Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur Jacques Chirac, le projet de loi Bioéthique, le budget 2020 et l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, à Guidel le 29 septembre 2019.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur Jacques Chirac, le projet de loi Bioéthique, le budget 2020 et l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, à Guidel le 29 septembre 2019. Edouard Philippe 29/09/2019 Chirac Bioéthique Budget 2020 Lubrizol Université de rentrée du Mouvement Démocrate, à Guidel (Morbihan) du 27 au 29 septembre 2019

Cher François, chers amis, je suis très heureux d'être avec vous à Guidel, en Bretagne.


Peut-être, d'abord, très heureux d'être avec vous parce que l'on se pose régulièrement - en tout cas, il arrive qu'on me la pose - la question et je suis certain que chacun d'entre nous doit parfois y répondre : « Pourquoi, au fond, vous êtes-vous engagé en politique ? Pourquoi avez-vous souhaité consacrer du temps, de l'énergie et du talent à cette action collective qu'est l'action politique ? ».

Certains peuvent répondre : « Par une ambition… ». Certains !

D'autres peuvent dire qu'ils pensent, à juste titre, qu'ils sont capables d'apporter quelque chose à leur pays, de mettre en oeuvre des idées auxquelles ils croient.

Tout cela est infiniment respectable et tout cela est toujours vrai. 

Mais il y a une autre raison, qui est indissociablement liée à l'engagement politique et, d'une certaine façon, à l'engagement partisan : c'est l'idée que l'on n'agit jamais seul. L'action politique, l'action militante, partisane n'est jamais une action individuelle : elle est toujours une action collective et, dans ce qui vous motive, dans ce qui nous motive au service de notre pays, il y a fondamentalement le plaisir d'être ensemble, de débattre, de se retrouver, d'échanger, de ne pas être forcément en plein accord sur tout, mais de créer ce lien particulier qui fait que l'on n'est pas, soi-même, seulement un individu qui penserait ses idées et qui essaierait de les mettre en oeuvre dans une espèce, au fond, de désert interpersonnel, mais bien des Français convaincus par une idée commune et qui essaient ensemble de la transformer.

Le fait, Mesdames et Messieurs, que vous ayez, que nous ayons plaisir à nous retrouver est d'abord un plaisir de l'existence, un plaisir de l'humanité et c'est aussi, je crois, quelque chose qui est au fond de notre engagement.

Alors, je veux dire à François, à tous ceux qui, au sein du gouvernement, sont issus de vos rangs : Jacqueline, Marc, Geneviève, à Patrick, avec qui j'ai pris désormais l'habitude de prendre mes petits-déjeuners le mardi matin - et c'est une bonne habitude -, à tous les membres de la majorité, députés, sénateurs, qui portent avec exigence, croyez-moi, et à raison, nos idées, à vous tous, je veux vous dire : oui, vraiment, je suis heureux de vous retrouver aujourd'hui et de vous retrouver à Guidel, parce que c'est beau Guidel, c'est beau, mais c'est loin, selon la formule de Guy Verhofstadt ! Mais c'est beau, mais c'est loin !...

Non, ce n'est pas simplement parce que c'est beau, mais c'est loin Guidel que je suis heureux de vous retrouver ici : c'est parce que je sais, parce que François me l'a expliqué, parce que Marc me l'a dit, que c'est un moment important pour vous pour vous retrouver, pour penser, pour dire les choses, pour partager, et le fait d'être invité, lorsqu'on n'est pas complètement de la famille, eh bien, c'est un signe d'amitié et de confiance auquel je suis sensible. C'est encore plus beau d'être à Guidel !

Et puis, je suis heureux d'être en Bretagne - je le dis à ceux d'entre vous qui sont Bretons ; il n'a échappé à personne que j'étais pour ma part Normand -, car tout le monde sait les relations d'émulation qui existent entre la Normandie et la Bretagne et tout le monde sait - et je tiens à vous le dire de façon très sérieuse - que les Normands aiment la Bretagne. Ils aiment la regarder depuis le Mont Saint-Michel, qui est en Normandie !, et ils la regardent souvent avec envie ! Souvent avec envie parce que, il faut le dire, il existe en Bretagne - et cette région a donné l'exemple depuis longtemps - une capacité à faire travailler des territoires et des élus qui ne pensaient pas la même chose ensemble et à défendre ses intérêts, les intérêts de sa population d'une façon assez remarquable à bien des égards et qui fait - vous le savez tous, en tout cas pour ceux qui sont Bretons, mais aussi souvent pour les autres - l'envie et l'admiration de tous ceux qui regardent ce qui se passe ici.

Un mot peut-être, parce que j'ai parlé d'émulation entre la Normandie et la Bretagne : nous connaissons la France, nous connaissons les querelles de clocher et les préférences de fromages. Nous savons tous qu'il est difficile de se mettre d'accord sur ce qui serait le plus beau de Metz ou de Nancy, surtout lorsqu'on est de Metz ou de Nancy ! Nous savons combien, entre Lyon et Saint-Étienne, l'émulation est… et il se trouve, Mesdames et Messieurs, que j'ai grandi pour ma part entre deux villes qui se sont longtemps regardées comme en chiens de faïence : le Havre et Rouen. 

Je voudrais, Mesdames et Messieurs, vous dire un mot de Rouen. Je suis né dans cette ville. J'y ai grandi entre le quartier sur les hauteurs de la Grand'Mare et la ville de Grand-Quevilly, dans la banlieue rive gauche. J'aime profondément cette ville, qui est ma ville natale. J'y ai toujours eu des amis et j'en conserverai jusqu'au bout de ma vie, j'en suis sûr.

Jeudi, un événement d'une grande importance s'est déroulé à Rouen : un incendie s'est déclaré dans la nuit qui, au fur et à mesure qu'il s'intensifiait sur un site industriel, a déclenché un panache de fumées noires à l'odeur âcre extrêmement impressionnant, extrêmement inquiétant, et l'ensemble de ceux qui vivent à Rouen ou dans la métropole rouennaise ou dans les communes aux alentours qui voyaient arriver au-dessus de leur tête ce panache funeste ont eu peur et ont exprimé une inquiétude qui est légitime et qu'il faut prendre au sérieux ; et peut-être d'ailleurs ont-ils eu encore plus peur et peut-être ont-ils vécu encore plus d'incompréhension parce que, jeudi, à la suite du décès du président Chirac, les télévisions nationales, les radios nationales - et on peut le comprendre, ce n'est pas une critique - étaient essentiellement focalisées sur la disparition du président. Mais songez, Mesdames et Messieurs, que, pour les Rouennais, que pour ceux qui vivent sur place ou pour ceux qui ont des proches sur place, le fait de savoir qu'un événement préoccupant se déroulait, alors même que l'on n'en parlait pas ou que l'on en parlait peu dans les médias, a renforcé l'inquiétude et l'incompréhension.

Je veux vous dire, Mesdames et Messieurs, qu'il faut entendre cette inquiétude et que nous la prenons au sérieux. 

Dès jeudi, nous avons veillé à ce que la réponse opérationnelle pour traiter cet incendie soit à la plus haute mesure possible. Plusieurs centaines de sapeurs-pompiers venant de six départements, plusieurs centaines de véhicules se sont rendus sur place et ont géré en bonne intelligence avec l'ensemble des services de l'État, sous le pilotage en début d'après-midi du ministre de l'Intérieur, à qui j'avais demandé de se rendre sur place pour vérifier que la réponse opérationnelle était à la hauteur des enjeux, ont livré un remarquable travail pour essayer de préserver la sécurité des personnes et des biens.

Nous avons souhaité - et je le dis de la façon la plus claire et la plus nette possible - faire en sorte que tout ce qui est su, que toutes les analyses qui sont réalisées, les analyses les plus rapides au moment de l'événement et les analyses les plus complètes au fur et à mesure que ces analyses peuvent être mises en oeuvre, soient rendues publiques. 

Pour faire face à l'inquiétude légitime des populations, il n'y a qu'une solution : le sérieux et la transparence complète et totale, et, même lorsqu'on est sérieux et même lorsque, comme nous le faisons, nous mettons en ligne, accessibles depuis le site de la préfecture, l'ensemble des analyses au fur et à mesure qu'elles nous arrivent, même lorsque l'on est dans cette situation, nos concitoyens sont parfois inquiets, et je ne parle pas de la petite partie de la population de nos concitoyens qui versent irrémédiablement et parfois brutalement dans une forme de complotisme : je parle de nos concitoyens qui, de bonne foi, veulent savoir si l'air qu'ils respirent, si les retombées du nuage et si demain les produits qui sont encore stockés sur le site présentent un danger pour eux.

Je veux dire, Mesdames et Messieurs, en mon nom propre, au nom du gouvernement, et je crois parce qu'il faut prendre les responsabilités que nous confère la Constitution et que nous confère la démocratie, que l'engagement du gouvernement est, en la matière, de répondre à toutes les questions, de faire la transparence totale, pas la plus grande, la transparence totale sur l'ensemble des données qui sont à notre disposition et de travailler le plus intensément possible avec l'ensemble des acteurs locaux et nationaux pour trouver les solutions, pour donner des garanties et pour régler au plus vite cette situation, dont j'ai dit combien elle me préoccupait et combien elle inquiétait légitimement les Rouennais. 

J'ai presque envie de dire, Mesdames et Messieurs, que je pourrais m'arrêter là parce que François Bayrou et Stanislas Guérini ont presque dit tout, et souvent bien mieux, de ce que je voulais dire. 

François Bayrou, François, a rendu hommage à Jacques Chirac. Lorsque nous nous sommes croisés les premières fois, cher François, les relations entre la famille politique à laquelle j'appartenais et celle que tu continues à faire vivre étaient des relations… d'émulation ! C'est le moins que l'on puisse dire ! Et, au fond, c'est presque plus intéressant… enfin, non, pardon, ce n'est pas plus intéressant : c'est presque aussi touchant qu'un hommage à un homme aussi complexe qui aura autant marqué notre vie publique soit rendu par quelqu'un qui n'a pas toujours été d'accord avec lui.

Il y a deux soirs, je buvais une bière, une Corona en l'occurrence, avec un de mes amis qui n'a jamais été chiraquien, qui d'ailleurs n'a jamais été membre d'une famille politique qui aurait pu être dans l'orbite chiraquienne, plutôt un homme de gauche, qui me disait sous le coup du secret - je ne donne pas son nom, car vous le connaissez - qu'en 1995, alors jeune homme, il s'était rendu à un des meetings de campagne organisés par Jacques Chirac pour les jeunes. C'était à Bercy, me disait-il, et il me disait que, avant que celui qui était le candidat prenne la parole, Johnny Hallyday était présent et avait eu cette formule : « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac ».

Je ne sais pas ce qui me fascine le plus : la justesse du propos de Johnny Hallyday ou le fait que cet ami était présent à ce moment-là, mais la vérité, c'est que nous avons tous, nous, Français, quelque chose de Jacques Chirac et, quand je dis cela, je le dis avec une admiration profonde, mais aussi avec beaucoup de lucidité. 

Jacques Chirac n'était ni un saint ni un homme parfait. Derrière la truculence et la chaleur réelle, il y avait la dureté et la capacité à trancher. Derrière la fidélité à certains, il y avait des trahisons qu'il avait subies et des décisions qu'il avait dû prendre. Il était un homme et, parce qu'il était un homme, il n'était pas parfait. Il était un homme engagé et je voudrais citer cette phrase que l'on attribue parfois à Charles Péguy - je crois que c'est Finkielkraut qui l'attribue à Péguy - : il parle de « ceux qui ont les mains propres parce qu'ils n'ont pas de mains ». Il avait pris la décision de mettre dans sa vie publique « les mains dans le cambouis » pour essayer d'avancer. 

Et puis, il était un chef d'État, et un chef d'État ne vit pas dans un monde parfait. La perfection et la pureté ne sont pas des critères qu'on peut lui opposer, mais le réalisme, l'intérêt de la France, la conception que l'on a des relations internationales et du bien-être et des intérêts de son peuple, voilà ce qui a guidé Jacques Chirac, voilà pourquoi il n'était pas un homme parfait et voilà pourquoi, parce qu'il était profondément Français, parce qu'il était amoureux de la France et de ses concitoyens, parce qu'il avait, selon la formule que je trouve belle, « un ami dans chaque village », voilà pourquoi nous retrouvons tous, à un moment ou à un autre de sa vie ou de ses choix, quelque chose qui nous touche.

Et ce qui nous rassemble - François l'a très bien dit -, c'est ce qui rassemble une nation. Une nation, ce n'est pas simplement un peuple d'individus qui partageraient des intérêts. Une nation, c'est autre chose : c'est un peuple d'individus libres qui partagent des valeurs, des souvenirs, des aspirations, des tendresses, des oppositions et des crispations.

Et, lorsque défilent un par un très grand nombre de Français pour saluer et célébrer la mémoire de Jacques Chirac, c'est exactement ce qui se passe. Nous partageons quelque chose autour de quelqu'un qui a représenté quelque chose d'important pour la France, pour cette nation qui est la nôtre. 

L'amour de la France et des Français, les convictions européennes qu'il s'était construites, le choix très gaullien d'une amitié franco-allemande assumée, qui n'était pas rêvée ou idéalisée, qui était lucide, c'est-à-dire la conviction qu'il faut construire ce lien entre la France et l'Allemagne si nous voulons éviter qu'un jour dans l'histoire les chemins de traverse, les lignes de plus grande pente et les mauvaises habitudes puissent reprendre, ce choix de l'amitié franco-allemande, cette défense du multilatéralisme, cette vision d'une France qui parlerait à tous, parce que les États doivent se parler, François a eu raison de dire que le choix de 2003 est un choix qui s'est largement fait contre sa famille politique, qui pensait que le lien Atlantique était plus fort que, au fond, presque tout. Cela n'a pas été le choix du président Chirac. 

Le choix de supprimer le service national en 1995, non pas pour le plaisir de supprimer le service national, mais pour faire en sorte que la France puisse se doter demain d'une défense à la hauteur de ses intérêts et des menaces auxquelles elle devrait un jour faire face, ce choix-là a largement été fait contre sa famille politique. Il a été fait avec l'idée qu'un homme d'État pense moins à sa famille politique qu'à ce qu'il croit juste pour le pays, et il y a là quelque chose comme une leçon, en tout cas une leçon que, moi, je me donne et que je reçois moi-même et que chacun d'entre nous médite, je le sais. C'est une leçon, au fond, d'espoir et d'avenir. 

Je n'oublie pas ses choix, je n'oublie pas le choix constant qu'il a fait dans la politique de lutte contre le handicap. Deux grandes lois en la matière à 30 ans d'écart datent de 1975 et de 2005. Ce n'est pas un hasard : c'est le choix constant d'un homme qui sait qu'il faut porter une attention particulière à ceux qui se trouvent dans une situation particulière et difficile.

Autrement dit, nous avons sans doute tous en nous quelque chose de Jacques Chirac et je trouve, cher François, qu'avoir pu le dire tous les deux ici à cette tribune a quelque chose de surprenant, mais de touchant, que je n'oublierai pas.

François a eu raison de dire que nous parlions entre nous au moment d'une rentrée et à un moment où les vents et les vents menaçants se lèvent partout. Il a cité un grand auteur palois ; je pourrais citer un grand auteur Havrais : Sénèque. Sénèque était un peu Havrais ! Il ne l'était pas, mais, s'il avait connu Le Havre, il le serait devenu !

Sénèque, comme vous le savez, disait qu'il n'y a pas de vents favorables pour celui qui ne sait pas dans quel port il veut se rendre. Que les vents mauvais soient levés, c'est l'évidence et il faut en avoir conscience, mais ils ne se tairont pas et il serait illusoire et probablement irresponsable d'imaginer qu'ils vont disparaître d'eux-mêmes et il serait illusoire et irresponsable d'imaginer que, parce qu'ils se sont levés, il faudrait rester tranquillement au port en se disant que rien ne doit bouger, rien ne doit changer. Nous avons tous cette conviction, Mesdames et Messieurs, nous la partageons, j'en suis sûr : parce que les vents mauvais se sont levés, nous devons savoir où aller. C'est la responsabilité du capitaine, c'est la responsabilité de la majorité, c'est la responsabilité du chef de l'État de dire dans quel port nous allons et comment nous y allons et c'est une tâche redoutablement difficile, redoutablement exaltante et je partage tous les mots : la fierté, l'admiration, la reconnaissance aussi à l'égard du président de la République de tenir ce rôle, de prononcer ces mots, de prendre ces initiatives au niveau national et au niveau international pour faire en sorte que la singularité française demeure et que les intérêts de notre pays soient défendus. 

Mesdames et Messieurs, tout cela exige que nous fassions ce sur quoi nous nous sommes engagés, que nous puissions mettre en scène ou plus exactement en oeuvre cet acte 2, comme il a été baptisé, qui veut que nous puissions continuer à aller loin et à transformer notre pays en prenant en compte ses aspirations profondes et en essayant d'associer, d'enrichir notre projet en permanence par ce que souhaitent les Français.

Car François a raison, il en va d'un pays comme d'une commune : on ne l'emmène loin que lorsqu'elle sait où on l'emmène et que lorsqu'elle définit là où elle veut aller. Et c'est, non pas facile - je ne veux pas diminuer les mérites du maire de Pau et des autres -, mais c'est plus facile, nous le savons, à l'échelle municipale qu'à l'échelle nationale. Et pourtant, c'est cette exigence que les maires comprennent, soit parce qu'ils le sentent intuitivement, soit parce qu'ils l'on appris, c'est cette dimension que nous voulons donner à la politique nationale en ne la regardant pas de façon naïve, mais en la portant de telle façon que nos concitoyens puissent participer à l'élaboration et à la définition des politiques publiques que nous allons mettre en oeuvre.

Des vents défavorables sans doute, mais des projets extraordinaires. Je le dis comme je le pense. 

Nous soumettons depuis quelques jours à l'Assemblée nationale un projet de loi de bioéthique. Je ne vais pas revenir sur le fond, mais je voudrais indiquer quelque chose qui me semble important, peut-être pas plus important que le fond, mais important sur ce qu'est la démocratie et ce sur quoi nous appelait à réfléchir François tout à l'heure : la tonalité de ce débat.

Nous avons veillé - et, quand je dis « nous », c'est le gouvernement, mais c'est la majorité et c'est, je crois, les femmes et les hommes de bonne volonté - à ce que ce débat sur la loi de bioéthique puisse être le plus serein possible. Quand je dis « serein », cela ne veut pas dire que tout le monde pense la même chose, loin s'en faut, et cela n'a échappé à personne, mais cela veut dire que, justement, nous voulons en faire un débat démocratique où les arguments s'échangent, où les expériences sont évoquées, où l'on écoute ce que disent les gens qui ne sont pas d'accord avec vous. Tout cela tranche singulièrement, Mesdames et Messieurs, avec d'autres débats dans des champs qui ne sont pas très éloignés que j'ai connus, parlementaire de l'opposition en 2014 ou en 2013, et qui, justement, n'étaient pas portés par cette idée qu'il est légitime que certains ne soient pas d'accord avec d'autres, que nous n'apportons pas avec le projet du gouvernement la vérité ou la lumière, là où les autres seraient, par définition, dans l'erreur et dans la réaction. Nous apportons une position réfléchie et cohérente et nous la soumettons au débat public et à l'appréciation de chacun, parce que c'est cela la démocratie, cette tonalité à laquelle le Modem contribue largement. Je veux saluer le rôle important que joue dans la commission et comme rapporteur Philippe Bertin. Le Modem contribue largement à cette tonalité. Soyez-en remerciés, car ce que nous faisons là pour la démocratie est à la hauteur des enjeux, j'en suis sûr.

De même, nous entrons dans une période compliquée de réforme des retraites. Pourquoi réformer les retraites ?... parce que ce n'est pas facile ! C'est sûr que, si on avait voulu jouer la facilité, on n'aurait pas regardé.

Nous ne le faisons pas par je ne sais quelle fascination pour la difficulté : nous le faisons parce que nous pensons que ce système doit être modifié. Nous pensons que ce système comporte en lui-même des injustices trop notables. Nous pensons que sa solidité n'est pas garantie. Nous pensons qu'il est surtout de moins en moins adapté à la réalité de ce que sont aujourd'hui, et les métiers, et les carrières professionnelles et que, donc, si nous voulons convaincre les plus jeunes d'entre nous, ceux qui, à 30 ou 35 ans, vous disent parfois très brutalement, très cruellement : « Mais moi, je n'en aurai pas de retraite », qui ne croient pas que le système actuel sera capable de délivrer une retraite dont ils seraient certains, alors, nous devons modifier ce système, non pas d'ailleurs le réformer, le corriger ici ou là, mais le refonder, et je voudrais dire que les trois priorités, les trois accents toniques qui ont été évoqués par François tout à l'heure me vont parfaitement.

L'idée que, dans notre système universel, les droits acquis par ceux qui ont travaillé soient conservés est une idée juste que je partage totalement. 

L'idée selon laquelle nous devons créer le mécanisme qui permette de garantir la valeur du point, c'est-à-dire, au fond, la prévisibilité et que ce ne soit pas simplement une décision prise dans un bureau, fût-il ministériel, voire premier ministériel, mais par un organisme qui associe les forces, qui représente ceux qui travaillent, tout cela me va très bien et de cela nous discuterons dans le cadre des négociations qui ont été engagées pour imaginer le futur système. 

L'idée - et c'est le troisième point sur lequel François a insisté - que, dans le cadre de la définition d'un régime universel, on ne perde jamais de vue un certain nombre de particularités et d'efforts passés, non seulement je suis très à l'aise avec cela, mais le Haut-commissaire, l'ensemble de la majorité peuvent parfaitement, et l'entendre, et le prendre en compte.

Nous sommes en train de refonder le système. C'est difficile, c'est exaltant, c'est anxiogène parfois, mais c'est nécessaire. Lorsque je me suis exprimé au Conseil économique, social et environnemental, j'ai cité un autre grand auteur Havrais : Jean-Jacques Rousseau ! Il n'était pas non plus Havrais, mais, quand il a écrit, il aurait pu être Havrais, car Le Havre existait ! Jean-Jacques Rousseau parle de « la force commune qui vient de l'association de chacun », de cette force commune qui est au coeur du contrat social qui vient de l'association d'hommes et de femmes - à l'époque de Rousseau, c'était surtout des hommes libres. 

C'est cela notre projet, c'est refonder d'une certaine façon le modèle social. Ce n'est pas un petit projet, ce n'est pas une petite réforme. Il faut prendre le temps de l'expliquer et de la penser et nous allons prendre ce temps, car nous avons le temps. Nous ne le faisons pas sous le coup de l'urgence financière. Les systèmes sont en déséquilibre aujourd'hui et tout indique qu'ils vont continuer à être en déséquilibre d'ici 2025, mais nous avons voulu nous en assurer et le faire garantir par une expertise indépendante.

Mais ce déséquilibre à l'horizon de 2020 et 2025 n'est pas la raison pour laquelle nous créons un système universel, ce n'est pas vrai. Nous le faisons parce que nous pensons que, en 2035, en 2050, en 2060 ou 2070, le système que nous allons créer étant plus juste et plus solide, il offrira ce contrat social qui fait qu'une nation se tient. Nous travaillons, au fond, pour les générations futures et c'est très bien ainsi, car c'est aussi la mission que vous portez et que vous confiez aux parlementaires qui vous représentent et c'est aussi l'aune à laquelle on doit fixer le débat public et l'intérêt général.

Mesdames et Messieurs, retraites, bioéthique, transition écologique, budget… je ne vais pas vous faire le budget !, mais retenez trois choses, parce qu'elles sont importantes.

Nous allons baisser les impôts largement, considérablement : encore 10 milliards cette année, encore 10 milliards d'euros de baisse nette d'impôts. C'est considérable. Et nous allons le faire conformément à ce que les parlementaires, y compris ceux du Modem, ont dit, c'est-à-dire en veillant à ce que cette baisse d'impôts puisse concerner majoritairement la première tranche de ceux qui sont soumis à l'IRPP, à l'impôt sur le revenu.

Baisse des impôts des ménages avec la taxe d'habitation, avec l'IRPP.

Nous aurons en 2020 le plus faible déficit depuis 20 ans : 2,2. On pourra toujours dire - et j'en entends certains me le susurrer déjà ou plutôt le dire avec un accent plus tonique - que l'on pourrait faire mieux. Sans doute, mais nous aurons le déficit le plus faible depuis 20 ans. Souvent, ceux qui disent que ce n'est pas assez peuvent se reporter à ce qu'ils ont essayé de faire eux-mêmes et je ne les critique pas, parce qu'ils ont sans doute fait du mieux qu'ils pouvaient, mais il se trouve que ce sera le plus faible depuis 20 ans. Vous voulez que je le redise pour que ce soit bien… ?

Il y a une troisième chose que je veux dire : c'est que ce budget sera - et c'est bien naturel - le budget des engagements tenus, c'est-à-dire que l'ensemble des engagements que nous prenons sur les priorités, sur les efforts qu'il convient d'apporter, là aussi, sera tenu. Ce budget que les ministres présenteront à l'Assemblée nationale et au Sénat dans les jours et les semaines qui viennent et qui sera évidemment débattu, discuté, est - je vous le dis comme je le pense - un budget conforme à ce que nous voulons faire.

Et puis, dans quelques mois, il y aura après tout cela les municipales, et je voudrais presque conclure sur ce sujet.

La première fois où j'ai eu la chance de longuement parler avec François Bayrou, c'était au Havre. Il s'en souvient. Avant - je vous parle de cela il y a longtemps, je n'étais pas Premier ministre -, nous nous croisions et c'était souvent bref, il faut bien le reconnaître. Mais, un jour, François est venu au Havre faire ce que font souvent les maires : venir voir, comprendre, et nous avons visité le port du Havre, nous avons dîné, nous avons parlé. C'était en 2014, je crois. Et puis, je me souviens, il y a deux ans, en septembre 2017, être venu à la foire de Pau et avoir eu la chance de découvrir la façon dont tu voyais ta ville, François, ses projets, sa réalité, ses difficultés. 

Pourquoi je vous raconte cela ? D'abord parce que, quand les maires se rencontrent, ils se racontent des histoires de maires, mais surtout parce qu'être maire, c'est radicalement différent de l'exercice de tous les autres mandats. Je n'y peux rien, c'est comme cela. Ce n'est pas moi qui… C'est comme cela. Je vous dis que c'est comme cela ! C'est effectivement quelque chose de radicalement différent dans le lien que l'on entretient avec sa population, dans la capacité que l'on a à voir le produit de ce que l'on a décidé - c'est difficile ailleurs de voir le produit de ce que l'on a décidé : c'est facile lorsqu'on est maire -, dans la capacité que l'on a à toucher directement la vie de tous les gens, de tous ses concitoyens, dans cette espèce d'harmonie ou de tension permanente entre des dossiers qui sont de l'hyper urgence ou de l'hyper trivial et des dossiers qui exigent des choix qui vont engager la vie sur 30, 40, 50 ans.

Tout cela, c'est être maire.

Les élections municipales - François l'a souvent dit, Stanislas le sait -, ce ne sont pas des élections partisanes, et je ne doute pas, car cela a toujours été le cas, Mesdames et Messieurs, que, au soir du deuxième tour des élections municipales, certains, sur des plateaux de télévision parisiens ou peut-être ailleurs, voudront faire une lecture partisane des résultats des élections municipales. Je n'en doute pas. En fonction des résultats, ce ne sera pas forcément les mêmes ! Mais je sais profondément que cette logique partisane n'a qu'une importance minime, marginale, accessoire dans les mécaniques et les logiques qui doivent prévaloir à l'échelon municipal.

Et je le dis parce que j'ai eu l'occasion de le dire - Stanislas, tu le sais - aux Journées parlementaires de la République en Marche à Bordeaux : faire en sorte qu'une formation politique qui a commencé sa vie au niveau national puisse progressivement s'enraciner à l'échelon local est un exercice qui a toujours été et qui sera toujours un exercice lent, toujours. Cela prend du temps et ce n'est pas grave et il faut l'assumer. Cela prend du temps, il faut donc composer, il faut donc reconnaître, il faut donc cultiver les complémentarités sans jamais rien renier de ses idées, jamais.

Cet exercice que nous sommes en train de faire et qui se passe, en vérité, de mon point de vue, cher François, cher Stanislas et chers tous les autres, beaucoup mieux que ce que l'on dit, est important à long terme, il est important pour le territoire, pour nos communes et il est important à très long terme.

Si nous essayons de savoir transformer le pays, si nous savons dans quel port nous voulons aller, si nous préparons ces échéances électorales, c'est parce que, au fond, nous aimons la France, et nous ne devons jamais perdre le sens de notre action et de notre engagement.

Les femmes et les hommes et le contact humain, l'intérêt de notre pays et ce que nous voulons préparer pour nos enfants et nos petits-enfants, la France que nous voulons construire et que nous aimons, c'est une mission exceptionnelle, c'est une mission qui, dans tous les pays, est difficile à conduire, et je me souviens avoir entendu un jour le président de la République - c'était lors du premier congrès qu'il avait tenu à Versailles - dire que la France était peut-être irréformable. J'espère que, très exceptionnellement, sur ce point, il se trompait ! Je le dis respectueusement.

Je voudrais conclure en vous disant que j'ai une très grande confiance dans notre capacité à avancer et à être à la hauteur de ce que le pays nous demande et de ce qu'il attend. Une très grande confiance. 

Ce week-end restera marqué par Guidel. Il restera marqué par la réunion de Fontainebleau de nos amis d'AGGIR. Il restera marqué par des déclarations qui montrent que notre majorité a vocation à s'agrandir. C'est une incroyable nouvelle. Cela n'arrive jamais, 2 ans après une élection présidentielle, que la majorité s'agrandisse. Je l'ai vue s'étioler dans des quinquennats ou des septennats précédents. Il se trouve qu'elle s'agrandit et c'est plutôt une excellente nouvelle.

Ce week-end restera marqué aussi par une réunion dont je ne veux pas citer le nom à cette tribune, mais qui me frappe par la violence et par la tonalité des propos qui ont été prononcés. Cette prétendue convention d'une prétendue droite a donné lieu à des discours que je trouve nauséabonds et profondément contraires à l'idée que nous nous faisons de la France et de la République.

Une des dernières interventions, Mesdames et Messieurs, du président Chirac en mars 2007 a été pour encourager ses concitoyens, pour nous encourager à toujours et systématiquement refuser l'extrémisme. Ces propos ont 19 ans… non 12 ans. Ils ont été prononcés par un homme qui, en 2002, s'est retrouvé face à Jean-Marie Le Pen au deuxième tour d'une élection présidentielle. Ces propos n'ont perdu en rien leur acuité et c'est à nous, sans se livrer à des excommunications, sans se borner à une forme de condamnation morale, mais en transformant notre pays et en faisant en sorte qu'il soit celui que nous voulons, qu'il nous appartient d'être à la hauteur de cette dernière exhortation.


Je vous remercie.


Source https://www.mouvementdemocrate.fr, le 2 octobre 2019 
 

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Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 11 septembre 2019, sur le projet de loi Bioéthique et le débat sans vote sur l'immigration.

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à France 2 le 11 septembre 2019, sur le projet de loi Bioéthique et le débat sans vote sur l'immigration. Marc Fesneau 11/09/2019 projet de loi Bioéthique immigration
  • Marc Fesneau - Ministre chargé des relations avec le Parlement

CAROLINE ROUX
Bonjour.

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez ce matin Marc FESNEAU.

CAROLINE ROUX
Oui, alors, Marc FESNEAU, il est ministre des Relations avec le Parlement, et au Parlement sont attendus des débats dans les semaines qui viennent, hautement inflammables.

CAROLINE ROUX
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Je parlais de débats hautement inflammables, je pense bien sûr en particulier au débat sur la PMA qui est discuté en ce moment même en commission, et pourtant c'est la GPA, la Gestation Pour Autrui, qui s'invite dans le débat. Est-ce que le gouvernement va reconnaître la filiation des enfants nés d'une GPA à l'étranger, par circulaire, comme on l'a entendu hier ?

MARC FESNEAU
Non, pas du tout, d'ailleurs la garde des Sceaux a tout à fait explicité les choses. Il y a une circulaire qui est en préparation. D'abord, les mots ont un sens. Une circulaire, c'est quoi ? Une circulaire, ça permet d'expliciter un texte de loi ou un règlement, et donc ça ne produit pas de la loi, une circulaire, ça produit l'explication d'une loi. Et elle vise à repréciser ce qu'est la jurisprudence de la Cour de cassation, et la loi française, c'est-à-dire que la GPA est interdite, que le père biologique et reconnu automatiquement, en lien de filiation, et que le deuxième conjoint, qui soit une mère ou un père, est reconnu par le lien de filiation, par l'adoption. Et donc rien ne change dans le dispositif, il n'est pas question de modifier la loi, simplement il y a eu un arrêt de la Cour européenne de justice, on attend un arrêt de la Cour de cassation, et donc la circulaire visera à éclairer des décisions de la Cour de cassation et de la Cour européenne de justice.

CAROLINE ROUX
Les Républicains disent, en gros : c'est une façon de légitimer la GPA dans la société, dans aucune consultation préalable.

MARC FESNEAU
Il suffit de lire les textes, c'est une circulaire qui tient compte de la jurisprudence constante de la Cour de cassation sur ces sujets, interdiction de la GPA, je le répète, et mode de filiation par les voies que je viens d'évoquer. Donc il n'y a pas de polémique. Je vois bien que certains essaient d'entraîner des polémiques, n'arrivant pas à en trouver peut-être sur le texte lui-même, mais il n'y a aucune polémique à avoir sur la GPA, le texte est clair.

CAROLINE ROUX
Ça tombe mal, quand même. Ça tombe mal, c'est-à-dire que le gouvernement essaie d'expliquer depuis des semaines qu'il n'y a pas de lien, qu'il y a un texte sur la PMA et qu'il n'y a pas de lien et de volonté d'ouvrir la voie à la GPA, ce que disent évidemment les détracteurs du texte sur la PMA. Ça donne le sentiment de leur donner raison, d'une certaine manière.

MARC FESNEAU
C'est un sentiment inexact, parce que les faits sont têtus, comme disait l'autre, et que les faits disent que ça n'est pas une modification de la loi sur la GPA.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire qu'il n'y aura pas d'amendement dans le texte ?

MARC FESNEAU
Il n'y aura pas d'amendement…

CAROLINE ROUX
Parce que plusieurs amendements ont été déposés sur ce texte de bioéthique.

MARC FESNEAU
Non mais qu'il y ait des amendements par les parlementaires, je suis ministre des Relations avec le Parlement, les parlementaires librement déposent des amendements, mais le coup de la position…

CAROLINE ROUX
Sur ce point précis, sur la reconnaissance ?

MARC FESNEAU
Je crois qu'il y a des parlementaires qui le souhaitent, mais... Non non, mais je crois qu'il y a des parlementaires qui le souhaitaient, mais la position du gouvernement, constante, et la position de la majorité, c'est une position de ne pas changer la loi telle qu'elle est aujourd'hui.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire quoi ces amendements pour faciliter la reconnaissance d'enfants nés de GPA à l'étranger, ne sont pas les bienvenus dans le texte que vous allez défendre.

MARC FESNEAU
Non, c'est la position que nous défendons depuis le début, et que je continue à défendre devant vous ce matin, donc il n'y a pas de polémique, d'inquiétude et d'ambiguïté à avoir là-dessus.

CAROLINE ROUX
Il y aura des amendements sur ce texte ? Comment est-ce que vous appréhendez cette discussion, je le disais peut-être à tort, dites-le-moi si c'est le cas, sujet hautement inflammable, en tout cas qu'il faut manier avec précaution. Qu'est-ce que vous dites aux députés notamment de la majorité ? En gros : attention, ne soyez pas jusqu'au-boutistes sur ce texte ?

MARC FESNEAU
Je dis aux députés de la majorité de l'opposition, c'est que c'est un débat qui ne tient pas d'ailleurs que sur la question de la PMA, l'accès origine, la filiation, la PMA post-mortem, la recherche scientifique sur les embryons, enfin c'est un texte avec beaucoup beaucoup de sujets, qui mettent en abyme sur beaucoup de sujets en termes d'éthique. Et je dis aux parlementaires de la majorité, comme de l'opposition : débattez, exprimez vos positions, respectez les positions des autres et faites-le avec le souci d'être sur un texte. Ce n'est pas qu'il est inflammable seulement, c'est un texte qui porte de lourdes conséquences sur la société que nous voulons, et donc c'est avec ce regard-là qu'on…

CAROLINE ROUX
Vous le considérez comme une avancée pour la société ce texte-là ?

MARC FESNEAU
Oui, je pense que c'est une avancée pour la société, et par ailleurs sur d'autres sujets que celui qui parfois occupe principalement les médias ou les discussions, il y a des tas de sujets sur lesquels il faut le faire avec la prudence nécessaire et avec la nécessité de faire évoluer. Je rappelle d'ailleurs que les lois de bioéthique sont révisables tous les 7 ans et c'est pour ça que nous sommes au rendez-vous des lois de bioéthique.

CAROLINE ROUX
Ce que je n'ai pas bien compris, c'est sur la PMA, ça sera le texte, rien que le texte, où vous dites aux députés de la majorité précisément, puisque vous dites qu'ils ont le droit de s'exprimer et de débattre, il peut être amandé ce texte.

MARC FESNEAU
Mais, la garde des Sceaux a fait un certain nombre d'ouvertures, notamment sur la question des modalités de reconnaissance de la filiation par la PMA, et donc le débat permettra d'avancer, le gouvernement est ouvert évidemment au débat, mais il y a des lignes, j'en ai fixé une sur la GPA, il y a des lignes qui sont celles du gouvernement et de la majorité qui ne seront pas franchies.

CAROLINE ROUX
Alors, autre sujet hautement inflammable, ou pas, vous allez me dire. L'immigration, le président a voulu un débat annuel sur l'immigration, il aura lieu le 30 septembre. Est-ce que vous pensez que la majorité est prête à évoquer la question des quotas ? Le président avait eu cette expression, il avait parlé d'objectifs migratoires annuels, est-ce qu'ils peuvent être fixés au Parlement, comme l'avait dit le président, est-ce que c'est la volonté de la majorité ?

MARC FESNEAU
D'abord c'est une bonne nouvelle que pour la première fois au Parlement on passe, on parle de ce sujet.

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas la première fois.

MARC FESNEAU
Sous la forme d'un débat consacré seulement à ce sujet, oui. On a parlé de loi de l'immigration, au travers de lois au projet de loi. Là c'est un débat simple, sans vote, qui permet de poser l'ensemble des sujets, d'ailleurs il y aura les trois ministres, non seulement Christophe CASTANER le ministre de l'Intérieur, mais aussi Jean-Yves LE DRIAN et Agnès BUZYN, pour regarder la globalité du sujet de l'immigration qui est posé, et ce qui est, ce n'est pas une question de quotas, c'est une question de quelle est la politique migratoire de la France, quelle est la politique migratoire que nous devons conduire en Europe et comment on fait en sorte de mieux réguler les flux ?

CAROLINE ROUX
C'est un colloque quoi.

MARC FESNEAU
Non, ce n'est pas un colloque. Non, parce qu'on ne fait pas de colloque à l'Assemblée nationale.

CAROLINE ROUX
Je vous taquine, Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Je vois que vous me taquinez, mais c'est un sujet, pour répondre à votre question, c'est un sujet suffisamment sérieux, et d'ailleurs vous ne le dites pas autrement, pour qu'on puisse s'en saisir à l'Assemblée nationale, qu'on puisse s'en saisir sans passion et qu'après on regarde les dispositions éventuelles qu'il faudrait prendre, mais on a besoin d'en parler.

CAROLINE ROUX
Mais l'objectif migratoire annuel, ça, ça peut déboucher ?

MARC FESNEAU
Ça sera mis au débat. J'imagine que des gens le mettront au débat et que ce sera mis au débat, mais laissons faire le débat, essayons de poser les bases aussi sereinement que possible, de ce débat qui est difficile, et deuxièmement d'un sujet qui va être difficile parce qu'on voit bien que la question des flux migratoires c'est une question qui est, dont on peut croire qu'elle est derrière nous, mais en fait elle est aussi éminemment devant nous.

CAROLINE ROUX
C'était un objectif présidentiel, en l'occurrence.

MARC FESNEAU
C'est un objectif présidentiel.

CAROLINE ROUX
Un mot sur la violence. Demain, des maires victimes de violences seront reçues par Sébastien LECORNU, qui est en charge des collectivités locales, on a vu des images de permanence de parlementaires saccagées pendant une partie de l'été, à part dénoncer ces violences, ont fait quoi ?

MARC FESNEAU
Il faut qu'on trouve des mécanismes, à la fois dans les débats parlementaires, c'est pour ça que d'ailleurs je veille toujours pour ma part à faire en sorte que quand on mène des débats on essaie de les mener avec à la fois la force de conviction qui est celle des uns et des autres, et en même temps faire toujours attention aux mots qu'on emploie. Parce que quand on emploie les mots de la violence, d'une certaine façon on accrédite la thèse que ça pourrait être un moyen d'expression. Et deux, on est dans une société, pas la nôtre seulement, mais dans une société mondiale, d'une certaine façon, qui a du mal à exprimer son désaccord autrement que par la violence, donc évidemment il faut dénoncer, et deux, il faut trouver des mécanismes. C'est aussi la volonté que nous avons au travers par exemple des débats et de la concertation, et la consultation, des attitudes qu'il faut avoir avec les citoyens, pour que s'exprime la colère ou s'exprime parfois le désaccord par autre chose que les voies de la violence. Ça veut dire qu'il faut qu'il y ait des débats au Parlement, ça veut dire qu'il faut qu'il y ait des débats dans les territoires, et c'est comme ça qu'on retrouvera ce lien de confiance.

CAROLINE ROUX
De la sérénité et de l'apaisement en cette rentrée. Un mot sur Sylvie Goulard. Elle est membre du MoDem, désignée comme…

MARC FESNEAU
Elle n'est plus membre du MoDem.

CAROLINE ROUX
Elle était membre du MoDem, elle est issue de vos rangs, désignée comme commissaire européen aux Marchés intérieurs, elle a être entendue mardi par la police judiciaire dans le cadre des affaires des emplois fictifs présumés, on appelle ça l'affaire du MoDem. Elle va devoir s'expliquer sur ses rémunérations par un think tank américain, alors qu'elle était élue au Parlement européen. Ce n'est pas illégal mais ça peut poser des problèmes de conflits d'intérêts. Est-ce que c'était un choix risqué pour la France ?

MARC FESNEAU
Le choix du président de la République a été le choix de la compétence. Par ailleurs Sylvie GOULARD sera auditionnée par les parlementaires européens, je crois que c'est la première semaine d'octobre que tous les commissaires sont auditionnés. On sait l'exigence que celle des parlementaires dans ce type d'auditions, et j'imagine que Sylvie GOULARD aura à coeur de répondre aux questions qui sont posées, celles que vous posez, et donc c'est un processus normal et démocratique assez sain d'ailleurs, on ne le souligne pas assez, parce qu'on pourrait dire que ça ne se passe pas en France. Les commissaires européens, c'est l'équivalent des ministres d'une certaine façon, au Parlement européen ils sont auditionnés par les commissaires... par les députés qui ont capacité à leur poser toutes les questions qu'ils veulent, et éventuellement mette en cause, ou les compétences, ou tel ou tel sujet. Et donc, j'imagine que Sylvie GOULARD aura à coeur de répondre à toutes ces questions.

CAROLINE ROUX
Il paraît que c'est un choix qui avait heurté François BAYROU.

MARC FESNEAU
Oui, on ne va pas commenter, moi je ne pense pas que l'objet soit de commenter les choix du président de la République. Le président de la République fait des choix en conscience, et généralement c'est des bons choix.

CAROLINE ROUX
Surtout quand on est ministre.

MARC FESNEAU
Peut-être, mais en tant que tel, vous ne m'avez jamais vu avant et je ne le ferai pas après.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci beaucoup Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 septembre 2019 
 

Bioéthique Bioethique Projet de loi Procreation artificielle Filiation Amendement Polemique Debat parlementaire Politique de l'immigration Mouvement democrate 193001855

Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à Public Sénat le 5 juin 2019, sur les évolutions de la vie politique en France et sur la politique gouvernementale.

Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à Public Sénat le 5 juin 2019, sur les évolutions de la vie politique en France et sur la politique gouvernementale. Didier Guillaume 05/06/2019 Politique gouvernementale

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de Territoires d'infos avec l'invité politique. Ce matin, Didier GUILLAUME qui est le ministre de l'Agriculture. Merci d'être avec nous présent sur ce plateau ce matin.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Pour vous interroger à mes côtés Marcelo WESFREID du Figaro et Pascal JALABERT du groupe Ebra. Bonjour messieurs, merci d'être avec nous. Didier GUILLAUME, on rentre de plein pied dans l'actualité tout de suite avec la reconstruction de la droite. Je vais vous donner si c'est une bonne chose, bien que vous êtes un homme de gauche, on le sait. Est-ce qu'il y a nécessité démocratique d'avoir une gauche, une droite dans ce pays ? La question est posée. Et vous voyez comment cette initiative de Gérard LARCHER hier soir de reconstruire la droite à travers les territoires d'ailleurs ? Vous l'avez vu.

DIDIER GUILLAUME
Non mais la gauche et la droite existent. Je suis un homme de gauche, il y a des hommes et des femmes de droite. La réalité, elle est là. Sur le plan social, sur le plan sociétal, sur le plan économique.

CYRIL VIGUIER
Quand on regarde le score aux dernières élections, on peut avoir des doutes.

DIDIER GUILLAUME
Pas du tout, ça existe. Simplement, les socio-démocrates et la droite républicaine ont voté pour la liste d'Emmanuel MACRON. C'est ça la réalité. Le grand changement politique dans ce pays, c'est qu'Emmanuel MACRON a compris avant tout le monde peut-être que les partis politiques étaient dans un tel état qu'ils ne pouvaient plus continuer à gouverner de la même façon que préalablement et qu'en offrant une nouvelle offre politique, en rassemblant le centre droit et le centre gauche, en faisant une politique pour la France à la fois qui protège les Français et qui libère l'économie, nous avons réussi à faire en sorte que ce socle soit fort. D'ailleurs les résultats sont déjà là. Si l'on regarde ce qui est sorti hier ou avant-hier par exemple, l'attractivité de la France, nous sommes passés devant les Allemands en termes économiques. Le chômage baisse durablement, le meilleur score depuis dix ans. Hier dans le secteur de l'agriculture et de l'alimentation, 10 % des exploitations sont en bio. Les résultats de ce quinquennat sont déjà là.

CYRIL VIGUIER
Pourquoi ce n'était pas fait avant, sous les précédents quinquennats ? De François HOLLANDE que vous avez soutenu ?

DIDIER GUILLAUME
Moi, j'ai soutenu François HOLLANDE jusqu'au bout et aujourd'hui, en soutenant Emmanuel MACRON dans la foulée, comme des dizaines, des centaines de milliers d'électeurs de gauche, d'électeurs socialistes. Enfin, à l'élection présidentielle, le Parti socialiste allié aux Radicaux de gauche et allié aux Verts a fait 6,5. Aux Européennes, il a fait 6,5. La droite avait fait 20 % à la présidentielle, elle fait 8,5 aujourd'hui. Cela montre bien que les électeurs sont allés ailleurs. Et l'offre proposée par Emmanuel MACRON, par le gouvernement correspond à ce que veulent les Français

MARCELO WESFREID
Didier GUILLAUME…

DIDIER GUILLAUME
Je termine si vous permettez. Ils ne veulent plus des partis politiques, les gens ; ils veulent de l'orientation.

MARCELO WESFREID
Quand vous avez le président du Sénat qui prend un rôle quasiment partisan, qu'est-ce que vous en pensez ? Et est-ce que ça ne va pas avoir des conséquences sur la réforme institutionnelle que vous voulez lancer ?

DIDIER GUILLAUME
Moi, j'ai du respect pour le président du Sénat. Mais hier, quand je vois l'initiative qu'il prend, le président du Sénat, le président des régions de France, le président des départements de France, le président des maires de France, je me dis attention. Si ce sont les représentants politiques qui font cela, c'est leur responsabilité. Mais ça ne peut pas être les associations d'élus et le Sénat qui va reconstruire la gauche… Qui va reconstruire, pardon, la droite. C'est donc pour ça que moi, je n'ai aucun commentaire à faire. Je veux simplement dire qu'à droite comme à gauche aujourd'hui, les partis sont divisés, sont abîmés mais ce n'est pas mon problème. Moi, je ne suis pas pour la défaite de la droite ou la défaite de la gauche. Je ne suis pas contre la droite ou contre la gauche, ce n'est pas ça le sujet. Moi, je suis pour construire une force centrale qui soit capable de développer ce pays, de sortir des vieux clivages qui n'avaient plus de sens et qu'on en arrive à équilibrer à la fois avec des gens de gauche et des gens de droite pour que le président de la République soit soutenu par une force centrale majoritaire dans ce pays comme on l'a vu aux Européennes.

PASCAL JALABERT
Vous confortez le clivage avec le Rassemblement national qui parlait d'UMPS à l'époque. Donc maintenant vous dites : oui, il y a la force centrale et face à nous il y a le Rassemblement national.

DIDIER GUILLAUME
Mais monsieur JALABERT, moi je ne conforte rien. Moi je constate ce que veulent les électeurs, ce que font les électeurs. Vous savez, faire de la politique ce n'est pas allé au supermarché. Ce n'est pas dire : je vais mettre un peu plus de truc pour les anciens, un peu plus pour les jeunes, un peu plus pour ceci, un peu plus… Non, ce n'est pas cela. Les Françaises et les Français sont des gens intelligents, sont des gens autonomes et ils votent. Et qu'est-ce qu'ils ont fait aux élections européennes ? Ils ont voté à égalité pour la liste de l'extrême droite et la liste d'Emmanuel MACRON et Nathalie LOISEAU. Nous avons le même nombre de sièges. La droite a huit députés européens, nous en avons vingt-trois ou vingt-quatre. Les socialistes et LFI ont fait 6 % chacun. Cela montre bien aujourd'hui que les Françaises et les Français… Il ne faut pas inverser les choses. Il faut partir de ce que souhaite le peuple de France.

MARCELO WESFREID
On apprend par des fuites qu'en 2021, le Sénat devrait être renouvelé entièrement au lieu de l'être comme c'est actuellement tous les trois ans par moitié. L'opposition hurle. Pourquoi vous voulez passer en force ? Qu'est-ce qui vous pousse à vouloir changer tout à coup toute l'Assemblée ? Tout le Sénat, pardon.

DIDIER GUILLAUME
Non, non, mais il n'y a pas de passage en force. Il y a une réforme constitutionnelle, il y a le programme d'Emmanuel MACRON. Nous avons dit d'ailleurs…

MARCELO WESFREID
Vous confirmez bien ce point-là.

DIDIER GUILLAUME
Non. Je ne confirme absolument pas. Vous parlez : il y a des rumeurs.

MARCELO WESFREID
Marc FESNEAU, Marc FESNEAU…

DIDIER GUILLAUME
Je parle des rumeurs. Dans le programme de tous les candidats d'ailleurs, il était dit : il faut un Parlement qui légifère mieux, qui légifère plus vite, avec moins de députés et moins de sénateurs mais que l'ensemble des territoires soient représentés. C'est ce qui va se passer. Quelle latitude va avoir la majorité sénatoriale ? Est-ce qu'elle va être dans l'opposition politique au gouvernement et à Emmanuel MACRON ? Auquel cas, vraisemblablement la réforme constitutionnelle ne passera pas. C'est un choix politique. Soit elle veut construire et dans cette construction, nous disons d'ailleurs - ce travail se fait depuis plusieurs mois - qu'il faudra, en réduisant le nombre de députés et de sénateurs, faire en sorte que pour les sénateurs la ruralité ne soit pas oubliée. Dans l'acte 2 du quinquennat, Emmanuel MACRON met les élus, les maires au coeur de ce dispositif et la ruralité évidemment. Après il faudra bien réussir, à partir du moment où on réduit le nombre de parlementaires, est-ce qu'on le fait en deux fois ou est-ce qu'on le fait en une fois ? Ça, c'est le débat que nous allons avoir politiquement. Nous verrons bien. Il faudra que chacun prenne ses responsabilités.

MARCELO WESFREID
Mais vous ne l'excluez pas.

DIDIER GUILLAUME
Mais je ne l'exclus pas, je ne sais pas. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. Est-il possible de réduire de moitié la première tranche de 2020 et puis de réduire ensuite…

CYRIL VIGUIER
Mais vous avez été longtemps sénateur, Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Comment ?

CYRIL VIGUIER
Vous savez, vous connaissez bien ces problématiques.

DIDIER GUILLAUME
Je connais très bien.

CYRIL VIGUIER
Et donc vous avez une idée précise de ça.

DIDIER GUILLAUME
J'étais même comme sénateur, j'étais dans la commission que le président LARCHER avait mise en place.

CYRIL VIGUIER
Donc votre avis là-dessus ? Votre avis à vous en tant qu'ancien sénateur ?

DIDIER GUILLAUME
Moi je pense qu'il faudrait faire des choses en une fois parce que les choses seraient plus claires. Parce qu'après, on a un déséquilibre. Il y aura des sénateurs à deux niveaux : ceux qui auront été élus avec le nouveau système et ceux qui restent à l'ancien système.

CYRIL VIGUIER
Mais vous serez entendu au sein du gouvernement ?

DIDIER GUILLAUME
Mais je ne sais pas mais ça fait partie de la discussion. Nous verrons bien ce qui se passera. S'il est possible de rester en deux fois et à réduire à trois ans d'intervalle, pourquoi pas.

MARCELO WESFREID
On entend votre préférence.

DIDIER GUILLAUME
Non. Ça s'appelle une discussion et une négociation. Moi je n'ai pas de préférence. Moi je suis un acteur politique qui essaye de raisonner pour faire avancer notre pays.

PASCAL JALABERT
Justement la réforme constitutionnelle, ça va prendre du temps, du temps parlementaire donc ça arrive. Il y a la décentralisation, il y a les retraites, il y a l'économie circulaire, il y a sans doute quelques lois écologiques, il y a la bioéthique. Comment vous allez rentrer tout ça dans le calendrier ? Par quoi il faut commencer ?

DIDIER GUILLAUME
Alors je ne sais pas comment on va faire pour faire rentrer tout ça dans le calendrier. Vous avez quand même oublié le projet de loi de finances…

PASCAL JALABERT
Pardon, oui.

DIDIER GUILLAUME
C'est important. Qui va occuper les trois derniers mois de l'année. Après ça s'appelle des priorités politiques.

PASCAL JALABERT
Alors c'est lesquelles ?

MARCELO WESFREID
Vos priorités au gouvernement ?

DIDIER GUILLAUME
Moi, c'est de mettre en place la deuxième phase du quinquennat avec humilité mais détermination comme nous avons accueilli le résultat avec humilité et détermination.

MARCELO WESFREID
Concrètement. On commence par la bioéthique par exemple.

DIDIER GUILLAUME
Moi il y a un sujet qui m'importe beaucoup, c'est celui de la bioéthique et de la PMA. Et je souhaite vraiment que nous puissions, que le Parlement puisse délibérer. Les Français y sont favorables. Ce n'est pas une loi de division, c'est une loi de progressisme, c'est une loi de progression.

PASCAL JALABERT
Donc cet été ? A la rentrée ?

DIDIER GUILLAUME
Peu importe cet été ou à la rentrée. Je propose, moi, que les choses soient mises, se fassent le plus rapidement possible pour qu'on ne porte pas dessus. Vous savez, je crois que dans la vie politique il y a des décisions qui doivent être prise. La loi doit être débattue, votée et on passe à autre chose si je puis m'exprimer ainsi. Parce que laisser traîner des sujets ouverts comme ceux-là, c'est bon. Le temps passe, il y a eu les élections européennes.

PASCAL JALABERT
Oui, bien sûr.

DIDIER GUILLAUME
Donc il y a la loi de bioéthique, moi, qui m'importe beaucoup et j'aimerais qu'elle puisse se passer. Vous savez, on ne gère pas par rapport aux élections municipales.

PASCAL JALABERT
Non, non, bien sûr.

DIDIER GUILLAUME
Il y a la loi constitutionnelle, la différenciation. On ne peut pas gérer les ruralités comme les métropoles, et puis la loi sur les retraites que moi je soutiens de toutes mes forces. Parce qu'enfin un euro cotisé sera le même pour tout le monde.

MARCELO WESFREID
La réforme institutionnelle, il faut la faire en priorité cet été vous pensez ? Parce que ça va vous prendre deux mois et vous n'êtes pas sûrs d'arriver à un accord avec le Sénat.

PASCAL JALABERT
Puis il y a plusieurs lois en plus.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais ça… Dans la réforme constitutionnelle, il y a plusieurs lois. Je pense que les Français sont loin de tout ça. Ce qu'ils veulent les Français, c'est que l'on supprime la Cour de justice de la République. Je pense que…

MARCELO WESFREID
Sauf que c'est constitutionnel, il faut un accord avec le Sénat.

DIDIER GUILLAUME
Je pense que le Sénat sera d'accord pour ce genre de sujet. Les points de désaccord, ça peut être quoi ? Ça peut être le nombre de sénateurs et ça peut être la proportionnelle. Tout ça, ça fait partie de la discussion mais ça fait partie aussi de la campagne d'Emmanuel MACRON et je pense que c'est ce que souhaitent nos concitoyens. Il faut écouter le peuple, il faut écouter les Françaises et les Français et non pas… Le populisme, c'est aller à droite, à gauche, zigzaguer pour aller toucher des électorats particuliers. Non. Nous travaillons pour la France, pour les Françaises et les Français, pas pour une catégorie d'entre eux.

CYRIL VIGUIER
C'est Didier GUILLAUME, le ministre de l'Agriculture, qui est notre invité politique en direct ce matin dans Territoires d'infos. Mercredi, déclaration de politique générale du Premier ministre Edouard PHILIPPE. Acte 2 du quinquennat. Qu'est-ce que vous attendez des grandes lignes de ce discours ?

DIDIER GUILLAUME
Mais moi, j'attends qu'après une situation inédite… Enfin quand même, pendant six mois des manifestations tous les samedis, les gilets jaunes. Nous n'avions jamais vu cela en France. Jamais. Le président de la République a décidé de mettre en place un grand débat national qui a été fustigé. Ça ne marchera pas et cætera. Bref, ça a été un vrai succès. Des salles pleines, des milliers de réunions, beaucoup de contributions. Maintenant, il a entendu cela, il a fait sa conférence de presse au mois d'avril et il dit : nous allons passer à l'acte 2 du quinquennat. Moi ce que j'attends de la conférence de presse… De la déclaration de politique générale du Premier ministre à l'Assemblée et au Sénat, c'est qu'il propose au Parlement et aux Français l'acte 2 du quinquennat. Proximité, écoute de terrain, plus de services publics et que nous avancions en termes…

MARCELO WESFREID
Et coup de barre à gauche ou pas ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais il ne s'agit pas de mettre des coups de barre à gauche ou à droite. Vous savez, un navire gouvernemental ça ne se met pas en faisant des coups de barre parce qu'un bateau, il est dur à faire bouger.

MARCELO WESFREID
Parce que le gouvernement envoie quand même beaucoup de signaux en direction de la droite et on voit bien qu'il y a une partie… L'aile gauche de l'exécutif qui commence à se hérisser en disant / il faut rester dans le « en même temps », il faut aussi parler à la gauche.

DIDIER GUILLAUME
Oui mais là, je pense que vous avez raison. Il faut rester dans le « en même temps ». Le macronisme, c'est et droite et gauche. C'est des gens de droite et de gauche qui se rassemblent sur un objectif commun. C'est comme pour une liste municipale. Dans une élection municipale, il n'y a pas de droite et de gauche. On a un projet municipal et ceux qui sont d'accord travaillent ensemble. Et donc là, sur l'acte 2 du quinquennat, il faut évidemment que la majorité marche sur ses deux pieds. Le « en même temps » d'Emmanuel MACRON est plus que jamais d'actualité.

PASCAL JALABERT
Alors justement, Sébastien LECORNU a lancé un appel aux maires de droite pour les municipales. Est-ce que vous, vous en lancez aux maires de gauche ? Nantes, Rennes, Metz, Strasbourg, Bourg-en-Bresse. Il y a encore pas mal de municipalités de gauche. Clermont-Ferrand, j'en oublie. Est-ce que vous lancez un appel à ces maires pour travailler avec eux et constituer des listes avec eux ?

DIDIER GUILLAUME
Non mais moi, je ne lance pas d'appel aux maires…

PASCAL JALABERT
Mais Sébastien LECORNU…

DIDIER GUILLAUME
Sébastien LECORNU a bien fait de faire ce qu'il a fait et je trouve que c'était intelligent, c'était courageux. Il faut que dans la crise que traverse la droite aujourd'hui, les élus de droite se positionnent mais, je dirais, ce n'est pas mon problème.

MARCELO WESFREID
Est-ce qu'on fait la même chose avec la gauche ?

DIDIER GUILLAUME
Moi ce que je souhaite, et le président de la République est dans cet état d'esprit, c'est que les élus socio-démocrates, les maires de gauche progressistes viennent travailler avec le gouvernement, viennent travailler avec la majorité. C'est évident. Le positionnement d'opposition systématique et stérile n'a pas de sens. N'a pas de sens : les électeurs nous l'ont montré aux élections européennes.

MARCELO WESFREID
Comment on le matérialise ? Il y a un nouveau parti ? Vous créez un courant ? On dit que vous créez actuellement avec Jean-Yves LE DRIAN, le ministre des Affaires étrangères, un Agir de gauche. C'est-à-dire un parti, une formation, des constructifs de gauche ; c'est vrai ?

DIDIER GUILLAUME
Enfin, c'est vrai et ce n'est pas vrai. Jean-Yves LE DRIAN avec un certain nombre de ministres, avec un certain nombre d'élus…

MARCELO WESFREID
Vous allez vous structurer ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, oui. Travaille à ce que l'on puisse se retrouver, les socio-démocrates, les progressistes, toutes celles et tous ceux qui avaient voté à gauche ces vingt dernières années et qui aujourd'hui sont totalement seuls. Qui ne se reconnaissent pas du tout dans les partis politiques traditionnels et qui doivent travailler avec nous pour préparer les municipales, les départementales, les régionales et les présidentielles. Et aujourd'hui, je pense que nous devons créer… Ce n'est pas vouloir refaire tel ou tel parti, ça n'aurait pas de sens. Je vous le disais tout à l'heure, la droite et la gauche ça existe toujours, mais aujourd'hui c'est plus que cela. Les Français ne veulent pas se retrouver dans des partis politiques. Ils veulent être entraînés pour la France. Nous allons commémorer là, les deux jours qui viennent, le 75ème anniversaire. Ce n'est pas rien de penser à cela.

MARCELO WESFREID
Le Débarquement, oui.

DIDIER GUILLAUME
Le Débarquement. Donc il ne faut jamais oublier ce qui s'est passé derrière mais il faut aussi regarder devant. Et devant le danger, c'est que le populisme et le nationalisme prennent le pouvoir.

CYRIL VIGUIER
Mais la vraie question, Didier GUILLAUME, est-ce que vous êtes à l'aise dans ce gouvernement où la plupart des ministres régaliens sont de droite ?

DIDIER GUILLAUME
Mais moi je suis très à l'aise dans ce gouvernement parce que la politique qui est menée par ce gouvernement…

CYRIL VIGUIER
Bruno LE MAIRE, Gérald DARMANIN, Sébastien LECORNU.

DIDIER GUILLAUME
Oui. Mais moi, je ne joue plus à cela.

CYRIL VIGUIER
Oui, mais vous êtes dans une réalité.

DIDIER GUILLAUME
Mais la réalité… Mais je pourrais vous citer Jean-Yves LE DRIAN, je pourrais vous en citer beaucoup d'autres, Olivier DUSSOPT où beaucoup d'autres. La question n'est pas là. Moi je suis très à l'aise de travailler avec Bruno LE MAIRE pour sauver ASCOVAL. Je suis très à l'aise de travailler avec Bruno LE MAIRE pour dire : le développement économique, il doit se faire en chargeant moins les entreprises. Parce que c'est la réalité. La première loi Travail qui a été mise en place, elle a été mise en place par François HOLLANDE, Manuel VALLS et Myriam EL KHOMRI. La deuxième loi Travail, la suite de la première, elle a été mise en place par Emmanuel MACRON, par Edouard PHILIPPE et par Muriel PENICAUD. Or ceux qui ont soutenu la première pas soutenu la deuxième. C'est fini toutes ces postures, c'est fini. Donc avançons, travaillons pour la France. Donc oui, il faut que la gauche de gouvernement se structure pour soutenir la majorité présidentielle. C'est ce sur quoi nous travaillons. Ce n'est pas en opposition du tout avec la droite parce que ce que nous voulons faire, ce que nous voulons dire, c'est que les uns et les autres nous sommes capables de travailler ensemble. Je vous parlais de Bruno LE MAIRE à l'instant. Sébastien LECORNU sur la décentralisation, sur le fait territorial, sur donner plus de pouvoir aux maires, sur donner de nouvelles compétences, nous travaillons ensemble et nous sommes en phase. Donc c'est que ces vieux clivages… Ce n'est pas parce que je suis de gauche et untel de droite ou l'inverse que nous allons nous opposer sur tout. Lorsqu'il s'agit de faire baisser le chômage, de donner du travail de faire une loi sur la retraite qui soit la plus juste, la plus équitable alors que ce n'est pas le cas aujourd'hui, cela va dans le bon sens. C'est la volonté du président de la République.

PASCAL JALABERT
Oui. Ecoutez, on va passer à l'agriculture avec notamment le bio. Donc hier, l'agence du bio qui nous dit qu'il y a une explosion, je crois que c'est plus 7,5 % pour les cultures, et ce matin 60 millions de consommateurs qui nous dit : attention, tout n'est pas si bio que ça. Comment vous réagissez ?

DIDIER GUILLAUME
Oui mais ça, c'est le débat permanent, c'est la controverse permanente dans notre pays. Moi, je suis très fier et très heureux qu'aujourd'hui on ait eu en 2018 cinq mille fermes de plus qui passent en bio, que l'on soit à 7,5 % de la surface agricole utile, qu'il y ait 10 % des exploitations qui soient en bio. LA transition agro écologique, elle est indispensable. Il y a toujours de la controverse. On va trop vite ou pas assez vite pour sortir des pesticides ; est-ce que le bio est vraiment bio ; tout ça n'a pas de sens.

MARCELO WESFREID
Il y a une étude aujourd'hui justement sur ça. 60 millions de consommateurs a analysé les produits bio et qui se rend compte que par exemple dans les oeufs et dans le lait, il y a quand même pas mal de choses qui sont néfastes pour la santé. Qu'est-ce que vous dites aux consommateurs ?

DIDIER GUILLAUME
Mais moi je vais dire aux consommateurs : néfastes pour la santé, ce n'est pas vrai. Moi ce que je dis aux consommateurs, c'est que l'alimentation française elle est saine, elle est sûre et elle est durable. Tout le monde nous l'envie. Et l'alimentation française issue des produits de l'agriculture, l'industrialisation, les produits transformés sont des produits de grande qualité. Et moi, je ne veux pas faire peur à nos consommateurs. Il y a toujours des oiseaux de malheur qui vont nous dire : on va tous mourir. Oui, on mourra tous un jour sans aucun doute. Mais aujourd'hui, notre alimentation elle est saine, elle est sûre et elle est tracée et nous avons beaucoup de chance. Et il faut continuer à transformer notre agriculture dans le cadre de la transition agro écologique. Il faut continuer évidemment à faire du bio mais il faut contrôler tout cela évidemment.

CYRIL VIGUIER
Didier GUILLAUME, vous aimez le rugby, on le sait.

DIDIER GUILLAUME
Oui.

CYRIL VIGUIER
Vous avez failli prendre la tête de la Coupe du monde de rugby. Vous vous êtes beaucoup rapproché du Pays basque, vous y allez souvent, vous aimez le Pays basque. Vous étiez sénateur de la Drôme, je rappelle. Est-ce que vous ne seriez pas un petit peu intéressé par l'élection sénatoriale dans les Pyrénées par hasard ?

DIDIER GUILLAUME
Alors absolument pas.

CYRIL VIGUIER
Parce qu'on vous voit beaucoup du côté du Pays basque. Qui est aussi un pays d'ovalie.

DIDIER GUILLAUME
On me voit beaucoup là-bas parce que j'adore ce pays, j'adore cette région. Mais il est évidemment … Enfin je veux dire, cette question n'a pas de sens. Je ne me présenterai jamais aux élections sénatoriales là-bas, c'est bien évident.

CYRIL VIGUIER
D'accord.

DIDIER GUILLAUME
C'est bien évident.

CYRIL VIGUIER
Les prochaines, ce sera où ?

DIDIER GUILLAUME
Comment ?

CYRIL VIGUIER
Pour vous, les prochaines élections.

DIDIER GUILLAUME
Non, non, mais moi il n'y a pas de prochaines. Moi je travaille aujourd'hui dans le cadre de ce gouvernement sous la houlette d'Emmanuel MACRON pour faire réussir le progressisme et pour faire réussir l'agriculture.

CYRIL VIGUIER
Merci Didier GUILLAUME, ministre de l'Agriculture, d'avoir été notre invité politique.

DIDIER GUILLAUME
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2019
 

Politique gouvernementale Droite Gauche Reforme constitutionnelle Bioethique Agriculture biologique 193001218

Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à RTL le 24 juillet 2019, sur la gestation pour autrui (GPA) et le climat politique.

Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à RTL le 24 juillet 2019, sur la gestation pour autrui (GPA) et le climat politique. Marlène Schiappa gestation pour autrui (GPA)
  • Marlène Schiappa - Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discrimination


THOMAS HUGUES
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

THOMAS HUGUES
Vous êtes secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, le dernier conseil des ministres avant les vacances a lieu ce matin après votre interview sur RTL, ils vous attendent peut-être. Le projet de loi sur la bioéthique y sera présenté, il contient notamment, il y a d'autres textes, il y a d'autres éléments dans cette loi, il contient notamment l'extension de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. Mi-juin quand le Premier ministre a annoncé que ce projet serait présenté en conseil, il avait dit, je suis persuadé que nous pouvons atteindre une forme de débat serein, plus serein que lors du mariage pour tous lors du quinquennat précédent. Est-ce que vous pensez que la mentalité de l'opinion publique française a vraiment évolué ?

MARLENE SCHIAPPA
J'en ai le sentiment, d'abord si on regarde les études d'opinion effectivement la grande majorité des Français ne voit pas le problème et ne voit pas…, ne s'oppose pas en tout cas à l'ouverture de la PMA pour toutes les femmes. Mais surtout je voudrais dire que c'est un texte de loi qui a été très bien préparé et je le dis d'autant plus que je ne fais pas partie des ministres qui ont travaillé sur le dur du texte, puisque ce sont la Garde des Sceaux, la ministre de la Santé et la ministre de la Recherche et l'Enseignement supérieur, mais elles ont mené un travail important après les états généraux de la bioéthique et il s'avère que rien éthiquement ne s'oppose à ouvrir la PMA pour toutes les femmes. Donc j'ai le sentiment que ce texte a été vraiment bien préparé, bien travaillé, maintenant le débat parlementaire aura lieu et c'est normal et chacun pourra exprimer ses positions à cette occasion.

THOMAS HUGUES
Ce projet de loi, est-ce que c'est un gage donné par Emmanuel MACRON à l'aile gauche de son gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je dirai…

THOMAS HUGUES
Est-ce qu'il y avait besoin de ça pour rééquilibrer ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, moi je ne fais pas partie des gens qui comptent les points à gauche et à droite parce que je pense que le sens de La République En Marche, c'est justement ce dépassement des clivages, mais je pense que ce qui est important…

THOMAS HUGUES
Oui mais il y a quand même deux familles politiques qui y sont réunies dans ce mouvement, donc il faut quand même satisfaire un peu tout le monde.

MARLENE SCHIAPPA
On est une famille élargie et recomposée. Mais je dirais surtout qu'il y a des engagements de campagne et pour moi c'est ça qui est important. Moi, j'ai toujours considéré quelle que soit l'élection même quand j'étais à une élection municipale, que le programme, c'est un contrat moral qui nous engage avec les gens qui ont voté pour nous. Là il y a des gens qui ont voté pour le président de la République, il s'était engagé à ouvrir la PMA pour toutes les femmes, de surcroît la révision de la loi bioéthique, c'est une obligation, ça a lieu tous les 7 ans et on est obligé de la réviser pour l'actualiser, donc je crois que c'est quelque chose de très sain et normal.

THOMAS HUGUES
Les opposants à l'extension de la PMA notamment l'archevêque de Paris, Monseigneur AUPETIT qui était dans ce studio, il y a deux semaines sur RTL, craignent un glissement futur vers la GPA, la gestation pour autrui, attention à la commercialisation du corps, voilà le discours notamment de Monseigneur AUPETIT, quel engagement vous pouvez prendre là-dessus ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi d'abord j'entends toutes les questions d'où qu'elles viennent et qui sont assez légitimes parce qu'en fait ces questions de PMA comme de GPA, elles touchent à la fois au très intime, à la vie amoureuse, à la sexualité, à la vie familiale, à l'idée qu'on se fait des familles, mais elles touchent aussi à des questions philosophiques, scientifiques, éthiques et donc je comprends tout à fait les questions qui peuvent se poser. Maintenant sur la GPA, nous, on à tous toujours été extrêmement clair, à commencer par le président de la République sur le fait qu'on était opposé à la GPA pour les raisons que vous venez d'évoquer, qui peuvent glisser vers une marchandisation du corps des femmes à laquelle nous sommes très opposés. Donc il n'est pas du tout question d'ouvrir, ni même de débattre de la GPA pendant ce quinquennat.

THOMAS HUGUES
Ce n'est pas déjà un peu le cas avec la PMA, j'entendais un collectif de femmes célibataires qui disait, on va passer après les homosexuels, enfin vous voyez, il y a une espèce de compétition là, on est déjà un peu dans cette logique, non ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense, je ne crois pas qu'on soit dans cette logique, mais je pense que ce qui est plutôt sain, c'est de ne pas catégoriser en tout cas et voilà là c'est un nouveaux droit qui s'ouvre, je pense que c'est vraiment important pour les femmes notamment qui l'attendent. Moi, j'ai eu pas mal de témoignages de femmes qui m'ont dit, j'ai 42 ans, ça fait 7 ans qu'on me promet la PMA, parce que c'est une promesse du président François HOLLANDE qui ne l'a pas tenue pendant son quinquennat, il ne l'a pas mise en oeuvre, donc il y a eu une déception, il y a des femmes qui ont attendu pendant les 5 ans du quinquennat précédent que la PMA s'ouvre. Non pas pour avoir une victoire politique, là je ne suis pas dans la question politique, je suis vraiment sur la question intime, personnelle de vie familiale et donc moi j'ai cette femme qui dit, maintenant j'ai 42 ans et j'espère pouvoir enfin fonder une famille parce que bientôt il va être trop tard pour moi.

THOMAS HUGUES
Vous dites donc promesse tenue par le président Emmanuel MACRON et on attend quand même évidemment les débats à l'Assemblée et les amendements possibles. Autres thèmes Marlène SCHIAPPA, en 2018, il y a eu en France 121 féminicides et depuis janvier 2019 au moins 70 femmes tuées par leur compagnon ou leur ex-compagnon, ex-mari, certains collectifs parlent même de 76 meurtres, donc on est dans une situation qui empire. Là aussi on avait le sentiment que c'était une grande cause nationale de ce quinquennat et qu'on est en retard.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je pense qu'il faut être clair sur les chiffres, même si je ne fais pas évidemment une bataille de chiffres, même si c'était dix féminicides, ce serait dix de trop. Mais d'abord il y a un une tendance qui est à la baisse. Vous avez une régularité, en moyenne à la fin de l'année quand vous fait les comptes, une femme tous les… environ 3 jours qui est tuée par son conjoint ou son ex-conjoint, sur 2018 vous avez moins de féminicides que sur 2017. Et pour 2019, il faut attendre la fin de l'année pour faire une moyenne parce qu'il y a des mois dans lesquels vous avez beaucoup meurtres, des mois dans lesquels il y en a peu, c'est un peu technique…

THOMAS HUGUES
On a le sentiment sur le premier semestre, oui peut-être…

MARLENE SCHIAPPA
On verra à la fin de l'année, mais en tout cas peu importe parce que même s'il y en avait dix…

THOMAS HUGUES
Si on duplique les chiffres du premier semestre, on est dans une aggravation…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas le cas, mais peu importe parce que même si c'était dix femmes, c'est trop.

THOMAS HUGUES
Bien sûr.

MARLENE SCHIAPPA
Et nous justement on veut faire en sorte que toute la société se mobilise parce que ce sont des faits qui ont trop longtemps été tolérés.

THOMAS HUGUES
Mais qu'est ce qui n'a pas été fait, pardon de vous interrompre, qu'est ce qui n'a pas été fait depuis le début du quinquennat ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a beaucoup de choses qui n'ont a été faites, pas depuis le début du quinquennat, mais depuis des générations, parce que ce n'est pas en deux ans qu'on peut résoudre ce problème mondial, universel et qui existe depuis des générations, de ce phénomène des violences conjugales. Donc nous, on met toute notre énergie depuis deux ans, on a créé une plateforme de dialogues avec des policiers et des gendarmes pour faciliter l'accès à la plainte. Il y a deux unités, ils sont mobilisés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On a renforcé les moyens du 3919, le numéro d'urgence pour que les femmes puissent appeler et on leur a donné un objectif, l'objectif de prendre 100 % des appels, ça n'était pas le cas précédemment. On augmentait considérablement les subventions aux associations qui accompagnent ces femmes. Christophe CASTANER a lancé le recrutement de 73 psychologues en gendarmerie et en police pour accompagner ces femmes vers la plainte. On a ouvert aussi davantage d'hébergements d'urgence, donc nous avons fait énormément, mais ce qu'on observe, c'est qu'il y a un delta entre l'impulsion qui peut être donnée par le gouvernement et la réalité sur le terrain.

THOMAS HUGUES
Notamment il y a des bracelets électroniques qui sont disponibles, mais qui ne sont pas forcément placé sur les maris ou les ex-maris potentiellement violents.

MARLENE SCHIAPPA
Les bracelets ne sont pas encore disponibles, les bracelets n'existent pas encore, il va y avoir une expérimentation. En revanche là où vous avez raison, c'est qu'il y a des téléphones grave danger qui sont financées par le gouvernement.

THOMAS HUGUES
Et qu'on peut donner à des femmes en danger, c'est ça ?

MARLENE SCHIAPPA
On peut attribuer sur décision de justice, mais vous avez plusieurs centaines de ces téléphones grave danger qui dorment dans un placard…

THOMAS HUGUES
Mais comment c'est possible ?

MARLENE SCHIAPPA
.. faute d'attribution par une décision de justice. Ca veut dire qu'il y a des dispositifs qui existent dont on ne se saisit pas. Les ordonnances de protection…

THOMAS HUGUES
C'est les juges qui ne font pas leur travail ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, c'est trop facile de blâmer untel ou untel, c'est-à-dire que les dispositifs sont mal connus. Il faut renforcer la formation de tous les professionnels qui interviennent dans cette chaîne, c'est la même chose pour les ordonnances de protection par exemple, on en délivre trop peu. Et j'étais hier avec la Garde des Sceaux qui va donner un objectif. Le but de ce Grenelle des violences conjugales, un Grenelle, c'est un outil, ce n'est pas une fin en soi, le but de ce Grenelle des violences conjugales, c'est de mettre tout le monde autour de la table, regarder quels sont les dysfonctionnements et regarder comment concrètement jusqu'à ces femmes, on peut mettre en place des mécanismes de protection avec tout le monde autour de la table, Associations, Police, Justice, Ordre des avocats, représentant de la société civile, l'ensemble du gouvernement et le Premier ministre qui introduira ou conclura pour marquer cet engagement commun de toute la société. J'ajoute juste pour terminer que ce Grenelle, il va avoir lieu le 3, 9, 19, c'est important parce que ce numéro du 3919, il est trop peu connu, il est trop peu utilisé. Donc c'est important pour nous de communiquer là-dessus.

THOMAS HUGUES
Et donc qui s'ouvre le 3 septembre 19.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

THOMAS HUGUES
Le 3, 9, 19. On passe, Marlène SCHIAPPA, au cas de RUGY, l'affaire de Rugy, est-ce que vous dites affaire de Rugy ou affaire Médiapart, vous, ce matin, est-ce que vous faites partie de ceux qui essaient de transformer un peu la charge de la responsabilité ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, moi je n'ai pas du tout, je ne dis rien du tout, d'abord je crois que chacun est dans son rôle. J'observe qu'il y a eu une décision personnelle de François de RUGY de quitter le gouvernement, il y a eu une enquête…

THOMAS HUGUES
Journalisme de démolition a dit François de RUGY hier soir sur France 2 à propos de Médiapart.

MARLENE SCHIAPPA
Ca lui appartient, je comprends que quand on est fléché, c'est extrêmement désagréable, ça m'est arrivée de l'être moi-même par Médiapart parce que j'avais payé ma taxe d'habitation de 700 et quelques euros avec quelques semaines de retard. Et donc on aurait dit que c'était l'affaire du siècle. Ce n'est pas bien de payer sa taxe d'habitation à quelques semaines de retard, mais je crois que ça ne mérite pas non plus un acharnement et un harcèlement qui peut parfois s'en suivre notamment sur les réseaux sociaux. Donc je comprends très bien que François de RUGY de son point de vue se sente harcelé et sente qu'il y ait une tentative de démolition de son point de vue. Maintenant je pense qu'il faut aussi prendre de la hauteur et prendre le point de vue du journalisme d'enquête qui fait aussi son travail. Et je crois qu'on ne peut pas plaider pour la transparence d'un côté et de l'autre côté fustiger cette même transparence.

THOMAS HUGUES
Surtout qu'il y a quand même trois dîners qui sont épinglés…

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une enquête, les résultats de l'enquête sont sortis, François de RUGY a dit qu'il rembourserait…

THOMAS HUGUES
Il y a la question, il a dit qu'il rembourserait et puis il y a aussi cette circulaire que vous avez dû recevoir envoyée par le Premier ministre, Edouard PHILIPPE qui renforce les procédures de contrôle, les travaux supérieurs à 20000 euros dans les logements de fonction devront être soumis à l'approbation du secrétaire général du gouvernement. Ca veut dire qu'il faut quand même améliorer les choses si cette affaire de Rugy faisait psitt, il n'y aurait pas eu cette circulaire ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je peux inviter n'importe qui, Médiapart ou autre dans mon ministère ou chez moi et voir comment sont les choses réellement, je crois qu'il y a beaucoup de mythes. La vérité, c'est que nous quand on fait un dîner le soir on boit des carafes d'eau et on a des trucs de nouilles chinoises instantanées qui coûtent ,73 euro en supermarché avec une bouilloire pour être autonome et faire nos repas de travail et la vérité c'est qu'on n'a pas de carte bancaire de ministères comme j'ai pu l'entendre ici et là. Moi, j'en n'ai pas en tout cas, je ne sais pas peut-être qu'il y en a et que je n'en ai pas.

THOMAS HUGUES
Vous logez au ministère, vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, j'ai un appartement de fonction qui est mis à disposition.

THOMAS HUGUES
Et donc vous déclarez au fisc l'avantage en nature correspondant à la valeur locative du logement.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, tout à fait mais ça je le faisais déjà dès lors que j'ai été nommée, comme toute personne qui a un logement de fonction, je déclare la valeur locative et je suis imposée sur la valeur locative, s'il y a des travaux…

THOMAS HUGUES
Vous comprenez l'agacement des Français quand même suite à cette affaire de Rugy ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, je le comprends, mais ce que je veux dire c'est que ce n'est pas général, moi pour mettre mes vêtements, j'ai un portant Ikea à 9 euros que j'ai payé moi-même et je pense que c'est quelque chose de plutôt généralisé.

THOMAS HUGUES
Et pas un dressing à 17 000.

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais ce que je veux dire, c'est que là les travaux…

MARLENE SCHIAPPA
C'est ce qu'il y a en sous-entendu dans votre phrase.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas en faire une généralité, il ne faut pas s'imaginer que toutes les personnes qui sont élues mangent du homard parce qu'on a vu une fois une photo d'un homard, il ne fat pas s'imaginer qu'on a un compte ouvert et qu'on peut réaliser toutes les dépenses qu'on souhaite réaliser, je ne porte aucun jugement sur les travaux dans le ministère de François de RUGY, de surcroît manifestement l'enquête dit qu'ils étaient légitimes. Je ne connais pas cet appartement, c'était légitime, c'était légitime, voilà.

THOMAS HUGUES
Marlène SCHIAPPA, vous avez reçue, il y a quelques jours, c'était fin juin, le prix de la révélation politique de l'année, décerné par le trombinoscope, c'est la revue d'information professionnelle du monde politique, est-ce que vous… comment est-ce que je peux vous poser cette question ? Vous êtes secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes depuis le début de ce quinquennat, si je ne me trompe, vous avez envie de changer, vous avez envie de bouger ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas particulièrement…

THOMAS HUGUES
Vous n'avez pas fait le tour de la question ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je pense qu'on n'a jamais fait le tour de la question, il reste énormément de sujets. Là, il y a un G7 qui arrive et l'égalité femme/homme fait partie des priorités du G7 pour le président de la République. Avec Bruno LE MAIRE, on travaille sur les sujets d'émancipation économique des femmes, j'ai lancé un travail important sur les femmes de chambre qui est un sujet qui était en dessous des politiques publiques. Sur le harcèlement de rue, on continue à mettre en oeuvre ce que nous avons commencé. Il y a ce grenelle des violences conjugales qui arrive, donc je pense que c'est un sujet passionnant et très concernant pour les gens dans lequel il y a beaucoup, beaucoup de travail.

THOMAS HUGUES
Donc vous ne postulez pas à un autre ministère ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne suis jamais candidate à rien contrairement à ce que disent les articles qui me prêtent beaucoup plus d'ambitions que je n'en ai en réalité.

THOMAS HUGUES
C'est ce qu'il ne faut surtout pas dire, je suis candidate à tel ou tel poste ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, moi je suis assez spontanée, si j'étais candidate à un poste, je le dirai, je suis juste candidate à continuer à faire mon travail.

THOMAS HUGUES
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes. Et bon dernier conseil des ministres avant les vacances, vous partez loin, parce qu'il parait qu'il faut faire attention.

MARLENE SCHIAPPA
Je vais en Corse, je suis d'origine corse, je vais à Ajaccio dans ma famille.

THOMAS HUGUES
En Corse, vous avez de la chance, profitez de la Corse.

MARLENE SCHIAPPA
Merci bonnes vacances à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2019 
 

Bioéthique Bioethique Femme Droits des femmes Gestation pour autrui 193001633

Facebook Live du 24 juillet 2019 de M. M. Edouard Philippe, Premier ministre, et de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur le projet de loi Bioéthique.

Facebook Live du 24 juillet 2019 de M. M. Edouard Philippe, Premier ministre, et de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur le projet de loi Bioéthique. Edouard Philippe Agnès Buzyn 24/07/2019 projet de loi bioéthique

Edouard PHILIPPE
Bonjour à tous, bienvenus sur ce Facebook live que j'ai le plaisir de réaliser aujourd'hui avec Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé. On est tous les deux réunis pour parler d'un projet de loi sur la bioéthique qui a été présenté ce matin en Conseil des ministres et qui sera débattu à l'Assemblée nationale au mois de septembre. Puis ensuite il sera débattu au Sénat. C'est un projet de loi important. Il a paru utile, qu'on puisse avoir un échange en répondant aux questions que vous vous posez, et avec Agnès BUZYN, qui connaît ce sujet comme… J'allais dire comme personne, peut-être pas comme personne, mais qui a préparé l'élaboration de ce texte avec la ministre de la Justice et avec la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation. On va donc essayer de répondre à votre question. La première est posée par Julien RAFFIN (phon.), et c'est une bonne première question. Il nous dit : "que veut dire bioéthique ?" Je n'ai pas de définition scientifique de la bioéthique, mais on voit bien que ce sont les questions qui sont liées au vivant, les questions non pas forcément simplement morales mais les questions liées au vivant. C'est surtout une démarche assez originale en France, assez unique, qui consiste à ce que, à intervalles réguliers depuis 1994, dans notre pays, la représentation nationale, la société française et ensuite le législateur s'interrogent sur ce qui est autorisable et ce qui ne doit pas être autorisé, compte tenu des progrès de la science dans ce domaine. Et donc, à intervalles réguliers, on se dit : est-ce que, au fond, ce qui est possible techniquement est souhaitable politiquement ou socialement ? C'est une démarche particulière qui explique que la loi soit préparée dans des conditions très particulières. C'est une originalité française, et ça n'est pas la première loi de bioéthique que nous allons prendre. La dernière date de 2011, elle avait fixé un intervalle de 7 ans ou presque. On l'a un peu dépassé. C'est donc un exercice passionnant, qui porte sur beaucoup de sujets d'ailleurs, mais je vais passer la parole à Agnès BUZYN, parce qu'il y a des sujets sur lesquels il y a beaucoup de questions, comme la PMA, l'assistance médicale à la procréation, comme on dit parfois, mais il y en a aussi beaucoup d'autres, parfois encore plus techniquement complexes, qui sont proposés dans le texte. Un petit mot peut-être, Agnès ?

Agnès BUZYN
Peut-être un petit mot pour dire que cette loi a fait l'objet de très nombreux rapports préparatoires. Elle a été longuement débattue avec les citoyens dans les États généraux de la bioéthique, il y a eu des centaines d'auditions fait par des parlementaires, il y a eu un rapport du Conseil d'État, et tous ces rapports nous ont alimenté et ont alimenté la réflexion parce qu'on est parti, je dirais, sans parti pris, sans idées préconçues sur toutes les mesures qui devaient figurer dans la loi. Donc c'est avec une certaine… Il nous a fallu un certain temps de réflexion pour aboutir à des arbitrages, que nous avons faits grâce à ces rapports et à ces éclairages. Les 4 grandes thématiques de la loi, ce sont la procréation, évidemment, qui va beaucoup prendre de temps de débat parlementaire, probablement. Il y a aussi des questions autour de la génétique puisqu'on sait qu'aujourd'hui, l'analyse de notre génome, de notre ADN, est rendue possible beaucoup plus facilement et cela pose beaucoup de questions sur les niveaux d'information que nous devons avoir sur nos informations génétiques. Il y a tout un chapitre autour de la sécurité et la qualité des greffes ou des dons de cellules ou d'organes, et sur les dons eux-mêmes, qui sont des pratiques extrêmement fréquentes dans notre pays. Et puis il y a un chapitre sur la recherche, sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires, parce que cette recherche a énormément progressé et elle permet maintenant des applications thérapeutiques, c'est-à-dire qu'on peut, par exemple, reconstituer des tissus de rétine ou des tissus de peau à partir de ces cellules souches, et il faut encadrer évidemment toute ces pratiques.

Edouard PHILIPPE
Merci. La deuxième question qui nous est posée est une question qui m'est posée à moi, mais on pourra peut-être tous les deux évoquer des réponses. C'est Max, Max76, peut-être que Max vient de Seine Maritime, je n'en sais rien, mais en tout cas, Max76 nous dit : "Qu'en pensiez-vous il y a 5 ans ? Avez-vous évolué sur le sujet ? Comment ?" Tu commences ?

Agnès BUZYN
Je pense que la question porte sur la PMA, j'imagine, plus que sur la génétique ou le don de cellules souches hématopoïétiques, mais sur la PMA, en réalité, moi je n'avais pas d'idée. C'est une question que je ne m'étais pas posée, je n'avais pas dans mon entourage de personnes concernées par l'homoparentalité ou qui, dans tous les cas, exprimaient ce besoin, et donc, en réalité, je n'avais aucune idée sur le sujet et je me suis fait mes convictions en écoutant des témoignages, soit de femmes seules, soit de couples homoparentaux, et des témoignages de soignants aussi parce qu'en réalité, beaucoup de femmes célibataires ou de couple homoparentaux essaient d'avoir un enfant, soit à l'étranger, soit par des techniques très peu encadrées. Ça, c'est une réalité, et en tant que médecin, je trouve que la loi permet de sécuriser le parcours de ces femmes dont la parentalité est vraiment une obsession. Avoir un enfant, ça peut être vraiment un projet très important dans la vie.

Edouard PHILIPPE
Voilà, la question m'est peut-être posée à moi parce qu'il y a un peu plus de 5 ans au moment du débat sur le projet de loi de mariage pour tous, qui n'est pas un projet de loi bioéthique mais qui était un débat de société et un débat politique dont chacun se souvient, il y avait des oppositions très fortes, il y a eu un débat très tendu dont chacun se souvient encore une fois, et moi j'avais dit à l'époque, j'avais même écrit dans une tribune que j'avais co-signé avec Nathalie KOCIUSCKO-MORIZET, on avait tous les deux parce qu'on était sur la même ligne évoqué notre position, nous on était et on le disait à l'époque favorables au mariage pour tous, favorables à l'adoption simple pour les couples homosexuels mais opposés à la PMA et opposés à la GPA. Et donc la question, et on l'avait écrit, on l'avait assumé, d'ailleurs c'est la raison pour laquelle moi je m'étais opposé, enfin pardon c'est la raison pour laquelle je m'étais abstenu sur le texte du mariage pour tous, on était très peu à faire ça, je crois qu'il y avait 5 députés à l'époque UMP qui s'étaient abstenus et 2 qui avaient voté pour et l'ensemble des autres parlementaires avaient voté contre. Et donc la question c'est est-ce que j'ai changé d'avis ? La réponse est oui, et comment ? En lisant, en rencontrant un certain nombre de gens, en m'interrogeant sur au fond est-ce que ce que j'avais dit en 2014 et ce que je pensais sincèrement est-ce que c'était toujours conforme à la vision de la société que je me faisais, est-ce que c'était toujours conforme à l'état du droit ou aux évolutions de la société ? Est-ce que c'était conforme aussi à l'expérience que j'avais quand je rencontrais un certain nombre de gens qui soit avait eu recours à ces techniques soit souhaitaient pouvoir avoir recours à ces techniques. Et progressivement et dans le temps j'ai constaté en rencontrant notamment des femmes et des femmes célibataires qui souhaitaient pouvoir bénéficier de ces techniques je me suis dit que nous pouvions trouver un moyen dans le droit, dans notre conception de la société conforme à nos valeurs qui permettent d'avoir accès à ces techniques sans renoncer à l'essentiel de ce que nous croyons et sans venir interférer de façon massive, même inopportune, avec les valeurs que nous portons. Et donc oui j'ai évolué, je n'ai pas changé d'avis sur la GPA, je suis toujours opposé à la GPA qui me semble être d'une nature très différente de la PMA, et je sais que le débat sera peut-être posé, de ce point de vue je n'ai pas changé d'avis depuis 2014, mais j'ai évolué sur la question de la PMA et après tout c'est bien de le dire et de l'assumer.

Agnès BUZYN
Et on peut peut-être rappeler que la GPA n'est pas dans la loi et donc que nous continuons d'interdire la GPA dans cette loi.

Edouard PHILIPPE
Alexy MORA pose la question de quelles conditions d'accès à la PMA pour une femme seule ?

Agnès BUZYN
Alors en réalité on harmonise les conditions d'accès pour toutes les femmes c'est-à-dire qu'on retire la notion d'infertilité qui existait dans la loi actuelle, qui concernait les couples hétérosexuels qui accédaient à la procréation médicalement assistée parce qu'ils constaté une incapacité à avoir des enfants pendant une durée d'un an. Et donc on supprime ce critère d'infertilité et donc on harmonise tous les critères pour l'ensemble des femmes, qu'elles soient en couple hétéro, en couple homosexuel ou non-marié. Et en réalité ce critère d'infertilité était assez flou parce que beaucoup de couples infertiles initialement avaient des enfants après avoir eu un premier enfant par la PMA, ce qui prouve bien que l'infertilité n'était pas forcément d'origine médicale mais parfois plus probablement psychologique, en tous les cas d'autre nature, et donc ce n'était pas une infertilité médicalement prouvée qui ouvrait l'accès mais simplement une infertilité constatée après un an d'essai. Donc ça permet de clarifier le droit en réalité et donc tout est harmonisé : l'accès et les âges auxquels on peut procréer.

Edouard PHILIPPE
Dans les questions qui sont posées il y en a évidemment beaucoup sur la PMA et beaucoup sur ce que sera la loi, je voudrais redire parce que c'est important que chacun l'ait bien en tête que d'abord dans cette loi il y a beaucoup, beaucoup d'autres choses que les éléments relatifs à la PMA et que, par ailleurs, au moment où nous parlons avec Agnès nous en sommes au moment du projet de loi. Un projet de loi c'est un texte sur lequel le gouvernement a travaillé, a écouté beaucoup de gens et qu'il va soumettre à l'Assemblée nationale et au Sénat. Il va y avoir un débat à l'Assemblée nationale et au Sénat, il va y avoir des opinions différentes qui vont s'exprimer, il va y avoir des amendements et le texte il peut évoluer. Autrement dit ce que nous vous disons c'est des choses relatives à l'état du texte aujourd'hui, ça ne veut pas dire que ce sera ça à la fin de la déclaration, enfin à la fin de l'examen, c'est la position du gouvernement au moment où on entre dans la discussion. Beaucoup de questions donc. Quelle est la position du gouvernement sur la GPA ? On l'a dit, on est pour ne pas l'autoriser. Pourquoi pensez-vous que de telles innovations ont mis tant de temps dans ce pays de liberté ?

Agnès BUZYN
Alors, il y a beaucoup de choses en termes d'innovation dans la loi. Là je pense que la question porte de nouveau sur la PMA. En réalité, la PMA est une technique ancienne. Ce n'est pas une innovation thérapeutique. Simplement, on ouvre ce droit à d'autres publics que le public auquel s'adressait cette innovation thérapeutique qui a maintenant plusieurs décennies. Par contre, il y a dans la loi énormément d'innovations qui vont être mieux encadrées. Je pense par exemple à l'encadrement de l'intelligence artificielle utilisée dans le domaine médical. On sait qu'il y a beaucoup d'algorithmes, de techniques d'intelligence artificielle reposant sur des grandes bases de données qui peuvent aider à faire un diagnostic ou aider à une prise en charge des malades. Eh bien par exemple un encadrement de la loi, que le traitement d'un malade ne peut pas être automatique sur la base d'intelligence artificielle. Il faut forcément l'intervention d'un médecin. Voilà le type d'exemple sur lequel nous progressons parce que ce sont des innovations réelles dans le champ médical et nous avons besoin de consolider notre droit et de bien encadrer ces nouvelles techniques.

Édouard PHILIPPE
Mais plus généralement, la question : pourquoi est-ce que vous pensez que de telles innovations ont mis tant de temps dans le pays de la liberté ? Il y a beaucoup de gens qui ont des avis définitifs. Enfin, il y a quelques personnes qui ont des avis définitifs sur les sujets qui sont traités dans le projet de loi. Certains sont très pour, d'autres sont très contre. Ils le disent. Parfois d'ailleurs ils le disent de façon très virulente et très ferme. Mais après tout, ils ont des convictions et les expriment. C'est parfaitement naturel. Il y a aussi beaucoup de gens... j'ai même tendance à penser, une très grande majorité de gens qui se posent des questions et qui ont des hésitations parce que les questions que pose le projet de loi, pas simplement celle sur la PMA mais sur tous les sujets, parfois elles sont presque vertigineuses dans leurs conséquences et le fait qu'on s'oblige à intervalles réguliers à se poser ces questions, qu'on prenne le temps de les débattre et qu'on prenne vraiment le temps de les débattre publiquement à l'Assemblée nationale, au Sénat dans la société et dans les médias, le fait qu'on puisse hésiter et corriger, ce n'est pas mauvais, c'est même plutôt excellent. Il faut assumer le fait que sur des questions très compliquées comme celle-ci on prenne le temps de réfléchir. Alors bien sûr, ceux qui sont très pour et qui sont pressés et on peut parfaitement les comprendre, ils disent : ça va trop lentement. Ceux qui sont très contre vous disent : voilà, surtout vous allez trop vite. Mais il faut prendre le temps du débat et il faut prendre le temps de l'examen. C'est ce que nous avons essayé de faire. C'est ce que les lois de bioéthique nous invitent à faire. Donc il faut assumer non pas cette lenteur mais cette mesure, je dirais, et cette pondération. Il y a beaucoup de questions sur la filiation. Dès lors que nous autorisons la PMA pour les couples de femmes ou pour les femmes célibataires se pose la question du lien de filiation, de la façon dont on va reconnaître la filiation, peut-être Agnès peut nous en dire un mot. Je vois là par exemple la question d'Antonin LEFÈBVRE : les enfants nés de la PMA auront-ils le droit d'accéder à l'identité du donneur ? Je vois la question sur : quelles sont les actions envisageables en matière de filiation ? Il y a 2 choses. Il y a la filiation, notion juridique et il y a la question de l'accès à l'identité du donneur en effet, qui est une question de droit, qui est une question presque philosophique de savoir si un enfant issu d'un don, que ce soit dans un couple hétérosexuel avec tiers donneur ou dans un couple homosexuel, un enfant issu d'un don peut-il avoir droit et dans quelles conditions à l'identité ou aux données opportunes, utiles liées à celui qui a fait le don ?

Agnès BUZYN
Effectivement. Je vais d'abord parler de l'accès aux origines, c'est-à-dire l'accès à l'identité du donneur. Beaucoup d'études montrent que les enfants pour se construire ont besoin de connaître d'où ils viennent, leur passé et y compris leur mode de conception, y compris l'identité d'un donneur qui a participé quelque part à leur vivant et donc il est prévu dans la loi que les enfants par le biais d'une commission et d'une forme de registre qui sera au sein de l'Agence de la biomédecine pourront à leur majorité, et seulement s'ils le souhaitent bien évidemment, accéder à des données non identifiantes de leurs donneurs, c'est-à-dire par exemple des caractéristiques physiques, voire à l'identité de leurs donneurs. Et donc c'est une commission qui permettra d'accéder à cette identité. Pour faire en sorte que tous les enfants soient à égalité par rapport à ce nouveau droit qui n'existe pas aujourd'hui, nous allons changer la réglementation autour du don. Tous les donneurs de spermatozoïdes ou d'ovocytes devront au moment où ils font le don, conditionner ce don à leur acceptation que leur identité puisse être un jour révélée et donc nous serons obligés de changer nos méthodes d'acceptation des dons. Aujourd'hui, des dons ne sont pas liés à cette condition d'acceptation et donc tous les donneurs lorsque la loi sera promulguée, seront amenés à donner leur consentement dès le départ et s'ils ne consentent pas à ce qu'on révèle leur identité, eh bien nous ne recueillerons pas leurs spermatozoïdes ou leurs ovocytes. C'est un changement radical qui a été déjà fait dans d'autres pays. Il y a pas mal de pays européens qui permettent cet accès aux origines et cela permet en réalité aux enfants de mieux se comprendre, de mieux se connaître et de vivre une vie d'adulte plus sereine.

Edouard PHILIPPE
Une question d'Anne-Marie qui nous dit : « l'enfant n'est pas une marchandise. Le business de la vente de gamètes est une faute et une honte pour notre humanité ». Vous serez obligé d'y venir par manque de donneurs, comme c'est déjà le cas pour les pays qui pratiquent la PMA pour les femmes lesbiennes ou seules. Un mot pour dire à Anne-Marie qu'on est assez d'accord sur le fait que l'enfant n'est pas une marchandise. Ça ne nous avait pas échappé et on est bien déterminé à faire en sorte que ça ne devienne pas le cas. La question de la vente éventuelle de gamètes n'est pas en discussion. Elle serait parfaitement illégale, parfaitement contraire à ce à quoi nous croyons, pas envisagée de la part du gouvernement. Je ne crois pas qu'elle ait été envisagée d'ailleurs par quiconque au sein de la représentation nationale. Donc je ne crois pas que ce soit du tout une idée qui corresponde à ce que nous voulons faire. Voilà. Je préfère le dire clairement.

Agnès BUZYN
Alors, ce qu'évoque la question d'Anne-Marie, c'est qu'on risquerait d'avoir moins de donneurs à partir du moment où on leur demande l'accord pour que leur identité soit révélée bien plus tard, 20 ans après. En réalité dans les pays où cette réglementation a évolué, on a vu une baisse initiale pendant quelques mois du don de spermatozoïdes ou d'ovocytes mais une remontée au niveau antérieur. Et donc nous accompagnerons cette pratique d'une grande campagne pour avoir plus de donneurs. Et puis, tous les donneurs qui aujourd'hui ont déjà donné leurs spermatozoïdes ou leurs ovocytes, qui accepteront d'entrer dans cette nouvelle réglementation, eh bien nous pourrons utiliser leurs gamètes puisqu'ils auront donné leur accord. Nous avons aussi tout un stock aujourd'hui de donneurs qui pourraient tout à fait accepter cette nouvelle réglementation.

Edouard PHILIPPE
Il y a Pascaline qui nous dit : « la nature a créé des hommes et des femmes complémentaires biologiquement et psychologiquement pour engendrer une descendance. N'est-ce pas contre nature de confier soit par la PMA, soit par l'adoption des enfants à des éducateurs de même sexe ? » Je comprends la question qui n'est d'ailleurs pas une question, qui est une affirmation de la part de Pascaline, et qui est respectable. Je ne la partage pas mais je la respecte. Je pense d'abord qu'il y a beaucoup aujourd'hui et c'est déjà facile, d'hommes ou de femmes qui élèvent leurs enfants seuls et parfois parfaitement et complètement seuls. On sait bien que ce n'est pas simple. Il y a aussi un très grand nombre de cas qui correspondent à des cas que je connais mais qui correspondent manifestement à la littérature sur le sujet, d'enfants qui sont élevés par 2 hommes ou par 2 femmes dans des conditions qui sont parfaitement satisfaisantes et parfaitement épanouissantes parce qu'entourés d'amour et d'envie de faire en sorte que l'épanouissement de l'enfant soit au coeur de l'éducation qui est donnée. Voilà. Moi, ma conviction, je l'ai toujours dit et je l'ai toujours pris, puisque j'ai dit tout à l'heure qu'il y a 5 ans, je pensais la même chose, c'est qu'un enfant peut être élevé et bien élevé par 2 hommes ou par 2 femmes, que cela pose sans doute beaucoup de questions, beaucoup de sujets mais que ça impose peut-être de nature différente de ce qui se passe dans un couple hétérosexuel qui élève un enfant. Ce n'est jamais facile d'élever un enfant. Ce n'est jamais simple, ce n'est jamais gagné d'avance, d'une certaine façon. Mais je pense que c'est parfaitement possible, faisable, c'est ce que je crois très profondément. On peut évidemment avoir un débat là-dessus. Souvent, il se résume, en tout cas il se traduit par des oppositions très fortes, et parfois par des anathèmes qui sont portés... Ce n'est pas du tout le ton de la question de Pascaline, et je l'en remercie, mais c'est quelque chose que moi, je crois très profondément.

Agnès BUZYN
Le secrétaire d'État Adrien TAQUET, qui est secrétaire d'État à la protection de l'enfance, a regardé tout ce texte de loi à l'aune de l'intérêt de l'enfant. C'était très important pour nous de veiller à chaque fois à l'intérêt de l'enfant. En réalité, beaucoup d'études ont été réalisées maintenant chez des enfants qui ont été élevés dans des couples homoparentaux ou par des femmes seules, ou des hommes seuls, d'ailleurs, et toutes ces études montrent que ce qui compte, c'est d'avoir des repères et éventuellement des figures auxquelles on peut se référer dans son entourage, mais que ces enfants vivent évidemment très bien cette parentalité différente. Elle est très bien admise maintenant dans notre société. Il y a déjà beaucoup de cas, et nous avons auditionné, en réalité, ces familles et ces enfants, et effectivement, nous n'avons pas été alertés par des difficultés particulières. Il y a aussi beaucoup d'enfants qui vivent aujourd'hui dans des couples hétérosexuels et qui souffrent d'un manque d'amour ou d'un manquement de certains parents, et on voit bien que les modèles familiaux évoluent, qu'il n'y a plus de modèle unique, et que nous sommes aujourd'hui certains que ce nouveau modèle familial ne met pas en difficulté les enfants qui vivent dans ces familles.

Edouard PHILIPPE
Vianney, dont je ne dirai pas le nom, formait une question qui en fait n'est pas une question. Il nous dit : "pipeau sur la GPA." Eh bien non, Vianney, pas pipeau sur la GPA. On a dit exactement ce que nous pensions, que nous étions contre, pourquoi ça n'était pas dans le projet de loi et pourquoi nous considérions qu'il ne fallait pas que ce soit dans le projet de loi.

Agnès BUZYN
Peut-être, je rajoute, beaucoup font un projet d'intention en disant : "PMA veut dire glisser vers la GPA." En fait, quand on construit une loi de bioéthique, on regarde chaque technique et on regarde si le droit qu'on ouvre met à mal les principes éthiques fondamentaux auxquels la France est attachée, c'est-à-dire la liberté, la dignité, la solidarité. Et clairement, dans la PMA, nous ne mettons à mal aucun principe éthique sur lequel se fonde une loi de bioéthique. Par contre, la GPA pose problème parce qu'elle porte derrière l'idée de la marchandisation du corps humain et met à mal la notion de dignité. Donc la GPA, clairement, est proscrite, et il n'y a pas de glissement possible. On ne réfléchit pas à une loi de bioéthique en réfléchissant à l'égalité des droits, on réfléchit à une loi de bioéthique à chaque fois, pour chaque mesure en elle-même. Est-ce qu'elle met à mal nos principes éthiques ?

Edouard PHILIPPE
Célia pose une question à laquelle, je suis sûr, la ministre de la Santé sera sensible. "Quelle sera, selon vous, la place des professionnels de santé, médecins, pharmaciens, sages-femmes, dans cette loi et dans sa mise en place ?"

Agnès BUZYN
Elle est énorme, évidemment, puisque ce sont eux qui vont donner les informations, notamment sur la procréation, les formations sur les questions de fertilité, puisqu'on va parler de l'autoconservation des gamètes, c'est-à-dire la capacité qu'auront nos concitoyens de pouvoir conserver leurs spermatozoïdes ou leurs ovocytes s'ils atteignent un âge limite et qu'ils n'ont toujours pas eu d'enfants, de façon à préserver leur fertilité ultérieure. Donc il y a tout un tas d'informations données, évidemment, par les médecins, les sages-femmes qui sont tout à fait en capacité aussi d'accompagner cette loi. Par ailleurs, il y a toutes les informations génétiques, dans lesquelles il y a des conseillers en génétique, des médecins, évidemment. Il y a toute la partie sur les greffes. Là, nous savons que les infirmières, dans le domaine des greffes, les infirmières de coordination, sont à même également d'orienter et d'informer les donneurs et les receveurs. Les professionnels de santé sont totalement intégrés dans la chaîne de décision et d'informations vis-à-vis des clients français.

Edouard PHILIPPE
Question de Nathan, qui doute manifestement de la possibilité d'organiser en France un débat public apaisé sur le sujet. Nathan nous dit : "En France, les injures contre un militant LGBT sont considérées plus graves que les appels au meurtre contre des militants de la manif pour tous. Où est l'égalité, dans de telles circonstances ?" Et, nous dit-il, "comment Edouard PHILIPPE ose parler de débat apaisé dans un tel climat d'injustice ?" Je n'ai aucun doute sur le fait... Nous savons tous que des sujets de bioéthique en général, et peut-être les sujets de PMA et de filiation, donnent lieu à des débats dans lesquels se confrontent des positions qui sont parfois radicalement incompatibles, et qui donne lieu à des débats passionnés parce qu'elles expriment des convictions très profondes. Encore une fois, moi je respecte ces convictions très profondes. J'ai le droit d'avoir les miennes, j'ai le droit de ne pas être d'accord avec tout le monde, mais j'entends bien que chacun puisse évidemment exprimer ses convictions et qu'elles puissent être prises en compte dans le débat public. Ce que je veux dire, c'est que nous n'arrivons pas devant l'Assemblée nationale et devant le Sénat, avec la ministre de la Santé et avec l'ensemble du gouvernement, en disant : " C'est nous qui avons raison, parce que nous, nous avons la vérité, et vous allez faire comme on vous dit parce que nous, on a la vérité et vous êtes dans l'erreur." Ce n'est pas du tout l'état d'esprit dans lequel on est. On a réfléchi, on a travaillé, on n'est pas les seuls, il y a énormément de gens qui ont travaillé. Au regard de tout cette masse de travail, du Conseil d'État, du Comité national consultatif d'éthique, des travaux fait par des juristes, par des médecins, par des associations, par des personnes qui ont des convictions et qui les expriment, nous avons arrêté un texte, un projet qui nous semble équilibré, qui nous semble mesuré. C'est notre conviction, nous la partageons, nous l'exprimons. Elle va donner lieu à un débat public. Est-ce qu'on peut essayer d'avoir, sur des sujets qui concernent la société dans son ensemble, la conception que nous avons de la filiation, de l'humanité, de la recherche, de ce qui est possible, de ce qui n'est pas possible, de ce qui est souhaitable, de ce qui n'est pas souhaitable, un débat qui serait si possible dépourvu d'injures, si possible dépourvu d'a priori sur le thème " si vous dites ça, c'est parce qu'en fait vous voulez faire ça et parce qu'en fait vous avez un projet caché". Bref, est-ce qu'on peut espérer, est-ce qu'on peut essayer d'organiser les choses pour avoir un débat, oui, j'utilise le terme apaisé et je l'utilise à bon escient, c'est-à-dire un débat où on peut s'écouter, s'entendre sans se rejeter ni la faute, ni l'anathème ? Je pense que c'est, dans une démocratie comme la France, utile d'avoir ce moment d'échange et de débat, et c'est comme ça que nous avons préparé le texte. C'est pour ça que nous avons souhaité, quand il y avait des alternatives, des choix potentiellement différents qu'on pouvait faire sur le même sujet, par exemple sur la technique de reconnaissance de la filiation s'agissant des enfants issus de la PMA, il y a des choix. Il y a des grandes alternatives. On a essayé de faire en sorte que la même expertise soin apportée, la même expertise juridique, technique, soit apportée aux deux ou aux trois solutions envisageables pour qu'on puisse débattre à l'Assemblée nationale, au Sénat, dans la société, avec les mêmes instruments et avec le même niveau d'information sur les hypothèses possibles et sur les solutions envisageables. Et ça, c'est, je crois, respectueux du débat, parce que c'est-à-dire que nous avons choisi, nous, de proposer quelque chose, mais que nous sommes ouverts au débat et que le débat doit être le plus entier, le plus complet et le plus éclairé possible. C'est comme ça qu'on aborde la discussion parlementaire. Je sais bien qu'elle va être intense, et tant mieux, d'ailleurs, mais j'ai vécu, moi, parce que j'étais député de l'opposition, le débat sur le mariage pour tous, je l'ai trouvé bien souvent d'une très grande (---00:08:18), c'est vrai, mais bien souvent d'une trop grande tension, une très grande opposition entre les camps, parfois de provocation entre les camps, et je trouve que c'est important qu'il y ait un espace de débat, (coupure) en effet apaisé, apaisé dans la mesure du possible, qui puisse (coupure) dans notre pays. Je pense qu'on le doit à nos concitoyens, et d'une certaine façon, on le doit aux idées qu'on porte, idées portées avec passion, avec conviction, bien sûr, et faire en sorte que dans une démocratie, elles puissent être discutées, échangées, puis ensuite que le Parlement prenne sa décision. "Pensez-vous que cette extension va appauvrir la Sécurité sociale, Madame la Ministre ?" nous demande Rémi.

Agnès BUZYN
Non, non. Nous avons énormément regardé l'impact de ces mesures financièrement. Elles ont un tout petit impact financier. Par exemple, pour donner une échelle de chiffres, la PMA aujourd'hui, c'est 150 000 tentatives de PMA par an. Là, nous allons l'ouvrir potentiellement à 2 000 femmes supplémentaires donc on voit bien que ça représente très peu de couples supplémentaires. Il y a aujourd'hui déjà 25 000 enfants qui naissent par les techniques de PMA et donc en termes de budget pour la Sécurité sociale je dirais que ça joue à la marge par rapport au budget complet de la PMA.

Edouard PHILIPPE
Voilà dernière question qui est posée par Patience, je ne sais pas si c'est un prénom ou un pseudo, qui nous dit “Bonjour, quelles pièces de justification une femme seule aura besoin pour être admise à la PMA ? Sous quelles conditions elle sera acceptée ? Devra-t-elle se présenter avec son donneur ?” Et je pense que c'est utile de répondre parce que ça montre qu'on se fait des fausses idées sur la façon dont tout ça va fonctionner. On ne doit pas non plus se présenter avec un donneur pour avoir une aide médicale à la procréation. Un mot quand même pour dire que dans les couples hétérosexuels la PMA avec tiers donneur, c'est-à-dire pas avec les deux membres du couple, c'est 4 ou 5 %

Agnès BUZYN
C'est 4 %

Edouard PHILIPPE
des cas. Donc en fait c'est une toute petite minorité d'une pratique médicale qui est utilisée pour l'essentiel dans les couples hétérosexuels au sein du couple tel qu'il est constitué. Voilà voilà. On a beaucoup d'autres questions, par exemple celle de Roxanne : “Les couples de femmes devront-elles être mariées pour avoir accès à la PMA ?” Vas-y, vas-y.

Agnès BUZYN
Non. On va garder exactement les mêmes critères que ceux des couples hétérosexuels

Edouard PHILIPPE
Absolument.

Agnès BUZYN
Qui aujourd'hui doivent vivre en couple depuis deux ans, ce qui montre la stabilité du couple, donc on harmonise vraiment les règles entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels.

Edouard PHILIPPE
Mais on prendra un certain nombre de précautions juridiques, je ne vais pas rentrer dans le détail, mais on prendra un certain nombre de précautions juridiques qui permettront de s'assurer au moment de la naissance dans le cas du recours à une PMA avec tiers donneur ce qui est évidemment la norme quand il s'agit d'un couple de femmes pour qu'il n'y ait pas de contestation sur le caractère de parents des deux mères et des deux membres du couple. C'est pour ça qu'il y aura une déclaration d'intention qui sera consignée devant notaire qui marquera la volonté d'accueillir un enfant dans le couple tel qu'il est constitué. Donc encore une fois on a parlé de façon générale mais c'est un petit peu obligé compte-tenu de la nature de l'exercice mais le projet de loi tel qu'il est rédigé est très dense, il est juridiquement assez complet et peut-être certains diront assez complexe… Il y a combien d'articles aujourd'hui avant qu'on engage les discussions parlementaires ?

Agnès BUZYN
Une trentaine d'articles.

Edouard PHILIPPE
Une trentaine d'articles qui traitent on l'a dit de la PMA mais de bien d'autres sujets compte-tenu de l'ampleur que va prendre ce débat, et c'est très bien ainsi, compte-tenu aussi du fait que le débat va porter s'agissant du gouvernement à la fois par Agnès BUZYN la ministre des solidarités et de la santé, mais aussi par Frédérique VIDAL et par Nicole BELLOUBET la garde des sceaux et Frédérique VIDAL la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, je pense qu'on fera d'autres Facebook de ce type pour évoquer d'autres aspects du texte au fur et à mesure que le débat sera nourri. Peut-être à la rentrée, peut-être en septembre quand le débat aura commencé on pourra reprendre cette conversation. En tout cas merci beaucoup d'avoir posé des questions, j'ai vu dans les questions telles qu'elles sont formulées, je ne doute pas que dans les commentaires qui viendront s'ajouter en-dessous de notre vidéo il y aura parfois des expressions qui seront vives, très dures, très critiques peut-être (ça c'est pas grave), je redis ce que je disais tout à l'heure : je trouve qu'essayer de faire en sorte que dans un débat même compliqué, même qui met en cause des convictions passionnées qu'on peut porter essayer de se respecter même quand on est pas d'accord et d'avoir un débat apaisé c'est plutôt une bonne chose. Merci beaucoup.

Agnès BUZYN
Merci.


Source https://www.gouvernement.fr, le 26 juillet 2019 
 

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