La diplomatie scientifique peut être définie comme un domaine où se croisent la science (la recherche, les savoirs) et la politique étrangère (dialogue et négociations en États). Elle consiste à la fois en une coopération entre les États (gouvernements, université et diplomates) et en la défense des intérêts nationaux (protéger les technologies stratégiques, par exemple).
Dans un contexte de crises et de tensions géopolitiques, cette branche de la diplomatie vise à répondre aux principaux enjeux tels que le changement climatique, la dégradation de la biodiversité ou les inégalités économiques.
La diplomatie scientifique est une notion récente, conceptualisée et affirmée à la fin des années 2000. Un Centre pour la diplomatie scientifique est d'abord créé en 2008 par l’American Association for the Advancement of Science (AAAS). Le nouveau thème apparaît pour la première fois dans un rapport fondateur intitulé "New Frontiers in Science Diplomacy" publié en 2010 par la Royal Society et l’AAAS.
Ces deux institutions ont défini trois composantes de la diplomatie scientifique :
- la science dans la diplomatie : les connaissances scientifiques permettent aux autorités de comprendre les bouleversements globaux et aident à la prise de décision des autorités (le GIEC fournit des informations qui inspirent la politique internationale sur le climat, par exemple) ;
- la diplomatie pour la science : promouvoir les chercheurs de chaque pays et faciliter les coopérations (aides à la mobilité des chercheurs, par exemple) mutualiser les coûts pour construire des infrastructures de recherche (COVAX est un exemple de mutualisation des ressources pour mettre au point un vaccin contre le Covid-21) ;
- la science pour la diplomatie : les relations scientifiques peuvent servir de "pont" pour maintenir ou restaurer le dialogue en cas de tensions entre États.
L'ajout d'une quatrième dimension, la diplomatie dans la science, a récemment été invoquée concernant les sanctions scientifiques.
La diplomatie scientifique se distingue de la coopération scientifique internationale qui ne revêt pas forcément une dimension diplomatique (notamment lorsque des centres de recherche travaillent ensemble). Elle fait depuis l'objet de recherche académique et de programme européens et nationaux.
Le Conseil de l'Union européenne (UE) a adopté, le 29 mai 2026, la proposition de cadre européen pour la diplomatie scientifique proposée par la Commission européenne le 27 février 2026. L'objectif est mettre en place une approche plus stratégique et plus cohérente de ce domaine, notamment en développant la promotion des valeurs communes à l'identité européenne comme la liberté académique et scientifique ainsi que des orientations et une coordination (actions stratégiques et de soutien).
Le programme-cadre pour la recherche et l'innovation 2021-2027, dit "Horizon Europe" joue un rôle central en visant à renforcer les bases scientifiques et technologiques de l'Union, stimuler sa compétitivité, concrétiser les priorités politiques stratégiques de l'Union et contribuer à répondre aux problématiques mondiales, dont les objectifs de développement durable.
"Choose Europe for Science" (Choisir l'Europe pour la science) lancé en 2025 comprend des mesures pour accueillir les chercheurs et les entrepreneurs publics et privés en l’Europe.
Le réseau "Alliance européenne pour la diplomatie scientifique", créée en 2021, vise à faciliter la coopération et la coordination entre les acteurs de la recherche et de la diplomatie (collaboration entre projets, échange d’informations et la sensibilisation, développer des formations...)
Autre programme de coopération, lancé en 2024 au Parlement européen, l'Alliance européenne de la recherche pour le développement durable (ERASuD) regroupe douze institutions européennes de recherche. Son rôle est de porter auprès de l’UE la recherche collaborative entre l’Europe et les pays du Sud (davantage de financements pour les projets globaux)
En France, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE) s'est engagé dans la diplomatie scientifique, qui représente un levier stratégique de l'action extérieure de la France dans un contexte de rivalités technologiques, de fragmentation des espaces scientifiques et d'instrumentalisation croissante de la recherche.
Un monde scientifique en mutation
En 2000, les États-Unis étaient la première nation scientifique et quatre pays anglophones (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie) représentaient près de 40% de la production scientifique mondiale. Or, c'est désormais la Chine qui est devenue la première nation en nombre d'articles publiés, sa part étant passé de 3,9% en 2000 à 20% en 2023, les États-Unis étant passés dans le même temps de 28% à 14% tandis que l'Inde est passée de la 13e place à la 3e place. Pour sa part, l'Europe reste le premier producteur scientifique mondial même si sa part mondiale de publications décroît de 35% en 2000 à 24,5% en 2023.
Établie en lien avec le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, la stratégie ministérielle s'articule autour de dix objectifs, notamment :
- accompagner les intérêts de sécurité et de souveraineté de la France ;
- diffuser les valeurs universelles de la science ;
- soutenir les scientifiques français dans les instances internationales ;
- renforcer l’internationalisation de la recherche française ;
- promouvoir la science en français dans un monde scientifique multilingue ;
- soutenir l’attractivité de l’enseignement supérieur ;
- former les diplomates aux questions scientifiques.
Pour la mise en œuvre de la diplomatie scientifique française, le ministère travaille avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Par ailleurs, des conseillers pour la science sont présents dans les ambassades et les principaux organismes de recherche publique (CEA, CNES, CNRS, Institut Pasteur...) sont aussi dans plus de 40 pays.