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© Rokas / Stock-adobe.com

Euro et souveraineté monétaire : la BCE et la Commission européenne accélèrent leur stratégie

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Euro numérique, mécanisme de liquidité, marché unique des capitaux, dette commune… La souveraineté monétaire est en train de devenir l’un des grands sujets du moment. La Banque centrale européenne (BCE) tout comme la Commission européenne multiplient les initiatives pour renforcer l’euro et gagner en indépendance face aux opérateurs étatsuniens.

Dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer la souveraineté monétaire européenne, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, le 14 février 2026, d’élargir l’accès à son mécanisme de liquidités en euros à toutes les banques centrales du monde (sous conditions). L’entrée en vigueur est prévue au troisième trimestre 2026.
 

Plus de liquidités pour renforcer la monnaie unique

La liquidité est essentielle au bon fonctionnement des marchés financiers. En cas de perturbations (commerciales, économiques, géopolitiques, etc.), il est parfois difficile, voire impossible, de se financer sur les marchés. Afin de renforcer la liquidité, la BCE a créé en 2020 des "lignes repo", un mécanisme permettant aux banques centrales d’emprunter en euros auprès de la BCE. 

Jusque-là, ce mécanisme (appelé EUREP pour Eurosystem repo facility for central banks ou facilité de repo de l’Eurosystème pour les banques centrales) était réservé à un petit nombre de banques centrales hors zone euro. La BCE entend désormais l’élargir à l’échelle mondiale. Elle pourrait ainsi devenir une forme de banque de dernier recours pour les banques centrales du monde entier.

"Le cadre actualisé instaure un accès permanent, en principe, pour toutes les banques centrales, à moins qu’elles n’en soient exclues, notamment pour des motifs de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme ou de sanctions internationales" note la Banque de France. Cet élargissement a de nombreux avantages. Il permettrait notamment :

  • d’éviter des ventes forcées de titres libellés en euros en cas de perturbations ;
  • d’améliorer la transmission de la politique monétaire ;
  • d’accroître la demande d’actifs en euros.

Système de paiement européen, euro numérique, union des marchés de capitaux

Cette décision fait partie d’un mouvement de plus grande ampleur. La BCE, selon sa présidente Christine Lagarde, observe actuellement une réévaluation du statut du dollar par les investisseurs et s’attend à une plus forte fragmentation géographique. Pour elle, c’est le bon moment pour renforcer le rôle de l’euro face au dollar et au Yuan

Pour cela, elle soutient l’initiative européenne pour les paiements (Européen Payments Initiative-EPI), qui vise à créer un système de paiement intégré souverain et alternatif aux opérateurs américains. Le 2 février 2026, l’EPI (opérateur du système Wero) a signé avec l’Alliance EuroPA un protocole visant à créer une nouvelle infrastructure de paiement.

La BCE tout comme la Commission européenne soutiennent la création de l’euro numérique, une monnaie digitale qui permettrait aux Européens de faire leurs transactions en ligne sans dépendre de Visa et Mastercard. L’euro numérique bénéficiera du soutien d’une institution publique, la BCE. Il pourrait ainsi concurrencer les stablecoins comme l’USDT et détourner les investissements en dollar vers la dette européenne. 

La Commission européenne va encore plus loin. Sa liste de mesures pour renforcer la souveraineté monétaire, l’euro et le potentiel de croissance au sein de l’Union européenne (UE) englobe notamment :

  • créer un 28e régime juridique pour les entreprises qui remplace les 27 en place et harmoniser les droits des sociétés, les règles d'insolvabilité, etc. ;
  • créer une union des marchés de capitaux qui fluidifie les marchés et mobilisera des capitaux actuellement immobilisés dans les dépôts bancaires ;
  • transformer le Mécanisme européen de stabilité (MES), actuellement activé en cas de crise financière, en institution plus globale qui gérant aussi la dette commune de l’UE.