Une commission d'enquête du Sénat a remis, le 19 mai 2026, son rapport sur les marges des industriels et de la grande distribution. Celui-ci a été réalisé après audition de 189 acteurs du secteur, instances régulatrices et représentants de consommateurs entre décembre 2025 et mai 2026. Selon les auteurs du rapport, la répartition de la valeur des produits alimentaires apparaît favorable à la grande distribution au détriment des acteurs en amont (cf diagramme circulaire présenté en page 9 du rapport).
Position dominante des distributeurs et des centrales d'achat
La commission d’enquête du Sénat a observé les mécanismes de construction des marges des différents acteurs de l’industrie agroalimentaire qui reposent sur trois axes majeurs :
- une contractualisation sur le prix entre le producteur et le premier acheteur du produit agricole ;
- la prise en compte, dans le coût final du produit, des coûts de transformation industrielle (main d’œuvre, coûts énergétiques) ;
- la négociation de prix de cession à la distribution lors de laquelle peuvent être octroyées des remises significatives par rapport au prix catalogue du producteur.
Les dispositions de la loi EGalim de 2018, élaborées dans une optique d’un plus juste équilibre entre producteurs, industriels et distributeurs, ne sont pas parvenues à sanctuariser la situation économique des producteurs, constatent les rapporteurs.
Outre la position dominante des distributeurs (avec en tête Leclerc, Carrefour, Intermarché et Coopérative U), la commission observe une concentration des centrales d’achat (avec trois centrales d’achat pour 23 000 entreprises constituées à 98% de PME-PMI et 400 000 exploitations agricoles).
Dans un contexte de guerre des prix entre distributeurs , l’inflation des dépenses de publicité (3,3 milliards d’euros en 2025) est transférée sur les fournisseurs (producteurs, transformateurs industriels). Les dépenses de publicité engagées par les enseignes en témoignent avec quatre des cinq premiers annonceurs du pays qui sont des distributeurs en 2025 alors qu'en 2000, les trois premiers étaient L’Oréal, France Télécom et le groupe PSA.
La commission évoque aussi des pratiques détournées de droits de péage, sous la menace de diminutions brutales de commandes, voire de déréférencement de produits.
Plus que sur les marges nettes réalisées sur le prix de vente des produits, la rentabilité des distributeurs reposerait également sur la facturation de "services" lors de phases de négociations commerciales avec les industriels.
Dans les territoires ultramarins où l’insularité, l’éloignement de l’Hexagone et une faible production locale, renchérissent les produits alimentaires, la situation est aggravée (en Guadeloupe jusqu’à 41,8% de surcoût par rapport à l’Hexagone).
Privilégier le "bien consommer", plus que le prix le plus bas
En conséquence, la commission prône un partage plus équilibré de la valeur entre les différents acteurs du secteur (producteurs, industriels, distributeurs).
Pour y parvenir, elle propose de revenir sur la question du prix le plus bas en valorisant le "bien consommer", par exemple en informant les consommateurs sur les conditions de rémunération des producteurs (rémunéraScore) et en développant la visibilité de circuits alternatifs du producteur au consommateur.
Elle recommande également d’agir sur les dispositions légales :
- en appliquant plus strictement les dispositions existantes ;
- en redéfinissant la notion d’abus de dépendance économique ;
- en révisant le dispositif des options de transparence tarifaire.
Afin d'exercer un contrôle plus juste des prix, la commission suggère :
- de mieux encadrer les prix de vente dans les contrats commerciaux ;
- de renforcer les moyens des organismes de contrôle de la concurrence (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) ;
- d’encadrer davantage les pratiques des centrales européennes d’achat (notamment les prestations de service et les marges arrière).