Télétravail : quels effets économiques ?

Productivité, performance de l'entreprise... les effets économiques du télétravail dépendent essentiellement des conditions dans lesquelles il s'exerce selon une étude de la Direction générale du Trésor. Toutefois, souligne l'étude, le télétravail a aussi un impact sur les territoires et sur les émissions de gaz à effet de serre.

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Femme installée à son bureau, face à une fenêtre et en télétravail dans sa chambre.
Imposé dans l'urgence en mars 2020, le travail à distance s'est déroulé dans des conditions inhabituelles (concilier vie familiale et activité professionnelle). © phpetrunina14 - stock.adobe.com

Peu appliqué avant la crise sanitaire (7% en 2017), le recours au télétravail a connu une forte hausse lors du premier confinement : entre 25% et 44% des salariés selon les enquêtes. Alors qu'un nouveau confinement est en place depuis le 29 octobre 2020, une étude de la Direction générale du Trésor sur les effets économiques du télétravail propose un éclairage nuancé des effets de ce dispositif.

Imposé dans l'urgence en mars 2020, le travail à distance s'est déroulé dans des conditions inhabituelles (concilier vie familiale et activité professionnelle). Il a plutôt concerné les cadres (66% contre 5% d'ouvriers) et le secteur de l'information et de la communication.

Conditions de mise en place et productivité

Selon l'étude de la DGT, l'impact positif du télétravail serait ainsi lié aux bonnes conditions de sa mise en place.

Meilleure autonomie, flexibilité, conciliation entre vie privée et vie professionnelle, moins de transports : le télétravail présente des avantages pour les salariés. Face aux risques induits par le travail hors site (isolement et empiètement du temps familial sur le temps de travail par exemple), Bercy pointe les solutions possibles : rôle des équipes dirigeantes pour mieux concilier vie privée et vie professionnelle, espaces de travail partagés (coworking), développement de modes de garde des enfants.

Néanmoins, les effets sur la productivité sont perçus différemment selon les enquêtes (entre 5% et 30%). D'autres études suggèrent toutefois que le télétravail n'a pas d'effet sur la productivité.

Toujours est-il que le télétravail présente des points positifs : augmentation de la quantité de travail (économies de temps de transport) et de la productivité horaire (concentration et autonomie plus grandes), réduction des coûts immobiliers, énergétiques, salariaux pour les entreprises...  Ces avantages s'accompagnent cependant aussi de freins à la productivité (échanges professionnels et informels limités, "externalités négatives" pour les non-télétravailleurs, notamment).

Selon la DGT, deux ou trois jours de télétravail par semaine serait la configuration idéale. Le salarié serait alors "en capacité de répartir ses tâches pour maximiser les avantages de chacun des modes de travail".

Des effets sur les territoires et sur la pollution

À plus long terme, l'étude de la DGT évoque les autres impacts du télétravail.

Les salariés n'ayant plus besoin de choisir leur lieu d'habitation en fonction de leur adresse professionnelle, le télétravail peut donner lieu à d'importants effets spatiaux. Autrement dit, les salariés pourraient vivre en dehors des métropoles et devenir des néo-ruraux partageant des espaces de travail.

Dans une économie mondialisée, la question de la mise en concurrence des travailleurs et de l'émergence de "télémigrants" se pose également.

Quant à l'effet du télétravail sur la pollution atmosphérique, Bercy évoque avec précaution une étude de l'ADEME selon laquelle 2,9 jours télétravaillés en moyenne par semaine permettraient une baisse de 0,5% des émissions de gaz à effet de serre (l'équivalent des émissions annuelles de 366 000 personnes en France).

Les auteurs de l'enquête soulignent par ailleurs le risque d'un effet rebond : l'augmentation des déplacements personnels ou vers les espaces de coworking pourrait accroître les émissions de gaz à effet de serre. Même crainte concernant une plus importante utilisation du numérique et les émissions qui y sont liées (2% des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent des data centers et infrastructures de réseaux).

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