Crise sanitaire : quel impact sur les travailleurs sociaux ?

Les travailleurs sociaux ont été particulièrement sollicités à l'occasion de la pandémie de Covid-19. Le Crédoc rend compte des changements observés dans leurs modes d'action à la faveur de la crise. Il alerte sur un sentiment d’invisibilité des "urgentistes sociaux".

Distribution de repas
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Au pic de la crise sanitaire, près de 4 millions de personnes estimaient être en situation de vulnérabilité. Pour y répondre, 1,3 million de professionnels et bénévoles de l’intervention sociale ont été mobilisés. Dans l’urgence des situations générées par la crise, des rapprochements entre les corps institutionnels, sanitaires et sociaux se sont opérés.

L'enquête du Crédoc publiée en avril 2022 et réalisée à la demande de l'institut des vulnérabilités et dépendances fait un point sur ces évolutions et alerte sur la fragilité du secteur où 64 000 postes sont aujourd’hui vacants.

Un rapprochement entre les corps sanitaires et sociaux

Face à la crise sanitaire, les travailleurs sociaux ont dû mutualiser des moyens pour répondre aux besoins cumulés en hébergement, en alimentation et en santé. Dans ce contexte particulier, ils ont pu bénéficier de l’aide conjointe de services de l’État, des agences régionales de santé et des collectivités, ouvrant à de nouvelles pratiques collaboratives.

La crise a particulièrement affecté les 18-24 ans dont le risque de pauvreté a doublé en quarante ans. Durant la crise sanitaire Il est fait état d’une hausse de 4% de leur fréquentation des centres alimentaires et de 8% pour les étudiants. 

L’enquête du Crédoc relève les changements opérés dans les modalités d'intervention des travailleurs sociaux : 

  • des modes d’action moins "formels" et plus directs en période de confinement, qu’il s’agisse d’initiatives menées via les réseaux sociaux (groupes de parole, prises de contact) ou d'initiatives sur le terrain (maraudes, distributions de repas ou de matériel d’oxygène) ;
  • des aides pour les démarches administratives en ligne en particulier auprès des jeunes qui semblent moins à l'aise dans ce domaine ;
  • une plus grande anticipation des besoins  en recentrant l'action des travailleurs sociaux sur l'humain.  

Une revalorisation nécessaire

Si le contexte de la pandémie a rapproché les intervenants des deux secteurs sanitaire et social et ouvert à de nouvelles pratiques, il a également révélé des lacunes dans les pratiques collaboratives pré-crise par exemple dans le domaine de la santé mentale.

À la lumière de cette crise, l’étude plaide pour une meilleure reconnaissance du métier de travailleur social qui doit passer par une revalorisation salariale. À ce propos, les décisions prises à l’issue de la conférence des métiers et de l’accompagnement social et médico-social qui s’est tenue en février 2022 sont saluées : 

  • la proposition d’une convention collective nationale unique des métiers de l’accompagnement du social et du médico-social qui doit être négociée par les partenaires sociaux à l’horizon 2024 et pour laquelle l’État annonce consacrer 500 millions d’euros par an ;
  • l’extension aux travailleurs sociaux, depuis avril 2022, de la prime Ségur, initialement destinée aux seuls soignants.