Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 24 mars 2026, sur les conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient, le bilan des élections municipales et le décès de l'ancien Premier ministre, Lionel Jospin.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Bonjour Maud BREGEON,

MAUD BREGEON
Bonjour à tous les deux,

AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul,

PAUL LARROUTUROU
Bonjour à tous,

AGATHE LAMBRET
On va parler de votre bilan au municipal. Après neuf ans au pouvoir, le macronisme est-il toujours aussi hors sol ? Mais d'abord, les Français, toujours confrontés aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient, alors que les prix des carburants ont augmenté en moyenne de plus de 40 centimes depuis le début du conflit. On écoute Jérôme JOURDAIN, secrétaire général adjoint de l'Union des armateurs de pêche de France. Il demande un geste.

JEROME JOURDAIN, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DE L'UNION DES ARMATEURS DE PECHE DE FRANCE
Nous sommes, aujourd'hui, à quelques jours d'un arrêt massif de la flotte de pêche française. Si rien n'est fait et sans réponse rapide, les navires vont rester à quai. Et s'ils restent à quai, c'est toute la chaîne qui est menacée. Donc nous, ce qu'on demande, c'est une réponse efficace qui soit basée sur une aide de carburant à la pompe.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, que fait le Gouvernement ?

MAUD BREGEON
D'abord, nous sommes pleinement conscients de l'impact que ça a sur les Français et de l'impact que cette crise a sur les secteurs économiques. Nous avons, dès le début du conflit au Moyen-Orient, rencontré les différents secteurs touchés. Je pense aux pêcheurs, je pense aux agriculteurs, je pense aux transporteurs, je pense aux fédérations qui sont reçues chaque jour pour faire un point d'étape. Et nous avons annoncé hier des plans sectoriels pour répondre aux difficultés, essentiellement des difficultés de trésorerie. Avec une annonce de possibilité de report de charges sociales, de report de charges fiscales.

PAUL LARROUTUROU
Pardon, mais notre pêcheur, il parle de l'aide au carburant, pas de la trésorerie.

MAUD BREGEON
Nous avons eu une discussion avec la fédération bancaire pour que, là encore, il puisse y avoir des mesures spécifiques lorsque les situations le nécessitent. Et donc, nous accompagnons ces secteurs, encore une fois, avec un appui à la trésorerie.

AGATHE LAMBRET
Mais visiblement, ça ne suffit pas.

MAUD BREGEON
J'entends cette demande d'aide. D'abord, il faut être clair, le gasoil-pêche, par exemple, puisqu'on parle de cela, est détaxé. Donc, quand j'entends certains parler de baisse de taxes, cela ne s'appliquerait pas par définition au gasoil-pêche. On entend la difficulté qu'il y a pour ce secteur parce que ça représente un chiffre d'affaires, une part, pardon, dans le chiffre d'affaires qui est important. Et donc, c'est la question de l'équilibre du modèle économique qu'il y a derrière. Mais là encore, c'est pour ça qu'on leur permet ce report de charges fiscales, ce report de charges sociales, lorsque c'est nécessaire, pour aider les secteurs et leur permettre de passer le cap. L'objectif, c'est qu'on arrive ensemble à passer le cap. Et puis ensuite, il faut rappeler l'origine de tout ça. L'origine de tout ça, c'est la guerre en Iran. Et l'importance des impacts dépendra évidemment de la durée du conflit et de son intensité.

PAUL LARROUTUROU
Mais vous répondez à ce pêcheur, il n'y aura pas d'aide supplémentaire pour le carburant à la pompe.

MAUD BREGEON
Le premier objectif, c'est encore une fois d'accompagner les difficultés de trésorerie avec des mesures qui sont neutres pour les finances publiques. Je crois qu'il est important d'avoir un discours de vérité. J'entends beaucoup d'opposition politique, notamment venir sur vos plateaux avec beaucoup de démagogie, des demandes de baisse de taxes qui avoisinent les 10 ou 15 milliards d'euros pour l'État par an. Ce n'est pas raisonnable. Nous n'avons plus les moyens, du quoi qu'il en coûte. Et la situation n'a rien à voir avec ce qu'elle était en 2022-2023.

AGATHE LAMBRET
Vous avez déjà sorti le carnet de chèques. C'est peut-être pour ça qu'aujourd'hui, il y a une forme d'incompréhension sur pourquoi on laisse les Français confronter à ces hausses, plus de 40 centimes en moyenne depuis le début du conflit. Vous avez annoncé autre chose hier. Vous faites appel aux raffineurs pour qu'ils augmentent leur capacité de production. Vous êtes aussi en charge de l'énergie. Cette mesure, c'est quoi ? C'est une façon, encore une fois, d'essayer de limiter la hausse, mais sans sortir le carnet de chèques ?

MAUD BREGEON
C'est une façon de limiter la hausse et de pallier d'éventuelles tensions. Vous savez, en France, on raffine 90 % de notre essence, mais seulement 50 % de notre gasoil. Prenez l'exemple exactement. Et c'est pour ça que le gasoil a notamment davantage augmenté que le sans-plomb à la pompe, les Français le voient. Vous prenez l'exemple de la raffinerie de Gravenchon qui raffine environ 20 % des produits que l'on consomme en France. Elle devrait pouvoir augmenter sa production d'environ 10 %. 10 %, c'est, par exemple, 15 000 tonnes de carburant. Ça équivaut à 450 000 pleins par mois.

AGATHE LAMBRET
Ça change quoi concrètement pour les gens qui vont faire leur course ?

MAUD BREGEON
Concrètement, le fait d'avoir davantage d'offres, davantage de production, c'est une mesure parmi d'autres qui contribue à maîtriser les prix.

PAUL LARROUTUROU
Je rappelle, plus de 40 centimes sur les prix du carburant depuis le début du conflit. Le porte-parole des pétroliers en France, Olivier GANTOIS, est l'invité de France Info ce matin.

OLIVIER GANTOIS, PORTE-PAROLE DES PETROLIERS EN FRANCE
Est-ce que ces volumes supplémentaires feront baisser le marché qui, je le rappelle, est un marché international ? Est-ce que ça suffira pour faire baisser les prix ? Je ne sais pas, mais peut-être à minima, cela suffira-t-il pour éviter une nouvelle hausse ?

PAUL LARROUTUROU
Qu'est-ce que vous lui répondez ?

MAUD BREGEON
Mais c'est une des mesures, encore une fois, qui contribue parce qu'on produit davantage. Chacun comprend que s'il y a davantage d'offres, ça permet de limiter la hausse des prix. C'était, au fond, la même logique que celle que l'AIE avait appliquée lorsque nous avons annoncé, vous savez, une libération progressive des stocks de carburant. Je le redis à toute fin utile, il n'y a aucun risque à l'heure où on se parle de rupture d'approvisionnement.

PAUL LARROUTUROU
C'est quand le risque ? Si le détroit d'Ormuz reste bloqué, à partir de quand on rentre en zone rouge ?

MAUD BREGEON
Je crois que personne aujourd'hui ne lit dans le marc de café.

PAUL LARROUTUROU
Non mais on a des stocks. Vous avez des projections, vous êtes au Gouvernement.

MAUD BREGEON
Aujourd'hui, on a des stocks. On a des stocks qui sont importants, plus de 90 jours de consommation. Donc, nous ne sommes pas confrontés à un risque de rupture d'approvisionnement. Et c'est important de le rappeler, on le fait régulièrement. Pour autant, on met tout en œuvre, effectivement, pour maintenir les prix le plus bas possible, si je puis dire, en tout cas, éviter une envolée incontrôlée. Et ça, ça passe par augmenter la production, ça passe par la libération progressive des stocks et puis, pardon, mais ça passe par ce qui se passe au Moyen-Orient et par le rôle de la France sur place, par les initiatives du président de la République. Pardonnez-moi, c'est quand même le cœur du sujet.

AGATHE LAMBRET
Effectivement, mais pour l'instant, on a un peu l'impression qu'on assiste spectateur à cette guerre à laquelle on n'est pas parti. Le président l'a bien précisé. Combien de temps les Français peuvent-ils tenir ? Pardon, mais quand on voit que d'autres pays européens, eux, ils n'ont pas attendu pour agir et pour mettre en place des mesures fortes. Le Portugal a réduit les taxes sur le carburant. L'Espagne a promis 20 euros d'économie pour un plein et d'autres mesures pour soutenir la population. En Italie, il y a un décret qui a fait baisser les prix à la pompe de 25 centimes d'euros. Nous, que fait-on ?

MAUD BREGEON
Notre position et ma position, ce matin, elle est claire. D'abord, il faut accompagner les secteurs économiques parce qu'effectivement, il serait incompréhensible que certaines filières se retrouvent durablement impactées et durablement affaiblies à cause de ce moment difficile que l'on traverse. Pour autant, je le redis, on parle beaucoup, on a beaucoup parlé de déficit public sur votre plateau depuis octobre dernier. On a beaucoup parlé de l'importance de tenir ce déficit à 5 %. Et donc, ça, c'est un objectif que l'on doit maintenir.

AGATHE LAMBRET
Donc, on ne fera rien de plus même si la guerre dure encore des semaines, des mois ?

MAUD BREGEON
Moi, je crois, je crois, et encore une fois, tout dépendra de la durée de ce conflit. Tout dépendra de la durée de ce conflit.

AGATHE LAMBRET
Donc, ça pourrait peut-être bouger ?

MAUD BREGEON
Si ce conflit est limité dans le temps…

AGATHE LAMBRET
Mais c'est quoi, limité dans le temps ?

MAUD BREGEON
Si ce conflit est limité dans le temps, que d'ici à plusieurs semaines, la situation se calme, le trafic peut reprendre, petit à petit, dans le détroit d'Ormuz, que la situation s'apaise, je crois que nous sommes en capacité de passer ce cap difficile ensemble. Encore une fois, l'État est aux côtés des secteurs économiques. J'entends parfaitement la difficulté que c'est pour certains Français.

PAUL LARROUTUROU
Justement, sur ces Français qui gagnent moins de 1 500 euros et qui ont jusqu'à deux voitures, qui sont une catégorie sociologique des Français très touchés. On entend votre volonté sur les finances publiques, les enjeux géopolitiques, mais qu'est-ce que vous dites à ces Français qui gagnent moins de 1 500 euros par mois et qui sont obligés d'avoir deux voitures pour aller travailler et qui sont vraiment très fortement impactés ?

MAUD BREGEON
J'entends parfaitement leurs difficultés.

PAUL LARROUTUROU
Qu'est-ce que vous faites ?

MAUD BREGEON
Je sais, pardonnez-moi, je sais qu'ils subissent le prix à la pompe, qu'ils n'ont pas d'autre choix que d'aller faire le plein pour aller au travail et pour emmener les enfants à l'école. Nous avons toujours été là pour protéger les Français durant les différentes crises. Lorsque les crises ont duré, je vous rappelle ce que nous avons vécu avec le Covid, je vous rappelle ce que nous avons vécu avec la crise énergétique en 2022-2023, le bouclier tarifaire…

AGATHE LAMBRET
Vous avez trop arrosé à un moment, et aujourd'hui, les caisses sont vides…

MAUD BREGEON
Les choses sont extrêmement différentes. Le bouclier tarifaire sur les années 2022-2023 a coûté 70 milliards d'euros. Mais enfin, le gaz avait augmenté dans des proportions sans commune mesure par rapport à ce que nous vivons aujourd'hui. Rappelez-vous les factures d'électricité qui, là encore, avaient largement augmenté.

AGATHE LAMBRET
C'est vrai, Maud BREGEON, mais…

MAUD BREGEON
Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

AGATHE LAMBRET
Pourtant, c'est vous, Maud BREGEON, qui avez dit il y a quelques jours, en parlant des prix, "Ça s'est envolé bien au-delà de ce qu'on pensait". Je pense qu'il faut savoir dire en politique quand on s'est trompé. Une ministre, une porte-parole du gouvernement, vous avez reconnu que vous étiez plantée ?

MAUD BREGEON
Je pense qu'il arrive à chaque responsable politique de parfois se tromper, d'ailleurs.

PAUL LARROUTUROU
Vous avez sous-estimé la crise ?

MAUD BREGEON
Comme à chaque être humain. Et ensuite, sans sous-estimer ou surestimer la crise, on voit bien qu'on est dans un moment qui est plein d'incertitudes.

AGATHE LAMBRET
Mais vous êtes plantée à quel niveau ? Vous n'avez pas mesuré que les prix allaient augmenter à ce point ?

MAUD BREGEON
Je vais vous donner un exemple. Regardez l'évolution du prix du baril, du prix du Brent. Cette évolution-là est quasi directement indexée sur les paroles du président américain, de Donald TRUMP. Quand Donald TRUMP tient une déclaration qui semble dire ou aller vers un apaisement du conflit, le prix du Brent peut perdre 10 ou 15 dollars. À l'inverse, lorsque des infrastructures pétrolières sont ciblées, et on le comprend, le prix du Brent peut s'envoler en quelques heures. Ce que j'essaie de vous dire là, c'est qu'on est face à des incertitudes qu'on doit admettre de ne pas entièrement maîtriser.

PAUL LARROUTUROU
Effectivement, le prix du Brent a chuté de 10 %, hier, après les déclarations de Donald TRUMP.

MAUD BREGEON
Exactement. Donc ça appelle chacun à beaucoup d'humilité. Ça vaut pour le Gouvernement, ça vaut aussi pour, là encore, les responsables politiques qui, à tout va, commenceraient à nous demander des baisses de taxes qui sont disproportionnées par rapport à l'ampleur de la situation, et complètement irresponsables par rapport à ce que nous devons comme tenue du déficit public.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, cette situation est due à la guerre au Moyen-Orient et au blocage du détroit d'Ormuz. Une vingtaine de pays, dont la France, se sont, le 10 samedi, prêts à contribuer aux efforts nécessaires à la réouverture de ce détroit si stratégique. Alors que, jusqu'à présent, les Européens avaient refusé d'aider Donald TRUMP, qu'est-ce que ça signifie ? Ils ont changé d'avis ? Est-ce que, samedi, c'étaient les bases d'une coalition internationale pour libérer Ormuz ?

MAUD BREGEON
Le Président a toujours été clair, il a été le premier à prendre une initiative et à l'appeler à la libération progressive du détroit d'Ormuz.

AGATHE LAMBRET
Mais, il parlait d'initiative, une fois le conflit apaisé.

MAUD BREGEON
On ne peut pas le faire dans le contexte sécuritaire tel que l'on le connaît, aujourd'hui, au Moyen-Orient. On ne peut pas le faire s'il y a un certain nombre de conditions de sécurité, et notamment pour nos armées, ne sont pas remplies. Donc, il faut, dans un premier temps, travailler à une désescalade, et c'est le rôle de la France. Au fond, le rôle de la France, c'est tout faire pour contenir ce conflit et éviter, autant que possible, l'embrasement. C'est ce que fait le Président de la République. Et ensuite, il y a ce travail que nous menons avec nos partenaires régionaux, avec nos partenaires européens, avec l'Inde, par exemple, pour, lorsque ce sera possible, dès lors que ce sera possible, travailler à cette libération du Détroit.

AGATHE LAMBRET
Donc, rien de neuf tant que le conflit n'est pas apaisé, c'est ça ?

MAUD BREGEON
On sait le faire. On le fait déjà en mer rouge. On a régulièrement parlé sur vos plateaux de l'opération ASPIDES avec 20 pays membres de l'Union Européenne. Depuis 2014, nous menons des opérations pour accompagner les navires, sécuriser les navires. La France a sécurisé le passage de plus de 150 navires depuis 2024. Donc, nous avons les capacités, nous avons les compétences pour le faire. Mais là encore, ça ne peut pas se faire dans n'importe quelles conditions. Je crois que c'est frappé du coin du bon sens.

AGATHE LAMBRET
Ce sera l'objet du Conseil de Défense ce soir à l'Élysée ?

MAUD BREGEON
Ça fera partie des sujets évoqués lors du Conseil de Défense.

AGATHE LAMBRET
Maud BREGEON, dans un instant, on va parler du bilan des macronistes au municipal, mais pour l'instant, il est 8h46 et c'est l'Info en une minute avec Maureen SUIGNARD.

(…)

AGATHE LAMBRET
Avec Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement, c'est cette casquette que l'on active maintenant pour faire le bilan de ces élections municipales, Paul.

PAUL LARROUTUROU
Agathe, je ne sais pas si vous avez remarqué la grimace de la porte-parole du Gouvernement quand vous avez demandé au début de l'entretien : le macronisme est-il toujours autant hors-sol ? Au lendemain de ces municipales, vous brandissez deux trophées, victoire à Annecy, victoire à Bordeaux, deux villes de plus de 100 000 habitants, mais vous échouez à Paris, vous échouez à Lyon, quel est votre bilan de ces municipales ?

MAUD BREGEON
Je me permettrais aussi de revenir sur cette ouverture d'interview, quand vous m'avez demandé, chère Agathe LAMBRET, si le macronisme était toujours hors-sol. D'abord, je vous le dis : je trouve que c'est un petit côté un peu insultant, un peu méprisant.

AGATHE LAMBRET
C'est vrai que vous n'avez pas réussi à vous implanter localement depuis neuf ans, Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Et au fond, c'est très décalé par rapport à ce que moi, j'observe.

AGATHE LAMBRET
Vous êtes un parti…

MAUD BREGEON
Ce que moi, j'observe d'abord de mes collègues parlementaires, qui, pour certains, sont élus depuis neuf ans maintenant, qui ont fait un travail remarquable dans leurs circonscriptions, qui, contrairement à ce qu'on dit, ne sont pas que des circonscriptions dans les grandes agglomérations, mais qui sont sur l'ensemble du territoire français. Et puis c'est décalé par rapport à ce que j'observe de l'évolution du nombre d'élus locaux que nous avons. Alors, certes, nous n'avons pas à gagner partout. Nous avons évidemment des enseignements à en tirer.

AGATHE LAMBRET
Oui, parce que c'était une question, Maud BREGEON. Donc, vous répondez qu'après ces municipales, vous vous êtes davantage implantée localement ?

MAUD BREGEON
Nous progressons : nous progressons en nombre de maires, nous progressons en nombre d'élus locaux. Je le vois dans ma circonscription. Des élus locaux issus de notre famille politique, de ma famille politique.

AGATHE LAMBRET
Combien de maires supplémentaires pour Renaissance ?

MAUD BREGEON
Mais je ne vais même pas rentrer dans ces…

PAUL LARROUTUROU
Pourquoi ? Ce n'est pas mal de rentrer dedans. La droite a 1 267 maires, la gauche : 829, horizon : 400. Et vous ?

MAUD BREGEON
Écoutez. Je crois que c'est environ 200 maires qui ont été élus.

PAUL LARROUTUROU
Vous n'en avez pas beaucoup.

MAUD BREGEON
Là encore, je ne vais pas rentrer dans un débat de chiffres.

PAUL LARROUTUROU
Parce que vous êtes…

MAUD BREGEON
Moi, ce que je vois, c'est que partout, c'est que partout, nous progressons. Et nous n'avons pas uniquement été dans une stratégie de planter des drapeaux. Nous progressons, parce que nous avons davantage de maires qui ont été élus, parce que nous avons intégré des conseils municipaux avec des maires avec lesquels on pouvait travailler. Donc, tout ça…

AGATHE LAMBRET
C'est vrai. Et notamment en nouant des alliances, Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Tout ça prend du temps.

AGATHE LAMBRET
Vous avez noué plusieurs alliances dans ces élections, notamment avec la droite : à Bordeaux, à Toulouse, à Paris, à Marseille. Qu'est-ce que cela dit ? Vous êtes de droite et en même temps de droite ? C'est fini le dépassement ?

MAUD BREGEON
Bah, écoutez, moi, ma conviction, elle est simple. Je l'ai dit à plusieurs reprises : nous devons travailler à l'union du centre et de la droite, du Bloc central jusqu'aux Républicains, jusqu'à ceux qui refusent l'alliance avec le Rassemblement national. Et ce qu'on voit lorsqu'on regarde le résultat de ces municipales, c'est que dès lors que nous avons été unis, nous avons eu une opportunité de remporter des villes, de faire gagner nos projets, de faire gagner nos candidats. À l'inverse, dès lors que nous avons été divisés, et notamment dès le premier tour, nous l'avons payé cash dans les urnes. On doit en tirer des leçons. L'union de la Droite et du Centre, l'union du Centre et de la Droite, de cette famille politique qui, au fond, est le socle commun, qui gouverne ensemble depuis deux ans maintenant, qui travaille dans les exécutifs locaux, c'est l'espace politique dans lequel on doit construire.

AGATHE LAMBRET
Vous parlez de division. À Paris, vous étiez divisé.

MAUD BREGEON
Par exemple.

AGATHE LAMBRET
Renaissance soutenait Pierre-Yves BOURNAZEL, le candidat Horizon, quand vous-même et le Président de la République souteniez Rachida DATI, distancé de neuf points par Emmanuel GREGOIRE. Comment vous qualifiez ça ? Est-ce que c'est une débâcle ? Et est-ce que c'est une gifle pour le Président, qui s'est impliqué personnellement dans sa campagne ?

MAUD BREGEON
Non, mais nous n'avons pas réussi à convaincre, de toute évidence. Pour autant, là encore…

AGATHE LAMBRET
Mais pourquoi vous n'avez pas réussi à convaincre ?

MAUD BREGEON
Là encore, il faut en tirer des leçons. Lorsque vous arrivez au premier tour, devant les électeurs, en étalant autant de divisions, en étalant des divisions sur les bulletins de vote, mais en les étalant sur les plateaux télé pendant des semaines, rappelez-vous ce qu'on a pu entendre.

AGATHE LAMBRET
Et vous y avez contribué, parce que vous-même, porte-parole du Gouvernement, vous ne souteniez pas le candidat soutenu par votre parti.

MAUD BREGEON
Je soutenais ma collègue, ministre au Gouvernement. Mais là encore, moi…

PAUL LARROUTUROU
Moi, je n'ai pas entendu, là.

MAUD BREGEON
Moi, je ne lance de grief à personne.

PAUL LARROUTUROU
Il y a eu une erreur de cachet ou pas ?

MAUD BREGEON
Pardonnez-moi, je dis une chose simple : l'unité n'est pas une condition suffisante pour gagner, mais c'est une condition nécessaire. La désunion entraîne nécessairement la défaite.

AGATHE LAMBRET
Mais elle avait un devoir, Rachida DATI. Sarah KNAFO s'est désistée, Pierre-Yves BOURNAZEL a fusionné avec elle. Elle avait un devoir dans l'entre-deux-tours. Donc, ce n'est pas la désunion qui a provoqué cette défaite.

MAUD BREGEON
Il y a de toute évidence des leçons à en tirer.

AGATHE LAMBRET
Mais quoi, par exemple ? Est-ce que ce n'était pas une erreur de casting ? Le macronisme qui s'est installé dans la vie politique, sur la moralisation de la vie politique, et qui investit une candidate mise en examen.

MAUD BREGEON
Mais attendez, Agathe LAMBRET. Agathe LAMBRET, Agathe LAMBRET…

AGATHE LAMBRET
Est-ce que ça, pour vous, ce n'est pas contradictoire ?

MAUD BREGEON
La présomption d'innocence, ça existe encore, y compris en matinée…

PAUL LARROUTUROU
On a toujours respecté cette ambiance.

AGATHE LAMBRET
Mais François BAYROU avait démissionné pour moins... Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Ensuite, ne comptez pas sur moi pour tirer à boulets rouges sur nos candidats, sur des membres de nos familles politiques, parce qu'ils ont échoué à gagner aux élections il y a deux jours. Enfin, ce serait franchement inélégant. Moi, ce que je dis, encore une fois, c'est qu'il faut en tirer les conclusions, et en tirer les conclusions pour l'échéance à venir. Et l'échéance à venir, c'est l'élection présidentielle.

PAUL LARROUTUROU
C'est une magnifique transition. Je le refais, justement.

MAUD BREGEON
Et voilà, je vous laisse faire la transition.

PAUL LARROUTUROU
Faut-il une primaire de la droite et du centre ? On écoute la réponse du patron LR, hier soir, sur France 2.

BRUNO RETAILLEAU, PRESIDENT DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Il faudra se rassembler et n'avoir qu'un seul candidat. Mais ça ne suffit pas. J'entendais Gérald DARMANIN dire qu'il faut se rassembler, la droite, le centre, et même la gauche républicaine. Mais si on fait ça, ce sera la synthèse molle. Et ça doit se faire sur un projet puissant. Et un projet qui sera un projet de rupture.

PAUL LARROUTUROU
Votre primaire, madame la porte-parole du Gouvernement…

MAUD BREGEON
Je n'ai pas parlé de primaire.

PAUL LARROUTUROU
D'accord. Moi, je vous pose la question de la primaire : est-ce qu'il faut qu'il y ait, par exemple, Gabrielle ATTAL, Edouard PHILIPPE, et une primaire qui va jusqu'à Bruno RETAILLEAU ? Est-ce que c'est le bon schéma selon vous ?

MAUD BREGEON
Il faut un rassemblement qui aille jusqu'à ceux qui refusent l'alliance avec le Rassemblement National. Ça implique plusieurs choses. Ça implique d'abord que le parti des Républicains soit extrêmement clair sur sa ligne politique. Et j'entends que chez eux, un grand nombre de responsables, je pense à Valérie PECRESSE, à Xavier BERTRAND, à Michel BARNIER, à Jean-François COPE, à Gérard LARCHER…

AGATHE LAMBRET
Eux, ils sont clairs, mais Bruno RETAILLEAU, il n'est pas clair ?

MAUD BREGEON
.... et plein d'autres, sont d'une clarté absolue.

AGATHE LAMBRET
Et pas Bruno RETAILLEAU, qui n'a pas su choisir entre Christian ESTROSI, le candidat Horizon, et Éric CIOTTI…

MAUD BREGEON
J'invite Bruno RETAILLEAU, qui a été mon collègue au Gouvernement, qui a travaillé avec nous, qui a des ministres LR au Gouvernement, à faire preuve de la même clarté. Et moi, je crois qu'ensemble, malgré nos désaccords ponctuels, malgré nos nuances, on doit pouvoir arriver à travailler et à bâtir un projet. Nous sommes d'accord, Agathe LAMBRET…

AGATHE LAMBRET
Primaire ou pas primaire ?

MAUD BREGEON
Pardonnez-moi.

AGATHE LAMBRET
Non, mais juste pour comprendre. Comment vous allez départager tous ces candidats ?

MAUD BREGEON
Eh bien, moi, j'appelle, dans un premier temps, l'ensemble des candidats déclarés, potentiels, l'ensemble des chefs de parti du socle commun, à se réunir, à se mettre dans une même pièce, à se mettre autour de la table, de Gabriel ATTAL à Bruno RETAILLEAU, en passant par, évidemment, Édouard PHILIPPE, par Le Modem, par François BAYROU, par le chef de groupe, éventuellement, à l'Assemblée et au Sénat, pour discuter, s'accorder, d'abord, sur cette nécessité d'avoir une candidature unique dès le premier tour de l'élection présidentielle et travailler un projet. Mais là encore, je crois qu'il faut parler un petit peu de fond. Nous sommes d'accord sur l'économie de marché. Nous croyons tous à la valeur travail. Nous sommes favorables à une transition énergétique qui fait la part belle au nucléaire.

AGATHE LAMBRET
Mais ça veut dire qu'Edouard PHILIPPE…

MAUD BREGEON
Nous avons des conditions pour l'égalité femmes-hommes, pour l'écologie. Nous croyons qu'il faut davantage de sécurité, qu'il faut mieux maîtriser l'immigration.

AGATHE LAMBRET
On vous entend, mais ça veut dire qu'Édouard PHILIPPE, qui a été reconduit au Havre avec près de 48 % des voix, il ne s'est pas imposé comme le candidat naturel de votre camp ?

MAUD BREGEON
Je crois qu'Édouard PHILIPPE est incontestablement, aujourd'hui, le mieux placé pour mener cette bataille. Pour autant, j'en reviens à ce que je disais : l'Union, quand bien même, et je suis d'accord avec ce que disait monsieur RETAILLEAU, quand bien même, ce n'est pas une condition suffisante, c'est une condition nécessaire. Et force est de constater qu'aujourd'hui, il y a encore du chemin pour rassembler les uns et les autres.

AGATHE LAMBRET
Jusqu'à la gauche ou pas ? Est-ce que vous dites, comme Gérald DARMANIN, qu'il faut inclure la Gauche Républicaine, qui refuse la France insoumise, dans cette Union ?

MAUD BREGEON
En tout cas, il ne faut pas s'interdire de discuter avec des figures qui ont été d'une clarté absolue vis-à-vis de la France insoumise. Je pense évidemment à Raphaël ZUCMAN. Je ne suis pas convaincue qu'on arrive à rassembler de Raphaël ZUCMAN, à Bruno RETAILLEAU. Pour autant, je pense qu'il faut s'interdire de discuter avec personne.

PAUL LARROUTUROU
On devrait le faire. Il va être 8 h 57 sur France Info. Vous le savez, c'est l'heure de la question qui se retire définitivement de la vie politique. Lionel JOSPIN, l'ancien Premier ministre socialiste, est décédé hier. Emmanuel MACRON rend hommage à un homme qui incarnait une haute idée de la République. Un hommage national lui sera rendu jeudi. Est-ce que ça existe encore, un homme politique ou une femme politique de cette rampe aujourd'hui, dans la France de 2026, et dans votre camp ? Vous en voyez ?

MAUD BREGEON
Oui, je crois que ça existe encore. D'abord, moi, je ne suis pas adepte du "c'était mieux avant", parce que je vois autour de moi des femmes et des hommes politiques qui ne sont peut-être pas directement comparables à Lionel JOSPIN. Et là encore, on parle d'une époque qui était bien différente de celle qu'on vit aujourd'hui. Mais je vois des femmes et des hommes de grande qualité, qui s'investissent pour leur pays, qui font preuve de droiture, qui font preuve de conviction.

AGATHE LAMBRET
C'est ce qu'il incarnait pour vous ?

MAUD BREGEON
Oui.

AGATHE LAMBRET
Vous, la macroniste, qu'est-ce qu'il incarnait, cet homme de gauche, pour vous ? D'une autre époque, comme vous le dites.

MAUD BREGEON
Une gauche républicaine, beaucoup de droiture, beaucoup de conviction, des batailles pour des acquis sociaux, quelqu'un avec qui j'aurais probablement eu des divergences sur le fond, mais une gauche républicaine dont la France a besoin.

PAUL LARROUTUROU
Une gauche de gouvernement structurée, disciplinée.

MAUD BREGEON
Et une gauche de gouvernement.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que cette gauche-là a définitivement disparu pour vous ?

MAUD BREGEON
En tout cas, depuis quelques mois, voire quelques années, on assiste à une forme de jour sans fin, à gauche, entre un parti socialiste qu'on espère s'émanciper de son lien avec la France insoumise et des accords qui se renouent à chaque échéance électorale. Donc, moi, je veux vraiment saluer ceux qui ont fait preuve de beaucoup de courage.

AGATHE LAMBRET
Merci Maud BREGEON.

MAUD BREGEON
Je me réfère à Raphaël ZUCMAN, à Jérôme... à François HOLLANDE. Je pense qu'ils honorent cette gauche auxquelles ils croient tant


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mars 2026