Déclaration de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, sur le projet de loi de finances pour 2020, au Sénat le 21 novembre 2019.

Déclaration de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, sur le projet de loi de finances pour 2020, au Sénat le 21 novembre 2019. Gérald Darmanin 21/11/2019 Budget 2020 Discussion d'un projet de loi au Sénat

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi de finances pour 2020, adopté par l'Assemblée nationale (projet n° 139, rapport général n° 140).

(…)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'action et des comptes publics.

M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics. Madame la présidente, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi de vous dire tout le plaisir que j'ai à vous retrouver, pour la troisième année consécutive – l'amour dure trois ans, monsieur le rapporteur général (Sourires.) –, pour vous présenter le projet de budget pour 2020 avec M. le ministre de l'économie et des finances.

La politique fiscale et économique conduite sous l'autorité du Président de la République lors de ces deux derniers exercices budgétaires a permis d'obtenir des résultats importants : le chômage a baissé continuellement, la croissance est restée dynamique, bien plus que celle de nos voisins, le pouvoir d'achat des Français a crû de façon inédite et les impôts ont baissé comme jamais au cours d'un mandat d'un Président de la Ve République. Ces résultats, nous les devons en partie à notre politique économique, à notre conviction en matière de maîtrise des dépenses publiques et à la transformation structurelle de nos politiques publiques, qui nous ont permis de réduire à la fois nos impôts et nos déficits.

Les résultats sont là ; ils sont incontestables.

Ainsi, 40 milliards d'euros de dépenses publiques auront été évités entre 2017 et 2020. Je rappelle que, en 2017, lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, les dépenses publiques représentaient 55% du PIB ; nous en sommes désormais à 53,4% du PIB : 1,6 point de dépenses publiques en moins, donc.

Rien qu'en 2020, les impôts baisseront de plus de 9 milliards d'euros pour les ménages et de 1 milliard d'euros pour les entreprises.

Le déficit public aura baissé de près d'un tiers entre son estimation par la Cour des comptes dans son rapport sur la gestion du gouvernement précédent, au lendemain de notre arrivée – 3,4% du PIB –, et 2020. Le budget présenté par le Gouvernement prévoit un déficit de 2,2% du PIB : 1,2 point de déficit en moins, donc.

Pour la première fois depuis dix ans, la dette publique baisse, très légèrement certes – la décrue est de 0,1 point –, après une stagnation, sachant que nous réalisons la sincérisation de la dette de la SNCF, qu'aucun gouvernement n'avait voulu engager.

Après 2018 et 2019, nous sommes déterminés à maintenir le cap sur le front de notre politique économique comme sur nos objectifs de finances publiques. L'ampleur inédite de la réponse que nous avons apportée à l'urgence économique et sociale nous conduit sans doute à faire des modifications, mais sans changer de cap.

Je voudrais d'ailleurs souligner la sincérité avec laquelle nous présentons désormais les comptes de la Nation – cette sincérité est saluée par l'ensemble des observateurs. Nous avons fait, en y étant très attentifs, les économies de gestion qu'il fallait ; je salue, à ce propos, l'accord auquel sont parvenus le Sénat et l'Assemblée nationale dans le cadre de la commission mixte paritaire sur les dispositions restant en discussion d'un projet de loi de finances rectificative qui n'était que de fin de gestion, sans aucun article fiscal, donc sans aucune augmentation d'impôt – le Sénat, qui demandait depuis bien longtemps qu'il en soit ainsi, l'a noté.

Alors que le Président de la République a annoncé, au lendemain du grand débat, des dépenses ou des recettes supplémentaires ou en moins, avec d'évidentes conséquences macroéconomiques, nous avons réussi – le PLFR est là pour en témoigner – à faire par ailleurs les économies nécessaires pour tenir le déficit antérieurement prévu. Cela prouve à la fois le dynamisme de notre économie et la sincérité des comptes que présente le Gouvernement à la représentation nationale.

Cela fait deux fois, monsieur le rapporteur général, que le Gouvernement ne présente pas de décret d'avance, fait exceptionnel : ce n'était jamais arrivé depuis la promulgation de la LOLF. Le décret d'avance était une mauvaise habitude, relevant soit de l'insincérité budgétaire soit du défaut d'autorisation parlementaire. Vous avez vous-mêmes fait preuve, mesdames, messieurs les sénateurs, lors de la réunion de la CMP sur le PLFR, de l'indépendance qui sied à la fonction parlementaire, en rouvrant et en fermant des crédits, ce qui montre qu'il nous est possible de travailler ensemble dans un climat de confiance, malgré les différences politiques qui nous séparent.

Au cours du quinquennat, 27 milliards d'euros d'impôts auront été rendus aux ménages, 13 milliards d'euros aux entreprises.

M. le ministre de l'économie l'a évoqué, il y aura une baisse sans précédent de l'impôt sur le revenu, de 5 milliards d'euros, conformément à la promesse du Président de la République.

Sous les vivats, sans doute, de la majorité sénatoriale, grâce au prélèvement à la source, qui fut un succès, et grâce au travail de l'administration fiscale, les Français verront dès le mois de janvier prochain cette baisse d'impôt sur leur feuille de salaire ou leur bulletin de pension. Cette baisse bénéficiera en priorité aux 12 millions de foyers fiscaux imposables dans la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu, dont le taux passera de 14% à 11%, pour un gain moyen de 350 euros. Mais ses effets iront bien au-delà de ces 12 millions de foyers : près de 17 millions de foyers, soit 95% de la population imposable, connaîtront une baisse d'impôt sur le revenu dès le mois de janvier.

C'est également l'année prochaine que sera définitivement supprimée la taxe d'habitation sur la résidence principale pour 80 % des Français. Le présent projet de loi de finances prévoit la suppression complète de la taxe d'habitation et sa compensation pérenne et à l'euro près ; le Gouvernement a donc tenu sa parole.

J'ai chargé Olivier Dussopt de défendre les articles en question devant la représentation nationale ; il évoquera avec vous cette transformation très importante de la fiscalité locale. De nombreux amendements ont été déposés par les sénateurs sur cette question ; c'est bien normal venant de la chambre qui représente les collectivités territoriales. Personne, dans la République française, n'avait jamais supprimé un impôt de 22 milliards d'euros ; c'est ce qu'aura fait le Président de la République !

Il s'agit d'une réforme historique, vous le savez, et j'imagine que nous prendrons le temps, au Sénat, comme nous l'avons fait à l'Assemblée nationale, d'en discuter, afin d'acter enfin cette réforme importante et définitive.

Nous baissons les impôts, mais nous ne baissons pas la garde. Le Gouvernement, depuis le début du quinquennat, s'est fixé des priorités, et il s'y tient, en apportant des moyens budgétaires à la hauteur des défis, à commencer par l'accélération de la transition écologique.

Les crédits alloués à la transition écologique et aux transports augmenteront de 3 milliards d'euros sur le quinquennat et de 800 millions d'euros dès 2020, et la trajectoire prévue par la loi d'orientation des mobilités sera respectée. De grands projets seront financés ; j'aurai d'ailleurs le plaisir, demain – je m'excuse par avance de m'absenter ainsi quelques heures du débat budgétaire, mais ce sera le tour du ministre de l'économie et des finances de débattre avec vous –, de signer la convention financière relative à la construction du canal Seine-Nord Europe. Ce chantier compte parmi les engagements financiers pris par ce gouvernement quand d'autres, malgré beaucoup de paroles, n'ont jamais donné le premier coup de pelle dans ce genre de travaux.

Le crédit d'impôt pour la transition énergétique sera recentré et, conformément à l'engagement pris pendant la campagne présidentielle, transformé en prime contemporaine. C'est très important pour le déclenchement des travaux : avec le crédit d'impôt, ceux qui avaient peu de trésorerie devaient attendre que l'argent arrive sur leur compte et, souvent, les travaux n'étaient pas déclenchés. La prime est un dispositif plus juste – nous concentrerons ainsi cette politique publique sur les ménages les plus modestes, les classes populaires et moyennes – et plus efficace : davantage de travaux seront déclenchés, notamment là où ils étaient le plus nécessaire. Plus on est pauvre, en effet, moins on a de revenus, et plus le logement est une passoire énergétique.

La transformation du CITE est très importante, mais c'est une mesure one-off – pardon d'utiliser ce mot anglais déjà employé à propos du CICE. Elle explique une partie du ressaut budgétaire et sera accomplie en deux fois. La prime sera donc plus efficace que ne l'était le crédit, plus généreuse pour les ménages les plus modestes, plus contemporaine ; autrement dit, elle s'inscrit dans le programme présidentiel.

Nous accompagnons par ailleurs le retour à l'emploi et protégeons les plus vulnérables. L'augmentation de la prime d'activité se poursuit : 4 milliards d'euros d'augmentation entre 2018 et 2022. À la fin du quinquennat, la prime d'activité aura presque atteint les 9 milliards d'euros, contre 3,5 milliards d'euros lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités. Cette prestation sociale vise à augmenter le pouvoir d'achat de ceux qui travaillent : 100 euros de pouvoir d'achat supplémentaire au niveau du SMIC, telle était la promesse du Président de la République au lendemain du grand débat ; cette promesse sera tenue.

La prime exceptionnelle annoncée l'année dernière par le Président de la République sera reconduite, assortie d'une promotion des dispositifs d'intéressement qu'a évoqués M. le ministre de l'économie et des finances. Le lien que le ministre a noué, dans le cadre de la loi Pacte, entre le capital et le travail se trouve ainsi renforcé – vieille idée gaulliste positive pour le salariat français.

Pour la clarté des débats, l'ensemble du dispositif figurera, lorsque le Sénat souhaitera l'examiner, dans le PLFSS, mais il comportera bien une exonération fiscale en plus de l'exonération de cotisations sociales.

L'allocation aux adultes handicapés sera revalorisée de 1,3 milliard d'euros sur le quinquennat ; le minimum contributif fera également l'objet d'une revalorisation, et nous poursuivrons la montée en puissance du plan Pauvreté. Nous allons améliorer le recouvrement des pensions alimentaires, comme s'y est engagé le Président de la République, afin d'être au rendez-vous de la solidarité nationale auprès de ces femmes, notamment, dont l'ex-conjoint ne paie pas la pension. Quant aux pensions les plus modestes, elles seront indexées sur l'inflation, jusqu'à 2 000 euros.

Nous poursuivons en outre le réarmement régalien de l'État.

Les crédits de la mission « Défense » augmentent de 1,7 milliard d'euros, conformément à la loi de programmation militaire.

Les crédits du ministère de la justice augmentent également, conformément à la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, afin notamment de créer des équivalents temps plein.

Le ministère de l'intérieur aura bénéficié de la création de 10 000 emplois de policiers et de gendarmes sur le quinquennat, l'année 2020 représentant évidemment, en la matière, une césure, conformément à la trajectoire définie dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022. Les crédits dévolus au ministère de l'intérieur augmentent d'une manière inédite, de plus de 2 milliards d'euros, le nouveau protocole salarial prévoyant enfin la rémunération des heures supplémentaires des policiers.

Nous préparons l'avenir. Les crédits du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse augmentent de 2,6 milliards d'euros, finançant le dédoublement des classes et la limitation à vingt-quatre élèves par classe, qui comptaient parmi les annonces faites à l'issue du grand débat, mais aussi le déploiement du service national universel, la réforme sans précédent du baccalauréat et l'augmentation de 500 millions d'euros des crédits de la recherche. Nous poursuivons la mise en oeuvre du programme d'investissements d'avenir en investissant dans les compétences, c'est-à-dire dans les hommes, comme dans les infrastructures. Ce budget est aussi le budget de l'investissement !

Nous poursuivons également nos efforts en matière de justice fiscale. De concert avec le Sénat, qui a beaucoup travaillé sur cette question, nous assumons de mener une action résolue contre la fraude et l'évasion fiscales.

Nous venons, grâce aux nouveaux outils de la loi du 23 octobre 2018 relative à la lutte contre la fraude, à la création desquels le Sénat a apporté une contribution particulièrement importante, de connaître des succès sans précédent. L'année 2019 sera l'année où la fraude fiscale aura été la plus combattue, avec des gains considérables pour les finances publiques.

J'en profite d'ailleurs pour saluer le travail effectué par le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, qui a permis d'aboutir, sur le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude, à un texte commun à l'issue d'une CMP conclusive. Je pense en particulier à la fin du verrou de Bercy, dont on voit l'efficacité – 85% de transmissions supplémentaires au parquet –, ou au plaider-coupable, qui nous a permis de régler des contentieux très importants avec les entreprises qui ne payaient pas le juste impôt dans notre pays.

Il faut désormais aller encore plus loin. À la demande du Premier ministre, j'ai saisi au bond la balle lancée par le Sénat en matière de lutte contre la fraude à la TVA applicable au e-commerce, fraude à la fois massive et méconnue.

Mme Nathalie Goulet. Absolument !

M. Gérald Darmanin, ministre. Nous souhaitons également, à partir de 2021, rendre les plateformes redevables de la TVA, en lieu et place du vendeur ou de l'importateur,…

M. Philippe Dallier. Bonne idée !

M. Gérald Darmanin, ministre. … dès lors qu'elles facilitent les transactions ; nous prévoyons d'établir une liste noire des plateformes non coopératives, où seront inscrites celles qui ne respectent pas leurs obligations.

M. Jérôme Bascher. Très bien !

M. Gérald Darmanin, ministre. Nous allons permettre à l'administration de demander aux entrepôts logistiques des informations sur la provenance et la destination des colis, comme l'ont fait nos amis Britanniques.

Comme l'Espagne ou l'Italie, nous mettrons également en place la facturation électronique – cela évitera la fraude à la TVA – d'ici à 2023, afin notamment de laisser aux PME le temps de s'organiser. Le Gouvernement tient particulièrement à cette disposition, qui permettra sans doute de répondre aux interrogations de la Commission européenne. Cette dernière estime à plus de 10 milliards d'euros la fraude à la TVA pour la France. Nous savons tous que la fraude est un coup de poignard au pacte républicain.

Nous travaillerons sur la liste des États non coopératifs en cas d'évasion fiscale. Nous proposerons une disposition très intéressante sur la domiciliation fiscale des dirigeants, qui entraînera sans doute un certain nombre de discussions. Cette disposition est conforme à l'engagement du Président de la République. Payer ses impôts en France n'est pas honteux, bien au contraire ! La richesse étant créée en France, les dirigeants d'entreprise doivent payer leurs impôts en France.

L'article 57 du projet de loi de finances nous donnera l'occasion de débattre de l'utilisation de l'intelligence artificielle et des réseaux sociaux pour confondre les fraudeurs. Les discussions sur ce sujet ont été intéressantes et vives à l'Assemblée nationale, qui, à la quasi-unanimité, a souhaité encourager le Gouvernement à mener son expérimentation. J'imagine que nous aurons un débat similaire au Sénat sur les moyens donnés à l'administration fiscale pour lutter contre la fraude, comme l'ont fait d'autres pays, tels les États-Unis ou la Grande-Bretagne.

Enfin, nous simplifierons la vie des Français, notamment avec la suppression de la déclaration sociale des indépendants – aujourd'hui les indépendants font trois déclarations, demain ils n'en feront plus qu'une – ou la contemporanéisation des crédits d'impôt et des aides sociales, en particulier les APL, sans parler de la déclaration tacite pour l'impôt sur le revenu. Les Français ne rempliront plus leur déclaration de revenus comme ils le faisaient jusqu'à maintenant : cette simplification permettra d'éviter un certain nombre d'erreurs. Nous améliorerons par ailleurs notre fiscalité par la suppression de petites taxes et la rationalisation des dépenses fiscales inefficientes. Le Gouvernement est bien sûr à l'écoute des propositions du Sénat.

Mesdames, messieurs les sénateurs, je suis heureux de discuter de ce projet de loi de finances pour 2020 avec vous. C'est un projet de loi qui diminue le déficit, réduit les impôts, garantit la croissance, lutte contre la fraude fiscale, simplifie la vie des Français, réforme la fiscalité locale. (Exclamations amusées sur diverses travées.)

M. Jean Bizet. Le rêve !

M. Laurent Duplomb. On se demande pourquoi il y a des manifestations, finalement !

M. Albéric de Montgolfier, rapporteur général de la commission des finances. Pourquoi nous réunissons-nous ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Julien Bargeton. Vous êtes jaloux !

M. Gérald Darmanin, ministre. Nous constatons que le chômage recule et que les impôts baissent. La politique fiscale du Gouvernement y est sans doute un peu pour quelque chose, monsieur le rapporteur général ! (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM et sur des travées du groupe UC.)


source http://www.senat.fr, le 26 novembre 2019

Budget de l'Etat Budget 2020 Depense budgetaire Deficit budgetaire Dette publique Politique fiscale 193002478

Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, à Public Sénat le 13 novembre 2019, sur la précarité étudiante, les commissaires européens, le Brexit, le renvoi par la Turquie de djihadistes, la construction européenne,

Interview de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, à Public Sénat le 13 novembre 2019, sur la précarité étudiante, les commissaires européens, le Brexit, le renvoi par la Turquie de djihadistes, la construction européenne, le déficit budgétaire et la proportionnelle intégrale. Amélie de Montchalin 13/11/2019 Union européenne

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin, c'est Amélie de MONTCHALIN. Bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Vous êtes secrétaire d'Etat chargée des Affaires européennes. Vous êtes avec nous pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée ce matin par Christelle BERTRAND du groupe LA DEPECHE. Bonjour Christelle.

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour Oriane, bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Avant de parler de vos dossiers et de l'Union européenne, il y a beaucoup de choses à dire, un mot sur cette colère étudiante. Des manifestations ont eu lieu hier dans plusieurs villes de France pour protester contre la précarité étudiante. Des manifestations qui, pour certaines, ont dégénéré. On a vu à Lille François HOLLANDE qui a été empêché de tenir une conférence. A Paris, les grilles du Ministère de l'enseignement supérieur ont été enfoncées. Quelle est votre réaction ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a plusieurs choses. D'abord un étudiant qui se suicide, c'est toujours un drame parce que c'est une vie arrêtée beaucoup trop tôt et, au fond, le sentiment qu'on n'a pas réussi à l'entourer sûrement assez avant, à prévenir au fond un tel passage à l'acte. Donc ça c'est la première chose, c'est d'abord je pense le respect qu'on doit aux familles et effectivement la mobilisation qu'on doit avoir pour que d'autres jeunes en situation peut être difficile personnellement trouvent les moyens d'exprimer leurs difficultés, le soutien nécessaire, peut-être aussi sur les sujets matériels il y a des aides d'urgence, et donc qu'on puisse prévenir de tels actes. Certains disent que c'est un acte politique. Je ne pense pas qu'un suicide ou en tout cas qu'une immolation…

ORIANE MANCINI
Voilà, il s'est immolé.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et il est aujourd'hui dans une situation médicale très grave, je ne pense pas qu'on puisse dire que ce soit un acte politique. On comprend bien qu'il y a des revendications, il y a des difficultés. Ce que je trouve moi dangereux, c'est que dans notre démocratie, certains groupuscules, certains militants politiques se servent de cet événement, le récupèrent et, on le voit bien, commettent des actes qui ne sont pas au fond ce que doit être une démocratie. Une démocratie, ça n'empêche pas un ancien président de la République de s'exprimer dans une université qui doit être un endroit de débat. Ça ne se jette pas sur des grilles d'un bâtiment public. Et donc, on voit là qu'il y a au fond un amalgame ou en tout cas un risque. C'est que d'un côté il y a un événement très grave qui est effectivement un jeune qui met ses jours en danger parce qu'il a manifestement des difficultés qui n'ont pas été identifiées, et puis de l'autre il y a un mouvement politique violent et contre lequel je pense qu'il faut qu'on soit très ferme.

CHRISTELLE BERTRAND
Ce n'est pas un acte politique mais on pointe du doigt Emmanuel MACRON, François HOLLANDE, Nicolas SARKOZY. Il y a un message politique derrière son acte.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a effectivement… Il met le doigt sur des enjeux de précarité étudiante. Ce sont des sujets sur lesquels on travaille, à la fois sur les bourses…

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que ces questions de précarité étudiante n'ont finalement pas été réglées, n'ont pas été laissées… ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Elles sont au coeur de tout le plan de Frédérique VIDAL, que ce soient les bourses, que ce soit sur le fait qu'on ait supprimé la cotisation à la Sécurité sociale. C'est 217 euros de plus qu'on rend aux étudiants. Le fait qu'on travaille beaucoup avec les CROUS donc il y a beaucoup, beaucoup d'actions. Est-ce qu'elles sont suffisantes ? Est-ce qu'elles ont touché tout le monde ? Est-ce qu'il n'y a pas des étudiants qui passent parfois entre les mailles du filet ? Il faut qu'on y travaille. Mais vous voyez bien il y a d'un côté une action qui doit être méthodique, peut-être renforcée, qui doit peut-être être mieux connue, qu'on puisse mieux accompagner. Mais on ne peut pas dire d'abord qu'on n'ait pas pris conscience de cet enjeu et, deuxièmement, je pense ne pas que ça justifie et ça ne justifie jamais - jamais - la violence contre ni les institutions républicaines, ni surtout empêcher au sein même d'une université des débats démocratiques, ouverts, des débats, des échanges de se tenir.

ORIANE MANCINI
Allez, on va passer au dossier de l'Union européenne. Thierry BRETON, nouveau commissaire européen proposé par Emmanuel MACRON, était auditionné hier par la commission juridique du Parlement européen. C'est la première étape avant une autre audition demain et c'est passé juste, très juste, à une voix près. Est-ce qu'il faut se préparer un nouveau camouflet pour la France ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors il n'a pas été auditionné hier. Il a envoyé un dossier…

ORIANE MANCINI
Sur sa déclaration d'intérêts et un éventuel conflit d'intérêts.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et hier la commission jury, donc la commission qui s'occupe affaires juridiques, a pris la décision de ne pas lui poser de questions supplémentaires et de le laisser aller désormais jeudi après-midi passer une audition sur le fond où là il sera face à des députés avec des questions, des réponses. Il pourra apporter à la fois des éléments essentiels sur pourquoi ce portefeuille qu'on lui confie est cohérent, pourquoi ça fait sens de s'occuper à la fois d'industrie, de création d'emplois, de défense, d'espace, de numérique. Donc déjà il pourra défendre la vision qu'il a de ce portefeuille et ce qu'il compte en faire, comment c'est cohérent avec ce que lui a demandé de faire Ursula VON DER LEYEN, la nouvelle présidente de la Commission. Et puis s'il y a des questions de clarification sur un certain nombre de points, les députés sont libres.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que le fait que ça se soit joué à une voix près hier, ça vous inquiète sur ce qui va se passer demain ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Une voix près, c'est sûr est-ce qu'on veut ou non lui poser des questions supplémentaires. Ce que je vois, c'est qu'effectivement ce Parlement, on le voit depuis le début, est…

ORIANE MANCINI
Est divisé sur la question de Thierry BRETON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais il est divisé sur beaucoup d'autres questions. Il est légitimement pointilleux sur un centre nombre de questions donc c'est son rôle. Après moi ce que je cherche surtout à voir, c'est qu'on ne fasse pas de la mauvaise politique au mauvais endroit. Le Parlement, c'est un lieu qui doit, à mes yeux, bien sûr régler les questions de conflits d'intérêts. C'est son rôle, c'est comme ça que c'est organisé. On pense d'ailleurs qu'on ferait mieux d'avoir une Haute autorité de la transparence de la vie publique européenne pour dépolitiser ce qui doit l'être. Qu'il y ait des juges, des magistrats, des experts indépendants qui regardent les questions de conflits d'intérêts, les questions de patrimoine. Et puis que les politiques, eux, ils s'intéressent à savoir est-ce que sur le fond il a le bon projet, il a la bonne vision et que, vous voyez, on sépare une peu les deux. Le problème, c'est que comme aujourd'hui tout se passe au même endroit avec les mêmes personnes, on a du mal à différencier ce qui est de l'ordre de la compétence, du fond, du portefeuille et les questions personnelles. Moi ce qui compte, c'est que Thierry BRETON il a pris des décisions radicales, des décisions extrêmement claires. La vente de ses actions, le fait qu'il ait renoncé à toutes ses fonctions dans ses précédentes entreprises, et aujourd'hui il n'a plus aucun contrat. Il est libre totalement devant les députés.

ORIANE MANCINI
Donc vous êtes confiante sur ce qui va se passer demain, sur son audition de demain ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce n'est pas une question de confiance. C'est il a pris les dispositions pour demain…

ORIANE MANCINI
Vous connaissez bien le Parlement, vous connaissez les députés. Est-ce que vous dites que ça va passer ou pas ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Et j'échange avec Thierry BRETON. Evidemment qu'on travaille pour qu'il puisse surtout présenter la cohérence du portefeuille. C'est là-dessus qu'il y a eu aussi beaucoup de questions. Est-ce que ce n'est pas trop grand ? Pourquoi vous avez mis tout ça ensemble ? Ce n'est pas nous qui l'avons mis. C'est Ursula VON DER LEYEN qui, dans sa constitution de sa commission a considéré que face au XXIème siècle, face à la Chine, face aux Etats-Unis, face aux enjeux de souveraineté - on y reviendra peut-être - on a besoin d'avoir une vraie politique de création d'emploi, de protection de nos normes, de nos données personnelles par exemple. On a besoin que ce soient des entreprises européennes qui puissent s'occuper de nos données personnelles, nous Européens. Ça me permet de mettre en cohérence l'industrie, le numérique, les sujets de défense, l'innovation et la recherche en défense, et puis ce qu'on appelle le marché intérieur. C'est au fond ce qui permet d'avoir un marché où on a des règles pour que ce ne soit pas la concurrence de tous contre tous. Et donc, je pense que Thierry BRETON a beaucoup de choses à apporter, beaucoup de choses… Il pourra clarifier les choses et moi ce qui compte je vous ai dit sur le conflit d'intérêts, c'est qu'il est dans une situation extrêmement claire.

ORIANE MANCINI
Vous qui échangez avec lui, il est serein, il est inquiet sur ce qui va se passer demain ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il rencontre tous les parlementaires, il a fait tout un travail aussi de co-construction de ce qu'il a envie de faire avec les parlementaires, donc on est dans une pratique qui est celle du Parlement européen qui est très exigeante. Je pense qu'en France, on serait bien étonné de voir ce que ça voudrait dire de passer de telles auditions, et donc voilà, les choses se passeront tout à fait positivement.

CHRISTELLE BERTRAND
En choisissant un profil d'une personne qui est issue de la droite, vous assurez aussi le soutien du PPE. Est-ce qu'il y avait une forme de stratégie politique dans ce choix qui a été fait de Thierry BRETON ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Le premier choix, c'est celui de la compétence et c'est celui de l'expérience face à des enjeux, à des questions qui, on le voit, sont essentielles. Le choix du président, c'est de dire : quelqu'un dont la compétence sur le sujet numérique, sur les sujets industriels, sur les sujets de coopération européenne est indiscutable.

ORIANE MANCINI
Quand même, est-ce qu'il n'y a pas un peu de tactique politique ? C'est le PPE, le Parti où siègent les membres de la droite conservatrice, finalement la droite qui avait bloqué pour Sylvie GOULARD, est-ce que là en prenant un profil de droite vous ne vous assurez pas le soutien du PPE ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne sais pas si Thierry BRETON est de droite ou de gauche. Je ne crois pas qu'il soit un militant politique. Sa vie d'ailleurs a été celle d'avoir été un élu local, ensuite un capitaine d'industrie, un entrepreneur, un ministre. Si on colle des étiquettes aux gens parce qu'un jour ils ont travaillé avec les uns et les autres, vous savez En Marche dans ce cas-là aurait beaucoup de mal à exister. Moi je pense que le choix du président, c'est vraiment un choix de compétences et d'expérience. Aujourd'hui l'Europe face à la Chine, face aux Etats-Unis sur les enjeux industriels - on l'a vu avec la visite du président MACRON en Chine - on est face à des enjeux majeurs. Dans le numérique : on parle souvent de la taxe digitale, mais au-delà des sujets de taxe on a les questions de souveraineté. Comment on s'assure que sur notre territoire européen, nous définissions nos propres règles. Il y a des enjeux très concrets. Il y a le droit par exemple des salariés qui travaillent dans les plates-formes. C'est un enjeu de comment on fait de la croissance dans le numérique sans mettre à mal notre vision d'une économie sociale de marché. Il y a des questions essentielles. Vous imaginez que la première des choses, c'est de s'assurer que si on confie tous ces sujets à quelqu'un, que ce quelqu'un il ait les épaules, l'expérience, les réseaux pour avancer et faire des choses concrètes.

CHRISTELLE BERTRAND
Alors pour continuer sur l'Europe, hier Bruxelles a demandé à Londres de nommer un nouveau commissaire européen britannique. Boris JOHNSON, lui, ne répond pas. Est-ce qu'il faut se passer d'un commissaire britannique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Là aussi, ce n'est pas une question d'appréciation, c'est une question de droit. Si le Royaume-Uni est membre de l'Union européenne, ce qu'il est à ce stade puisque le Brexit n'a pas eu lieu, le droit européen dit qu'il faut un commissaire britannique.

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire qu'on laisse le Royaume-Uni paralyser l'Union européenne et le fonctionnement de la Commission ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Donc je pense qu'on est dans un rapport de force, voilà, on explique qu'il faut que ça se passe. C'est sûr que pour les Britanniques, c'est quand même assez compliqué puisqu'il y a deux ans et demi ils ont voté en disant qu'ils sortaient de l'Union européenne. Depuis on a trouvé un accord, puis un deuxième accord, puis on se donne un peu de temps maintenant pour qu'il y ait des élections. Nous, notre position française, c'est que d'abord il faut respecter le droit. Ça me paraît, vous voyez dans ma bouche, quelque chose d'assez simple à dire mais on respecte le droit européen. Et l'autre chose, c'est qu'on essaye depuis le début, et c'est pour ça que certains nous décrivent comme des gens durs : on n'est pas durs, on essaie d'être clairs. Le poison du Brexit, le premier des poisons et pour les Britanniques et pour les Européens, c'est l'incertitude. C'est qu'économiquement, les entreprises n'ont aucune idée si on ne leur restreint pas les délais, si on ne met pas de la clarté dans le processus sur ce qui va se passer, les familles de Britanniques qui habitent en Europe, les Français, les Européens qui habitent à Londres et qui vivent et qui travaillent dans ce pays ont besoin de clarté. Et donc ce qu'on essaie de faire, nous, c'est de dire : on ne peut pas empêcher des élections de se tenir quand l'intégralité des forces politiques veulent les organiser. Ça fait deux ans que nous avons toujours dit : s'il y a besoin d'un peu de temps pour des élections, il y aura ce temps parce que c'est un temps démocratique. Maintenant, il ne faut pas à nouveau qu'on reparte dans une série de péripéties et là-dessus…

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire que le Brexit c'est le 31 janvier quoiqu'il arrive, avec ou sans accord. C'est ça ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il faut qu'on ait un oui ou un non. Il faut que ce soit clair.

ORIANE MANCINI
Mais vous préférez une sortie au 31 janvier claire, sans accord, plutôt qu'un nouveau délai ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, je ne vais pas vous dire que je préfère. Ce n'est pas mon choix, c'est le choix des Britanniques. Ça commence par un référendum britannique, ça se suit par des décisions du Parlement britannique, et aujourd'hui il faut qu'on réaligne le Parlement, le gouvernement et le peuple britannique pour qu'il y ait une majorité quelque part.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce qu'il y a encore une chance pour que la Grande-Bretagne reste dans l'Union européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais s'il y a une majorité qui veut organiser le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, l'article 50 qui est le processus juridique qui permet le Brexit, il peut être arrêté à tout moment par les Britanniques. Vous voyez, c'est un choix britannique. Ce que moi je vous dis, c'est que notre responsabilité côté européen, côté français c'est deux choses. D'abord il faut de la clarté parce qu'il faut un calendrier restreint. On ne peut pas imposer de l'incertitude aux familles, aux entreprises, à notre société.

ORIANE MANCINI
Aujourd'hui, il y a des incertitudes, il y a des risques.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et donc tout ce qu'on fait avec le président de la République depuis le mois d'avril, c'est de dire : si on veut de l'extension uniquement jusqu'au 31 octobre, et là on avait mis un délai très court, certains étaient prêts à nous faire partir pour… Voilà, sans justification.

ORIANE MANCINI
Il était un peu isolé, Emmanuel MACRON et la France, sur ce sujet du report du Brexit.

AMELIE DE MONTCHALIN
On n'est pas isolé. On porte une voix qui est nécessaire. Et donc, vous avez vu que l'unité des vingt-sept s'est faite. A l'unanimité, on a dit : voilà, le 31 janvier. Et deuxièmement, deuxième position française, c'est on veut des justifications, on veut des conditions. Ce n'est pas un processus qui va se diluer, dont la difficulté va se diluer parce que le temps va être plus long. Donc notre approche, c'est de la clarté, des échanges courts, des conditions et de la préparation pour que sur le terrain les entreprises notamment qui exportent soient bien renseignées. J'étais encore en Normandie la semaine dernière pour expliquer les procédures à faire. Il y a une démarche à faire pour toutes les entreprises et tous les chefs d'entreprise qui pourraient nous écouter ce matin : brexit.gouv.fr pour avoir un numéro d'exportateur qui peut être utile si jamais les choses se passent de manière moins ordonnée que prévu.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot juste sur ce sujet. On a bien compris mais est-ce que vous pensez que le Brexit peut avoir des conséquences sur la croissance française ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais le Brexit, il a des conséquences partout en Europe, peut-être même partout dans le monde déjà, par l'incertitude qu'il génère. Vous savez, si en Allemagne il y a un ralentissement…

ORIANE MANCINI
… Il peut y avoir des conséquences sur la croissance pour l'année prochaine notamment.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais il en a déjà, c'est déjà le cas. C'est déjà le cas depuis deux ans et demi puisque depuis deux ans et demi, les chefs d'entreprise, des investisseurs voient qu'il y a un pays en face où ils investissaient beaucoup, avec qui ils commercent beaucoup qui est dans une situation où on ne connaît pas les règles de commerce qui prévaleront demain. Qui prévaudront demain. Donc on est bien dans un cas où aujourd'hui cette incertitude pèse déjà. Et ce qu'on veut nous, c'est qu'on réduise au maximum l'incertitude pour qu'elle pèse le moins possible et qu'elle pèse le moins longtemps. Et donc notre combat à nous, c'est lutter contre l'incertitude. Ensuite les décisions politiques, je répète que ce sont des décisions des Britanniques.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça fait quatre ans aujourd'hui qu'ont eu lieu les attentats du Bataclan et ceux qui les ont entourés. La Turquie a décidé de renvoyer onze djihadistes français. Est-ce que la Turquie fait des djihadistes un instrument de géopolitique contre la France et l'Union européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors là-dessus, il faut être assez factuel. Déjà, je pense qu'il faut se souvenir effectivement d'il y a quatre ans, je pense que tous avons des souvenirs très forts, très marquants, très graves de ce qui s'était passé. La lutte contre le terrorisme, c'est une lutte que la France mène chez nous, ailleurs, dans le monde, sur les terrains d'opérations extérieures. Donc on est extrêmement déterminé. Il faut avoir en tête sur le point précis que vous abordez comment ça s'organise. Il y a deux sujets. Il y a des djihadistes qui sont dans des camps sécurisés, des prisons, qui ont été gérés par les Kurdes, au nord de la Syrie proche de l'Irak, et où nous essayons de faire en sorte que ce soit sur les terrains d'exaction de ces djihadistes qu'ils soient jugés, donc en Irak pour beaucoup d'entre eux. Et puis il y a d'autres personnes qui ont déjà été arrêtées par les Turcs parce qu'ils se situaient en territoire turc, soit parce qu'ils voulaient aller en Syrie et que les Turcs les ont arrêtés, soit parce qu'ils en revenaient. Et dans ce cadre-là, il y a déjà eu 250 djihadistes qui ont été ramenés en France mais dans des conditions très organisées pour que nous puissions dès leur arrivée les mettre soit en mandat de dépôt, soit en garde à vue et que nous puissions, nous, les juger. Donc les onze personnes dont on parle sont… La suite, c'est un protocole qui s'appelle Cazeneuve, ça a été mis en place à l'époque…

ORIANE MANCINI
Le ministre.

AMELIE DE MONTCHALIN
En 2014, CAZENEUVE dans ses fonctions, qui permet avec les Turcs d'avoir une coopération pour nous assurer que ces personnes qu'on ne veut pas du tout voir dans la nature si elles reviennent en France elles reviennent quand nous avons tous les éléments pour nous assurer…

ORIANE MANCINI
Donc clairement vous dites : il faut s'attendre à voir d'autres djihadistes renvoyés par la Turquie sur le sol français.

AMELIE DE MONTCHALIN
Quand ça se passe comme ça, on est dans de la coopération judiciaire. On est dans l'organisation du fait que toutes ces personnes qui ont commis des actes ou qui se préparaient à en commettre ou qui ont été complices d'actes très graves soient jugées. Ce que je vois derrière, c'est qu'effectivement du côté turc aujourd'hui, il y a - on l'a vu avec l'offensive en Syrie - il y a un discours qui peut être assimilé à du chantage sur un certain nombre de points. La France dit que nous ne voulons pas entrer dans ces considérations…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que les djihadistes sont un élément ce chantage pour la Turquie ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a une part de rhétorique. Maintenant nous, ce que je vois, c'est les faits. Les faits, c'est de la coopération judiciaire pour que ces personnes qui sont aujourd'hui dans les prisons turques puissent être amenées en France, jugées en France pour des actes qui sont des actes graves et sur lesquels la France ne transige pas.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais est-ce que vous diriez que la Turquie, qui est aujourd'hui membre de l'OTAN, est un partenaire fiable aujourd'hui ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je crois que le président l'a très bien dit. On a un sujet au coeur de l'OTAN qui est la confiance mutuelle, qui est la stratégie commune, qui est la convergence européenne et qui est, au fond, le bon fonctionnement de l'organisation. Il l'a très bien hier. On peut au fond vouloir se voiler la face, dire : les organisations internationales, c'est formidable même quand elles ne fonctionnent pas bien. Il l'a dit dans des mots assez clairs dans The Economist.

ORIANE MANCINI
« L'OTAN est en état de mort cérébrale », ça n'a pas forcément plus à l'Allemagne d'ailleurs. Est-ce que c'était le moment d'employer de tels termes ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a deux choses. D'abord, il ne dit pas que l'organisation est morte, il dit qu'il faut qu'elle réfléchisse, qu'elle ait à nouveau une stratégie et qu'à nouveau…

ORIANE MANCINI
« Etat de mort cérébrale », c'est fort quand même.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qu'il dit, c'est qu'il y a une forme de défaite de la pensée. On ne pense plus ensemble notre stratégie. L'échange collectif n'a plus lieu comme il devrait l'être, comme il devrait avoir lieu. Dans quelques semaines, il y a un sommet de l'OTAN à Londres. Ce que dit le président, c'est soit on y va en disant « tout va bien », soit on constate quand même qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Ce qui ne fonctionne pas, c'est que vous ayez par exemple la Turquie qui va sur un champ de bataille s'opposer à des gens que nous soutenions, nous autres pays de l'OTAN, il y a encore quelques semaines. Donc ça nécessite qu'on mette au clair les choses. Et ce qu'a dit le président hier, on n'est pas là à vouloir ruer dans les brancards, s'opposer à des alliés : on est là pour qu'avec nos alliés nous reclarifions notre stratégie, notre cadre d'action, nos objectifs et que les Européens - et là je veux vous le dire au titre de ma fonction - que les Européens prennent à la fois toute leur part mais aussi toute leur autonomie sur des sujets. Moi j'étais lundi au Conseil des Affaires étrangères. Il y a beaucoup de sujets dans le monde où il faut que l'Europe puisse porter sa voix à elle. Ensuite elle peut se coordonner, elle peut agir avec. Elle n'est pas obligée de s'isoler, elle n'est pas obligée d'être va-t-en-guerre tous les matins. Mais on a besoin d'avoir un discours de souveraineté, c'est-à-dire faire notre propre analyse des crises, des risques, faire notre propre analyse des moyens que qu'on veut mettre en commun sur telle ou telle situation, le faire avec des alliés bien sûr, mais avoir cette capacité. Pourquoi ? Parce qu'on n'est pas crédible sinon. Sinon on fait des grands discours et puis on nous dit : voilà, vous parlez beaucoup mais où est votre crédibilité ? »

CHRISTELLE BERTRAND
Mais sur l'OTAN comme sur l'Union européenne, sur l'élargissement, on sent Emmanuel MACRON relativement seul. Quand il dit : « je veux relancer le moteur de l'Europe », on ne sent pas tellement d'écho dans ses paroles.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi mon quotidien d'abord, c'est qu'on n'est pas isolé face aux Français.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais face aux Européens ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais on porte une voix qui est d'abord celle des Français qui nous demandent… Quand ils vont voter aux élections européennes, on peut dire : ce qu'ils nous demandent, c'est compliqué donc on ne va pas le faire.

CHRISTELLE BERTRAND
Oui, mais du coup c'est voué à l'inaction en étant seul.

AMELIE DE MONTCHALIN
Moi dans mon quotidien, je ne me sens pas seule. Sur beaucoup de ces sujets que vous citez, on a plein d'alliés. On a des plus ou moins volontaires.

CHRISTELLE BERTRAND
Sur l'élargissement par exemple.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sur l'élargissement, on n'était pas seuls. Les Pays-Bas, le Danemark et beaucoup d'autres se posaient des questions. Et aujourd'hui, on présente dans les cercles bruxellois une nouvelle procédure de négociations. Comment on veut que ces pays, s'ils veulent entrer dans l'Union européenne, comment on négocie avec eux ? Comment on fait que les populations arrêtent d'émigrer ? Comment on fait pour que le développement économique soit plus grand ? Là-dessus, je peux vous dire, on a une un énorme soutien. Je pense même qu'on a déjà la majorité.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'il n'y a pas une multiplication des divergences avec l'Allemagne sur de nombreux sujets ? Est-ce qu'aujourd'hui le moteur franco-allemand finalement il n'est pas en panne sèche ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Il y a des sujets comme la défense – on vient d'en parler - sur lesquels France et Allemagne ont fait des pas de géant en deux ans. Des pas de géant. Ça fait trente ans que nous on parle de ça en France, c'était un tabou absolu en Allemagne. En deux ans, on a créé des initiatives au sein de l'Union européenne, on a créé cette initiative européenne d'intervention donc on a fait des pas de géant. Et aujourd'hui, si vous regardez les mots même du ministre des Affaires étrangères allemand, il dit : il nous faut un conseil de sécurité européen, il nous faut une défense européenne. Chose qu'on n'imaginait pas dans la bouche d'un dirigeant allemand il y a quelques années. Il y a des sujets sur lesquels on avance fort, il y a des sujets sur lesquels on doit encore se concerter. C'est une partie de mon travail quotidien. Mais ce que je vois en Europe, c'est que soit on se résigne et on fait des consensus à l'unanimité tous les matins. C'est le plus petit dénominateur commun et on pourrait organiser, vous savez, une Europe où tout le monde est d'accord. Sauf que de l'autre côté, il y a des citoyens qui nous demandent des choses difficiles, ils nous demandent des choses légitimes, ils nous demandent de s'occuper de protection, d'immigration, de frontières. Ils nous demandent aussi de s'occuper de la création d'emplois, de s'occuper de notre politique d'innovation, de comment on se protège face à des gens qui viendraient de l'extérieur acheter toutes nos entreprises. Soit on se dit qu'on ne les écoute pas et qu'on fait des consensus au plus petit dénominateur commun, soit on fait ce qu'on fait : c'est qu'on met beaucoup d'énergie. Moi je fais tour d'Europe pour présenter nos propositions et je peux vous dire qu'on a beaucoup de soutiens, mais il faut qu'ensuite on en face des majorités.

ORIANE MANCINI
On va en parler, mais un mot par exemple sur les déclarations d'Emmanuel MACRON sur cette règle des 3 % qui est un totem un peu dans l'Union européenne. Quand il dit que c'est un débat d'un autre siècle, on un peu du mal à voir quelle est la cohérence et quelle est la lisibilité de la politique d'Emmanuel MACRON.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qu'il dit là-dessus, c'est : à Bruxelles, vous avez une façon simple de régler des questions compliquées. C'est de dire : vous savez, sur les enjeux économiques, sur les enjeux d'investissement, on a deux règles : pas plus de 3 % de déficit et un budget européen qui fait 1% du PIB. Circulez, il n'y a rien à voir. Est-ce que ça fonctionne ? Est-ce qu'on a assez d'investissement ?

CHRISTELLE BERTRAND
C'est l'idée qu'il défendait au début du quinquennat. Il disait : si on veut être audible, il faut s'en tenir à ces règles strictes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il ne dit pas qu'il faut remettre en cause des règles, il ne dit pas : la France va arrêter de les respecter…

ORIANE MANCINI
C'est ça qui n'est peut-être pas clair. Il dit qu'il ne faut pas sortir de la règle des 3% mais, en même temps, il dit que c'est un débat d'un autre siècle.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, parce qu'il dit : si notre seul débat…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ça ne manque pas de cohérence finalement ces discours sur l'Union européenne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qu'il dit, c'est : si notre seul débat économique, si notre seul débat de vision économique pour le XXIème siècle pour l'Europe c'est de se dire « on a une règle sur les déficits et on a un tout petit budget européen et c'est bon », on est à côté de la plaque. Donc bien sûr que la France va respecter la règle des 3 %, bien sûr qu'on va négocier un budget européen, mais il faut qu'on ait un peu plus de lucidité sur le monde. Donc on veut quoi ? On veut qu'on investisse.

CHRISTELLE BERTRAND
Et de souplesse sur les 3 %.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et surtout que ce ne soit pas nos seules boussoles. Les 3%, ils sont là, on ne va pas les changer. Mais si c'est la seule chose qu'on a à se dire quand on fait des réunions économiques et qu'on ne parle pas d'investissement, et qu'on ne parle pas de politique industrielle, et qu'on ne va pas de politique concurrentielle…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais est-ce que ça veut dire qu'il s'autorise à déroger à cette règle ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, Bruno LE MAIRE l'a très bien dit. C'est une règle nécessaire, il faut des règles. Mais le seul débat de politique économique en Europe ne peut pas se restreindre à débattre pendant des jours et des heures du niveau de déficit des pays. Qu'est-ce qu'on fait ensemble ? Dans quel domaine on investit ? On investit aujourd'hui dans les batteries par exemple, électrifier notre mobilité. C'est un grand enjeu industriel. On veut continuer à faire de la recherche dans des domaines, dans le domaine de la biologie, dans le domaine de l'agriculture. Ça c'est un débat intéressant. Quand les pays ont des marges de manoeuvre budgétaires, les Pays-Bas, l'Allemagne comment eux ils investissent pour l'Europe ? Ça c'est des questions de convergence importantes. Donc ce qu'on dit, c'est bien sûr que la règle de 3%, bien sûr qu'il faut qu'on ait un budget européen. Mais si notre seule boussole c'est de disserter pendant des heures du niveau de déficit des uns et des autres, on est à côté de la plaque.

ORIANE MANCINI
Un mot sur les demandeurs d'asile, Emmanuel MACRON qui veut refonder Schengen, qui veut faire converger les systèmes d'asile entre les différents pays européens. Alors là aussi, il va falloir convaincre nos voisins. Vous êtes d'ailleurs chargée de le faire avec Laurent NUNEZ, je crois que vous allez faire un tour des différentes capitales.

AMELIE DE MONTCHALIN
On continue. Je vais vous expliquer ce qu'on fait, ce qu'on va faire.

ORIANE MANCINI
Voilà. Est-ce que faire ça aussi, cette mission, ce n'est pas mission impossible ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors là aussi, soit on se dit on se résigne et on laisse au coeur de l'Europe un sujet qui est un sujet collectif non résolu. Soit on essaye de construire une solution complète, équilibrée, qui est cohérente avec ce que les différents pays font au niveau national. Mais on voit bien que ce n'est pas au niveau national qu'on peut résoudre beaucoup de choses parce que tous les flux sont des flux aujourd'hui qui sont des flux d'abord intra-européens et sont des flux qui concernent l'Europe dans son ensemble. Ce qu'on fait là, c'est qu'on fait ce qu'on a toujours fait : on propose. Ça fait deux ans maintenant qu'on a remis sur la table des propositions qui nous semblent équilibrées. Qui sont à la fois solidaires avec les pays comme l'Italie ou la Grèce qui sont des pays de première entrée, qui sont aussi capables de prendre en compte la diversité des positions notamment des pays plus de l'Europe centrale et orientale qui parfois disent : « on ne veut pas nous qu'on nous force à prendre des gens chez nous. » Très bien, mais comment ils peuvent participer à la solidarité ? Est-ce que c'est financièrement ? Est-ce que c'est avec des personnes qui se mobilisent ? Est-ce que c'est avec de l'accueil temporaire ? Il y a plein de choses à construire. Mais ce qui est intéressant, c'est que la France porte cette voix avec l'Allemagne, avec l'Italie. Vous avez vu qu'on a fait un accord Lavalette sur un certain nombre de points, notamment sur le débarquement des bateaux. On a des accords. Ensuite la Commission européenne elle-même, par la voix d'Ursula VON DER LEYEN, dit : on va faire un nouveau pacte sur les migrations, probablement en début d'année 2020. Vous savez, l'Europe ça fonctionne avec trois pôles. Il y a la Commission qui propose, les Etats membres qui soutiennent et le Parlement qui vote. Ce qu'on veut nous, c'est que les Etats membres, quand cette proposition aura lieu, aient pu commencer à échanger entre eux. Donc on fait le tour, on écoute, on amende, on relaie et on essaye de construire une position commune.

ORIANE MANCINI
Une dernière question de Christelle BERTRAND.

CHRISTELLE BERTRAND
Dernière question. Il y a eu des élections législatives en Espagne ce week-end. Le parti d'extrême droite Vox a rencontré un véritable succès alors que Ciudadanos semble perdre un peu des points. Nathalie LOISEAU a pointé du doigt un danger qui serait la proportionnelle et elle demande à revoir cette question qui est un engagement présidentiel d'Emmanuel MACRON durant sa campagne. Est-ce que vous êtes d'accord avec elle ? Est-ce qu'il faut reconsidérer cette question de la mise en place de la proportionnelle en France eu égard à ces résultats en Espagne ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui est certain, c'est que le système de la proportionnelle intégrale à un tour où ensuite ça crée des Parlements, je peux le voir tous les jours en Europe. C'est un système qui crée des démocraties parlementaires, ce n'est pas le régime français, et ça peut créer de l'instabilité. Parce que du coup, les coalitions sont souvent plurielles et sont souvent mouvantes. Et donc il y a beaucoup de pays, pas qu'en Espagne, où ça crée…

ORIANE MANCINI
Vous aussi vous dites à Emmanuel MACRON…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais il n'a jamais été question en France de faire de la proportionnelle intégrale. Il n'a jamais été question de ça. La question, vous savez, c'est de savoir si on en fait 10%, 15%, 20%…

ORIANE MANCINI
Là, on est plutôt sur 20.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et de garder un scrutin à deux tours uninominal, qui permette ensuite de construire des majorités stables au Parlement. La question, elle est bien sûr de savoir quelle est la proportion. Ça a été tout le débat et ce que je crois moi, c'est que sur ces questions-là il faut rester dans la fidélité aux institutions, ce qui a toujours été le cas de la proposition à la fois du président et de ce qui a été négocié. Pour ça, il y a encore des propositions à faire et je crois que le Sénat a encore à se positionner…

ORIANE MANCINI
Et ce sera le mot de la fin. On aura l'occasion d'en reparler. Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN…

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2019
 

Construction européenne Etudiant UE - Grande Bretagne Commissaire europeen Terrorisme Deficit budgetaire 193002303

Déclaration de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, sur le projet de loi de finances rectificative pour 2019, à l'Assemblée nationale le 13 novembre 2019.

Déclaration de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, sur le projet de loi de finances rectificative pour 2019, à l'Assemblée nationale le 13 novembre 2019. Gérald Darmanin 13/11/2019 Budget de l'État Discussion du projet de loi de finances rectificative pour 2019 à l'Assemblée nationale

M. le président. L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi de finances rectificative pour 2019 (nos 2400, 2404).

Présentation

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'action et des comptes publics.

M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics. J'ai le plaisir de vous retrouver en cette période automnale pour l'examen du projet de loi de finances rectificative, que j'ai présenté, jeudi dernier, à la commission des finances. Avec M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances – qui vous prie d'excuser son absence –, nous vous présentons un texte d'engagements, des engagements pris et tenus.

Il s'agit d'un texte d'engagements, car ce projet de loi de finances rectificative, comme il y en a chaque année, vient clore une année marquée par un mouvement social très important, dit des gilets jaunes, et par le grand débat national à l'issue duquel les annonces du Président de la République ont pu modifier la trajectoire budgétaire et fiscale du pays – même si la plupart des mesures en question figurent dans le projet de loi de finances pour 2020.

Puisque nous parlons d'engagements, j'ai aussi le plaisir de constater, monsieur le président de la commission des finances, que le Gouvernement a tenu sa promesse de respecter l'autorisation parlementaire exprimée par le vote des crédits ou des économies proposées : pour la deuxième année de suite, il n'y a pas de décrets d'avance. Cela n'était pas arrivé depuis trente ans et la LOLF – loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances –, qui organise nos débats financiers, n'y avait rien changé.

Mme Valérie Rabault. Vous ne parlez pas des annulations de crédits !

M. Gérald Darmanin, ministre. Madame Rabault, réjouissons-nous qu'il n'y ait pas eu de décrets d'avance ! Cela résulte d'un important travail effectué par tous les membres du Gouvernement et marque le respect porté à l'autorisation donnée par le Parlement en matière budgétaire.

Nous présentons un projet de loi de finances rectificative qui, dans son esprit, est un véritable PLFR, soit un texte de fin de gestion qui a son importance – il prévoit 1 milliard d'euros d'économies –, mais ne contient pas de mesures fiscales. Nous ne sommes pas là pour rédiger un nouveau tome du projet de loi de finances pour 2020 ni pour examiner une sorte de texte de rattrapage. Par conséquent, le Gouvernement refusera par principe tout amendement tendant à prendre des mesures fiscales. Ces dernières pourront peut-être prospérer au sein du projet de loi de finances pour 2020 – en particulier parmi ses articles non rattachés qui doivent être étudiés aujourd'hui même, si j'ai bien compris l'ordre du jour, à la suite du PLFR.

En chiffres, le projet de loi prévoit environ 3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires, non intégrées à la budgétisation initiale, qui devront être financées sur l'exercice 2019. Parmi ces dépenses supplémentaires, il faut ranger 800 millions d'euros supplémentaires pour la prime d'activité – je rappelle que le montant global de la prime d'activité atteint désormais 9 milliards d'euros alors qu'il était d'environ 3,5 milliards lorsque je suis devenu responsable des comptes publics de notre pays. Ces 800 millions d'euros supplémentaires montrent que l'aide au retour à l'emploi fonctionne – grâce à la baisse du chômage, mais aussi à la politique de lutte contre le non-recours menée par le Gouvernement.

Les dépenses supplémentaires comprennent aussi 600 millions d'euros liés au décalage au 1er janvier 2020 de la réforme des aides personnalisées au logement, et 300 millions liés au dynamisme de la prime à la conversion et du bonus écologique, qui permettent aux Français d'acheter des véhicules propres.

Malgré ces dépenses supplémentaires, nous tiendrons l'engagement d'un déficit de 2,2 ou 2,3% – 3,1% si l'on prend en compte l'effet ponctuel de la transformation du crédit impôt pour la compétitivité et l'emploi, le CICE, en baisse de cotisations sociales – et d'un ajustement structurel européen de 0,1 point. Certes, ce n'est pas conforme aux engagements de la France, mais cela correspond au budget que nous vous avons présenté à la fin de l'année dernière.

Au cours de l'exercice 2019, nous avons donc à la fois fait entrer l'édredon dans la valise – vous m'excuserez de parler ainsi des dépenses supplémentaires dues en particulier à la crise des gilets jaunes et au grand débat – et tenu le niveau de déficit sur lequel la France s'est engagée auprès de ses partenaires européens, ce qui lui a permis de sortir de la procédure de déficit excessif, cette infamante mise à l'index dont la présentation de ses comptes faisait l'objet. Cela mérite d'être souligné.

Ce PLFR est aussi un texte d'engagements parce qu'il illustre les efforts que nous nous imposons depuis deux ans et demi en matière de responsabilité budgétaire. Je relève en particulier que le solde du déficit public s'améliore de 10 milliards d'euros par rapport à la prévision de la loi de finances initiale, passant de 107,7 milliards d'euros à 97 milliards. Ces 10 milliards de déficit en moins en une année d'exercice montrent à quel point nous avons été à la fois sincères et prudents, mais aussi bons gestionnaires des crédits que le Parlement a autorisé le Gouvernement à dépenser.

Ces bonnes nouvelles ont aussi des éléments d'explication conjoncturels et exogènes, liés par exemple à la révision à la baisse de la charge de la dette pour 1,6 milliard d'euros. Les taux d'intérêt bas reflètent aussi la crédibilité de la France aux yeux de ses prêteurs et des financiers auxquels elle fait appel. Nous aurons sans doute l'occasion d'y revenir.

Deux éléments de nature politique jouent également un rôle. Le premier est le volontarisme dont le Gouvernement fait preuve en matière de maîtrise de la dépense : nous annulons pour 1 milliard d'euros de crédits, et maintenons un gel des crédits à hauteur de 3% – contre 8% lors de la précédente législature – en responsabilisant les directeurs d'administration et les ministres. Lors du Printemps de l'évaluation, cela permettra de se pencher encore plus sérieusement sur le travail accompli par le Gouvernement pour gérer les dépenses.

Un second élément tient au dynamisme de notre économie, reflet des réformes structurelles engagées depuis deux ans et demi par le Président de la République et le Premier ministre, qui se traduisent en particulier par la dynamique de nos recettes. J'en profite pour remercier la majorité d'avoir soutenu l'application, par le Gouvernement, du prélèvement à la source, une réforme qui s'est, je crois, bien passée. M. Marc Le Fur qui ne manquera pas de revenir de sa Bretagne natale pour nous en féliciter et souligner l'effet de cette mesure sur le rendement de l'impôt. (Sourires.)

Grâce au prélèvement à la source, en effet, les Français, tout en payant le même impôt,…

Mme Véronique Louwagie. Deux milliards en plus !

M. Gérald Darmanin, ministre. …savent que le paient aussi, désormais, ceux qui fraudaient, étaient frappés de phobie administrative ou multipliaient les allers-retours entre la France et d'autres pays sans déclarer leurs revenus. C'est autant de recettes fiscales supplémentaires qui s'ajoutent aux bons résultats de la lutte contre la fraude fiscale, à la hausse des recettes non fiscales dont nous reparlerons, et aux 800 millions d'euros de recettes des comptes spéciaux.

Je veux rappeler l'effort très important de sincérisation des crédits engagé par le Gouvernement, d'ailleurs souligné par la commission des finances de notre assemblée, par celle du Sénat, par le Haut Conseil des finances publiques, le HCFP, et par la Commission européenne elle-même. C'est un gage de crédibilité par rapport au Parlement – la majorité comme l'opposition –, par rapport aux Français, bien sûr – ils savent ainsi que nous ne trichons pas sur les comptes –, et par rapport à nos prêteurs.

Nous poursuivrons ce travail de sincérisation dans les prochains budgets. Il faut en effet du temps pour appliquer les méthodes que nous avons adoptées en la matière, qu'il s'agisse des opérations extérieures de notre armée ou de certains comptes d'affectation spéciale ou de budgets annexes.

Il est vrai – nous l'avons reconnu devant la commission des finances – que l'examen de ce PLFR obéit à un calendrier très contraint et a lieu dans des conditions peu confortables. Mais pour la seconde année, le Gouvernement présente un texte comportant très peu d'articles, dont les incidences budgétaires sont faibles, qui confirme la sincérité des inscriptions en loi de finances initiale, ne comporte aucune disposition fiscale et ne sera modifié par aucun amendement de cette nature – ce qui fait dire à certains commentateurs que, contrairement à ce qui se passait précédemment, et comme les Français pourront le constater eux-mêmes, ce gouvernement n'a pas créé des impôts pour compenser des dépenses qu'il n'avait pas prévues ou qu'il aurait cachées. De ce point de vue, je crois que M. le rapporteur général, les commissaires aux finances et la majorité parlementaire peuvent être satisfaits du travail démocratique ainsi accompli. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Mme Lise Magnier et M. Jean-Paul Mattei applaudissent également.)


source http://www.assemblee-nationale.fr, le 22 novembre 2019

Budget de l'Etat Politique economique Loi de finances rectificative Deficit budgetaire 193002450

Conseil des ministres du 7 novembre 2019. Projet de loi. Loi de finances rectificative pour 2019.

Conseil des ministres du 7 novembre 2019. Projet de loi. Loi de finances rectificative pour 2019. Conseil des ministres 7/11/2019 Loi de finances rectificative pour 2019

Le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'action et des comptes publics ont présenté un projet de loi de finances rectificative pour 2019.

1. Le projet de loi de finances rectificative s'inscrit dans la continuité des engagements pris par le Gouvernement pour le financement des mesures d'urgence et réaffirmés lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2020.

Grâce à une action vigoureuse sur la dépense publique, singulièrement de l'État (1 milliard d'euros de moindre dépense sur la norme pilotable), et dans un contexte économique inchangé (croissance de 1,4% en 2019), les objectifs fixés à l'été (-3,1% de déficit, ajustement structurel de 0,1 point) seront tenus, tout en assurant le financement de dépenses fortement dynamiques qui n'avaient pu être totalement anticipées dans la budgétisation initiale. En dépit d'une budgétisation sincère, ce sont environ 3 milliards d'euros de dépenses qui devront être financées sur l'exercice 2019, dont notamment 800 millions d'euros en faveur de la prime d'activité, 600 millions d'euros liés au décalage au 1er janvier 2020 de la réforme des aides personnalisées au logement en temps réel et environ 300 millions d'euros liés au dynamisme de la prime à la conversion comme du bonus automobile.

2. Le solde budgétaire s'améliore de 10 milliards d'euros par rapport à la prévision de la loi de finances initiale.

Grâce à ces efforts, le déficit public se redresserait à la fois par rapport à l'exécution 2018 (3,1% dont 0,8% liés à la transformation du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi en allègements de charges, contre 2,5% en 2018), mais également par rapport à la prévision associée à la loi de finances pour 2019 (amélioration de 0,1%). D'abord prévu à - 107,7 milliards d'euros en loi de finances initiale pour 2019, le solde budgétaire révisé dans le projet de loi de finances rectificative s'établirait en amélioration de 10 milliards d'euros. Ceci résulte principalement :
 
En dépenses, du volontarisme du Gouvernement qui, par son action sur la dépense, permet de confirmer que la norme de dépenses pilotables de l'État sera inférieure de 1 milliard d'euros à l'objectif fixé en loi de finances initiale. Comme annoncé en décembre 2018 et rappelé à l'occasion du dépôt du projet de loi de finances pour 2020, cet effort représente le concours, en dépense, du budget de l'État au financement des mesures d'urgence économiques et sociales, au-delà du moindre coût constaté de la charge de la dette ;
     
En recettes, des mesures prises par le Gouvernement pour financer les mesures d'urgence économiques et sociales (instauration d'une taxe sur les entreprises numériques et modification de la trajectoire de baisse de l'impôt sur les sociétés), ainsi que du maintien d'un fort dynamisme de notre économie, en dépit du ralentissement observé à l'étranger, sous l'effet des réformes structurelles engagées par le Gouvernement. Au total, les recettes fiscales sont révisées à la hausse de 5,7 milliards d'euros, les recettes non fiscales de 1,9 milliards d'euros et le solde des comptes spéciaux de 800 millions d'euros.

3. Le Gouvernement tient aussi ses engagements en matière de gestion budgétaire avec, pour la deuxième fois depuis plus de trente ans, l'absence de recours au décret d'avance.

Pour la deuxième fois depuis l'entrée en vigueur de la loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances, après 2018, l'exécution budgétaire 2019 ne s'est accompagnée d'aucun décret d'avance, renforçant d'autant la portée de l'autorisation parlementaire.

Ce projet de loi de finances rectificative de fin d'année, allégé comme en 2018, ne comporte aucune disposition fiscale et seulement trois mesures strictement nécessaires à la fin de gestion qui portent sur des affectations de ressources. Il s'agit d'ajuster les recettes des comptes d'affectation spéciale "Contrôle de la circulation et du stationnement routiers" et "Transition énergétique" et de modifier les plafonds de certaines taxes affectées, à savoir d'une part, la compensation du relèvement du seuil d'assujettissement à la participation des employeurs à l'effort de construction, qui est supprimée, dès lors que celui-ci entrera en vigueur au 1er janvier 2020 et d'autre part, le relèvement, à 140 millions d'euros, du plafond de la contribution vie étudiante et de campus.

Recentré sur la fin de gestion, ce projet de loi de finances rectificative pourra être rapidement mis en débat et adopté dès la fin novembre.

Budget de l'Etat Projet de loi Loi de finances rectificative Budget 2019 Deficit budgetaire Depense budgetaire Recette budgetaire Recette fiscale 196002266

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à BFMTV le 30 septembre 2019, sur Jacques Chirac, l'incendie d'une usine classée Seveso à Rouen, les véhicules électriques et sur le déficit public.

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à BFMTV le 30 septembre 2019, sur Jacques Chirac, l'incendie d'une usine classée Seveso à Rouen, les véhicules électriques et sur le déficit public. Bruno Le Maire 30/09/2019 Politique gouvernementale

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une journée de deuil national en souvenir de Jacques CHIRAC, en hommage à Jacques CHIRAC. Vous dites à propos de Jacques CHIRAC : « On ne pouvait pas s'empêcher d'avoir de l'affection pour lui. » C'est vrai ? Vous aviez de l'affection…

BRUNO LE MAIRE
J'avais beaucoup d'affection pour lui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez connu évidemment, et bien connu lorsque vous étiez à Matignon notamment avec le Premier ministre Dominique de VILLEPIN.

BRUNO LE MAIRE
Je l'ai bien connu et on ne pouvait pas s'empêcher d'avoir beaucoup d'affection pour lui. Que ce soit des coups qu'il pouvait vous faire parfois et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ? C'était quoi, les coups ?

BRUNO LE MAIRE
Je me souviens quand en 2006… Pardon parce que vous avez beaucoup d'anecdotes, beaucoup de souvenirs, donc chacun à son souvenir, mais c'est la preuve que c'est une personnalité qui a marqué les gens qui l'ont croisé. Je voulais partir en 2006 aux Nations Unies. J'étais diplomate et je m'étais dit : « Ça fait deux ans que je suis directeur de cabinet, je vais passer à autre chose. Je vais revenir à mon premier métier. » Mais j'avais besoin du secrétaire général des Nations Unies Ban KI-MOON. Donc je demande au président de la République qui me dit : « Il n'y a pas de problème, Bruno, je vais m'en occuper. Je vois le secrétaire général des Nations Unies dans quelques jours et je vais lui glisser ton nom au passage. » Il me rappelle après l'entretien avec le secrétaire général des Nations Unies Ban KI-MOON et il me dit : « L'affaire est dans le sac. » J'appelle ma femme, je lui dis : « On part à New York, c'est formidable ! » Et puis par mesure de précaution, j'appelle un diplomate qui avait participé à l'entretien et qui me dit : « Ecoute cher Bruno, je suis au regret de te dire que jamais Jacques CHIRAC n'a parlé de toi à Ban KI-MOON. » Et je ne suis même pas arrivé à lui en vouloir parce que je pense qu'il m'avait rappelé pour me dire par sympathie « voilà, c'est fait ». Il ne l'avait pas fait mais ça n'avait pas d'importance, c'était comme ça, et on avait pour lui une affection immense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Immense. Vous dites que c'était un gros travailleur, un très gros travailleur.

BRUNO LE MAIRE
Oui, très gros travailleur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très gros travailleur, ce qui n'apparaît pas vraiment comme ça quand on évoque le souvenir de Jacques CHIRAC.

BRUNO LE MAIRE
Ce dont je peux témoigner. Moi, je l'ai connu surtout à partir de 2003, la crise irakienne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. On va en parler de la crise irakienne.

BRUNO LE MAIRE
Les moments les plus forts que j'ai eus avec lui, puis ensuite de 2005 à 2007 quotidiennement avec Dominique de VILLEPIN, et je remercie Dominique de VILLEPIN de m'avoir donné cette chance-là. C'est quelqu'un qui, de 7 heures et demies/8 heures du matin jusqu'à très tard le soir, travaillait, travaillait, travaillait week-end compris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Relecture des discours.

BRUNO LE MAIRE
Relecture de discours qui pouvait prendre des heures et des heures et des heures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il avait ses fiches cartonnées devant lui sur son bureau.

BRUNO LE MAIRE
Les appels qu'il passait méthodiquement, le moindre détail qui ne lui échappait pas, une attention aux sujets internationaux de tous les instants. Donc c'est une personne qui travaillait tous les jours, toutes les semaines de tous les mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De nombreux chefs d'Etat ; de gouvernement ou d'anciens dirigeants de la planète seront là tout à l'heure et notamment Vladimir POUTINE. Il avait une affection pour la Russie, il faut le savoir.

BRUNO LE MAIRE
Oui, il parlait le russe d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il avait appris le russe. Son professeur s'appelait Pierre PASCAL, je crois. Je crois. Je me trompe peut-être sur le prénom. Son rayonnement à l'étranger était immense.

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous raconter une deuxième anecdote sans donner de nom.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

BRUNO LE MAIRE
Mais il se trouve qu'il avait une collaboratrice qui était très proche de lui – je ne donnerai pas son nom - qui avait adopté une jeune fille, une petite fille qui était d'origine russe. Et je me souviens d'être descendue avec Jacques CHIRAC et Dominique de VILLEPIN voir cette jeune femme qui est une amie, une amie proche, qui a sa petite fille qui est d'origine russe mais qui est un bébé, qui doit avoir six mois. Et je me souviens de Jacques CHIRAC se penchant sur cette collaboratrice et sur ce petit bébé, cette petite fille de six mois, et se mettre à lui parler en russe, de lui dire des mots en russe. Des mots d'affection que je n'ai pas compris, je ne parle pas un mot de russe. Mais c'était très touchant et je pense que c'était tout CHIRAC : cet homme qui était déjà âgé, penché, sur ce bébé et qui lui parle russe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Vladimir POUTINE l'a bien connu comme président. Vladimir POUTINE était déjà président, il faut s'en souvenir. Il sera là. Bien. Dites-moi, 2003, l'Irak, parce qu'on a besoin de savoir exactement. Pourquoi est-ce que Jacques CHIRAC a pris cette décision ? Certains disent : « Il était très ami avec Saddam HUSSEIN », ce qui est vrai d'ailleurs, très ami. Est-ce que ça a pesé ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que ça n'a pas pesé d'un gramme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il était très proche, très ami de Saddam HUSSEIN.

BRUNO LE MAIRE
C'était un ami très proche pour de bonnes raisons d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

BRUNO LE MAIRE
Il considérait que c'était le seul Etat laïc de la région donc c'était un des points importants de sa position, mais ça n'a pas pesé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça n'a pas pesé ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord il a voulu savoir la vérité, et moi c'était ma responsabilité auprès de Dominique de VILLEPIN. C'était est-ce que oui ou non il y a des armes de destruction massive qui peuvent menacer la sécurité en Europe et en France ? La réponse des Américains était oui, c'était un mensonge, un mensonge d'Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous ne saviez pas que c'était un mensonge.

BRUNO LE MAIRE
Si, nous l'avons établi. Nous avons dit très fortement que non, il n'y avait pas d'armes de destruction massive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez bien informé vous aussi.

BRUNO LE MAIRE
J'ai passé des journées et des journées, c'était ma responsabilité, avec les services de renseignement, la DGSE, le secrétariat général de la Défense nationale à regarder détail par détail est-ce que oui ou non il y a des missiles, il y a des armes nucléaires, il y a des armes chimiques. Et notre réponse technique a été de dire : selon toute vraisemblance, il n'y a pas d'armes de destruction massive en Irak donc il n'y a pas de menace et donc il n'y a pas de justification à la guerre. Ça, c'est la première chose qu'a voulu savoir Jacques CHIRAC à l'époque : est-ce que oui ou non il y a une menace ? Une fois qu'il savait ça, s'opposer aux Américains c'était une deuxième étape politique. Et moi je l'ai vu hésiter - Maurice GOURDAULT-MONTAGNE raconte ça très bien - je l'ai vu hésiter, prendre le temps de la réflexion. Ce n'est pas facile quand on est premier allié des Etats-Unis d'aller s'opposer à une décision américaine. Et c'est là que l'expérience de Jacques CHIRAC, sa connaissance intime du Proche et du Moyen-Orient, a pesé lourd. Parce que sa conviction, je l'ai vu l'exprimer à plusieurs reprises, c'est que de cette guerre ne sortirait que du malheur. Non seulement elle n'était pas justifiée mais, surtout, il n'en sortirait que du malheur. Et au moment du sommet de l'OTAN en 2002, à la fin de l'année 2002, juste avant que ne bascule dans la guerre, il a eu un entretien avec George BUSH, le président de l'époque, que raconte aussi Maurice GOURDAULT-MONTAGNE qui a été un entretien très brutal où Jacques CHIRAC a fait la leçon à George BUSH. Il n'a pas beaucoup apprécié qu'on lui fasse la leçon mais c'était une bonne leçon. De la guerre sortira le terrorisme, voilà quelle était la conviction de Jacques CHIRAC, voilà ce qu'il a dit à George BUSH. De cette guerre en Irak qui est inutile, qui n'a aucun fondement, qui n'est que de la vengeance sortiront des années de terrorisme et de violence contre nous. Il n'y a pas de menace en Irak mais vous allez créer une menace terroriste. Voilà ce qu'a dit Jacques CHIRAC à la fin de l'année 2002 à George BUSH. Ça a motivé son opposition à la guerre en Irak et l'histoire hélas, trois fois hélas, lui a donné raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Il y a un autre point – ensuite, nous allons parler de l'actualité, votre actualité, le budget etc - mais il y a un autre point : c'est le non-respect du non au référendum de 1995. Ça vous… Non ?

BRUNO LE MAIRE
Pourquoi le non-respect ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne sais pas. Parce qu'il y a eu non au référendum en 1995. C'était non à cette Europe-là, cette Europe de Maastricht.

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a pas eu de non-respect. Je pense qu'on n'a pas tiré toutes les conséquences de ce référendum et de ce qui a suivi. Et on le voit encore aujourd'hui, on a besoin d'une refondation complète de l'Union européenne. Complète. Ça va de la zone euro qui doit être consolidée si on veut que l'euro se renforce jusqu'à la meilleure protection de nos frontières, jusqu'à la prospérité et à la création d'emplois. Quand je vois, pardon de revenir à l'actualité, mais quand je vois qu'avec un niveau de croissance de 1,2 environ, peu de créations d'emplois, vous avez encore des Etats qui ont des marges de manoeuvre budgétaires qui hésitent à investir, à dépenser de l'argent pour innover et créer des emplois, je me dis : « On n'a toujours rien compris. » Nos compatriotes, nos concitoyens européens ne vont pas se satisfaire d'un niveau de croissance faible, de peu de prospérité et de peu d'emplois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Donc il est temps que tous ceux qui peuvent aujourd'hui investir dans la zone euro le fassent rapidement. C'est ça aussi des leçons qu'on n'a pas toujours su tirer des crises successives de l'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Nous allons revenir sur le budget. Rouen, est-ce que vous êtes toujours inquiet ?

BRUNO LE MAIRE
Je suis vigilant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes vigilant.

BRUNO LE MAIRE
D'abord je comprends parfaitement l'inquiétude des Rouennais. Il se trouve que j'ai été élu pendant plusieurs années de la région Normandie, et je peux imaginer ce que c'est quand on se réveille le matin, on voit un énorme panache de fumée, on voit des suies grasses, on se pose des questions. On a des enfants, on se demande « est-ce que ma santé est bien protégée ? Est-ce que celle de mes enfants est bien protégée ? », ce sont des inquiétudes totalement légitimes. Et notre responsabilité comme l'a dit le Premier ministre, comme l'a rappelé encore Elisabeth BORNE, c'est transparence totale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors transparence. Les résultats des analyses complémentaires, quand ?

BRUNO LE MAIRE
Elisabeth BORNE a parlé de demain ou de quelques jours, je crois, pour les analyses notamment sur les questions d'amiante qui peuvent effectivement préoccuper légitimement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, bien sûr. Il y avait de l'amiante dans cette usine.

BRUNO LE MAIRE
Il y avait de l'amiante dans cette usine donc les analyses sont faites et les résultats viendront sous quelques jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'origine du sinistre qu'on ne connaît pas non plus

BRUNO LE MAIRE
Mais tout. L'origine du sinistre, l'organisation, le nombre de contrôles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout. Quels sont les produits qu'il y a dans la suie par exemple.

BRUNO LE MAIRE
J'ai vu qu'Elisabeth BORNE avait donné le nombre de contrôles depuis 2017 qui est très important. Il y a eu beaucoup de contrôles dans cette usine. Etaient-ils suffisants ? Fallait-il aller plus loin ? Faut-il être plus rigoureux ? Est-ce que sur les sites SEVESO, le niveau de contrôle est suffisant ? On doit cette transparence-là, totale. Le Premier ministre l'a rappelé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La situation, la situation des sites.

BRUNO LE MAIRE
Non seulement aux Rouennais mais aux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La situation des sites SEVESO.

BRUNO LE MAIRE
La situation des sites, c'est un héritage. Je rappelle que beaucoup des habitations qui sont autour des sites SEVESO sont arrivées après les sites. Et on sait bien que ce type d'imbrication des habitations avec les usines, notamment des usines sensibles comme les usines SEVESO, ce n'est pas le modèle de développement que l'on veut. Donc comment est-ce que l'on fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faut-il les fermer, les transférer ?

BRUNO LE MAIRE
Quelle décision faut-il prendre pour garantir la sécurité sanitaire totale des Français autour de ces sites ? Voilà la question qui est posée. Prenons le temps d'analyser la situation pour apporter les bonnes réponses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous avez vu les réseaux sociaux, vous avez vu les rumeurs qui circulent ça et là. Le gouvernement ne cache rien.

BRUNO LE MAIRE
Rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement ne cache rien aux habitants de Rouen et de tous les départements environnants.

BRUNO LE MAIRE
Le Premier ministre s'est engagé à la transparence totale et le Premier ministre tient parole. La ministre de l'Environnement est allée sur place. Nous allons faire le suivi le plus régulier possible, nécessaire, de façon à ce que cette transparence puisse combattre les rumeurs, les fausses nouvelles, les fausses indications qui peuvent circuler sur les réseaux sociaux. C'est la vérité qui doit l'emporter sur la rumeur. Sur une catastrophe sanitaire de ce type-là, une catastrophe industrielle de ce type-là, la vérité doit l'emporter sur la rumeur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmentation du malus auto, vous l'avez annoncé hier sur RTL dès le 1er janvier, je crois.

BRUNO LE MAIRE
Oui, dès le 1er janvier 2020.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Doublé.

BRUNO LE MAIRE
Non, pas doublé. C'est simplement qu'on abaisse les seuils. Le seuil de déclenchement, il était à 117 grammes, il va passer à 110 grammes de CO2 par kilomètre. Tout le monde devrait se dire que c'est une bonne chose qu'on abaisse ce seuil et qu'on incite comme cela les Français à aller vers des véhicules qui soient mon moins polluants. Je rappelle aussi que nous allons maintenir la prime à la conversion. Vous n'augmentez pas le malus CO2 sans, de l'autre côté, permettre aux Français d'acquérir des véhicules qui soient moins polluants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que vous augmente le malus mais vous maintenez la prime à la conversion.

BRUNO LE MAIRE
Mais je maintiens la prime à la conversion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vus n'augmentez pas le bonus.

BRUNO LE MAIRE
Le bonus, il est déjà de six mille euros pour les véhicules électriques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord, mais…

BRUNO LE MAIRE
Il y a des primes à la conversion pour les véhicules hybrides rechargeables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les véhicules électriques, ça stagne. Les Français n'achètent pas de l'électrique, vous savez pourquoi Bruno LE MAIRE. Parce qu'on n'est pas équipé en France.

BRUNO LE MAIRE
Parce que nous ne sommes pas encore suffisamment équipés pour les branchements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait des années qu'on nous dit : on va équiper, on va équiper.

BRUNO LE MAIRE
Nous le faisons. Nous le faisons et nous le faisons au bon rythme avec les coûts que cela représente. Un milliard d'euros quand même la prime à la conversion, donc ce n'est pas de la roupie de sansonnet. Un milliard d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais vous augmentez le malus et la prime à la conversion reste la même !

BRUNO LE MAIRE
Mais 6.000 euros pour un véhicule électrique, ça me paraît déjà une prime qui est généreuse, nous allons faire une prime à la conversion pour les véhicules hybrides rechargeables, regardez, PEUGEOT sort toute une gamme de véhicules hybrides rechargeables à partir d'octobre, alors je ne suis pas concessionnaire PEUGEOT, mais c'est la preuve qu'il y a des véhicules français qui pourront bénéficier de ces avantages. Mais en tout cas, c'est une politique qui est cohérente, on doit accélérer la transition énergétique, moins dépendre des énergies fossiles et notamment des crises au Proche et au Moyen-Orient et développer des véhicules hybrides rechargeables ou électriques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins dépendre des énergies fossiles, on est bien d'accord ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais vous savez, quand on prend initiative de créer, de créer à partir de rien une filière de batteries électriques en France, la première usine 2020 en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On en est où d'ailleurs, 2020 ?

BRUNO LE MAIRE
Première usine pilote en 2020, première usine avec des batteries réalisées à l'intérieur, 2022 en France, la deuxième, 2024, en Allemagne. Donc grâce aux décisions que nous prenons, aux milliards d'euros, là aussi, que nous investissons là-dessus, 700 millions de la part de la France, un milliard de la part de l'Allemagne, donc c'est plus d'un milliard d'euros qui vont être mis là-dessus. Demain, quand vous ouvrirez le capot de votre véhicule électrique, au lieu d'avoir marqué « Made in China », vous aurez marqué « Made in France » ou « Made in Germany », je trouve que c'est un progrès considérable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Déficit public de 2,2 en 2020, c'est cela ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est le meilleur chiffre depuis 20 ans, je tiens à le rappeler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et dette publique ?

BRUNO LE MAIRE
Dette publique, 98, un peu plus de 98 %, je ne suis pas satisfait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, oui, c'est beaucoup…

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est beaucoup…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup plus que dans de nombreux pays européens…

BRUNO LE MAIRE
C'est beaucoup, c'est aussi l'héritage de dix ans où la dette publique est passée de 64 à plus de 98. 30 points de dette en plus, nous la stabilisons à la baisse, mais comme c'est très modeste, je ne vous dis pas qu'on la fait baisser, ce serait malhonnête de ma part…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 0,1, 0,2…

BRUNO LE MAIRE
Voilà, de quelques dixièmes, en tout cas, pas suffisamment à mes yeux, c'est aussi le résultat de décisions que nous avons prises par exemple sur la SNCF, nous avons récupéré 35 milliards d'euros de dette de la SNCF, ça pèse sur l'endettement public de la France. Mais désendetter le pays doit rester une priorité, et nous ne devons certainement pas abandonner cette priorité-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, la croissance pour 2019 ?

BRUNO LE MAIRE
1,3, donc un chiffre de croissance qui nous met au-dessus de la moyenne de la zone euro. Mais je voudrais que tous les Etats membres de la zone euro, les 19, aient conscience que ce niveau de croissance n'est pas satisfaisant, que ce niveau de croissance ne nous permettra pas de financer la transition énergétique et ne nous permettra pas de créer les emplois qui sont attendus par nos concitoyens. Donc j'appelle, comme le président de la République le fera probablement mi-octobre au moment du Conseil des ministres franco-allemands, j'appelle l'Allemagne à évoluer dans sa politique et à investir davantage. Demain, je serai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment on leur demande d'investir dans la transition ?

BRUNO LE MAIRE
Demain, je serai à Berlin, je vais passer le message pour la troisième ou la quatrième fois, et je vais vous dire ma conviction profonde, Jean-Jacques BOURDIN, l'Allemagne, à un moment donné, bougera, c'est un grand pays, une grande nation, qui a une politique économique qui est dynamique, je suis convaincu qu'à un moment donné, l'Allemagne bougera, investira plus, innovera davantage, et que nous en serons tous dans la zone euro, notamment la France, les bénéficiaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, budget de la Sécurité sociale, les chiffres définitifs, 5,4 milliards d'euros de déficit cette année, on est bien d'accord, c'est le bon chiffre ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, oui, c'est le bon chiffre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
5,1 milliards d'euros l'année prochaine, c'est aussi le bon chiffre ?

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que nous avons pris un certain nombre de décisions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La branche vieillesse, la branche vieillesse qui pèse ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr, mais vous connaissez les décisions que nous avons prises, notamment sur les retraites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, c'est la facture des gilets jaunes, quoi, c'est la facture des gilets jaunes !

BRUNO LE MAIRE
Je n'aime pas tellement cette expression…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais c'est la réalité !

BRUNO LE MAIRE
Nous avons pris des décisions qui sont coûteuses, il faut le reconnaître, certaines sont compensées, quand nous baissons l'impôt sur le revenu de 5 milliards d'euros, moi, je pense que c'est une excellente décision parce que ça permet à ceux qui travaillent d'avoir une meilleure rémunération à la fin du mois, et surtout, de la garder pour eux. On l'a compensé notamment par la suppression de certaines niches fiscales, le gazole non-routier, et puis, il y a d'autres choses, ayons l'honnêteté de le reconnaître, que nous n'avons pas compensées, et comme nous ne l'avons pas intégralement compensé, ça se retrouve dans du déficit. Quelle est la conclusion que j'en tire, d'abord, c'était de bonnes décisions, parce qu'il faut savoir répondre lorsque le peuple souffre et réclame des décisions plus généreuses. Mais ça veut dire que dans les années qui viennent, nous ne devons pas abandonner l'objectif de baisse de la dépense publique, et nous devons regarder avec les parlementaires quelles sont les politiques sur lesquelles nous pouvons récupérer de l'argent public, je ne vous dis pas prendre ici un coup de rabot, et là, un autre coup de rabot, parce que ça fait mal et c'est inutile, mais prendre des politiques globales, comme on l'a fait sur les Chambres de commerce et d'industrie, on leur a dit : on va vous prendre un demi-milliard d'euros, mais en échange, vous pourrez conclure des contrats avec les entreprises, on va changer le statut de vos personnels, et donc vous serez plus souple, ça explique qu'on puisse réduire la dépense dans les Chambres de commerce et d'industrie, prenons ce modèle-là pour que dans l'année qui vienne, on ait des réductions de dépenses structurelles et pas conjoncturelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bruno LE MAIRE, très bien, la branche retraite donc qui est en déficit, et conséquence, on n'a plus d'argent pour la santé, et on n'a plus d'argent pour EHPAD, on n'a plus d'argent pour les urgences, on n'a plus d'argent pour la psychiatrie, et puis, on fait des économies encore, sur quoi, sur les allocations familiales, sur les APL qui n'augmentent pas de plus de 0,3 %…

BRUNO LE MAIRE
Non, on ne fait pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, si, Bruno LE MAIRE, disons clairement les choses…

BRUNO LE MAIRE
Non, parce que je peux vous faire la liste…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai ou faux ?

BRUNO LE MAIRE
C'est faux parce que je peux vous faire la liste…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pourquoi c'est faux ?

BRUNO LE MAIRE
Je peux vous faire la liste des aides sociales que nous augmentons, l'allocation adulte handicapé, nous l'augmentons, l'allocation minimum vieillesse, nous l'augmentons, c'est de manière plus globale, quelles sont les dépenses que nous sommes prêts à réduire pour que nous puissions continuer à financer un modèle social auquel nous sommes tous attachés, les hôpitaux, les urgences, le soutien aux plus faibles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc continuer à les financer, mais pas à augmenter les financements…

BRUNO LE MAIRE
Les maladies de longue durée. Tout cela doit être financé, voire, mieux financé. Mais ça suppose que de l'autre côté, on soit capable de réduire certaines dépenses, comme nous avons eu le courage de le faire, quand nous réduisons le soutien aux emplois aidés pour dire : on va créer des vrais emplois, on a créé 500.000 emplois supplémentaires au cours des deux dernières années, un demi-million d'emplois supplémentaires, ça justifie qu'on puisse réduire le soutien financier aux contrats aidés, mais c'est comme cela qu'on peut réduire intelligemment la dépense publique, dans la concertation et avec des réponses qui permettent de compenser cette baisse de dépenses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais finir sur la Convention des droites qui s'est tenue samedi, et un passage du discours d'Eric ZEMMOUR, je le cite : tous nos problèmes aggravés par l'immigration sont aggravés par l'islam, les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres, si oui, ils méritent leur colonisation, si non, ils devront se battre pour leur libération, est-ce un appel à la guerre civile ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne comprends pas l'attention qu'on a accordée à cette Convention qui réunissait des personnes qui n'ont d'autre légitimité qu'elles-mêmes, et qui tiennent des propos qui tiennent du délire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attention des chaînes de télévision notamment ?

BRUNO LE MAIRE
L'attention des chaînes de télévision, l'attention des médias, ils sont libres, mais, moi, je suis quand même très surpris, quelle est la légitimité politique et sociale des personnes qui s'expriment dans cette Convention, quelle est l'élection qu'ils ont gagnée, quelle est leur légitimité démocratique, et on leur ouvre tout grand toutes les chaînes de radio, de télévision, comme si c'était un événement majeur, moi, ça me pose une vraie question de fonctionnement démocratique, sur les propos eux-mêmes, je ne suis pas sûr qu'ils méritent autant d'attention, parce qu'on est dans l'ordre du délire clinique au sens propre du terme, vous savez, le délire clinique, c'est quand on ne touche plus dans la réalité, on est dans son obsession, eh bien, quand j'écoute les propos que vous rapportez, on n'est plus dans l'examen attentif de la réalité, on n'est plus dans le débat démocratique, on est dans le délire clinique, c'est-à-dire qu'on a perdu tout contact avec la réalité et qu'on poursuit sa propre obsession, eh bien, la politique, ce n'est pas ça, la politique, c'est regarder la réalité en face, faire preuve de lucidité et répondre avec respect et considération, j'en reviens avec Jacques CHIRAC, puisque nous allons participer dans quelques instants à la cérémonie, à l'hommage du président de la République Jacques CHIRAC. Jamais Jacques CHIRAC n'a quitté justement ce sens de la lucidité, de la raison, de la considération et du respect, et j'aimerais que le débat démocratique en France reste dans ce cadre-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu nous voir ce matin.

BRUNO LE MAIRE
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 octobre 2019

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