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Haut Conseil à l'égalité : quels leviers contre la "pénalité maternelle" ?

Temps de lecture  5 minutes

Par : La Rédaction

Chute du revenu salarial de 40% après la naissance d'un enfant, interruptions d'activité, réduction du temps de travail, ralentissement de carrière... Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes alerte dans son nouveau rapport sur la "pénalité maternelle", ces inégalités socioéconomiques entre mères et pères.

Dans un rapport intitulé "Du plancher collant au plafond de mère" publié le 9 septembre 2026, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) alerte sur les inégalités socioéconomiques qui découlent de la maternité. 

Qu'est-ce que la "pénalité maternelle" ?

La "pénalité maternelle" désigne les inégalités socioéconomiques entre les femmes et les hommes qui résultent de l'organisation sociale de la parentalité. Les revenus, les perspectives de carrière, les conditions d'emploi et l'autonomie financière des femmes s'en trouvent affectés.

Avant même d'avoir des enfants, les femmes subissent déjà des inégalités professionnelles : 

  • elles sont concentrées dans les emplois moins rémunérés et moins évolutifs ("plancher collant") ; 
  • elles sont davantage entravées que les hommes dans l'accès aux postes de direction et aux responsabilités les plus élevées ("plafond de verre"). 

Si et quand elles deviennent mères, elles font face à une nouvelle inégalité : le "plafond de mère", expression employée par le HCE pour désigner les obstacles qui découlent de la maternité (réelle, supposée ou anticipée) : promotion ou formation professionnelle refusée, difficultés à obtenir de nouvelles responsabilités... La naissance d'un enfant agit comme "un révélateur, un accélérateur et un amplificateur" des inégalités existantes. 

Le HCE se réfère à une étude publiée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en 2019 selon laquelle la naissance d'un enfant entraîne pour les mères une chute de revenu salarial de 40%, qui demeure proche de 30% les années suivantes. Le rapport identifie trois facteurs de cette baisse : les interruptions d'activité (temporaires ou durables), la réduction du temps de travail et le ralentissement de carrière. Ces éléments impactent sur les droits à la retraite.

Le code du travail interdit pourtant toute discrimination fondée sur le sexe, la situation de famille ou la grossesse, que ces critères soient réels ou supposés. Dans le domaine du travail, la discrimination peut prendre plusieurs formes : écarter une personne d'une procédure de recrutement, refuser une formation ou encore licencier en raison d'un ou plusieurs de ces critères. Par exemple, un employeur n'a pas le droit de demander à une candidate si elle est enceinte ou projette d'avoir un enfant.

D'où viennent ces inégalités ?

Les inégalités dans la parentalité résultent d'une socialisation différenciée entre les filles et les garçons, dès leur enfance. On apprend davantage aux premières à prendre soin de leurs proches et à se rendre disponible pour eux. 

Tout au long de leur vie, les femmes voient leurs choix contraints par les stéréotypes sexistes, que ce soit en matière d'orientation scolaire ou professionnelle ou d'injonction à la maternité et à être une "bonne mère", c'est-à-dire "compétente, immédiatement aimante, disponible, organisée, attentive aux besoins de l'enfant, capable de préserver son couple, de tenir son foyer et de reprendre sa place dans le monde du travail sans jamais se plaindre". 

Le temps que les femmes peuvent dédier à leur emploi est ainsi limité par celui consacré aux tâches domestiques et, lorsqu'elles en ont, aux enfants. Par ailleurs, c'est généralement le parent qui gagne le moins qui réduit son activité après une naissance, c'est-à-dire la plupart du temps la femme. 

Qu'est ce que la théorie du "pot de yaourt" ?

Cette expression illustre l'utilisation et la répartition de l'argent au sein des couples hétérosexuels. Les femmes financent plus souvent les dépenses quotidiennes, périssables et immédiatement consommées (d'où le "pot de yaourt") tandis que les hommes dépensent davantage pour acheter des biens durables, visibles et patrimoniaux (immobilier, voiture, électronique...). En cas de séparation, les femmes se retrouvent ainsi pénalisées dans la répartition du patrimoine.

Quelles sont les recommandations du HCE ?

Le HCE émet 46 recommandations destinées à lutter contre la "pénalité maternelle", parmi lesquelles : 

  • imposer aux entreprises de plus de 50 salariés un suivi des trajectoires professionnelles des mères à leur retour de congé maternité, puis 3 ans et 10 ans après une naissance ;
  • renforcer les contrôles sur les discriminations liées à la grossesse et à la maternité par une campagne de "testing" annuelle auprès des employeurs privés et publics ;
  • créer un droit au répit et au relais parental avec un crédit d'accompagnement pour les démarches administratives, l'accès aux modes de garde, le retour au travail... ;
  • instaurer un "mois solo du second parent" dans le congé supplémentaire de naissance pris après le retour au travail du parent ayant accouché.

D'autres recommandations portent de manière plus large sur la lutte contre les stéréotypes liés à la maternité dès l'école, dans le cadre de l'Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) ou encore l'organisation d'un Grenelle national du travail invisible et de la parentalité égalitaire.