Texte intégral
MAUD DESCAMPS
7 h 35 sur TF1. L'heure de l'invité politique dans toute franchise. Bonjour Adrien GINDRE.
ADRIEN GINDRE
Bonjour Maud.
MAUD DESCAMPS
Vous recevez ce matin Maud BREGEON, porte-parole du Gouvernement et ministre de l'Energie.
ADRIEN GINDRE
Bonjour Maud BREGEON.
MAUD BREGEON
Bonjour à tous les deux.
ADRIEN GINDRE
Face à la hausse des prix des carburants, on le voit encore ce matin, plus de 125 dollars le baril, le Premier ministre a demandé au géant pétrolier, TOTAL, de redistribuer, je le cite, ses éventuels profits exceptionnels. Il se trouve que TOTAL a répondu : "Nous redistribuons déjà nos profits via le plafonnement de nos prix". Est-ce que c'est une réponse suffisante à vos yeux ?
MAUD BREGEON
En tout cas, c'est un premier pas. Vous savez que TOTAL a mis en place un plafond pour le mois d'avril, un plafond qui doit s'arrêter dans les quelques jours à venir. Et donc, nous, on demande légitimement à TOTAL, notamment au regard des résultats qui sont les leurs, mais aussi au regard des difficultés auxquelles les Français font face, de reconduire et de poursuivre ce plafond. Et puis ensuite…
ADRIEN GINDRE
Tant que la crise durera.
MAUD BREGEON
Tant que la crise durera. Et puis ensuite, on ne s'interdit rien. Bien sûr.
ADRIEN GINDRE
Là, en matière de taxation du prix.
MAUD BREGEON
Le Premier ministre a eu l'occasion de le dire hier. Pour autant, moi, je veux être aussi mesuré, ce matin. Personne ne doit faire de profits indus sur le dos de la crise. C'est une certitude. Et ça ne vaut pas que pour TOTAL. Et en même temps, on ne rentre pas, pour reprendre l'expression, là encore, utilisée par le Premier ministre, hier, dans le Total bashing. Parce que dans un moment de crise pétrolière grave, avoir un pétrolier national, c'est aussi un outil de souveraineté.
ADRIEN GINDRE
Mais là, juste pour bien comprendre, comme Total, hier, des bénéfices en très forte hausse, plus 6 milliards, plus 51 % sur un an, quand on regarde le premier trimestre. Est-ce que là, on est sur des bénéfices, dont vous vous félicitez, ou sur des surprofits, superprofits, que certains dénoncent ?
MAUD BREGEON
Il ne doit pas y avoir de profits exceptionnels sur le dos de la crise.
ADRIEN GINDRE
Mais là, est-ce que ça en est, à vos yeux ?
MAUD BREGEON
Et surtout pas réalisées en France. Donc, on dit une chose simple : on ne s'interdit rien pour la suite, et notamment dans le projet de loi de finances 2027. Tout ça nécessite un peu de travail et d'être regardé de près. Et puis à court terme, ce qui nous importe, c'est le pouvoir d'achat des Français. Et donc, c'est la prolongation des plafonds que TOTAL mettra, j'espère, en place. Et puis c'est tout ce que l'Etat fait pour accompagner, là encore, les secteurs, les activités les plus exposées, et les Français qui roulent le plus.
ADRIEN GINDRE
Alors, parlons-en. Hier, Sébastien LECORNU dit aussi : "Chaque euro de surplus de fiscalité va être affecté aux mécanismes d'aides qui sont décidés par l'Etat, par le Gouvernement ". Est-ce que ça veut dire que là, avec les rentrées fiscales que vous avez eues, il parle de 170 millions depuis février, vous allez pouvoir mettre en place de nouveaux mécanisme ?
MAUD BREGEON
Alors, les 170 millions de surplus fiscal, que l'on calcule depuis le début de la crise, ont déjà été réinjectés dans les aides, puisque c'est 170 millions. Les aides mises en place, rien que pour le mois de mai, c'est 180 millions. Donc, vous voyez que c'est supérieur. Et on pourrait parler de la hausse des taux d'intérêt qui pèse sur la charge de la dette, de la hausse des OPEX, du fait de notre déploiement au Moyen-Orient.
ADRIEN GINDRE
En revanche, finalement, pour l'électrification. Le Premier ministre avait dit : "On va financer l'électrification".
MAUD BREGEON
Pour autant, là aussi, je veux être claire. On a mis en place des premières mesures pour avril. On les a prolongé et amplifié pour le mois de mai. Prenez par exemple les agriculteurs. C'était une aide d'environ 4 centimes par litre. C'est passé à une aide de 15 centimes par litre. Pour les pêcheurs, c'était une aide de 20 centimes par litre. C'est passé d'une aide entre 30 et 35 centimes par litre. Et donc, on sera amené à reconduire, là encore, ces aides aux secteurs les plus exposés, et aux Français les plus touchés, en adaptant des dispositifs autant que nécessaire.
ADRIEN GINDRE
Et également pour le mois de juin ? Ça, c'est à qui, d'ores et déjà ?
MAUD BREGEON
On verra ce qui se passe dans les prochaines semaines. En tout état de cause, malheureusement, le conflit n'est pas parti pour s'arrêter demain. Et je dois le dire avec vérité aux Français. Quand bien même, le conflit s'arrêterait demain ou après-demain, les conséquences de cette guerre, notamment sur les prix de l'énergie, ne s'arrêteraient pas immédiatement.
ADRIEN GINDRE
Donc, c'est-à-dire que les financements vont continuer, voire simplifiés, si je comprends bien ce que vous dites ?
MAUD BREGEON
Ce que je dis, d'abord, c'est que nous ne laisserons pas tomber les secteurs d'activité les plus en difficulté. Nous avons ajouté à cette liste le BTP, avec, notamment, les petites entreprises qui sont très dépendantes du gasoil. S'il y a besoin d'aller plus loin, nous irons plus loin. Parce que là encore, derrière ces entreprises, derrière ces secteurs d'activité, ce sont des emplois et ce sont les salaires des Français.
ADRIEN GINDRE
Mais Maud BREGEON, hier, Donald TRUMP évoque un blocus naval du détroit d'Ormuz qui pourrait durer plusieurs mois. On est bien d'accord que si ça dure plusieurs mois, il faudra s'attendre à de nouvelles hausses de prix ?
MAUD BREGEON
Écoutez. Moi, je ne fais pas de projections à horizon...
ADRIEN GINDRE
Mais gouverner, c'est prévoir, comme on dit.
MAUD BREGEON
C'est vrai. C'est vrai. Et notre rôle, c'est de travailler sur l'ensemble des scénarios. Vous me permettrez d'être un peu prudente avec les déclarations du Président Américain, eu égard à notre expérience passée. Ce qui est certain, je le redis, c'est que les conséquences ne s'arrêteront pas en un claquement de doigts, et que tout pendant que les hausses des prix du carburant se feront ressentir pour les Français les plus modestes et pour les entreprises les plus exposées, nous serons à leurs côtés.
ADRIEN GINDRE
Alors, à très court terme, si on parle d'un autre Président, pour le coup, le Président Français, hier, a mis un petit coup de pression au Gouvernement en demandant de nouvelles réponses sur le carburant. Il y a un appel à manifester pour samedi, ce samedi. Est-ce qu'il y aura de nouvelles réponses et de nouvelles annonces avant la manifestation annoncée samedi ?
MAUD BREGEON
Nous avons déjà annoncé il y a une semaine, le Premier ministre l'a fait lui-même, sur le perron de Matignon, des mesures pour le mois de mai. Et donc, on donne de la visibilité, là encore, pour les secteurs d'activités et aux Français qui roulent le plus.
ADRIEN GINDRE
Rien de plus, là, dans les heures à venir ?
MAUD BREGEON
Je vous rappelle que pour 3 millions de Français, on a une aide qui sera versée automatiquement, et qui correspond à environ 20 centimes d'euros par litre de carburant. Donc, on a pris ces mesures-là. On les adaptera. On les amplifiera si nécessaire. Et le Président de la République... J'étais, hier, en Conseil des ministres quand il en a parlé. Qu'a-t-il dit ? Il a dit : "On est dans une situation géopolitique qui est extrêmement incertaine". Extrêmement incertaine. Et donc, on doit continuer, et c'est ce qu'on fait déjà, à recevoir l'ensemble des secteurs d'activité, et à réfléchir à des mesures.
ADRIEN GINDRE
Les taxis, demain, il me semble.
MAUD BREGEON
C'est notamment le cas des taxis et des VTC, qui seront reçus par Philippe TABAROT, parce qu'ils font face, chacun le comprend bien, à la hausse de ces prix. Et donc, s'il y a nécessité de les aider, en plus des aides déjà mises en place, de soutien à la trésorerie, là encore, nous pourrions le faire.
ADRIEN GINDRE
Ça peut encore venir. Juste, à condition qu'il y ait encore du carburant. Hier, le Premier ministre dit : "Il n'y a pas de crise de production pour l'instant". Pour l'instant. Ça veut dire qu'on prépare les esprits à ce que demain, pour le coup, il puisse y avoir une crise de production, donc pénurie.
MAUD BREGEON
Chacun doit être extrêmement vigilant. Mais ce que je peux dire ce matin aux gens qui nous écoutent, c'est qu'à l'heure où nous parlons, nous n'avons pas de risque de pénurie. Il y a des difficultés d'approvisionnement sur environ 4 % des stations-services en France. C'est l'ordre de grandeur normal en temps de paix, si vous me permettez cette expression. Et puis nous avons toujours des stocks. Nous avons 100 millions de barils de stock, ça équivaut à plus de trois mois de consommation française. Nous en avons libéré moins de 2 %, donc un volume minime par rapport à ce que nous avons, là encore, en stock. Et ces stocks-là serviraient, le cas échéant, à pallier des difficultés de volume.
ADRIEN GINDRE
Petite question très rapide. Tout à l'heure, vous parliez des aides. Les gros rouleurs peuvent déposer leurs demandes sur le site des impôts. Mais hier encore, le Premier ministre disait : "Il faut juste, c'est ce qu'il dit, sécuriser sur le terrain cyber, le dispositif." Ça veut dire qu'on peut déposer une demande, et encore être victime de cyberattaque aujourd'hui, de vol de données ?
MAUD BREGEON
Alors, c'est deux choses, pardonnez-moi, très différentes. Il se trouve que le Premier ministre fait aujourd'hui un déplacement dédié à la cybersécurité. Pourquoi ? Parce que les vols de données, notamment dans les services publics, ont massivement augmenté ces dernières années. Aujourd'hui, on a en moyenne trois tentatives de vol de données par jour dans les services publics, dont certains concernent les données de plus d'un million de Français. Donc, on voit qu'on est dans une zone de danger qu'il faut prendre au sérieux. D'où la prise en main de ce sujet par le Premier ministre, qui sera amené à faire des annonces cet après-midi.
ADRIEN GINDRE
Un dernier mot. Il se trouve que demain, c'est le 1er mai. Ça n'a échappé à personne. Certains boulangers et fleuristes vont donc ouvrir, avec leurs salariés. Le ministre du Travail, hier, Jean-Pierre FARANDOU, a indiqué qu'aucune instruction n'avait été donnée aux inspecteurs du travail. Donc, si je comprends bien, il pourra, en théorie, malgré tout, y avoir des contrôles et des sanctions. Ça dépend totalement du libre-arbitre des inspecteurs sur le terrain.
MAUD BREGEON
Le Gouvernement, quel qu'il soit, ne donne pas de directives à l'inspection du travail. L'inspection du travail est indépendante. Elle est construite pour ça. Pour autant, nous, on fait confiance au bon sens, dans un premier temps. On a proposé hier, en Conseil de ministres, on a présenté un projet de loi qui permettra de clarifier la situation pour les fleuristes artisanaux et les artisans pâtissiers, boulangers, là encore, artisanaux.
ADRIEN GINDRE
Pas d'instructions, mais vous espérez qu'ils entendent le message pour ne pas faire des contrôles.
MAUD BREGEON
Pour sécuriser les choses définitivement. Et nous faisons confiance au bon sens des uns et des autres.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 mai 2026