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Détention : où en est le plan de construction de 15 000 places de prison ?

Temps de lecture  3 minutes

Par : La Rédaction

Le ministère de la justice fait face à une croissance du nombre de détenus et doit entretenir 186 établissements pénitentiaires, construits pour la plupart entre 1875 et 1920. Le "plan 15 000 places de prison", annoncé en 2017, vise à répondre à leur surpopulation et à favoriser la réinsertion des condamnés. Où en est sa mise en œuvre ?

La Cour des comptes a publié, le 17 décembre 2025, un audit flash sur le plan qui prévoit la construction de 15 471 places de prison en dix ans. Elle révèle que sa mise en œuvre reste "laborieuse" et avance des pistes d'amélioration.

Des objectifs loin d'être atteints

Le plan 15 000 places de prison a pour ambition :

  • de lutter contre la saturation carcérale en portant le parc pénitentiaire à 75 000 places en 2027. Le nombre de détenus, en hausse depuis 60 ans, a crû de 46% entre 1990 à 2018 (+22 000 individus). Au 1er janvier 2018, la densité carcérale atteint 115% dans les établissements pénitentiaires (139% en maison d’arrêt) ;
  • d’améliorer les conditions de détention (il cible 80% d’encellulement individuel) ;
  • de mieux préparer la sortie grâce à des structures innovantes dédiées.

En septembre 2025, le nombre de personnes incarcérées s’élève à 84 555 pour 62 685 places disponibles, ce qui correspond à une densité carcérale moyenne de 135%.

 

Or, seules 5 411 nouvelles places ont été livrées, soit 35% du total visé.

Les retards constatés s’expliquent par les difficultés à acquérir et maîtriser le foncier (qui ont imposé la reconfiguration de 18 projets), les lourdes procédures d’urbanisme et environnementales, de nombreux contentieux, ainsi que par les aléas propres à toute opération immobilière. Le terme de réalisation du plan est reporté à l’horizon 2031-2032.

Des tensions budgétaires croissantes

Le pilotage et le suivi interministériel du plan, longtemps insuffisants, commencent à se renforcer depuis 2024. Il connaît des "dérapages financiers et calendaires" qui fragilisent sa soutenabilité budgétaire.

Estimé initialement à 3,9 milliards d’euros (Md€), son coût total est réévalué à 5,7 Md€ en 2025 (+46%) à cause de l’inflation, de la crise des matériaux, des retards de chantiers et des modifications programmatiques. Or, le budget immobilier du ministère de la justice doit aussi financer l’entretien du parc pénitentiaire, la rénovation des huit établissements les plus vétustes, les loyers des prisons réalisées en partenariat public-privé et l’aménagement de prisons de haute sécurité.

Une réorientation du plan qui soulève des questions

Face aux difficultés de mise en œuvre du plan, le ministère a réorienté sa stratégie en vue d’accélérer la construction de places de prison. Il lance en 2025 un plan d’urgence destiné à créer 1 500 places de semi-liberté d’ici 2027 dans des bâtiments modulaires implantés sur des sites pénitentiaires existants, pour un coût estimé à 300 millions d’euros.

Toutefois, cette opération risque de subir des retards dans sa réalisation (liés à la procédure de marché choisie), des surcoûts et d’être peu adaptée aux besoins de la population carcérale.

La Cour préconise de consolider la gouvernance du plan, d’accroître la transparence sur les coûts engagés, de hiérarchiser les priorités immobilières du ministère pour définir une trajectoire financière réaliste et de recourir davantage aux peines alternatives à l’incarcération, moins onéreuses.

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