelle les tarifs dans notre jargon, les tarifs c'est les financements dont sont dotés les hôpitaux publics français, aujourd'hui ces tarifs ont augmenté l'année dernière pour la première fois en 10 ans. Et je travaille à faire de même cette année pour leur redonner un peu de souffle et des conditions de travail meilleures, 400 millions d'euros c'est aussi de l'investissement pour que la qualité de vie au travail soit meilleure.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai dit que vous étiez sur tous les fronts, j'aurais pu parler, il nous faudrait un jour parler de la réforme des retraites, des migrants, la pénurie de médicaments parce qu'il y a des laboratoires qui font disparaître des médicaments pour en faire monter sans doute le prix mais votre objectif c'est de prévenir, guérir, soigner et accompagner. Il y a 3,8 millions de Français qui ont eu ou qui ont le cancer et la moitié des familles françaises est concernée, qu'est-ce que vous faites pour prendre en charge j'ai envie de dire le suivi de ceux qui ont le cancer parce qu'on entend ce besoin et ça c'est important, vous le disiez, s'il y a de mesures ou pas avant que nous nous séparions.

AGNES BUZYN
Oui, les malades qui ont eu un cancer disent bien qu'ils se sentent abandonnés après la partie des soins, tout d'un coup on leur dit « c'est bon, vous êtes en rémission ou vous êtes guéri » et ils se retrouvent chez eux, or ils ont besoin d'accompagnement diététique, d'activités physiques, parfois de psychologues. Nous avions dans le plan Cancer déjà identifié que l'après-cancer était un sujet, beaucoup d'associations accompagnent les malades mais là nous avons prévu dans le budget de la Sécurité sociale un forfait pour l'après-cancer qui sera prescrit par les médecins cancérologues pour leurs malades de façon à ce qu'ils puissent bénéficier soit d'une activité physique parce qu'on sait que ça réduit le risque de rechute, soit d'un accompagnement psychologique, soit de diététique et tout cela sera maintenant pris en charge par la Sécurité sociale dans le cadre d'un forfait global.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire il y a un remboursement des soins et en même temps de l'accompagnement et que vous encouragez des expériences, par exemple j'ai vu qu'un institut qui s'appelle l'Institut Rafaël, “La maison de l'après-cancer” qui est créée par toute une équipe autour du cancérologue Alain TOLEDANO et qui lance justement cet accompagnement, vous encouragerez de tel type d'expérience…

AGNES BUZYN
Ça ce sont des associations qui pour l'instant financent sur leurs fonds ou grâce à des donations ces suivis post--cancer et c'est sur la base de l'importance des résultats que nous avons estimé qu'il était important que tout le monde puisse en bénéficier sur prescription du cancérologue, pas seulement les gens qui habitent dans des grandes villes et qui ont accès à ces associations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On s'est occupé beaucoup de la maladie, maintenant on s'occupe du patient et la suite…

AGNES BUZYN
Oui, on va passer de cet abandon que ressentent les patients vers un vrai parcours du patient dans l'après-cancer, il est très important pour se reconstruire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bon courage pour cet après-midi…

AGNES BUZYN
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… trouvez la première phrase, la partie centrale et la conclusion. Demain je recevrai à votre place Yannick JADOT et jeudi Benjamin GRIVEAUX. Bonne journée.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2019