Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à Europe 1 le 2 mars 2020, sur l'information des usagers et personnels des transports en commun et l'impact du Covid-19 sur les transports internationaux.

Texte intégral

MATTHIEU BELLIARD
Bonjour Jean-Baptiste DJEBBARI !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

MATTHIEU BELLIARD
Par où est-ce qu'on ne commence ce matin, tellement de dossiers…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Par où vous voulez.

MATTHIEU BELLIARD
Le coronavirus, évidemment, c'est une préoccupation des Français. Secrétaire d'État aux Transports, sur la SNCF pas de restriction de circulation, tous les trains roulent, tout le monde peut rouler ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, des mesures d'abord d'information, d'information des voyageurs dans toutes les grandes gares internationales, toutes les gares transfrontalières, et puis, des mesures évidemment d'équipements, d'équipements pour les agents, en gels hydro-alcooliques et d'équipements en termes de masse, il y a des stocks à la SNCF d'ailleurs comme à la RATP, nous reconstitution les stocks pour tenir un peu au long cours dans le cadre de la grande commande publique qui a été faite, et puis, ce qu'on appelle des plans de continuité, on prépare effectivement la phase épidémique si elle arrive, ça permettrait dans une version un peu maximaliste effectivement de procéder à des restrictions…

MATTHIEU BELLIARD
On vient de l'expliquer dans le journal, phase 1, phase 2, c'est ce qui se passe aujourd'hui, le virus est là, donc plus besoin de ces mesures de quarantaine, si passait en phase 3, il pourrait y avoir des lignes coupées ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, phase 2, effectivement, le virus circule, mais reste géographiquement localisé ou confiné, et donc on essaie vraiment de freiner la propagation du virus, et puis phase 3, c'est la phase dite épidémique, dans laquelle le virus circule, et là, on est en phase de traitement, finalement, comme une période de grippe qu'on connaît actuellement avec un traitement qui repose essentiellement sur les mesures de gestion dans les hôpitaux, des mesures de gestion sanitaire, mais nous nous préparons toujours dans le monde des transports à toute éventualité, et donc dans la version la plus maximaliste de ces plans de continuité, il y a effectivement la possibilité de faire des restrictions de transport, soit sur un plan géographique, soit effectivement en donnant priorité par exemple à un certain nombre de trains en Ile-de-France ou ailleurs.

MATTHIEU BELLIARD
Il faudra choisir à ce moment-là, et ce sera certainement difficile, et c'est vrai que c'est mis à jour tous les soirs, voire même heure par heure, je prenais juste ce sondage dont on parlait dans le journal à l'instant qui est dans Le Parisien Aujourd'hui en France, un sondage IFOP, aujourd'hui, vous êtes inquiet à l'idée d'utiliser les transports en commun, 52%, c'est la deuxième inquiétude des Français, ces transports en commun…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est tout à fait compréhensible, mais je le dis aussi, on parlait éventuellement d'une évolution vers une épidémie de type grippal, la grippe, c'est chaque année, et malheureusement, ça fait d'ailleurs plus de 10 000 morts par an, la grippe, la grippe en France, et les Français circulent en période de grippe, donc je le rappelle, les mesures – ça fait toujours un peu bateau de dire ça – mais les mesures principales de protection sont des mesures individuelles : se laver les mains, éviter effectivement de se serrer la main, de se faire la bise, de rendre visite à des personnes qui sont fragiles, les personnes âgées ou celles qui ont des maladies chroniques, donc c'est vraiment par cet effort, par ces petits efforts individuels qu'on arrivera à avoir de grands effets collectifs.

MATTHIEU BELLIARD
Il y a aussi la question économique, on va parler de la SNCF dans un instant, je mets ça de côté, mais dans le secteur aérien, un manque à gagner de 30 milliards de dollars déjà au niveau mondial pour ce début d'année 2020, on n'est qu'au début de l'année, première baisse mondiale, on craint une première baisse mondiale depuis la crise de 2008, AIR FRANCE a déjà annoncé des mesures d'économies ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des impacts, alors, c'est vrai pour l'aérien, les 30 milliards, c'est environ 150 millions d'euros pour le groupe AIR FRANCE-KLM, les mesures d'économies qui sont annoncées ne sont pas tout à fait corrélées à l'épisode du coronavirus, c'est plutôt corrélé à un léger ralentissement de l'activité depuis d'ailleurs l'année dernière, mais, et les mesures d'ailleurs d'économies qui sont annoncées, les 1 500 postes qui seront supprimés d'ici à 2022 sont très largement compensés au global à la fois par la démographie et les départs à la retraite, et puis, par des embauches…

MATTHIEU BELLIARD
Sauf que le secteur de l'aérien est en pleine souffrance avec ce…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais par contre, c'est vrai que le secteur de l'aérien, le secteur maritime, les conteneurs qui arrivent de Chine notamment avec beaucoup de ports chinois qui sont fermés souffrent beaucoup aujourd'hui de la contraction économique due au virus. Et donc il faudra – et ça a déjà été annoncé par Bruno LE MAIRE notamment – il faudra aider les entreprises françaises, qu'elles puissent utiliser notamment le cas de force majeure, et puis, en procédant à des lissages des prélèvements sociaux et fiscaux, comme cela est pratiqué assez souvent.

MATTHIEU BELLIARD
Vous parliez du secteur maritime pour les importations, pour les containers, les croisiéristes sont au plus mal aussi, et j'insiste sur ce point-là, c'est moins votre domaine, mais les croisiéristes, leur bateau, c'est nous qui les fabriquons.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, absolument…

MATTHIEU BELLIARD
Il y a matière à s'inquiéter dans ce secteur-là ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors, si vous voulez, je pense que les croisiéristes… Alors, le marché est plutôt en bonne santé…

MATTHIEU BELLIARD
Avant le coronavirus, c'était flamboyant même…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Avant le coronavirus effectivement, il y a pas mal de commandes, d'ailleurs, des commandes qui ont été récemment signées pour les Chantiers de l'Atlantique. Non, il y a un sujet à mon avis plus global qui est le sujet de cette mondialisation qui a vu beaucoup les chaînes de fabrication s'éclater un petit peu partout dans le monde, notamment beaucoup en Chine, parfois pour des matières stratégiques, je pense à bio-pharma ou parfois à l'industrie, et je pense que peut-être qu'un des effets bénéfiques, ou en tout cas, une des réflexions qu'on devra se poser en tant qu'Européen, en tant que Français, est la question de la relocalisation d'un certain nombre d'industries stratégiques, de manière à être moins dépendant notamment des Chinois, alors là, aujourd'hui, pour le coronavirus…

MATTHIEU BELLIARD
Elle se pose cette question ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, je crois qu'elle se pose…

MATTHIEU BELLIARD
Non, mais au gouvernement, simplement, c'est quelque chose dont vous parlez, la relocalisation ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais je crois que c'est nécessaire et que ce type d'événements indésirables, et que nous essayons de contenir, pose la question effectivement de ce que nous souhaitons comme indépendance, comme souveraineté, y compris sur les domaines industriels et économiques, et je crois que la mondialisation effectivement a éclaté les chaînes de valeur, et qu'on voit qu'on peut aujourd'hui être en difficulté sur le long cours, donc il faut effectivement y travailler très fortement.

MATTHIEU BELLIARD
Dans ce sondage dont je parlais dans le Parisien Aujourd'hui en France ce matin, il y a aussi cette autre donnée, 57% des personnes interrogées estiment que le gouvernement a caché certaines informations.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça, je crois réellement que c'est faux…

MATTHIEU BELLIARD
Plus d'un Français sur deux…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, bien sûr, mais on se noie dans les théories du complot tous azimuts, moi, j'avais quelqu'un qui m'expliquait, il y a une heure, que finalement, c'est la terre qui réagit, vous savez, c'est l'hypothèse Gaïa qui réagit contre les méfaits de la mondialisation, donc tout ça, c'est une réaction de la terre comme organe etc., biologique, bon, on entend tout et n'importe quoi, mais je vous assure que depuis le début, il y a des communications régulières chaque jour du ministère de la Santé…

MATTHIEU BELLIARD
C'est difficile de rassurer, enfin, d'être transparent et de rassurer à la fois ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui…

MATTHIEU BELLIARD
Parce que la réalité, il faut le dire, c'est qu'on découvre aussi beaucoup de choses au quotidien, vous aussi…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et la réalité, c'est que nous tentons d'avoir la stratégie la plus adaptée au jour le jour, heure par heure, en fonction de l'évolution réelle du virus, et vous savez qu'en la matière, il n'y a pas de décision ou de stratégie idéale, il y a simplement des choix politiques, des choix de politique sanitaire qui permettent de répondre au mieux à la fois à la propagation du virus ou en tout cas à son endiguement, et puis, au traitement de cette épidémie.

MATTHIEU BELLIARD
Deux ans et demi de discussions, on va parler de la réforme des retraites, avec Jean-Paul DELEVOYE, des négociations, une grève record, pour en finir sur le 49.3, Jean-Baptiste DJEBBARI, est-il possible que ce gouvernement n'ait pas suffisamment préparé cette réforme ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, ce gouvernement a préparé cette réforme, et ce gouvernement – en tout cas, cette majorité présidentielle – s'est retrouvé au Parlement dans un débat qui a très largement, et vous l'avez vu, si vous avez regardé ces vidéos, qui a été entravé, abîmé, immobilisé par deux groupes parlementaires…

MATTHIEU BELLIARD
Vous êtes tombé dans un piège ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, pas dans un piège, vous savez, la stratégie… d'ailleurs, les Insoumis, puisque c'est principalement d'eux que nous parlons aujourd'hui, ont une stratégie qui est totalement cousue de fil blanc, ils veulent, en prolongeant les débats, en les rendant… en dévoyant en quelque sorte le régime parlementaire que, par ailleurs, ils prônent depuis très longtemps dans leur programme, ils veulent créer les conditions d'une nouvelle contestation dans la rue, c'est ça qu'ils veulent faire, les Insoumis. Et donc, il était temps parce qu'il était temps de mettre fin à ce débat qui n'en était pas un, et il était temps que le gouvernement prenne sa responsabilité, moi, j'avais eu l'occasion d'en parler avec le Premier ministre la semaine dernière, et je l'avais un peu dit en ces termes-là. Et je le dis d'autant plus sereinement que le texte que nous allons proposer la semaine prochaine reprend très largement les amendements évidemment de la majorité, les amendements de l'opposition constructive, et les amendements issus de la concertation sociale.

MATTHIEU BELLIARD
Mais vous prêtez le flanc là à ceux qui appellent à retourner dans la rue, est-ce qu'est-ce qu'on se prépare à un scénario de retour de manifestations, voire même de grève ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi, je n'ai aucun doute que certains syndicats, qui ont des postures politiques, et que vous connaissez très bien ici, continueront à avoir ces mots d'ordre, d'ailleurs, ils vont se réunir, il y a une intersyndicale, je crois, aujourd'hui, et je n'ai aucun doute là-dessus. Moi, j'ai lu, et je crois que vous recevez Laurent BERGER…

MATTHIEU BELLIARD
A 8h15, oui…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Exactement, dans une demi-heure. Je crois beaucoup plus à cette forme de syndicalisme, je crois au syndicalisme qui a des revendications extrêmement concrètes – je lisais son article, en tout cas, son interview hier – très concrètes, qui veut inscrire des droits pour les travailleurs, et avec ces syndicalistes, avec ce syndicalisme progressiste, nous avons matière à discuter, d'ailleurs, le texte portera un certain nombre de conséquences des mesures qui sont proposées notamment par Laurent BERGER. Mais je ne doute pas un seul instant qu'effectivement, ce débat sera très politisé et que nous aurons effectivement, comme nous l'avons eu dans les mois précédents des appels à la grève.

MATTHIEU BELLIARD
Un mot, Jean-Baptiste DJEBBARI, des chiffres de la SNCF, début de mandat difficile pour monsieur FARANDOU, le nouveau PDG, le groupe SNCF perd 801 millions d'euros, 690 imputables à la grève, je parle sous votre contrôle, après trois années de bénéfices, une année 2019 difficile, on termine dans le rouge, avec 11 mois positifs, je résume un peu, et un mois de grève qui a été compliqué. Est-ce que la SNCF va pouvoir maintenir tous ses investissements, je pense en particulier aux petites lignes, aux investissements sur les petites lignes… ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deux éléments, d'abord, effectivement, il y a un coût financier, vous l'avez rappelé, il y a un coût en image important au moment où la SNCF entre en concurrence, et puis, quelque part, alors que les Français ont fait un geste de confiance à l'égard de la SNCF en reprenant 35 milliards de dette, il y a une forme d'encoche un peu à ce pacte de confiance, mais la SNCF doit prospérer dans une décennie qui, à mon avis, peut être celle du ferroviaire, parce que le contexte sociétal, environnemental, le favorise, et oui, j'ai demandé à Jean-Pierre FARANDOU de nous présenter un plan global, qui permette à la fois de faire les investissements nécessaires, et notamment sur les petites lignes, pour lesquelles nous avons annoncé un plan la semaine dernière avec deux premières régions qui ont signé, et puis, qui assure l'équilibre financier global de la SNCF au long cours, et cet équilibre sera global, parce que le coût de la grève…

MATTHIEU BELLIARD
Tous les investissements sur les petites lignes sont maintenus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Absolument, mais c'est le l'objet, ils sont maintenus, même encore augmentés, amplifiés, c'est l'objet des pactes régionaux que nous avons signés avec Grand Est et Centre Val-de-Loire, il y a des aléas que nous avons connus avec la grève, avec le glyphosate, pour lesquels nous cherchons des substituts, l'équilibre financier de la SNCF sera tenu, et je lui ai demandé à Jean-Pierre FARANDOU de nous présenter un plan très prochainement.

MATTHIEU BELLIARD
Jean-Baptiste DJEBBARI, secrétaire d'État aux Transports, merci beaucoup d'être venu répondre à nos questions…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.

MATTHIEU BELLIARD
Vous êtes candidat en huitième position sur la liste à Limoges, vous serrerez des mains pendant les campagnes ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On va essayer d'en serrer moins, et il faut que je trouve des moyens alternatifs pour garder le contact social…

MATTHIEU BELLIARD
Il y a du gel hydro-alcoolique à la sortie de ce studio. Merci Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mars 2020