Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à RFI le 18 février 2020, sur les projets du gouvernement pour légiférer la protection de la vie privée sur les réseaux sociaux et la réforme de l'audiovisuel public.

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Texte intégral

ARNAUD PONTUS
A 07h50, votre invité, Frédéric RIVIERE, vous recevez Franck RIESTER, le ministre français de la Culture, également candidat aux prochaines élections municipales.

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Frédéric RIVIERE.

FREDERIC RIVIERE
Qu'est-ce que le ministre de la Culture que vous êtes, peut faire pour qu'il n'y ait pas d'autres affaires, comme celle de Benjamin GRIVEAUX ?

FRANCK RIESTER
Eh bien il se trouve que dans mon portefeuille ministériel, j'ai des relations avec un certain nombre de plateformes, de nouveaux acteurs de l'Internet, en lien avec Cédric O, qui est le secrétaire d'Etat en charge du Numérique, et avec le président de la République et tout le gouvernement, nous sommes déterminés, depuis déjà de nombreux mois, à faire en sorte de responsabiliser les plateformes, qu'elles nous permettent de protéger nos données privées. On a bien vu que là, il y avait une atteinte grave à la vie privée de Benjamin GRIVEAUX, en l'occurrence, mais c'est ce à quoi peut être confronté un grand nombre de nos compatriotes. On sait qu'il y a un certain nombre de jeunes qui ont été victimes de ce type de diffusion de contenus pornographiques ou intimes, et donc nous devons veiller à ce que ces plateformes protègent notre vie privée. Il faut aussi qu'elles nous protègent de contenus illicites ou dangereux, des fausses informations, des fake news, des infox, ou des contenus haineux. C'est la raison pour laquelle nous avons pris un certain nombre de décisions avec le gouvernement, de faire voter une loi contre la manipulation de l'information. Elle ne répond peut-être pas à tout, mais c'est une démonstration de notre détermination à agir. C'est la proposition de la députée Laetitia AVIA, de la majorité, qui veut lutter contre les propos haineux, en responsabilisant les plateformes. Et puis ces plateformes doivent aussi, et c'est tout l'équilibre difficile à trouver, nous permettre de continuer à avoir une liberté d'expression, de pouvoir continuer à pouvoir dire un certain nombre de choses sur ces réseaux, sans être censuré. Regardez ce qui s'est passé avec la une de Télérama, avec Leslie Barbara BUTCH, qui défend, enfin qui lutte contre la grossophobie, et qui a été censurée par Facebook pendant un temps. C'est scandaleux. Et donc cet équilibre difficile, on veut le porter au niveau européen, c'est pourquoi nous discutons avec Margrethe VESTAGER, avec Thierry BRETON, vous avez vu, qui est très volontaire aussi sur le sujet, pour…

FREDERIC RIVIERE
Est-ce qu'on peut imaginer qu'une affaire comme ça ne puisse jamais se reproduire, ou est-ce que ce serait finalement incompatible avec les libertés publiques ?

FRANCK RIESTER
C'est un enjeu majeur, et je pense qu'on peut avoir des dispositifs qui permettent de lutter contre ce type de problématique, sans pour autant remettre en cause nos libertés publiques, je dirais même au contraire. La liberté de sa vie privée, de son intimité, c'est une liberté fondamentale, et qui a été gravement atteinte avec ce qui s'est passé avec Benjamin GRIVEAUX, mais encore une fois qui existe dans un grand nombre de cas pour nos compatriotes. Il ne s'agit pas de protéger tel ou tel responsable politique, même si on voit que ça a des conséquences démocratiques majeures, quand même c'est l'élection de la capitale de notre pays, qui a été perturbée par cette affaire, mais est d'abord et avant tout une question sociétale, c'est protéger nos compatriotes et leur permettre de ne pas avoir d'atteinte à leur vie privée. Alors, comment on peut agir ? Eh ben il y a des sanctions qui doivent être prononcées, la justice a été saisie, moi je milite pour que les sanctions soient dures. S'il faut modifier la loi pour que les sanctions dans l'avenir soient encore plus dures, il faudra peut-être le faire. Il faut aussi permettre à celles et ceux qui sont victimes de ces atteintes, de pouvoir demander à ce qu'on retire les contenus en question le plus vite possible des réseaux sociaux. Aujourd'hui il y a des dispositifs légaux qui le permettent, ce qu'on appelle des référés, c'est-à-dire demander à un juge, en urgence, de retirer ces contenus-là. S'il faut améliorer encore le dispositif, on le fera. Et puis troisièmement, il faut qu'on retrouve ceux qui sont les auteurs de ces diffusions illégales, et pour ça eh bien il faudra peut-être travailler encore davantage avec les plateformes, pour s'assurer de retrouver systématiquement celles et ceux qui piétinent la vie privée de nos compatriotes.

FREDERIC RIVIERE
Un mot de la crise au sein de l'Académie des César, Franck RIESTER, avec cette phrase de la comédienne Corinne MASIERO, je la cite et j'ouvre les guillemets : « Ce ne sont pas des bourgeois hétéros, catholiques, blancs, de droite, qui ont seuls le droit de dire ce qu'il faut récompenser en France ». Est-ce que vous trouvez que ce propos est une contribution intéressante au débat ?

FRANCK RIESTER
Alors, sur le fond, elle a raison, il faut que les votants, et peut-être ceux qui dirigent l'Académie des César, représentent mieux la diversité, à la fois de notre pays mais aussi du cinéma. Après, ses propos lui appartiennent, je ne les partage pas, je pense que…

FREDERIC RIVIERE
Vous ne les auriez pas formulés comme ça.

FRANCK RIESTER
Non, je pense qu'il faut de la diversité, il faut de la parité, il faut de l'ouverture, mais ce n'est pas en stigmatisant tel ou tel, qu'on arrivera à rassembler nos compatriotes. Nous rassemblerons nos compatriotes s'ils se sentent représentés et s'ils se sentent à part entière des citoyens comme les autres, mais pas en pointant telle ou telle catégorie, en les culpabilisant, je ne sais quoi.

FREDERIC RIVIERE
Je voudrais qu'on évoque la réforme de l'audiovisuel public. Vous allez être auditionné aujourd'hui même par la Commission des Affaires étrangères, il y sera donc selon toute vraisemblance question de France Medias Monde, de RFI, de France 24. Quelle vision de l'audiovisuel extérieur de la France allez-vous défendre ?

FRANCK RIESTER
D'abord, on a au gouvernement une grande ambition pour l'audiovisuel public dans notre pays. Vous avez vu que dans un certain nombre d'autres pays ce n'est pas exactement la même ambition pour l'audiovisuel public. Deuxièmement…

FREDERIC RIVIERE
Ça n'est pas la même histoire.

FRANCK RIESTER
Peut-être, mais en tout cas, nous, ce gouvernement dit très clairement, il a une grande ambition pour l'audiovisuel public. Pour ça, il veut lui donner les moyens de s'adapter à la révolution numérique, à la révolution des usages. On sait bien que nos compatriotes n'ont pas accès au contenu de l'audiovisuel en général, et l'audiovisuel public en particulier, de la même façon qu'avant, sur les réseaux sociaux, sur des tablettes, ils regardent de plus en plus la radio, ils écoutent de plus en plus la télévision, donc il faut donner la possibilité à l'audiovisuel public de s'adapter pour mieux les toucher et mieux les servir et mieux accomplir ses missions de service public. Et dans ses missions de service public, Frédéric RIVIERE, il y a bien sûr la culture, il y a bien sûr l'information, il y a bien sûr l'éducation, mais il y a aussi le rayonnement de notre pays dans le monde. Et ce rayonnement, il passe évidemment, principalement, par France Medias Monde. Et donc nous avons une grande ambition pour la dimension extérieure de notre audiovisuel public, aujourd'hui France Medias Monde est une fierté pour notre pays, avec les différentes composantes de France Médias Monde, on a vu encore les résultats très impressionnants en termes de présence de France Medias Monde sur les réseaux sociaux, sur Internet, dans l'univers numérique, eh bien on veut, en créant un groupe public, donner les moyens à l'audiovisuel extérieur de la France, d'aller encore plus loin, encore plus fort, pour faire rayonner notre pays dans le monde à travers l'audiovisuel.

FREDERIC RIVIERE
Dans la réforme, il est question de synergie, de mise en commun des moyens, lorsque la réforme sera effective, RFI, je parle en l'occurrence pour ma chapelle…

FRANCK RIESTER
C'est une belle chapelle.

FREDERIC RIVIERE
Je vous remercie. RFI sera-t-elle toujours une radio qui parlera de l'Afrique, de l'international, mais aussi de la France…

FRANCK RIESTER
Bien sûr.

FREDERIC RIVIERE
... autrement dit, puisque c'est une des inquiétudes qui s'expriment ici, est-ce que RFI ne va pas être réduite à sa composante africaine ?

FRANCK RIESTER
Alors, pas du tout, il faut bien comprendre que ce n'est pas…

FREDERIC RIVIERE
Je pourrais vous poser la question, vous savez si dans trois ans vous pourriez toujours être à cette place, ici, invité, pour parler, y compris de politique française ?

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr... Frédéric RIVIERE, d'abord moi je suis ministre de la Culture, ce n'est pas moi qui rentre dans l'éditorial de chaque chaîne, que les choses soient très claires, l'éditorial doit être absolument indépendant. En revanche, la stratégie, ça c'est défini effectivement par les pouvoirs publics, le gouvernement, le Parlement, et donc là on est très clair, il ne s'agit pas de réduire la voilure, il s'agit au contraire de la sortir la voilure, pour aller plus loin et plus fort. Et par-delà, par ça, absolument pas réduire la puissance des marques et des entreprises qui sont les composantes de l'audiovisuel public, mais au contraire de les renforcer, en leur donnant la possibilité d'avoir accès à des moyens plus importants, des moyens qui sont des moyens qui sont mutualisés avec les restes des entreprises de l'audiovisuel public, pour avoir accès par exemple à un certain nombre de productions de France Télévisions, de Radio France. On sait bien qu'il y a des contenus qui sont spécialisés, pour l'audiovisuel extérieur de la France, mais aussi des contenus qu'on pourrait faire mieux partagé pour celles et ceux qui suivent et écoutent RFI ou France 24, par exemple, tout en ne remettant pas en cause la spécificité et la force de RFI, la force de France 24, la force de Monte Carlo Doualiya.

FREDERIC RIVIERE
Il nous reste une minute, Franck RIESTER, pourquoi vous lancez-vous dans l'aventure municipale à Coulommiers, dont vous avez déjà été le maire ?

FRANCK RIESTER
Oui, eh bien écoutez, c'est la ville dans laquelle j'ai grandi…

FREDERIC RIVIERE
Mais aujourd'hui vous êtes ministre de la Culture, vous n'avez pas l'intention de…

FRANCK RIESTER
... dans laquelle j'habite, à laquelle je suis très attaché, et ce n'est pas parce que j'ai l'honneur d'être ministre de mon pays, c'est un devoir et un honneur d'être au rendez-vous de cette responsabilité, mais pour autant, je n'oublie pas mes racines, je n'oublie pas d'où je viens, je n'oublie pas à qui je dois aussi aujourd'hui ces responsabilités. Coulommiers est ma ville, et j'ai une ambition pour cette ville, et je suis en train de constituer une équipe qui portera un projet important pour la ville, et bien évidemment si le président de la République et le Premier ministre continuent de me confier des missions ministérielles, c'est Laurence PICARD, en l'occurrence, c'est une femme qui sera maire de Coulommiers le temps de mes responsabilités gouvernementales.

FREDERIC RIVIERE
Merci Franck RIESTER, bonne journée.

FRANCK RIESTER
Merci Frédéric RIVIERE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 février 2020