Texte intégral
THOMAS SOTTO
Elle est la ministre déléguée en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Aurore BERGÉ est l'invitée de RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Aurore BERGÉ.
AURORE BERGÉ
Bonjour.
THOMAS SOTTO
Mettre tout le monde d'accord pour lutter contre l'antisémitisme semble être bien compliqué dans ce pays. Après l'abandon de la proposition de loi YADAN, qui voulait lutter contre les formes renouvelées d'antisémitisme, vous allez, vous, proposer un projet de loi. Que faudra-t-il mettre dans ce texte ?
AURORE BERGÉ
Déjà, vous avez fait la bonne introduction, c'est-à-dire que c'est un problème qu'on n'arrive pas à aligner tout le monde quand on parle de la lutte contre l'antisémitisme. Le point de départ, ce sont les victimes. Le point de départ, c'est qu'aujourd'hui, on a un jour sur trois un Français juif qui se fait agresser, avec des agressions qui deviennent des agressions physiques. Il y a un principe simple : ici c'est ici, là-bas c'est là-bas.
THOMAS SOTTO
Là-bas, c'est Israël.
AURORE BERGÉ
Exactement. Et "ici c'est ici", ça veut dire que personne n'a à être tenu pour responsable ou pour comptable de ce qui se passe ailleurs. Et aujourd'hui, c'est ça qui se passe. C'est ça qui se passe dans nos universités pour nos étudiants, c'est ça qui se passe sur les réseaux sociaux, c'est ça qui se passe même parfois dans la rue avec des agressions physiques. Et c'est la raison pour laquelle on a besoin d'affirmer le combat, qui est le combat contre l'antisémitisme. Et on a besoin d'une loi parce qu'on voit bien qu'il y a aujourd'hui un certain nombre de sujets qui sont mal définis, qui sont mal caractérisés, et qui font que ça échappe, en fait, à la sanction.
THOMAS SOTTO
Sauf que quand vous dites "Ici c'est ici, et en Israël c'est en Israël, là-bas c'est là-bas", ce qu'on reprochait justement à la précédente proposition de loi de Caroline YADAN, c'est d'avoir un peu tout mélangé. Il y a eu une grande mobilisation, une pétition signée par plus de 700 000 personnes sur le site de l'Assemblée, parce que certains y voyaient une atteinte à la liberté d'expression qui, sous couvert de lutte contre l'antisémitisme, allait rendre impossible toute critique du Gouvernement israélien. Est-ce que votre texte sera moins ambigu, moins politique que le précédent ?
AURORE BERGÉ
Déjà, j'espère qu'il sera moins l'objet d'une campagne massive de désinformation, parce que c'est aussi ça qui a été fait sur le précédent texte.
THOMAS SOTTO
Pas seulement, parce que le MODEM, qui fait partie du Gouvernement, ne voulait pas la voter.
AURORE BERGÉ
Je pense qu'il y avait des doutes sincères sur : est-ce que cette loi était nécessaire, est-ce qu'elle était bien écrite ? Et puis il y avait ceux qui n'avaient pas de doutes sincères, mais une stratégie pour essayer de disqualifier, et pour justement faire de la politique sur le dos d'un combat qui doit rassembler. Ce n'est pas un combat qui doit fracturer la société, la lutte contre l'antisémitisme, quand même ! C'est un combat qui doit réussir à nous rassembler. Et c'est ça qui m'a le plus interpellée pendant le débat sur la proposition de loi, c'est le regain d'antisémitisme à nouveau. C'est-à-dire que tous les jours, je recevais des témoignages d'étudiants dans nos universités, dans nos grandes écoles, qui expliquaient qu'ils étaient pris à partie, et pourquoi ils étaient ciblés, pourquoi ils étaient pris à partie ? Parce qu'ils étaient juifs, ou parce qu'on pensait qu'ils étaient juifs. Et si ça, ça n'interpelle pas tous les Français, qui se disent : "C'est un combat de la République, ce n'est pas le combat des Juifs, c'est le combat des Français de combattre l'antisémitisme, comme de combattre le racisme."
THOMAS SOTTO
C'est ça que vous appelez les formes contemporaines d'antisémitisme, c'est l'antisémitisme du quotidien, presque l'antisémitisme d'atmosphère, c'est ça ?
AURORE BERGÉ
Exactement, mais c'est une espèce de sentiment diffus qui fait penser à certains Français qu'en fait, ils ne sont plus les bienvenus chez eux, chez nous. C'est ça. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a des Français qui s'interrogent sur leur avenir dans leur pays, dans notre pays, qui se disent : "Finalement, on nous considère moins français que d'autres." Ça, c'est insupportable.
THOMAS SOTTO
Est-ce que vous souhaitez, Aurore BERGÉ, que les élus reconnus coupables d'antisémitisme deviennent inéligibles ? Antisémitisme et racisme.
AURORE BERGÉ
Antisémitisme et racisme, bien sûr.
THOMAS SOTTO
Est-ce que vous le souhaitez, ça ?
AURORE BERGÉ
C'est une proposition qu'a formulée le président de la République. Moi je crois que ça permettrait de mettre un peu les pendules à l'heure. C'est-à-dire, est-ce que quelqu'un qui a été reconnu coupable définitivement…
THOMAS SOTTO
Donc jugé définitivement par la justice.
AURORE BERGÉ
Jugé définitivement et reconnu coupable définitivement, soit d'antisémitisme, soit de racisme, est digne d'être un élu de la République ? Je crois que non.
THOMAS SOTTO
L'inéligibilité de combien de temps ça pourrait être ?
AURORE BERGÉ
L'inéligibilité, de toute façon, ce n'est jamais automatique. C'est toujours aux magistrats de l'apprécier. Donc c'est une peine supplémentaire, ce qu'on appelle une peine complémentaire, qui pourrait être prononcée. Donc moi, je le mets dans le débat.
THOMAS SOTTO
Combien de temps ? Cinq ans ? Dix ans ? Vingt ans ?
AURORE BRGÉ
Ça, ce sont les magistrats, il n'y a jamais d'automaticité. Encore une fois, ce sont les magistrats qui doivent le définir.
THOMAS SOTTO
Oui, mais la définition, elle est dans le Code.
AURORE BERGÉ
Et moi, je réunis justement tous les groupes parlementaires aujourd'hui au sein de mon ministère pour justement travailler sur le projet de loi. Ils ont tous finalement décidé de venir.
THOMAS SOTTO
Puisque LFI, La France Insoumise, avait dit non, finalement ils viennent. Pourquoi ils ont changé d'avis ?
AURORE BERGÉ
Ça, il faut leur poser la question. Peut-être parce qu'ils étaient les seuls à refuser d'être autour de la table. Et encore une fois, à refuser d'être autour de la table pour travailler ensemble à l'élaboration d'un projet de loi, parce que c'est aussi la nouvelle méthode que j'ai souhaité qu'on ait. Je pense qu'ils ont considéré que, même pour eux, ce n'était pas le signal qu'ils voulaient envoyer. Et en fait, vous savez quoi ? Tant mieux. Moi, je préfère qu'ils soient tous autour de la table. Parce que si on peut réussir enfin à donner le sentiment qu'on n'est pas là pour enflammer le débat public... Mon objectif n'est pas d'enflammer le débat public. Il est au contraire de rassembler et de démontrer qu'on peut le faire. Et qu'on sait le faire en France.
THOMAS SOTTO
Sauf que si on relit certaines de vos déclarations, on se dit que consulter LFI pour lutter contre l'antisémitisme, ça revient un peu à demander des conseils de santé aux responsables du funérarium. Je vous lis, Assemblée nationale, l'an dernier : "Le nouvel antisémitisme en France tient en trois lettres : LFI". "Jean-Luc MÉLENCHON est le Jean-Marie LE PEN d'aujourd'hui." Ou encore, toujours dans votre bouche : "LFI donne un permis aux Français de pouvoir être antisémites." Du coup, La France Insoumise que vous décrivez telle quelle est-elle à sa place autour de la table ? Est-ce que vous regrettez vos propos aujourd'hui ?
AURORE BERGÉ
Je ne regrette certainement pas mes propos.
THOMAS SOTTO
Vous les rediriez encore aujourd'hui ?
AURORE BERGÉ
Bien sûr. Ce que je regrette, c'est que, malheureusement, on ait un parti politique qui a cherché à attiser l'antisémitisme dans notre pays. Et on l'a vu encore au moment des élections municipales, où carrément des noms de famille ont été mal prononcés. Il se trouve que ce sont des noms de famille qui sont à consonance juive. C'est un problème, quand même.
THOMAS SOTTO
GLUCKSMANN et EPSTEIN, par Jean-Luc MELENCHON.
AURORE BERGÉ
Est-ce qu'on l'accepterait d'un seul autre parti politique ? Non. Encore une fois, moi je suis ministre. À partir du moment où j'élabore un projet de loi, je le fais avec les forces politiques qui sont représentées à l'Assemblée nationale et au Sénat. Je ne trie pas. Tout le monde est autour de la table. J'écouterai les propositions de tous les groupes politiques, pourvu que ce soient des propositions qui nous permettent d'être plus efficaces dans le combat contre l'antisémitisme.
THOMAS SOTTO
Aurore BERGÉ, vous êtes aussi la ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Le chanteur et comédien Patrick BRUEL est accusé par plusieurs femmes d'agressions sexuelles et de viols. Plusieurs plaintes ont été déposées en France et en Belgique. Il nie en bloc les faits qui lui sont reprochés. Et il continue à jouer sa pièce de théâtre tous les soirs à Paris. Est-ce que c'est normal ?
AURORE BERGÉ
Moi je dis deux choses, et je ne le dis pas parce que c'est Patrick BRUEL, je le dis sur tous les cas qui sont comme ça déférés devant la justice. La première des choses, c'est de respecter la parole des victimes. La deuxième des choses, c'est de respecter la présomption d'innocence.
THOMAS SOTTO
C'est parfois difficile de faire coïncider les deux.
AURORE BERGÉ
Oui, mais en fait, ça s'appelle l'État de droit, et c'est l'exigence qui est la nôtre. Respecter la parole des victimes, parce que l'objectif n'est pas, encore une fois, de penser par principe que les victimes mentiraient. Donc respecter la parole des victimes et respecter la présomption d'innocence pour permettre qu'une vérité judiciaire, ensuite, puisse s'établir. C'est cette exigence-là qu'on doit tenir.
THOMAS SOTTO
Mais des associations féministes demandent l'annulation de sa tournée d'été, de ses concerts, je crois qu'il y a 57 dates dans 48 villes, en France, en Belgique, au Canada. Vous signeriez, vous, cette pétition-là ou pas ?
AURORE BERGÉ
Non.
THOMAS SOTTO
Il peut, il doit continuer à chanter ?
AURORE BERGÉ
Ce n'est pas "il doit", c'est son libre choix, celui de ses producteurs, celui des Français qui viendront ou qui ne viendront pas. Encore une fois, il y a des plaintes qui ont été déposées. Je redis qu'il faut respecter la parole des victimes. Il faut aussi respecter la présomption d'innocence. Il n'a pas été condamné, puisque pour l'instant, c'est une procédure judiciaire qui commence à peine. C'est pour ça que je pense qu'il faut arriver à entendre les deux, et pas à entendre juste une partie de la phrase.
THOMAS SOTTO
Est-ce que vous, Aurore BERGÉ, vous iriez le voir en concert aujourd'hui, Patrick BRUEL ?
AURORE BERGÉ
Je ne sais pas répondre à cette question. Je pense que, évidemment, la place qui est la mienne en tant que ministre en charge de l'Égalité fait que ça devient plus compliqué, parce que ça deviendrait un signal politique qui serait interprété par certains, si je m'y rendais. Et donc, moi, je ne veux pas envoyer de signal politique, d'autant plus quand il y a une procédure judiciaire qui est engagée.
THOMAS SOTTO
Autre sujet. Hier soir, les députés ont adopté le rapport du député Charles ALLONCLE sur la commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Rapport qui va donc pouvoir être rendu public la semaine prochaine. C'est une bonne nouvelle pour vous ? Il faut faire quoi de ce rapport, maintenant ?
AURORE BERGÉ
Je pense qu'il avait écrit son rapport avant que les auditions aient lieu. Je pense qu'il avait un choix déjà très clair sur ce qu'est l'audiovisuel public. Moi, je crois qu'on a une force dans notre pays, c'est qu'on a un audiovisuel public fort et un audiovisuel privé fort. Et qu'on a besoin des deux, parce qu'ils ne remplissent pas les mêmes missions. Et je pense que c'est nécessaire pour la démocratie, pour la place de la culture, pour l'accès à l'information. Quand on regarde le volume de désinformation, quand on regarde les ingérences…
THOMAS SOTTO
Donc, il faut protéger le service public ?
AURORE BERGÉ
Oui, je pense que c'est très important. Et je pense que c'est important que les responsables politiques assument aussi d'avoir des mots clairs sur l'audiovisuel public. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire de réformes, mais ça veut dire qu'on ne peut pas accepter l'idée que la France, comme ça, se départirait de son audiovisuel public. Parce que tous les Français, à un moment, ils écoutent ou regardent l'audiovisuel public, et qu'on en a besoin, comme on a besoin d'un audiovisuel privé fort.
THOMAS SOTTO
Parmi ceux qui ont été entendus par cette commission, il y a Patrick SÉBASTIEN, qui vient de sortir une chanson outrancière, d'une vulgarité absolue, ciblant la patronne de FRANCE TÉLÉVISIONS, Delphine ERNOTTE. Je cite : "Delphine, si t'avais connu ma pine, on aurait été si heureux. Delphine, si t'avais connu ma pine, on aurait été amoureux", etc. La ministre que vous êtes peut-elle laisser passer ça ?
AURORE BERGÉ
Bien sûr que non. Delphine ERNOTTE a porté plainte, et je crois qu'elle a raison, évidemment, de le faire, parce que ce sont des propos qui sont écœurants, en fait. Ce ne sont pas des propos amusants.
THOMAS SOTTO
Lui, il dit que c'est grivois. Ce n'est pas grivois ?
AURORE BERGÉ
Non, je pense que ce n'est pas grivois quand on cible délibérément une personne. C'est-à-dire que, quand vous êtes sur des chansons paillardes ou grivoises, vous ne ciblez pas intentionnellement une personne reconnaissable entre toutes. Là, il n'y a pas vraiment de doute pour savoir à qui il s'adresse. Je trouve que c'est extrêmement vulgaire, extrêmement inapproprié, particulièrement outrancier.
THOMAS SOTTO
Vous souhaitez qu'il y ait une condamnation derrière ? Vous aimeriez qu'il y ait une condamnation ? Vous n'êtes pas juge, on est d'accord, mais….
AURORE BERGÉ
C'est à la justice de le décider. En tout cas, je pense qu'elle a eu raison, elle, de rappeler un certain nombre d'éléments et donc de porter plainte pour ne pas laisser passer. Aussi au nom de toutes les femmes qui subissent ce type d'attaques, parce que malheureusement, quand on est une femme, on subit des attaques d'un autre ordre que celles des hommes.
THOMAS SOTTO
Vous avez raison de le préciser. Il y a aussi beaucoup d'hommes qui vous soutiennent et qui sont d'accord avec ça.
AURORE BERGÉ
Heureusement.
THOMAS SOTTO
Est-ce que vous êtes toujours candidate à la candidature pour la prochaine présidentielle ?
AURORE BERGÉ
Moi, ce que je dis depuis le début, c'est qu'il faut une candidature unique de la droite et du centre. Et donc, je continuerai à tenir le même discours.
THOMAS SOTTO
Vous êtes 72 à dire ça.
AURORE BERGÉ
On n'est pas 72 à dire ça, en fait. Il y a ceux qui considèrent qu'il faut tout de suite, maintenant, être investi, tout de suite, maintenant, multiplier les candidatures…
THOMAS SOTTO
Vous êtes toujours candidate à la candidature ou pas ?
AURORE BERGÉ
Moi, je n'ai jamais dit ça. Moi, j'ai toujours dit que je souhaitais qu'il puisse y avoir une primaire, que je souhaitais qu'on puisse permettre aux Français de départager pour qu'il y ait une candidature unique. Moi, je ne veux pas qu'on soit spectateurs de la prochaine campagne.
THOMAS SOTTO
Vous voulez toujours une primaire ?
AURORE BERGÉ
Oui, parce que je ne veux pas qu'on soit spectateurs de la prochaine campagne présidentielle et parce que je pense que s'il n'y a pas une candidature unique, à la fin, on sera spectateurs et on laissera aux Français le seul choix entre le RN et LFI. Et je pense que c'est notre responsabilité qu'il y ait une alternative.
THOMAS SOTTO
Pardon, s'il y a une primaire, vous serez candidate à cette primaire ?
AURORE BERGÉ
Il faut d'abord qu'il y ait une primaire. Moi, je réponds aux questions dans l'ordre. Je pense que c'est mieux de répondre dans l'ordre aux questions qui sont posées.
THOMAS SOTTO
On vous réinvitera ! Merci beaucoup, Aurore BERGÉ, d'être venue ce matin sur RTL.
AURORE BERGÉ
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 avril 2026