Interview de M. Jean Castex, Premier ministre, à BFM TV le 2 décembre 2020, sur la proposition de loi Sécurité globale et la stratégie de lutte contre le Covid.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Monsieur le Premier Ministre, bonjour.

JEAN CASTEX
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les Français veulent savoir, on va parler Covid-19, vaccination, loi confortant les principes républicains, réforme des retraites. Questions et réponses directes, Jean CASTEX. Et je commence avec la loi sur la sécurité globale, votée largement par les députés la semaine dernière, l'article 24 de cette loi est donc retiré, si j'ai bien compris, il va être réécrit, alors, ce n'est pas retiré, c'est réécrit, mais réécrit par qui ?

JEAN CASTEX
Par ceux dont c'est la mission, les parlementaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ont voté cette loi !

JEAN CASTEX
Qui ont voté cette loi, et ils ont bien fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui réécriront une loi votée ?

JEAN CASTEX
Ils ont très bien fait de voter cette loi, Monsieur BOURDIN, parce que cette loi comprend d'autres articles que l'article 24. C'est une loi dont la France a besoin pour assurer mieux et davantage la sécurité de nos concitoyens. Je vous rappelle que lors de mon discours de politique générale, lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai dit : je veux assurer la sécurité des Françaises et des Français, la sécurité sanitaire, nous y reviendrons, j'imagine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr…

JEAN CASTEX
La sécurité économique, et la sécurité face aux violences, face aux cambriolages, face à ces faits que constatent nos concitoyens. C'est une bonne loi, elle va créer, Monsieur BOURDIN, la police municipale à Paris, c'est extrêmement important, elle va mieux encadrer la sécurité privée, elle va renforcer la coordination avec la police nationale, et par ailleurs, vous le savez, nous augmentons, nous accroissons les moyens des forces de sécurité et de la justice, plus 8% de budget, ça ne s'était jamais vu. Les Français savent bien qu'il ne suffit pas qu'il y ait de la police, si, derrière la réponse judiciaire ne suit pas, grâce aux moyens dont elle a besoin. Alors, il y a cet article 24, vous m'avez posé la question, c'est quoi l'article 24 ? L'article 24, il vise, et nous ne nous détournerons pas de cet objectif, à protéger nos forces de sécurité intérieure, lorsque, et vous savez que ça se produit fréquemment, on les photographie, et qu'on met en ligne cette photographie dans l'intention de leur nuire ! On marque leur adresse quand ils habitent dans un quartier, pour que des vengeances puissent s'opérer. Bien. Donc l'intention, là-dessus, est bonne. Sauf que, sauf que l'écriture de cet article 24, adopté par l'Assemblée nationale, et malgré les efforts que nous avions faits en l'amendant, a pu laisser penser qu'il restreindrait la liberté de la presse, Monsieur BOURDIN, la liberté d'expression, la liberté même de n'importe quel citoyen de faire une photographie ou un film d'un événement public et de le diffuser. Or, bien évidemment, notre intention, je l'affirme de la manière la plus catégorique, celle de la majorité parlementaire, celle du Premier Ministre, celle du président de la République, n'est en rien – vous m'entendez bien – en rien de porter atteinte à ces libertés fondamentales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui, c'est votre intention, aujourd'hui, j'insiste sur le mot aujourd'hui, Jean CASTEX…

JEAN CASTEX
Eh bien, vous avez tort, ça a toujours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai tort, et pourquoi ai-je tort ?

JEAN CASTEX
Eh bien, parce que j'ai toujours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez-vous-même…

JEAN CASTEX
Monsieur BOURDIN, j'ai toujours été un défenseur de la liberté de la presse, d'ailleurs, convenez que je suis bien placé pour pouvoir le dire, bon. La liberté de la presse, c'est sacré, la liberté d'informer, c'est sacré. Donc je constate, je finis de répondre à votre question, je constate que des gens se sont émus de cette rédaction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A raison…

JEAN CASTEX
Et ils y ont vu des intentions que nous n'avions pas, donc mon rôle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils se sont émus à raison ?

JEAN CASTEX
Mon rôle, mon rôle, celui du président de la République, celui de la majorité parlementaire, c'est de prendre acte que nous n'avons pas été compris et donc de réécrire, de re-concerter, d'apaiser, de discuter jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va réécrire ? Qui va réécrire, parce que…

JEAN CASTEX
Les parlementaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce texte est au Sénat !

JEAN CASTEX
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc qui va réécrire, les sénateurs ?

JEAN CASTEX
Monsieur BOURDIN, les sénateurs, et je respecte beaucoup le Sénat, réécriront ce texte, ou l'examineront, en général, quand il viendra devant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils…

JEAN CASTEX
Sauf, sauf, Monsieur BOURDIN, pardonnez-moi, qu'il n'arrivera au Sénat que mi ou fin janvier. Je ne peux pas, moi, laisser vivre, ni la majorité de l'Assemblée nationale, cette ambiguïté sur les objectifs, voyez-vous, et donc, on va retravailler le texte, et je vous le dis aussi, on va travailler ce que j'appellerai le contexte, Monsieur BOURDIN, c'est-à-dire les relations plus généralement entre le monde des médias et la police, tout ça mérite aussi d'être posé, d'être apaisé, j'ai annoncé la création d'une commission présidée par une personnalité incontestable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, une commission, qui, dans un premier temps, devait réécrire, puis, qui ne réécrira rien du tout, finalement, Jean CASTEX, parce que…

JEAN CASTEX
Une commission…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je vais y revenir, allez-y…

JEAN CASTEX
Une commission effectivement, cette ambiguïté a duré 12 heures…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y en a plus qu'une d'ambiguïtés…

JEAN CASTEX
Non, 12 heures, il n'y a eu que celle-là. Cette commission, Monsieur BOURDIN, elle doit… le Parlement va réécrire le texte, et la commission, elle va me faire des propositions sur les relations en général, ça ne passe pas que par des textes législatifs entre la presse et les forces de sécurité, il faut aplanir tout ça, il y a des voies de ce passage, il y a des discussions qui ont déjà été entamées par le ministre de l'Intérieur pour mieux rediscuter le schéma global du maintien de l'ordre ; il y a matière à apaiser tout ça. Mon rôle, surtout dans le contexte actuel, notre rôle, c'est de calmer le jeu et de remettre le métier sur l'ouvrage autant que nécessaire pour chasser toute ambiguïté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas question…

JEAN CASTEX
Pas question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris, pas question donc de glisser cet article 24 dans le cadre de l'article 25 du projet de loi confortant les principes républicains, on est bien d'accord ?

JEAN CASTEX
Moi, je ne peux pas préjuger de ce que donnera la réécriture de l'article 24, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais si j'ai bien compris, le projet de loi sera bien présenté le 9 décembre…

JEAN CASTEX
Oui, le deuxième !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le projet de loi confortant les principes républicains sera bien présenté le 9 décembre…

JEAN CASTEX
Absolument, oui, oui, Monsieur, oui, je vous le confirme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Alors, on aurait pu glisser cet article 24 dans ce projet de loi, mais, dans le cadre de l'article 25 de ce projet de loi, qui est proche, qui est voisin…

JEAN CASTEX
Qui, je vous le concède, n'est pas très éloigné, ça pourrait être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, n'est pas très éloigné…

JEAN CASTEX
Ça pourrait être une piste d'aboutissement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'en est une ou pas ?

JEAN CASTEX
Mais c'en est une, sûrement, mais en tout cas, laissons les parlementaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous la privilégiez, vous ?

JEAN CASTEX
Je ne privilégie rien du tout à ce stade. Laissons les parlementaires faire leur travail, il s'agit… la proposition de loi sécurité globale émane du Parlement, c'est un très beau texte, il faut que le Parlement aille au bout de ses prérogatives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la première rédaction de cet article 24 vous choquait, franchement ?

JEAN CASTEX
Elle ne me choquait pas, elle ne me choquait pas parce que je n'avais jamais eu l'intention de contrarier la liberté de la presse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc Gérald DARMANIN a toujours eu raison ?

JEAN CASTEX
Le gouvernement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement…

JEAN CASTEX
Le gouvernement avait une intention claire qui était de protéger les forces de sécurité, en aucun cas, de porter atteinte à la liberté de la presse. Je constate, vous savez, je le constate, Monsieur BOUORDIN, y compris des gens autour de moi très raisonnables, des journalistes qui me disent : vous savez, Monsieur le Premier Ministre : non, non, c'est toujours…, malgré les amendements que vous avez faits, j'avais même annoncé que je saisirai, vous vous en souvenez peut-être, le Conseil constitutionnel, eh bien, malgré ces clarifications, je prends acte, moi, vous savez, je suis un homme très pragmatique, je prends acte que tous les apaisements n'ont pas été donnés. Et quand j'entends, alors là, ce n'est pas des gens raisonnables…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement…

JEAN CASTEX
Nous dire qu'on est liberticides ou qu'il y a une dérive autoritaire du régime, soyons sérieux, soyons sérieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, auriez-vous pu éviter la situation dans laquelle vous avez mis Emmanuel MACRON, franchement, je vous dis ça, parce que c'est-ce qu'il vous a dit, c'est bien ce qu'il vous a dit lundi, Jean CASTEX ?

JEAN CASTEX
Vous savez bien, oui, vous savez très bien, cher Monsieur, que j'ai pour principe éthique de ne jamais révéler mes discussions avec le président de la République. Vous savez, encore une fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous auriez pu lui éviter cette situation, non ?

JEAN CASTEX
Mais on aurait pu sans doute…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que, quelle pagaille depuis le début, non ?

JEAN CASTEX
Non, non, non, non, écoutez, Monsieur BOURDIN, n'exagérons rien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, bon, d'accord, bon, non ?

JEAN CASTEX
N'exagérons rien. C'est une pagaille, je ne suis pas sûr que le peuple français perçoit toutes ces subtilités, ce que je veux lui dire ce matin, c'est que nous voulons, et nous ne varierons pas, protéger les forces de sécurité, auxquelles ils sont attachés, et surtout, surtout, je le dis à vos confrères, ils peuvent compter sur moi, ils peuvent compter sur la majorité parlementaire, ils peuvent bien sûr d'abord compter sur le président de la République pour préserver et conforter la liberté de la presse. Est-ce que c'est clair ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Jean CASTEX, l'IGPN sera-t-elle bientôt présidée par une personnalité indépendante ? Vous aimeriez ?

JEAN CASTEX
Alors, le président la République, vous le citiez, m'a demandé, ça, c'est public, en fin de semaine dernière, de travailler à la réaffirmation, on a parlé tout à l'heure des relations entre les forces de sécurité et la presse, le monde des médias, là, il s'agit des relations entre la police et la nation, moi, je crois que ces relations sont bonnes, je pense que le peuple français fait confiance à ses forces de sécurité, et je vais vous dire, Monsieur BOURDIN, il a raison, elles font un travail extrêmement difficile, savez-vous que depuis que je suis Premier ministre, j'étais déjà venu vous voir, il y a quatre policiers et gendarmes qui sont morts dans l'accomplissement de leur métier, d'accord. Vous avez vu encore combien se sont fait violenter fortement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils sont caillassés régulièrement, régulièrement…

JEAN CASTEX
Régulièrement. Et c'est pour ça que nous agissons, et c'est pour ça qu'il y a ces lois dont vous parlez. Donc moi, je suis en appui des forces de sécurité, ce qui me rend tout à fait légitime, ce qui me rend tout à fait légitime, ce qui rend le gouvernement tout à fait légitime à être intraitable, intraitable sur le respect par ces mêmes forces de sécurité, des lois de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la déontologie…

JEAN CASTEX
Et de la déontologie. Et alors, vous m'avez parlé de l'IGPN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou, de l'IGPN…

JEAN CASTEX
Le président de la République m'a demandé de lui faire des propositions en ce sens. Je les remettrai d'ici une quinzaine de jours, nous y travaillons avec le ministre de l'Intérieur et les autres ministres, il y a la question de l'IGPN qui est posée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Présidée par une personnalité indépendante ?

JEAN CASTEX
Pourquoi pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?

JEAN CASTEX
Je n'y suis pas défavorable, on va dire ça comme ça, nous y travaillons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on peut dire que vous y êtes favorable…

JEAN CASTEX
Mais, Monsieur BOURDIN, attendez, excusez-moi, si vous me parlez de l'IGPN, c'est que vous parlez ou que vous évoquez la poursuite ou la sanction de faits déjà commis, moi, ce qui m'intéresse surtout, c'est que des faits ne se commettent pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc meilleure formation…

JEAN CASTEX
Exactement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Meilleur recrutement…

JEAN CASTEX
Absolument, meilleur encadrement. Les fameuses caméras thermiques qui sont dans la loi sécurité globale dont nous parlions tout à l'heure. Donc il y a un pan d'actions destinées à améliorer cette situation, à éviter le fait, parce que j'ai été très choqué par ces images sur Michel ZECLER…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De ce producteur de 41 ans, frappé par des policiers ?

JEAN CASTEX
Absolument, c'est totalement inadmissible, le gouvernement a d'ailleurs réagi, le ministre de l'Intérieur a prononcé des propos très forts…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, moi, j'ai été choqué, Jean CASTEX, par ce qui s'est passé le 23 novembre à Paris, l'évacuation violente d'un camp de migrants, des images choquantes, c'est Gérald DARMANIN qui a parlé d'images choquantes, mais qui a donné l'ordre, qui, de l'évacuation de ces migrants de cette manière-là ?

JEAN CASTEX
L'ordre a été donné bien évidemment par la hiérarchie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire le préfet de police de Paris…

JEAN CASTEX
L'ordre a été donné par la hiérarchie, voilà, bon, simplement, c'est vrai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc qui est responsable ?

JEAN CASTEX
Attendez, attendez, attendez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est responsable du comportement des CRS, qui ?

JEAN CASTEX
D'abord, Monsieur, cette occupation n'était pas légale, enfin, il faut quand même, non, non, mais il faut quand même parfois remettre les choses à l'endroit, Monsieur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle n'était pas légale, on est d'accord.

JEAN CASTEX
On ne peut pas se focaliser sur des dérapages, s'il y en a, qu'il faut sanctionner, bien sûr, mais oublier l'essentiel…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, elle n'était pas légale. Aurait-on pu évacuer autrement ? C'est la question que je pose…

JEAN CASTEX
Eh bien, ça, écoutez, la réponse de principe, c'est toujours souhaitable, évidemment, Monsieur BOURDIN, mais dans le feu de l'action, ces choses sont toujours difficiles, je vous le dis, les forces de l'ordre font un métier très difficile, nous devons, vous l'avez dit vous-même, par la formation, par l'encadrement, encore chercher à l'améliorer, mais ça ne doit pas nous détourner de l'essentiel, ce qui compte, c'est la sécurité publique de nos concitoyens, que tout le monde respecte les règles républicaines, à commencer par les voyous et les casseurs, c'est ça le début de la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, mais, quelques mots quand même, les images sont choquantes, c'est Gérald DARMANIN qui l'a dit, il n'est pas le seul à le penser. L'ordre est venu du préfet de police de Paris. Vous vouliez changer de préfet de police au mois d'août dernier, c'est vrai ou faux, ça, Jean CASTEX ?

JEAN CASTEX
Mais, cher Monsieur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou faux ?

JEAN CASTEX
Cher Monsieur, si je voulais changer des hauts fonctionnaires, je le ferai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a toute votre confiance ?

JEAN CASTEX
Le préfet de police…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a toute votre confiance ?

JEAN CASTEX
Le préfet de police, comme le ministre de l'Intérieur, a toute ma confiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Le Covid-19, est-ce qu'à partir du mardi 15 décembre, nous pourrons nous déplacer dans toute la France sans attestation ?

JEAN CASTEX
Le président de la République a été très clair, on va instaurer à cette date un couvre-feu qui commencera à 21h, donc qui dit couvre-feu dit attestation applicable à ce couvre-feu pour les exceptions, mais pour le reste de la journée, Monsieur BOURDIN, nous pourrons nous déplacer sans attestation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc nous ne remplirons plus d'attestation à partir du 15 décembre ?

JEAN CASTEX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord…

JEAN CASTEX
Je vous le confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. L'épidémie semble reculer, les derniers chiffres sont de bons chiffres. Nous serons peut-être la semaine prochaine en dessous des quoi, des 5.000 contaminations par jour ? Vous le pensez ? Vous l'espérez ?

JEAN CASTEX
Voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous le pensez ?

JEAN CASTEX
Moi, écoutez, je suis ici, dans la position qui est la mienne, pour agir. Je fais face, pardon, "je", le pays fait face, vous le savez Monsieur BOURDIN, à la plus terrible épidémie qu'il ait connue depuis un siècle, ça nous conduit, ça me conduit en particulier, à prendre des mesures très difficiles. Ce qu'on peut constater c'est que grâce à l'effort des Français, qui ont appliqué ces mesures, vous venez de le dire, l'épidémie diminue, elle diminue fortement, et même son rythme de diminution nous place, en Europe, en Europe, parmi les pays où la situation est, je n'ose dire la meilleure, en tout cas la moins mauvaise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, plus de décès en Allemagne qu'en France ces derniers jours.

JEAN CASTEX
Oui, entre autres, enfin on ne va pas s'en réjouir pour les Allemands.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, on ne va pas s'en réjouir.

JEAN CASTEX
Mais je le dis pour ceux qui nous écoutent, pour leur dire d'abord bravo, continuez, et deux, pour tous ceux qui me sont tombés dessus à bras raccourci, peut-être que les mesures, certes difficiles, et dont nous faisons tout pour limiter l'impact économique et social, mais peut-être que les mesures que nous avons prises étaient indispensables, et c'est ce que j'ai fait, et c'est ce que nous avons décidé, parce que la seule chose qui m'intéresse Monsieur BOURDIN, je vous dis la seule chose, c'est de regarder, ce que je fais comme vous tous les jours, l'évolution des chiffres de l'épidémie et aussi comment se tient notre économie, parce que derrière l'économie il y a l'emploi, il y a la vie des gens. Et ce que je constate, dans ce deuxième confinement, c'est que l'économie se tient, c'est-à-dire que l'activité évidemment a chuté, mais là où elle avait chuté de 30%, c'est considérable, pendant le premier confinement, on est à -10%, c'est beaucoup, mais c'est beaucoup moins. Ça veut dire que cet équilibre, à la recherche duquel sont tous les pays du monde, entre la santé d'abord, je le réaffirme devant vous, et la sauvegarde de l'économie, de l'emploi et de la société, cet équilibre j'essaie de l'atteindre tous les jours.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Alors, confinement levé…

JEAN CASTEX
Mais la situation n'est pas encore réglée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr, la situation n'est pas réglée.

JEAN CASTEX
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Noël en famille, le 31 entre amis, avec prudence, si j'ai bien compris.

JEAN CASTEX
Vous avez bien compris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Papi et mamie à la cuisine…

JEAN CASTEX
Ah, ah…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je vous dis ça parce que j'ai entendu ça, vous aussi.

JEAN CASTEX
Oui, oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était un « joke » comme on dit, mais prudence.

JEAN CASTEX
Un « joke », ça me rappelle simplement combien mes grands-mères, que j'adorais, cuisinaient bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les stations de sports d'hiver, alors là il va falloir que vous nous expliquiez parce que, sans remontées mécaniques, on est bien d'accord ?

JEAN CASTEX
On est d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine que dans les Pyrénées-Orientales on n'est pas très content, parce qu'il y a des stations de sports d'hiver dans les Pyrénées-Orientales.

JEAN CASTEX
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne les oublions pas.

JEAN CASTEX
Ah, je ne les oublie pas !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'elles pourront ouvrir début janvier ?

JEAN CASTEX
Alors d'abord peut-être, acceptez que je réponde pourquoi je les ferme avant de savoir ou de me demander si je les rouvre et quand.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut…

JEAN CASTEX
Non mais, vous avez dit, vous avez dit, ça va me permettre d'aller vite, l'essentiel. Qu'est-ce que nous faisons ? Nous gérons l'épidémie au mieux, mais nous devons anticiper, soi-disant « ah vous n'anticipez pas. » Qu'est-ce qu'on peut anticiper ? c'est que cette période, des vacances de Noël, où il va y avoir les deux réveillons, Monsieur BOURDIN, bien sûr que nous allons faire des incitations à la prudence, de la pédagogie, etc., mais on voit bien que c'est quand même une zone à risques qui pourrait nous rappeler, un peu, ce qui s'est passé cet été. Donc, si c'est une période à risques, nous devons limiter les risques, et les vacances de ski, de sports d'hiver, sont l'occasion, vous le savez bien, de flux de population, j'ai regardé dans certaines stations, en temps normal ça passe de 1 à 7 la population, et donc certes les gestionnaires de station font tous leurs efforts pour avoir des protocoles sanitaires adaptés, et je les en félicite, mais ce n'est pas le sujet, le sujet c'est que nous sommes dans la prévention, c'est la même chose qui nous avait, Monsieur BOURDIN, conduit à fermer les commerces qui ne vendaient pas des produits de première nécessité. Bien sûr qu'ils respectent les protocoles sanitaires, bien sûr qu'ils veulent bosser, et je les soutiens de tout mon coeur, mais on prévient les flux, les interactions, les contacts, pour ne pas avoir une troisième vague en janvier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous prévenez le risque.

JEAN CASTEX
Je préviens le risque, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Jean CASTEX, vous prévenez le risque, donc les stations n'ouvriront pas leurs remontées mécaniques pour les fêtes, ça c'est confirmé, on est bien d'accord, est-ce qu'elles pourront rouvrir, ces remontées mécaniques, début janvier ?

JEAN CASTEX
Alors, ça je ne peux pas vous répondre aujourd'hui. A ce jour l'échéance c'est le 20, pourquoi a-t-on dit le 20 pour l'ensemble du pays ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 20 janvier.

JEAN CASTEX
Le 20 janvier, pardon, pourquoi a-t-on dit le 20 janvier ? Parce que, encore une fois, si on n'est pas suffisamment responsable pendant ces fêtes, il y a les périodes d'incubation, n'est-ce pas, et on verra les effets à ce moment-là, mais, mais, je revois les stations de ski le 11 décembre, je les vois, vous savez on discute beaucoup…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais.

JEAN CASTEX
Au-delà des déclarations, on essaie de les accompagner au maximum, on essaie de les accompagner, on va maintenir certaines activités, on m'a brocardé en disant « mais comment, vous laissez les stations ouvertes alors que vous fermez les domaines skiables, ou en tout cas les remontées mécaniques »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on peut faire du ski de fond, on peut faire de la luge…

JEAN CASTEX
On peut faire des choses, c'est comme si j'avais interdit le surf et qu'on m'avait dit « vous ne fermez pas la ville de Biarritz », enfin c'est ridicule, je ne ferme pas des communes, j'essaie de limiter les flux importants, et les rassemblements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Emmanuel MACRON a annoncé hier une curieuse… faisait hier une curieuse remarque, franchement ! Il annonçait hier des mesures dissuasives pour les Français voulant partir skier à l'étranger, notamment en Suisse. Alors, quelles mesures ? Ça mérite explications parce que là personne n'a compris.

JEAN CASTEX
Ah oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y.

JEAN CASTEX
Non, non, Monsieur BOURDIN, ce que tout le monde comprend, à commencer par vous-même, c'est qu'on se dit mais enfin comment le Premier ministre ferme, pour des raisons préventives, et la mort dans l'âme, vous avez parlé des Pyrénées-Orientales, chères à mon coeur, et qui le restent, des remontées mécaniques et des stations, bien, et à côté – c'est ça le fond du problème – à côté, en Suisse et en Espagne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et en Autriche. Andorre.

JEAN CASTEX
Eux, alors même qu'ils ont des indicateurs sanitaires plus dégradés que les nôtres, ils ouvrent. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Je m'évertue, avec le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Santé, à appeler tous les collègues, grosso modo, l'italien, la chancelière allemande, et la France sont alignés, il n'est pas raisonnable d'ouvrir les stations de ski. Effectivement, les Espagnols et les Suisses, je parle de ceux qui nous sont frontaliers, à ce jour ne s'orientent pas vers ces décisions, mais l'action diplomatique continue. J'observe d'ailleurs, je le dis puisque, on m'accuse, Monsieur BOURDIN, d'une gestion centralisée, etc., la Présidente de la Confédération helvétique elle me dit "je suis très embêtée parce que ça ne dépend pas de moi, c'est chaque canton qui décide", Monsieur SANCHEZ, que j'ai eu samedi au téléphone, il me dit "c'est les communautés autonomes, d'Aragon", donc ils se voient aujourd'hui, la messe n'est peut-être pas complètement dite. Mais si elle l'était, et j'en viens à votre question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les mesures dissuasives, quelles sont-elles ?

JEAN CASTEX
Eh bien, les mesures dissuasives consistent à dire que… parce que je comprends très bien ce que me disent les élus, ils me disent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, vous comprenez, mais nous nous ne comprenons pas.

JEAN CASTEX
Mais si vous comprenez très bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les mesures dissuasives, quelles sont-elles ?

JEAN CASTEX
L'idée c'est d'empêcher les Français d'aller se contaminer dans les stations de Suisse…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais empêcher comment ?

JEAN CASTEX
Eh bien on va instaurer, le préfet des départements limitrophes, ce qu'on appelle une quarantaine, c'est-à-dire qu'on fera des contrôles aléatoires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la frontière.

JEAN CASTEX
Exactement, et que le préfet pourra ordonner la mise en quarantaine 7 jours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que je suis Français, je veux aller skier en Suisse, je tombe sur un contrôle, il m'arrive quoi ?

JEAN CASTEX
Eh bien il vous arrive que vous serez placé et que vous subirez les tests en isolement de 7 jours, voilà, c'est concret ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc mes vacances je les passerai…

JEAN CASTEX
Eh bien la conclusion à en tirer, Monsieur, c'est que je ne vais pas en Suisse, voilà, c'est tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous m'empêchez d'aller en Suisse.

JEAN CASTEX
Je prends actes, Monsieur, de ce que moi je cherche à protéger mes concitoyens, ce n'est pas que je cherche, c'est mon devoir, que d'autres pays n'ont pas la même conception c'est leur droit, mais je vais continuer à protéger mes concitoyens en les empêchant d'aller se contaminer, et je rétablirai un principe d'équité vis-à-vis des gestionnaires de stations de ski français, je suis aussi là pour les défendre Monsieur BOURDIN, je suis aussi là pour les défendre, donc j'essaie d'être cohérent. Ce n'est pas facile, nous préférerions une harmonisation européenne, nous mettons toute notre énergie. Bon, près, les États qui nous entourent sont souverains.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez rencontré hier soir les représentants des différents cultes, quelles décisions avez-vous prises ?

JEAN CASTEX
Pour l'instant aucune, puisque le Conseil d'État, qui a rendu sa décision dimanche, nous a donné 3 jours, qui expirent demain matin, avec les délais, donc nous sommes encore en discussion, avec le ministre de l'Intérieur, avec les différents cultes, j'espère que nous arriverons à un accord…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que proposez-vous aux cultes ?

JEAN CASTEX
Alors, j'ai proposé, c'est clair, de passer d'une limite quantitative à 30 fidèles, à une jauge à 6 mètres carrés par fidèle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Six mètres carrés par fidèle.

JEAN CASTEX
Voilà, c'est-à-dire une jauge relative…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les représentants des cultes ne sont pas d'accord ?

JEAN CASTEX
Jusqu'au 15 décembre, où une nouvelle étape d'assouplissement, pour eux, comme pour les autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les cérémonies de Noël ?

JEAN CASTEX
Alors, les cérémonies de Noël, ça c'est une question très précise, je me suis engagé avec, en l'espèce les communautés concernées, à voir si nous pourrions avoir, pour les cérémonies de Noël, en vertu d'un protocole spécifique, des règles particulières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des règles particulières, c'est-à-dire particulières ?

JEAN CASTEX
Peut-être desserrer un petit peu la jauge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'étau pour la messe de Noël par exemple.

JEAN CASTEX
Par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple, bien. Les représentants des cultes sont d'accord avec ces 6 mètres carrés ? Six personnes par…

JEAN CASTEX
Certains d'entre eux voudraient des jauges un peu plus souples, voilà. Mais moi si vous voulez, j'applique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne transigerez pas.

JEAN CASTEX
Ecoutez, c'est simple. D'abord le Conseil d'État qui avait d'ailleurs donné raison il y a un mois à l'État pour la non-ouverture des lieux de culte aux fidèles, là on nous a dit : trente, vous y êtes allés trop forts. Vous savez, je préfère m'être annulé parce que j'y suis allé trop fort que parce que j'ai été trop laxiste. Ça, je vous le concède. Bon, j'ai bon espoir qu'on trouvera un accord équilibré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Quand le public pourra-t-il revenir dans les stades ?

JEAN CASTEX
Alors ça, c'est un sujet qui est en cours de discussion. Pas avant le 15 décembre, c'est sûr. En réalité si je peux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! A partir du 15 décembre dans les stades de foot par exemple, il pourrait y avoir du public ?

JEAN CASTEX
Alors dans les stades… En tout cas rappeler d'abord à vos auditeurs ne se pratique comme sport collectif dans les stades que le sport professionnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Professionnel, oui, aujourd'hui. Bien sûr.

JEAN CASTEX
Professionnel. Je vous le dis parce qu'il ne sera pas possible, Monsieur BOURDIN, de rouvrir dans les stades le sport amateur le 15. Peut-être un mot d'explication.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de sport amateur le 15 dans les stades ?

JEAN CASTEX
Collectif, collectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas par exemple de Coupe de France de football. Elle est morte.

JEAN CASTEX
Elle est morte mais on la soutient, on l'aide.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le foot amateur ne reprendra pas le 15 décembre.

JEAN CASTEX
Le collectif, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non. Bien, bien. Oui, la Coupe de France est morte cette année.

JEAN CASTEX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui. Et les salles de sport ? Réouverture le 4 janvier, c'est une demande. Non ?

JEAN CASTEX
Attendez. Que ce soit une demande, j'entends bien. Mais les salles de sport, entendons-nous bien, font partie des établissements recevant du public qui présente le plus de risques. Il y a des contacts, on y sue, c'est clos, on y reste un certain temps etc. Donc je vous confirme qu'au moment où je m'exprime devant vous, c'est-à-dire compte tenu des données sanitaires et épidémiologiques dont je dispose, je ne vois pas de réouverture des salles de sport avant le 20 janvier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-vous après les fêtes lancer des campagnes massives de tests ?

JEAN CASTEX
Peut-être même avant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, avant ?

JEAN CASTEX
Peut-être. Nous y travaillons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le Nord par exemple.

JEAN CASTEX
Alors l'idée, ce serait de procéder par expérimentation. Il faut peut-être là aussi, parce que vous savez tout Monsieur BOURDIN, qu'on explique à ceux qui nous écoutent ce dont il s'agit. Donc l'idée, qui a été d'ailleurs expérimenté dans d'autres pays - je pense à Liverpool en Angleterre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou à la Slovaquie.

JEAN CASTEX
Ou à la Slovaquie, vous avez raison. L'idée c'est de dire : on va essayer sur une aire urbaine assez dense de tester massivement. Ça ne voudra jamais dire - ça n'a pas été le cas ni en Slovaquie ni à Liverpool – tout le monde. Mais ça va nous permettre… Pour quoi faire ? Pour mieux connaître cette maladie. C'est-à-dire quels sont les quartiers les plus concernés, les populations les plus concernées, les lieux de vie les plus concernés. Parce que là, on va un taux de grandeur et donc on va pouvoir en tirer des enseignements curatifs, des enseignements préventifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant les fêtes ?

JEAN CASTEX
On va essayer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien d'expérimentations ?

JEAN CASTEX
On a prévu d'en faire trois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A quel endroit ?

JEAN CASTEX
Je ne peux pas le révéler encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans le Nord ?

JEAN CASTEX
Peut-être dans le Nord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ça, j'en suis presque sûr.

JEAN CASTEX
Peut-être en Normandie, peut-être en région Auvergne-Rhône-Alpes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Trois expérimentations.

JEAN CASTEX
Voilà. Sur la base bien entendu du volontariat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel périmètre ? Une grande ville.

JEAN CASTEX
Voilà, c'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une métropole, trois métropoles.

JEAN CASTEX
Là encore, c'est du bon sens. Il faut quand même qu'il y ait à la fois pas mal de population et surtout une densité. Vous savez très bien que malheureusement, notre ami virus il aime bien tout ce qui est groupé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça permettra de savoir qui a été infecté par le virus et ça permettra d'isoler les personnes positives.

JEAN CASTEX
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Mais les personnes positives qui ne respecteraient pas leur isolement, seront-elles sanctionnées comme cela se fait dans d'autres pays d'Europe ?

JEAN CASTEX
Alors quelle est notre stratégie là-dessus ? Vous avez raison de rappeler à tout le monde que tester même massivement, si derrière les personnes testées et celles qu'on appelle leurs cas contacts ne respectent pas l'isolement, vous avez tout à fait raison Monsieur BOURDIN : ça ne sert à rien. Bon. A ce jour, la France fait partie des pays - il y en a d'ailleurs une majorité - pour lesquels cet isolement est volontaire. Nous travaillons - écoutez bien, les mots ont un sens - sur un renforcement de l'effectivité de cet isolement par un accompagnement renforcé, par un accompagnement individualisé. Aujourd'hui, le respect de cet isolement c'est un coup de fil ou un SMS.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Donc accompagnement, meilleur accompagnement.

JEAN CASTEX
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et sanctions ?

JEAN CASTEX
Effectivement, nous pouvons nous poser la question à l'aune d'exemples étrangers que vous avez rappelés de savoir s'il ne serait pas nécessaire en dernière extrémité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, en dernière extrémité.

JEAN CASTEX
En dernière extrémité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous l'envisagez ?

JEAN CASTEX
Oui. Je crois qu'il faut que tout soit sur la table. Il faut que ça donne lieu à un débat notamment avec le Parlement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. 1 500 euros proposent des députés de la majorité d'amende.

JEAN CASTEX
Oui, on n'en est pas là. J'ai vu cette proposition.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous avez vu.

JEAN CASTEX
Bien sûr que j'ai vu. Donc créé – j'en profite pour vous le dire – un comité de liaison permanent pour la gestion de la crise sanitaire avec les groupes parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat pour renforcer les informations. Je leur en ai déjà parlé ainsi qu'aux partis politiques du sujet sur lequel vous me questionnez, et dès la semaine prochaine je leur donnerai les éléments de comparaison, le pour et le contre, pour que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc une amende, oui. Le montant, on verra.

JEAN CASTEX
En tout cas, le sujet est sur la table, Monsieur. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas parce que vous êtes, je le sais, un homme très respectueux. Je dis ne confondons pas la finalité et les moyens. Si nous arrivons - écoutez-moi bien - si nous arrivons avec les moyens qu'on va déployer à assurer une meilleure effectivité de l'isolement par un accompagnement renforcé, par une pédagogie plus forte, alors l'obligation et la sanction dont vous parlez ne seront pas forcément utiles. Ce n'est pas une fin en soi. C'est ça que je veux vous dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Le vaccin sera disponible en Grande-Bretagne, au Royaume-Uni, dès la semaine prochaine. Il sera disponible quand en France ?

JEAN CASTEX
Monsieur, d'abord pour être disponible il faut obtenir les autorisations des autorités sanitaires américaines d'abord, européennes ensuite. Bon. Que je sache, ça c'est plutôt dans les jours qui viennent mais plutôt vers la fin décembre que pour le début décembre. La première chose. Moi, je ne prendrai jamais le risque de faire vacciner des gens sans avoir une autorisation de mise sur le marché par les autorités compétentes. Moi j'attends ce top départ et je me prépare à savoir d'emblée qui nous allons vacciner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors nous allons vacciner les résidents des EHPAD.

JEAN CASTEX
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le personnel des EHPAD ?

JEAN CASTEX
Vous savez, alors là aussi Monsieur, un peu de clarté. Ce n'est pas le gouvernement qui va déterminer les ordres de priorité. Ce sont les autorités sanitaires, en l'occurrence la Haute autorité de santé qui a émis un avis circonstancié lundi et qui nous recommande – et qui nous recommande - effectivement de vacciner les personnes des EHPAD, des soins de suite gériatrique, les personnes en situation de handicap dans les établissements de plus de soixante ans et les personnels - je réponds à votre question - qui présentent un risque particulier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. C'est la Haute autorité de santé mais enfin c'est aussi le président de la République qui dit que dès le mois d'avril, il y aura une vaccination pour tout le monde.

JEAN CASTEX
Le président de la République, pardonnez-moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui.

JEAN CASTEX
Mais pardonnez-moi, il dit aussi ce que disent les autorités de santé. On a un planning qui vous le savez, alors là pour le coup – je le dis pour vos nos auditeurs et auditrices - là l'Europe, autant il y a des petites lacunes sur l'harmonisation européenne pour les stations de ski que vous avez à juste titre pointées ; là, chapeau l'Europe ! On a passé des groupements de commandes, on ne paie que ceux qui bénéficient de l'autorisation de mise sur le marché. On reçoit tous les vaccins en même temps et la répartition des vaccins commandés, c'est en fonction de la population.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc entre avril et juin, vaccination grand public si j'ai bien compris.

JEAN CASTEX
Alors je peux préciser un peu parce que j'y reviendrai demain sur une conférence de presse que vous ne manquerez pas d'écouter. En fait, un peu de bon sens. Un peu de bon sens. La stratégie vaccinale qu'on va détailler, qui dépend de beaucoup de facteurs, vous comprenez bien que les premiers vaccins malheureusement il faut les conserver à moins 70, moins 80 degrés. Je ne peux pas les mettre chez le pharmacien du coin, à Prades ou ailleurs. Donc j'adapte ma stratégie vaccinale au produit. Mais ce déploiement - c'est la question que vous me posez - en fait nous allons le faire de façon progressive et en fonction des… Plus vous êtes exposé au virus, plus vous êtes âgé, plus vous avez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris.

JEAN CASTEX
Eh bien, ce sera les premiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc toute la population française pourra être vaccinée d'ici quelques mois.

JEAN CASTEX
Ecoutez Monsieur BOURDIN, nous avons précommandé par le système européen de quoi vacciner 100 millions de personnes. Ça vous va ? Encore faudrait-il - et là il faut tous s'y mettre - que le plus possible de Français acceptent de se faire vacciner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN CASTEX
Non mais pardon, c'est un vrai sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, je sais.

JEAN CASTEX
C'est un vrai sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean CASTEX j'ai deux questions. Alors vraiment réponse courte si vous pouvez. Les élections régionales : élections régionales, quand ?

JEAN CASTEX
Vous avez vu, là aussi on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez le calendrier ?

JEAN CASTEX
Il n'y a pas eu de polémique. On a fait travailler Monsieur DEBRE, ancien président du Conseil constitutionnel, qui a recueilli un consensus entre les partis. On va déposer là en décembre un projet de loi se calant rigoureusement sur la proposition du président DEBRE. Ça veut dire sa proposition, c'est juin 2021 au lieu de mars, et clause de revoyure parce que ce qu'à Dieu ne plaise, il ne faudrait pas que la situation sanitaire se redétériore à ce moment-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. Pas de coup de pouce du SMIC cette année ?

JEAN CASTEX
Alors pas de coup de pouce du SMIC, vraisemblablement pas. On vient de recevoir, vous l'avez vu, les préconisations prévues par la loi de la commission compétente. Quelque chose - on n'a pas encore arrêté la décision - entre un et 1,2% d'augmentation ce qui, compte tenu de la conjoncture économique globale, sera quand même une hausse qui évidemment n'est pas merveilleuse mais n'est pas négligeable non plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean CASTEX d'être venu nous voir ce matin sur RMC et BFM TV.

JEAN CASTEX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 décembre 2020