Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'action de la France en faveur de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, à Paris le 3 mars 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'action de la France en faveur de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, à Paris le 3 mars 2020. Jean-Yves Le Drian 03/03/2020 Femme Remise du Prix Simone Veil de la République française

Mesdames les ministres, chère Marlène, chère Amélie,
Chers membres du jury du Prix Simone Veil,
Chers Jean et Pierre-François, que j'ai plaisir à saluer,
Chère Aïssa Doumara, nous nous étions rencontrés chez vous, dans le Nord Cameroun, il y a peu de semaines, finalement, que j'ai plaisir à saluer aussi comme première lauréate du Prix Simone Veil,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Ambassadrices et Ambassadeurs, chers amis,


D'abord vous dire que nous sommes fiers d'avoir accueilli ici ce matin la cérémonie de remise du Prix Simone Veil de la République française, qui a vu le jour l'an dernier à l'initiative du président de la République.

Et si nous avons souhaité lui donner le nom de cette femme de courage et de conviction qu'était Simone Veil, c'est parce que ce prix a vocation à récompenser et à soutenir celles qui poursuivent aujourd'hui, partout dans le monde, son combat pour l'égalité et la justice.

"Il suffirait d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Car ces droits ne sont jamais acquis".

Ces mots sont de Simone de Beauvoir mais, en ce début du XXIème siècle, faisant référence à ces crises, ils résonnent d'un écho particulier, car nous assistons à ce qu'il faut bien qualifier une régression historique. Partout dans le monde, les droits des femmes sont menacés. En particulier ces droits qu'on appelle "les droits sexuels et reproductifs", qui constituent la traduction juridique d'exigences inscrites au coeur des mobilisations pour les droits des femmes : pouvoir disposer librement de son corps ; ne pas vivre dans la crainte des violences ; avoir la possibilité - mais aussi les ressources - de choisir si l'on veut, ou non, des enfants et le cas échéant, à quel moment de son existence.

Dans toutes les régions du monde, des forces de plus en plus virulentes et structurées remettent en cause ces droits fondamentaux, en instaurant des législations punitives, en intimidant physiquement les femmes, en mettant en oeuvre des stratégies de désinformation et de manipulation pour semer la confusion. Ces dernières années, le consensus autour des droits des femmes s'est ainsi fragilisé : c'est le constat qui vient d'être dressé et que dressent les militantes féministes du monde entier. L'Europe n'est pas épargnée, la France non plus.

Le combat du collectif Vivas nos Queremos, récompensé aujourd'hui, est donc un combat emblématique : en luttant pour que les femmes et les filles équatoriennes aient accès à un avortement sûr, vous vous battez pour qu'elles gardent la maîtrise de leur destin. "La solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de les laisser mutilées à jamais" : voilà - pour reprendre les termes de Simone Veil il y a quarante-cinq ans - voilà ce contre quoi vous travaillez à protéger les femmes de l'Equateur, avec un écho grandissant dans toute l'Amérique latine.

Grâce à votre courage, grâce à votre persévérance, ce combat progresse. Et par ce Prix, nous voulons vous dire l'admiration et le soutien de la République française.

Comme nous sommes à vos côtés, nous voulons être aux côtés de toutes celles qui, partout dans le monde, défendent l'égalité des droits entre les femmes et les hommes.

Et c'est l'un des piliers de notre engagement contre les inégalités mondiales. Depuis deux ans, aux côtés de nos partenaires de Suède, du Canada ou encore du Mexique, et d'autres, nous portons une diplomatie engagée pour l'égalité entre les femmes et les hommes, fondée sur l'approche par les droits. Le droit de ne pas subir de violence ou de discrimination, bien sûr, mais aussi les droits politiques, sociaux, économiques qui permettent aux femmes d'avancer concrètement sur la voie de l'émancipation et de l'autonomie.

Engagement pour le respect des droits, nous le faisons grâce à l'ensemble de nos leviers diplomatiques au service de cet objectif et en multipliant les initiatives avec nos partenaires alliés en créant des coalitions d'action capables d'obtenir des progrès rapides et significatifs, Marlène Schiappa en a évoqués quelques-uns tout à l'heure, en particulier notre participation et notre soutien au Fonds lancé par le Docteur Mukwege et Nadia Murad. Avec aussi l'initiative AFAWA de la Banque mondiale, avec le Partenariat de Biarritz, que nous avons lancé dans le cadre du G7 avec douze Etats pour diffuser les meilleures législations en matière de droits des femmes, et inciter la communauté internationale à s'en inspirer.

Et, en juillet prochain, après son lancement au Mexique au mois de mai, nous accueillerons à Paris, en partenariat avec Onu Femmes, le Forum Génération Egalité. À cette occasion, nous célébrerons les 25 ans de la plus grande conférence internationale sur les droits des femmes, la Conférence de Pékin, qui a permis de faire des avancées significatives, voire historiques, en matière d'égalité. Nous associerons de manière inédite aux travaux des chefs d'Etats et de gouvernement près de 5.000 représentants de la société civile internationale, les défenseurs des droits, les organisations internationales, les grandes entreprises et les représentants de la jeunesse. Notre souhait est que ce Forum puisse démontrer que les forces de progrès restent majoritaires et que leurs voix unies puissent être entendues pour faire avancer les droits. Je sais que Delphine O est entièrement mobilisée pour le succès de ce grand moment.


Mesdames et Messieurs,

Cet engagement pour l'égalité de genre, nous le portons aussi en France, en premier lieu dans l'Etat, et aussi dans ce ministère, où je m'efforce de faire progresser une véritable culture de l'égalité. Sur cette question, je voudrais rappeler ce que disait Simone Veil : "Les chances, pour les femmes, procèdent trop du hasard, et pas assez de la loi ou, plus généralement, pas assez de la règle du jeu". C'est peut-être cela que l'on appelle la diplomatie féministe, mais dans ces affaires, il faut être très concret.

Et s'agissant de la règle du jeu, je voudrais d'abord dire ici, m'adressant à l'intérieur de la maison que j'ai l'honneur de diriger, que s'agissant des promotions et des nominations, il faut en finir avec le plafond de verre.

Nous devons poursuivre nos efforts de rééquilibrage des corps de conseillers des affaires étrangères, conseillers des affaires étrangères hors classe et ministres plénipotentiaires, par la parité systématique dans les promotions. C'est d'ailleurs d'ores et déjà ce que nous faisons et j'entends bien que nous continuions dans ce sens. Pour ce qui est des nominations aux postes d'encadrement, je souhaite fixer un objectif, au-delà de celui de la loi Sauvadet, de 50% de primo-nominations d'ambassadrices d'ici 2025. Par ailleurs, comme je l'ai demandé, la loi de transformation de la fonction publique verra se lever le verrou statutaire qui empêchait les secrétaires des affaires étrangères principaux d'accéder aux postes d'encadrement. Je souhaite que ces nouvelles perspectives incitent certaines de nos collègues à postuler aux postes de sous-directrice et permettent ainsi, in fine, un recrutement de notre encadrement plus équilibré.

Il faut également poursuivre la féminisation de certains grands postes, à l'étranger ou en administration centrale. Nous avons avancé, nous avons une Inspectrice générale des affaires étrangères, nous avons des postes majeurs qui sont aujourd'hui tenus par des femmes, mais il faut poursuivre ce chemin de manière très volontariste.

Clarifier les règles du jeu, pour reprendre l'expression de Simone Veil, c'est aussi faire évoluer nos conditions de travail, pour trouver un juste équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.

La Charte du temps dont ce ministère s'est doté il y a déjà cinq ans doit, enfin, être respectée. Aussi allons-nous intégrer ce critère aux procédures d'évaluation de la hiérarchie administrative. Dans les prochaines semaines, je veux aussi que nous réfléchissions à la création de facilités nouvelles pour la garde des enfants des agents du ministère. Par ailleurs, il nous faut mieux accompagner les agents qui partent à l'étranger et leurs conjoints, ceux qui travaillent dans le secteur privé, afin que cette période d'expatriation ne soit pas un frein au déroulement de leur carrière, et les agents de la fonction publique. Les demandes de double poste déposées par deux agents du Département font désormais l'objet d'un examen prioritaire. La Direction du personnel examinera avec le même degré de priorité les demandes de départ pour les conjoints d'autres administrations sur des postes du réseau, ainsi que l'emploi des conjoints non-fonctionnaires au sein des ambassades.

Clarifier les règles du jeu, en étant concret, dans cette maison, c'est aussi prévenir toute forme de discrimination, de violence, de harcèlement moral ou sexuel et, plus généralement, toute forme d'agissement sexiste.

À ma demande, trois cellules d'écoute ont déjà été mises en place, bientôt accessibles depuis un numéro unique. J'ai aussi décidé de lancer un plan de sensibilisation au sexisme à grande échelle.

Enfin, j'ai demandé à mon cabinet et à mon administration d'engager la préparation d'un Plan Parité, qui fera l'objet d'une grande consultation auprès de l'ensemble des agents, des syndicats et des associations, notamment l'association pionnière Femmes et Diplomatie, dont je tiens à saluer le rôle majeur.

Voilà, mes chers amis, il faut parler de tout. A la fois des grands enjeux qui ont fait l'objet de témoignages, et du Prix, et puis de l'action concrète de ce que veut dire une diplomatie féministe. Parce que si la question de l'égalité entre les femmes et les hommes est au coeur de notre action diplomatique, c'est parce qu'elle engage tout à la fois notre capacité à donner un sens concret à l'exigence d'universalité que la notion de droits humains emporte avec elle, et parce qu'elle emporte aussi notre capacité à soutenir celles et ceux qui, dans le monde, sont les relais de nos engagements historiques et de nos principes. Sur tous ces fronts, soyez assurés, Mesdames et Messieurs, de mon engagement total et soyez assurés que nos efforts ne faibliront pas. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mars 2020

Femme Egalite des droits Diplomatie Relations internationales 203000603
Date et heure de mise à jour

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la diplomatie culturelle et d'influence, à l'Assemblée nationale le 11 février 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la diplomatie culturelle et d'influence, à l'Assemblée nationale le 11 février 2020. Jean-Yves Le Drian 11/02/2020 Rayonnement culturel Audition devant la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale

Pris par le temps, j'avais dû, en effet, couper court à l'audition. Je répondrai maintenant aux questions restées en suspens, et pour commencer à Mme Constance Le Grip qui m'avait interrogé sur l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH).

L'archéologie est un élément essentiel de notre diplomatie d'influence, et nous faisons face à une forte concurrence internationale. J'ai sous ma responsabilité 162 missions de fouilles archéologiques travaillant dans soixante-dix-huit pays. L'ALIPH est née d'un partenariat entre la France et les Emirats arabes unis visant à reconstruire et protéger le patrimoine détruit ou endommagé dans les zones de conflit. L'Alliance, à ce jour dotée de 80 millions de dollars, dont 3 millions par la France, a été créée en 2016. Depuis sa mise en oeuvre en 2018, quarante-trois projets ont été lancés dans quatorze pays, engageant 17 millions de dollars. Je citerai en particulier la réhabilitation du musée de Raqqa en Syrie ; l'initiative "Mosaïque de Mossoul" visant à restaurer six lieux de culte ou historiques de la vieille ville ; le musée national de Tripoli ; la restauration du tombeau des Askia au Mali ; la réhabilitation du monastère de Mar Behnam en Irak ; la sauvegarde du minaret et des vestiges archéologiques de Djam en Afghanistan ; le projet de restauration du palais Al-Badr à Taïz au Yémen. L'ALIPH, qui fonctionne bien, est un bon vecteur d'influence et de présence de la France.

M. Philippe Berta et Mme Danièle Hérin m'ont interrogé sur notre diplomatie universitaire et scientifique. Aux côtés du ministère de l'enseignement supérieur et avec la participation de l'opérateur Campus France, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères agit dans trois directions. Je mentionnerai d'abord l'appui du réseau de coopération universitaire et scientifique aux établissements français d'enseignement supérieur pour la création et le suivi de leurs propres partenariats. Dans nos postes, cinq conseillers scientifiques et quatre-vingt-quinze experts assument cette responsabilité. Nous assurons d'autre part la promotion de l'expertise française en appui aux filières d'enseignement supérieur des pays concernés. Quarante experts techniques internationaux sont à cette fin sous la responsabilité de l'agence publique Expertise France, elle-même placée sous la tutelle du ministère. Nous agissons enfin en appuyant les établissements français à l'étranger par la délocalisation de l'offre de formation et en en accroissant le nombre. Je souligne le rôle des établissements français à l'étranger internationalisés, dont l'exemple le plus connu est La Sorbonne Université Abou Dabi. Lancée il y a deux ans, elle fonctionne de manière très satisfaisante, je l'ai constaté en personne il y a peu de temps. La formation qui y est assurée est ouverte aux étudiants d'Abou Dabi et aux étudiants internationaux ; la qualification du diplôme est très valorisante.

Nous avons engagé en Afrique trois projets significatifs. L'Université franco-tunisienne pour l'Afrique et la Méditerranée a été installée à la rentrée 2019. L'objectif est de créer à partir de cette université sise à Tunis un hub régional d'enseignement supérieur pour former les futures générations d'entrepreneurs et de cadres supérieurs dont l'Afrique et l'espace méditerranéen ont besoin. Les disciplines enseignées sont les sciences humaines et sociales, la gestion de l'environnement et des métiers de l'eau, la science des données et ces nouveaux métiers de l'informatique. L'offre certifiante, nouvelle et performante, permet la collaboration entre l'appareil universitaire tunisien et les grandes universités françaises partenaires que sont l'Ecole normale supérieure de Paris-Saclay, l'Ecole nationale supérieure de techniques avancées et l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Dans le même esprit, nous avons créé avec les autorités sénégalaises, à la rentrée 2019, l'Université franco-sénégalaise qui permet des qualifications et des formations de haut niveau menant à des diplômes qualifiants français contribuant à l'attractivité de notre présence internationale. Le hub universitaire de Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, est un partenariat spécifique permettant de dispenser des formations universitaires significatives. Nous souhaitons faire de ce dispositif le modèle de référence pour l'avenir du développement de l'enseignement supérieur français, en particulier en Afrique ; voilà qui répond à la question que m'avait posée Mme Danièle Hérin. J'ajoute que nous avons ouvert en Côte d'Ivoire, il y a peu, une école de code informatique pour permettre aux jeunes Ivoiriens de se former aux sciences du numérique et de créer éventuellement des start-up en ce domaine.

En matière de diplomatie scientifique toujours, deux instruments placés sous la double tutelle du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation et du ministère de l'Europe et des affaires étrangères nous permettent d'agir. C'est d'abord l'Institut de recherche pour le développement, présent dans cinquante pays avec 2.000 agents, dont 851 chercheurs et 1.199 ingénieurs et techniciens qui s'intéressent à de nombreux domaines, en particulier la biodiversité, la santé, la sécurité alimentaire et l'agroécologie. C'est aussi le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement. Présent dans cent pays, il regroupe 800 chercheurs qui se consacrent essentiellement à la sécurité alimentaire et à l'agroécologie. Ces deux organismes de recherche permettent, sur place, des coopérations très positives et les synergies sur lesquelles m'interrogeait Mme Hérin.

J'ajoute que lorsque les Etats-Unis ont annoncé qu'ils renonceraient à appliquer l'Accord de Paris, le président de la République s'est dit déterminé à voir créé un programme susceptible d'attirer en France des étudiants et des chercheurs étrangers travaillant en sciences du changement climatique. Ce programme, dit MOGPA, lancée en juin 2017, a donné des résultats assez significatifs. Les candidatures de 43 chercheurs de très haut niveau ont été retenues et ils ont rejoint des laboratoires français de pointe. D'autre part, 154 étudiants et chercheurs internationaux ont été accueillis en doctorat et en post-doctorat pour des travaux de recherche en sciences du changement climatique et de la transition énergétique ; quarante-huit nationalités sont représentées. C'est une manière supplémentaire de mener la diplomatie universitaire et scientifique.

M. Jean-Jacques Gaultier m'avait questionné sur l'enseignement du français en Tunisie. J'ai déjà traité de l'Université franco-tunisienne, joyau de l'engagement de la France en matière d'enseignement supérieur, mais la Tunisie est un laboratoire de la présence de la France et de la langue française. Elle accueillera en décembre prochain le 18ème sommet de la francophonie, qui marquera le cinquantenaire de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). La Tunisie sera alors le premier pays du Maghreb à accueillir un tel sommet, et le deuxième pour un pays arabophone, après le Liban en 2002. Quatre-vingt-huit Etats sont membres de la francophonie, dont vingt-six observateurs. Cela dit l'ampleur de ce réseau et l'importance de cet événement. Il y a aujourd'hui quelque 300 millions de francophones dans le monde et l'on estime que ce nombre doublera assez rapidement, particulièrement à partir de l'Afrique, théâtre du développement de la langue française à l'avenir. Nous devons renforcer nos efforts pour que le français devienne la langue de la mobilité intra-africaine. À ce jour, il y a relativement peu d'échanges entre les pays africains ; mais, alors qu'ils viennent de se doter d'un traité consacrant la zone de libre-échange continentale africaine, la diffusion de la langue française peut contribuer au renforcement des partenariats régionaux. Le développement de la langue française en Tunisie est assez significatif : depuis la visite du Président de la République en Tunisie, en janvier 2018, six alliances françaises y ont été créées et quatre écoles françaises ont été ouvertes à la rentrée dernière.

Après que le président de la République a pris l'engagement, lors du discours qu'il a prononcé à l'Académie française, que le nombre des élèves en français double dans le monde à l'horizon 2030 pour passer de 350.000 à 700.000, une série de mesures ont été prises. Certains pays sont particulièrement réactifs, la Tunisie en particulier ; j'ai moi-même inauguré une des écoles ouvertes dans ce cadre. Nous devons nous astreindre à faciliter l'homologation des projets d'ouverture d'écoles et à accélérer la validation de l'enseignement. La Tunisie est un exemple particulièrement réussi de ce qui est en train de se passer dans le développement de la langue française à l'étranger.

M. Cédric Roussel m'avait interrogé sur la diplomatie sportive. Le 30 avril 2019, j'ai nommé Mme Laurence Fischer, par ailleurs triple championne du monde de karaté, ambassadrice pour le sport. Son rôle est de mobiliser le réseau diplomatique et le réseau de coopération sur les sujets relatifs à l'attractivité de notre territoire en matière de grands événements sportifs ; de renforcer le positionnement des entreprises françaises sur les marchés liés au sport et aux grands événements ; d'améliorer la représentation française dans les grandes instances internationales ; de faire que les programmes de développement intègrent la dimension sportive, en particulier en direction de la jeunesse. Ces priorités se traduisent dans les faits, je puis en attester pour avoir signé deux accords en vue de l'insertion des jeunes et de politique de développement en direction de la jeunesse à partir du sport, au Nigeria d'abord, avec la NBA, puis à Johannesburg. L'Agence française de développement (AFD) a pour mission de développer ce type de programmes et en particulier de renforcer par le sport l'autonomisation des femmes.

Enfin, l'ambassadrice du sport mène une action essentielle pour ce qui concerne les grands événements internationaux à venir : Jeux olympiques de Tokyo, Jeux de la Francophonie de Kinshasa en juillet 2021, Coupe du monde de football, Coupe du monde de rugby en France et, évidemment, Jeux olympiques de Paris. La "diplomatie sportive", champ nouveau de l'action du ministère, commence à prendre forme ; elle vise à renforcer l'influence internationale de notre pays et son attractivité tout en contribuant aux politiques de développement en intégrant le sport, dimension essentielle.

Mme Danièle Cazarian m'avait interrogé sur les objectifs de l'Institut français. Comme je vous l'avais indiqué, mon collègue Franck Riester et moi-même avons réuni son conseil d'orientation stratégique le 13 janvier dernier. Les orientations retenues sont l'accompagnement et le rayonnement des industries culturelles et créatives (ICC) françaises et francophones, la promotion de la langue française et le renforcement de la démarche partenariale au service du développement international. Je souligne que la coopération et l'articulation entre l'Institut français Paris - qui est chargé de proposer prestations et accompagnement pédagogique culturel aux instituts français à l'étranger - et la Fondation Alliance française - dont la responsabilité principale sera désormais la labellisation des alliances - sont en passe de se réaliser alors qu'on les disait inatteignables ; je me réjouis de cette synergie. On compte 800 Alliances françaises et cent instituts français à l'étranger. De manière générale, ils travaillent bien ensemble. Leurs missions sont le plus souvent complémentaires, rarement concurrentes ; elles peuvent être complémentaires sur le plan géographique ou en termes de prestations. Toutes et tous mènent des actions visant à diffuser et à promouvoir la langue française et les valeurs de notre pays.

M. Maxime Minot m'avait interrogé sur l'enseignement français à l'étranger. Il existe trois types d'établissements, dont soixante-et-onze sont gérés directement par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger - l'AEFE. Les établissements conventionnés sont gérés par des associations mais validés par l'AEFE ; ils sont au nombre de 155. Enfin, 522 établissements partenaires sont labellisés par l'AEFE mais leur autonomie de fonctionnement est beaucoup plus forte. Vingt-neuf établissements ont été ouverts depuis 2018, et le nombre d'élèves de l'enseignement français à l'étranger a augmenté : ils sont désormais 370.000, à 60% étrangers. Ces établissements ont donc une double vocation : rendre service à nos compatriotes établis à l'étranger avec leurs enfants et être un outil d'influence et de formation pour les élèves des pays considérés.

Les personnels de ces établissements travaillent sous trois types de statut. Certains, titulaires de l'Education nationale recrutés par l'AEFE et détachés auprès de l'Agence pour être mis à disposition des établissements concernés, ont le statut d'expatriés. Ils sont relativement peu nombreux : ce statut concerne surtout les fonctions d'encadrement. En tout, 6 091 agents sont détachés du ministère de l'éducation nationale ; une partie sont des expatriés, une partie sont des résidents. Par ailleurs, 38 793 agents sont des personnels de droit local, dont le recrutement a été validé par l'AEFE sur proposition des autorités des établissements concernés. Dans les établissements d'enseignement français à l'étranger travaillent donc des personnels sous trois statuts différents. Nous voulons renforcer la formation pour tous les recrutés locaux, qui peuvent être français ou étrangers et qui sont parfois des titulaires de l'éducation nationale. La réforme que nous avons décidée tend à augmenter le nombre d'établissements et, parallèlement, celui des enseignants, en favorisant les recrutements locaux. Mais la labellisation des établissements restera de la responsabilité de l'AEFE, seule à même de certifier la qualité du corps enseignant qui y officie. Nous avons prévu des dispositifs de formation par grandes régions pour permettre à ces personnels de mieux se former et de répondre ainsi aux préoccupations et aux demandes exprimées à ce sujet.

M. Stéphane Testé m'avait interrogé sur la situation des bacheliers étrangers qui, ayant réalisé tout ou partie de leur scolarité dans un établissement français à l'étranger, choisissent de poursuivre leurs études supérieures en France. Ils sont 43,7% dans ce cas. Les élèves étrangers provenant d'un pays extracommunautaire titulaires d'un baccalauréat français reçoivent le même traitement qu'un élève français ou européen quand ils choisissent de faire leurs études supérieures en France. Ils doivent donc obtenir un visa d'études et s'intégrer dans le dispositif Parcoursup. Ils sont accompagnés dans cette démarche par Campus France, qui le fait assez bien ; je m'en suis rendu compte par deux fois, en Amérique du Sud et en Asie. C'est aussi un grand enjeu d'influence.

Mme Elsa Faucillon avait mentionné le cas de Mme Cécile Lebrun, enseignante en Egypte, et de son mari, M. Ramy Shaath, emprisonné dans ce pays. Je suis ce dossier de près : nous assistons dans ses démarches Mme Lebrun qui voudrait rendre visite à son époux, mais les choses sont compliquées. Leur cas a été rappelé plusieurs fois à la présidence égyptienne, y compris lorsque le président de la République s'est rendu au Caire.

Lorsque j'ai accompagné le président de la République en Pologne la semaine dernière, nous avons engagé une discussion avec les autorités visant à assurer au lycée français de Varsovie un cadre juridique solide. Si, d'aventure, ces discussions n'aboutissaient pas, l'AEFE prendrait provisoirement l'établissement en gestion directe ; mais l'état d'esprit qu'ont manifesté les autorités polonaises me fait penser que l'on pourra régler la question.

J'en viens aux questions portant sur la place de France Médias Monde (FMM) dans la future holding prévue par la réforme à venir de l'audiovisuel public. J'ai souhaité l'intégration de FMM dans cette nouvelle organisation et ce choix a été retenu lors des arbitrages rendus par le Premier ministre. Le Quai d'Orsay sera étroitement associé à la gouvernance du nouvel ensemble : c'est très important, car il ne faudrait pas que l'audiovisuel extérieur soit la variable d'ajustement du dispositif - j'y insiste alors que vous allez entamer l'examen du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère numérique.

Monsieur Nadot m'avait interrogé sur la situation de France 24. Cette chaîne est une belle réussite, comment en témoigne le doublement du temps de diffusion en arabe, sa quatrième langue. Elle est diffusée en français, en anglais, en espagnol et en arabe. Je souhaite que sa diffusion s'élargisse dans les autres langues que le français. J'ai ouvert le bureau de la rédaction de France 24 à Bogota en 2017, et j'ai constaté en me rendant à Mexico il y a quelques jours que son audience est très forte. Cette chaîne donne une information fiable, diffuse la culture française et une certaine conception de l'information ; c'est particulièrement utile dans certains pays.

Je vous l'avais dit, je ne suis pas favorable à ce que l'AFD verse une subvention de fonctionnement à FMM : je considère que ce financement doit rester couvert par la contribution à l'audiovisuel public. En revanche, je suis tout à fait favorable à ce que l'AFD finance des projets qui contribuent au développement des médias des différents pays.

Enfin, en matière audiovisuelle toujours, la bataille numérique est un enjeu stratégique crucial pour notre pays, ce pourquoi le développement des ICC est une priorité pour mon ministère comme pour celui de la culture ; Franck Riester et moi y travaillons de conserve. C'est un terrain d'affrontement mondial majeur, et en tout cas d'influence. Si nous ne sommes pas au rendez-vous, nous risquons de nous faire dominer par d'autres outils, américains ou d'autres provenances, qui nous feraient perdre notre capacité d'influence sur plusieurs pays. Il importe d'être extrêmement vigilant et nous le sommes, même si nous travaillons avec les moyens financiers qui sont les nôtres.

"Mais comment résister à Netflix ?" m'a-t-on demandé. On le peut en mettant en oeuvre la directive sur les services de médias audiovisuels et la directive sur le droit d'auteur et les droits voisins. Leur transposition permettra l'entrée en vigueur de l'obligation de diffuser 30% d'oeuvres européennes, et de l'obligation de financer la production française et européenne à hauteur de 25% pour les services de vidéo à la demande. C'est un progrès considérable ; ces instruments appuieront la présence de nos ICC dans le monde et soutiendront nos exportations dans de nombreux pays qui ne demandent que cela, l'attractivité des productions françaises étant très forte dans différents domaines, le cinéma en particulier

- ainsi de l'Inde, pays avec lequel nous avons un partenariat intéressant. La création par Bpifrance d'un "Fonds ICC" y aidera. La réponse peut être aussi industrielle, et le lancement de la plateforme de vidéo à la demande Salto qui réunira à l'été France Télévisions, TF1 et M6 contribuera à concurrencer Netflix. C'est une bonne manière de continuer d'être présent et de développer notre modèle de création audiovisuelle et cinématographique.

Mme Sandrine Mörch avait insisté sur l'importance de la culture comme arme de prévention du terrorisme ; c'est en effet crucial et cet aspect participe également de la diplomatie d'influence. Cela suppose de travailler avec des universitaires et des acteurs culturels locaux pour que le partenariat, avec le monde arabe en particulier, serve aussi à développer un islam modéré et permette de combattre indirectement le terrorisme. Je pense en particulier aux Emirats arabes unis : lorsque je me suis rendu à La Sorbonne Abou Dabi, il a nous a été suggéré de travailler ensemble à l'enseignement dans ce pays d'une approche critique et raisonnée de l'islam et du fait religieux. Cela contribue à cette dynamique, et ce sera aussi le cas à Tunis. D'évidence, l'importance de la culture dans les échanges est plus grande que jamais.


Q - L'inauguration du Louvre Abou Dabi et d'antennes du Centre Pompidou à Malaga, Bruxelles et Shanghai montre que notre diplomatie muséale est devenue un marqueur fort de la politique culturelle française à l'étranger. Elle permet de faire rayonner nos grandes institutions culturelles et d'attirer des visiteurs supplémentaires en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur les bénéfices de cette politique ? D'autres projets d'exportation de notre savoir-faire muséal sont-ils prévus ?

R - Le Louvre Abou Dabi est une réussite exceptionnelle par la qualité architecturale du site et par la qualité muséographique de l'établissement. La vocation de ce "musée monde" n'est pas seulement d'accueillir des collections du Louvre à Paris ou des collections dont il peut lui-même acquérir la propriété ; c'est aussi de présenter des expositions sur de nombreux sujets, attrayantes pour l'ensemble du Moyen-Orient et donc vecteurs d'attractivité touristique pour Abou Dabi. Ce musée, qui devait répondre à de nombreux critères, s'installe remarquablement dans la durée : on dénombre certains jours jusqu'à 13.000 visiteurs, venus de partout.

C'est un bon exemple, et nous voulons proposer que le Louvre Abou Dabi, né d'un partenariat entre le Louvre et les Emirats arabes unis, devienne un outil de développement de prestations d'ingénierie pour d'autres projets. Nous y travaillons pour le grand musée national du Caire en construction ; nous avons un partenariat significatif dans le domaine archéologique dans ce pays, et nous souhaitons faire en sorte que le musée du Caire soit aussi un bon exemple muséal. Nous sommes aussi en relations avec Addis-Abeba où, depuis le changement de régime politique, des projets sont envisagés pour lesquels une forte demande d'ingénierie muséale nous est faite.

Je mentionnerai enfin l'oasis d'Al Ula, à laquelle l'Institut du monde arabe consacre une exposition que je ne saurais trop vous recommander d'aller voir. Les autorités saoudiennes veulent mettre en valeur, par un impressionnant projet de revitalisation, un site pré-islamique et pré-arabe resté jusqu'à présent enfoui - ce qui, en termes idéologiques, marque une rupture. Il s'agit de faire un lieu d'exploitation touristique d'une région spectaculairement intéressante sur les plans archéologique, historique et géographique. Le roi d'Arabie Saoudite a confié à la France la responsabilité de la définition et de la mise en oeuvre de ce projet en tout point exceptionnel : Al Ula, cité majeure des Nabatéens, c'est Petra décuplée. L'Agence française Afalula, présidée par M. Mestrallet, est chargée d'accompagner son partenaire saoudien dans la transformation de la région en une destination culturelle et touristique mondiale.

Q - En ma qualité de secrétaire général parlementaire de l'Assemblée parlementaire de la francophonie, je suis très heureux de vous avoir entendu évoquer l'ampleur de l'action que vous menez en faveur de la diffusion de la langue française, vecteur d'influence et de culture. Il paraît cependant incohérent que la France fasse sa promotion avec des slogans rédigés en anglais, tel Choose France ; j'ai fait part de mon incompréhension au président de la République et j'aimerais connaître votre sentiment. Comme vous, je pense que la diplomatie d'influence s'exerce aussi à travers le sport, une composante de la culture. Le français est, selon la charte olympique, l'une des deux langues de l'olympisme ; comment comptez-vous faire entièrement respecter cette exigence ? Le retour du français dans les instances internationales vous semble-t-il possible après le Brexit ? Enfin, pouvons-nous encore gagner la guerre des idées alors que l'anglais est hégémonique ? La langue est bien plus qu'un moyen de communication : c'est un instrument politique qui véhicule des valeurs. L'égoïsme et le repli sur soi à l'oeuvre montrent que nous devons bien davantage favoriser le multilinguisme comme outil culturel, outil de promotion de notre pays et d'une certaine idée du monde.

R - Je souscris, bien sûr, à vos propos. Je vous l'ai dit, la langue française a une forte capacité de développement dans le monde à l'avenir, en Afrique en particulier, à condition que nous soyons au rendez-vous. Nous essayons de l'être avec vigilance, comme le montrent les initiatives que nous avons prises. La diffusion de la langue française sur le continent africain renforcera le développement. L'OIF enregistre sans cesse de nouvelles adhésions ; c'est un signe d'attraction et d'influence. La nouvelle donne européenne sera sans doute une opportunité pour respecter de manière régulière, systématique et vigilante, l'usage de la langue française dans l'ensemble des instances européennes ; nous menons ce combat qui n'est pas toujours facile, mais nous devons être intransigeants. Choose France marquait un événement particulier qui concernait pour beaucoup des Anglo-Saxons, mais le choix de ce slogan n'enlève rien à notre détermination générale, qui vaut aussi pour le respect du français comme l'une des deux langues olympiques.

Q - Néanmoins, l'Etat doit être exemplaire dans le choix des slogans comme dans celui des mots... Mais c'est de musique que je vous parlerai, avec un satisfecit tempéré d'un bémol, si j'ose dire. Le Bureau export, qui accompagne le développement de la filière musicale française à l'étranger, vient de publier des chiffres très encourageants : 121 certifications export - en hausse de 92% - qui concernent à 80% des musiques électroniques devant l'urbain, la pop, la chanson, et plus de 5.000 dates de concerts de chanteurs et de musiciens francophones recensées dans le monde en 2019. En France, dix-neuf des vingt meilleures ventes concernent des albums produits en France et chantés en français. Nous avons donc une matière extrêmement forte et ce résultat est enthousiasmant. Le bémol, c'est qu'aucun de ces dix-neuf artistes ne figure dans les classements des ventes internationales. Comment développer nos ventes à l'étranger ? Compléterez-vous les financements de la filière, qui s'établissent actuellement à 2,7 millions d'euros ?

R - Cette question est plutôt du ressort du ministre de la culture, mais nous avons pris en compte la "diplomatie musicale", ce qui a conduit le ministère de l'Europe et des affaires étrangères à ouvrir en septembre dernier trois postes d'attachés musique à vocation régionale à Abidjan, Bogotá et Singapour. Ces ouvertures de postes témoignent de l'importance que nous accordons à ces exportations. La création musicale française est reconnue, mais il faut, vous avez raison, renforcer sa portée à l'étranger. Cela fait partie du combat que nous menons et participe de la priorité que nous donnons aux ICC dans les enjeux d'exportation dont j'ai la responsabilité partagée avec Franck Riester. Nous travaillons ensemble dans les domaines - musique, cinéma, architecture, jeux vidéo - dans lesquels nous avons une capacité à l'export, qu'il faut féconder au mieux.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 février 2020

Politique culturelle Rayonnement culturel Diplomatie Cooperation culturelle 203000485
Date et heure de mise à jour

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la cinquième édition de "La Nuit des Idées", à Paris le 30 janvier 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur la cinquième édition de "La Nuit des Idées", à Paris le 30 janvier 2020. Jean-Yves Le Drian 30/01/2020 "La Nuit des Idées" Lancement de la Nuit des Idées 2020

Madame la Ministre, chère Elisabeth,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis,


Je voudrais vous dire que je suis très heureux de vous accueillir ce soir au ministère de l'Europe et des affaires étrangères, où nous allons ensemble donner le coup d'envoi à la cinquième édition de la Nuit des Idées, organisée, cette année encore, grâce au travail des équipes de l'Institut français de Paris, emmenées par Judith Roze et Vincent Mano, sous la houlette du président de l'Institut, Pierre Buhler.

Ici, au Quai d'Orsay, ce que nous faisons est très simple. Si vous me permettez de détourner une formule connue : le matin, nous faisons de la diplomatie, toute la journée, nous faisons de la diplomatie, et le soir, nous faisons encore et toujours de la diplomatie.

Simplement, la diplomatie, cela peut revêtir différentes formes et la Nuit des Idées en est une. D'abord parce qu'elle est un moment original d'échange, de débat et de confrontation originale.

Un moment original parce que libéré, l'espace de quelques heures, des contraintes du jour.

Un moment original parce que ce soir, pour une fois, nous ne ferons pas de relevé de conclusions opérationnelles !

Et pourtant, c'est un moment essentiel parce que la Nuit des idées, c'est aussi ce qui nous permet de promouvoir une certaine vision du monde, fondée sur le dialogue, sur la libre-circulation des savoirs, sur le désir d'unir les bonnes volontés pour construire notre avenir commun.

Ce que nous allons porter, tout au long de cette nuit, dans quatre-vingt-dix pays, dans cent soixante-neuf villes du monde entier, c'est l'esprit de cette Europe des cafés, chère à George Steiner, celle où l'on se retrouve pour prendre le temps de se parler, de s'écouter, de refaire le monde, et en fait, c'est un peu cela aussi la Francophonie : une manière de "faire monde" ensemble, une manière de "faire société" ensemble.

Quitte à refaire le monde, autant ne pas le faire tout seul, et nous sommes donc ravis que la Russie, la Grèce, le Brésil, l'Australie, la Thaïlande entrent cette année dans la danse.

Nous sommes ravis qu'aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou encore en Colombie la Nuit des Idées prenne en 2020 des proportions nationales, avec des rencontres simultanées dans plusieurs villes du pays.

Nous sommes ravis de savoir que plusieurs centaines de milliers de personnes participent ce soir à cette fête. Rien qu'à San Francisco ou en Argentine, nous avons déjà enregistré plus de dix mille inscriptions !

Je voudrais rajouter qu'à titre personnel, mais strictement à titre personnel, je ne suis pas fâché non plus que la Nuit des Idées s'installe cette année également à Paimpol et à Belle-Île. Chacun sait que c'est en Bretagne, mais, pour qu'on ne me taxe pas de favoritisme, il y a aussi cette année des nouveaux venus comme Angoulême, Thiers et d'autres. Car nous avons souhaité qu'en France aussi, ce 30 janvier soit un rendez-vous pour celles et ceux qui veulent réfléchir avec nous, avec vous, à tout ce que signifie aujourd'hui "être vivant".

"Être vivant", c'est le thème que nous avons retenu pour cette cinquième édition.

Il nous a semblé résumer quelques-uns de nos défis communs et, en particulier, il nous a semblé qu'il permettait à tout un chacun de s'interroger sur les conséquences du grand bouleversement climatique et environnemental qui menace désormais les équilibres des sociétés et des écosystèmes du monde entier.

Vous en conviendrez : c'est bien le sujet diplomatique du XXIe siècle par excellence! Diplomatique, non pas au sens où il serait devenu aujourd'hui de bon ton de parler de cela entre chancelleries. Mais diplomatique au sens où une très grande partie de notre engagement international doit, aujourd'hui, être résolument tournée vers la préservation des grands biens publics mondiaux et le premier d'entre eux, c'est la planète.

Et nous sommes, bien sûr, à la manoeuvre, tant en Europe que sur la scène internationale, pour faire bouger les lignes. En cette année mondiale de la biodiversité et à quelques mois du prochain Congrès mondial de la nature qui se tiendra à Marseille en juin et à quelques mois aussi de la COP26 de Glasgow, l'urgence environnementale est au coeur de nos préoccupations et au coeur de notre action.

Alors, nous ne voulions pas laisser passer l'occasion de mettre au service de ce combat la puissance collective de la Nuit des Idées, une formidable puissance de mobilisation, de réflexion, de créativité et d'imagination collectives. Car la nuit, c'est aussi le moment où l'on sait suspendre l'urgence de l'action, le moment où l'on peut regarder différemment le monde et faire émerger des idées nouvelles.

Et nous avions besoin de ces moments de respiration collective. Nous avons besoin de toutes les énergies et de tous les talents sur ce grand sujet mobilisateur. Nous avons besoin, surtout, des jeunesses du monde entier.

C'est pourquoi nous avons souhaité confier le soin d'ouvrir cette nuit de débats à trois jeunes militants engagés dans la défense de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique.

Je suis fier de les accueillir ce soir et je vous demande de les applaudir !

Applaudissez Hilda Flavia Nakabuye qui arrive d'Ouganda et qui a fondé les "Vendredi pour le futur Ouganda"!

Applaudissez Kristin Rodrigo, Canadienne, de l'organisation "Jeunes reporters pour l'environnement" !

Et applaudissez Nathan Méténier, étudiant français et porte-parole du réseau d'ONG "Jeunesse et Europe de l'Environnement" !

Merci à vous trois d'être avec nous pour porter la voix de votre génération, une voix d'exigence, une voix de lucidité et une voix d'espoir, car, par votre engagement, vous indiquez la route à suivre.

Avant de laisser la parole à Elisabeth Borne, dont la présence à mes côtés témoigne de la mobilisation totale du gouvernement sur cette question, je voudrais aussi saluer Hervé Gardette qui a la lourde charge d'animer ce débat, en donnant à tous, j'en suis sûr, "du grain à moudre", comme il a longtemps si bien su le faire sur les ondes.

Je veux également saluer les partenaires médias de la Nuit des Idées : France Culture, Le Monde, Analyse Opinion Critique, Sciences et avenir et TV5 Monde.

Je veux aussi dire notre gratitude à la Fondation Daniel et Nina Carasso qui nous accompagne cette année dans l'organisation de cette manifestation et dont le soutien nous est particulièrement précieux.

Et, enfin, je tiens à adresser un mot d'amitié et de bienvenue aux jeunes collégiens de Poissy qui sont là, qu'on peut applaudir, et qui ont participé à la rédaction de la "Déclaration européenne des droits de la planète et du vivant". Ils incarnent eux aussi l'espoir et ils pourront en témoigner tout à l'heure.

Et en ne doutant pas une seule seconde que l'édition 2020 sera, comme les précédentes, d'une très grande richesse, je vous souhaite donc à vous tous une très bonne Nuit des Idées. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 février 2020

Politique culturelle Debat Diplomatie Protection de l'environnement 203000324

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'action du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, à Paris le 29 janvier 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'action du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, à Paris le 29 janvier 2020. Jean-Yves Le Drian 29/01/2020 Politique étrangère Voeux aux agents du ministère

Madame et Monsieur les Secrétaires d'Etat, chère Amélie de Montchalin, cher Jean-Baptiste Lemoyne, il n'est pas loin, il va arriver, je viens de le quitter,
Monsieur le Secrétaire général, cher François Delattre, pour qui c'est la première cérémonie des voeux,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames les Directrices, Messieurs les Directeurs,
Chères auditrices et chers auditeurs du Collège des hautes études de l'Institut diplomatique,
Mesdames et Messieurs,


Le mois de janvier touche déjà à sa fin, mais heureusement il est encore temps pour moi, de vous présenter, avec mon épouse, tous nos voeux de bonheur, de santé et de réussite pour 2020. À vous-mêmes, qui êtes réunis ici, ainsi qu'à l'ensemble des agents de ce ministère, qu'ils soient en poste à Paris, à Nantes ou à l'étranger.

Différents et complémentaires, vous incarnez les mille visages du Quai d'Orsay. Et cette année encore, je tenais à vous dire à quel point je suis fier d'être à la tête de cette belle maison.

Mille visages, oui, car notre ministère n'a pas seulement le don d'ubiquité. Un don qui, bien sûr, tient moins à une vertu magique qu'à la force de notre réseau universel. Il a aussi, pour remplir les nombreuses missions qui lui sont confiées, le talent de rassembler une très large palette de compétences, les vôtres.

Tisser des liens de confiance avec nos partenaires, les préserver, parfois contre vents et marées.

Négocier pour défendre les intérêts de nos concitoyens, quand leur sécurité, leurs emplois, leur avenir sont en jeu.

Porter haut une certaine idée de la culture et, dans les batailles nouvelles de l'influence, faire de notre modèle humaniste une main tendue en direction des sociétés civiles et de leurs jeunesses.

Soutenir nos compatriotes à l'étranger, en toutes circonstances, comme nous le faisons en ce moment en organisant le rapatriement des Français de Wuhan, ceux qui le souhaitent, en lien avec d'autres ministères.

Accompagner nos entreprises dans la grande aventure de l'export, promouvoir nos destinations touristiques.

Voilà le quotidien de ce ministère, et je ne parle là que des jours calmes...

Voilà ce qui nous autorise à revendiquer le titre de service public des Français à l'international et à trouver, chaque jour, dans la certitude qu'ils comptent sur nous et que nous leurs sommes utiles, la force de braver toutes les tempêtes. Y compris d'ailleurs celles qui nous touchent au coeur, j'ai à ce moment une pensée particulière pour notre collègue, Marie-Anne Mortelette, en poste à Canberra qui a trouvé la mort dans un terrible accident.

Chers amis, je me trouvais hier à La Haye, où j'ai eu le grand plaisir, le grand honneur, de participer à la Conférence des ambassadeurs néerlandais. Ce qui m'a frappé, c'est que - comme nous - ils se posent une question très simple et pourtant fondamentale : comment expliquer à nos concitoyens le sens de notre action diplomatique ?

C'est une question absolument légitime, essentielle, car les enjeux nationaux et internationaux sont désormais de plus en plus imbriqués.

Et c'est une question qui peut et qui doit nous servir de boussole, dans un monde dont la correspondance diplomatique permet d'apprécier la vertigineuse complexité.

Ce monde, nous sommes aux premières loges pour en suivre les évolutions et pour l'expliquer aux Français. Afin d'en pointer les menaces, elles sont nombreuses, mais aussi les opportunités. Ce rôle de vigie est essentiel. Mais notre mission est loin de s'y résumer.

Ce que les Français attendent de nous, c'est que nous conservions, en plus de cette capacité à penser le monde, une véritable capacité à tenter de le transformer. Et, dans un monde lui-même en plein bouleversement, je crois que cela suppose de ne pas hésiter à bousculer quelques habitudes pour inventer, sous l'autorité du président de la République, la diplomatie la mieux adaptée au moment que nous vivons.

Cette diplomatie du XXIe siècle, c'est d'abord une diplomatie agile et réactive.

2019 nous a vus multiplier les initiatives face aux crises. Pour garantir notre sécurité, pour prévenir l'escalade, pour restaurer des espaces de négociation à chaque fois que c'est nécessaire.

En ce début d'année très mouvementé, depuis le 3 janvier, nous avons été partout à la manoeuvre. Et je tiens à souligner l'extraordinaire détermination de ceux qui, au sein de ce ministère, proposent sans cesse, parce qu'ils refusent de baisser les bras et de se résoudre au pire. De ceux qui inventent sans cesse, parce qu'ils croient qu'il existe toujours, quelles que soient les situations, un chemin de négociation. Parce qu'ils croient, tout simplement, en la diplomatie et en sa puissance.

Partout, donc, nous avons été à la manoeuvre, en suivant une même méthode : conjuguer l'agilité de coalitions d'action rassemblant, au cas par cas, les Européens les plus volontaires, conjuguer cela avec la force de frappe de nos institutions communes.

C'est ainsi qu'en quelques semaines, avec nos partenaires, nous avons, à la Conférence de Berlin, établi un cadre en vue d'un processus politique en Libye. Nous avons proposé, au Sommet de Pau, sur l'initiative du président de la République, le lancement d'une Coalition internationale pour le Sahel. Nous avons fait entendre, alors que le Golfe menaçait de s'embraser, une voix européenne pour appeler à la retenue et à la désescalade, à la poursuite du combat contre Daech et la préservation de l'Accord de Vienne.

Tout cela, bien sûr, reste à consolider. Et nous allons nous y employer tout au long des semaines qui viennent. Mais il était important de prendre ces initiatives maintenant, car la diplomatie, entre bien d'autres belles choses, c'est aussi l'art de saisir les occasions.

La diplomatie du XXIe siècle, c'est aussi une diplomatie ambitieuse.

Dans bien des domaines, il y a besoin de faire bouger les lignes. Car nous ne saurions vraiment défendre les intérêts des Français, dans la durée, en nous accommodant du monde, tel qu'il va.

C'est pourquoi nous agissons pour une mondialisation mieux régulée et plus juste.

Nous l'avons fait l'an dernier, vous l'avez rappelé, Monsieur le Secrétaire général, en plaçant la lutte contre les inégalités mondiales au coeur de la présidence française du G7 et du Sommet de Biarritz. Je crois que ce fut un réel succès, qui n'aurait pas été possible sans l'engagement de nombreuses directions de cette maison, que je tiens à féliciter et à remercier.

Et c'est un combat que nous poursuivrons en 2020.

Avec le Forum Génération Egalité. Ce sera la plus grande conférence internationale de l'année et nous serons très fiers de l'accueillir à Paris en juillet, cinquante ans après la première conférence internationale sur les Femmes à Mexico et vingt-cinq ans après la conférence de Pékin sur les droits des Femmes. Ce sera une occasion historique de poursuivre la mobilisation mondiale pour l'égalité de genre.

Nous poursuivrons ce combat en 2020 avec le Sommet Afrique-France pour les villes et les territoires durables. Il se tiendra à Bordeaux du 4 au 6 juin prochain. Nous y avons convié les chefs d'Etat et de gouvernement de cinquante-quatre pays africains, mais aussi des entrepreneurs, des élus locaux, des représentants des sociétés civiles. Nous voulons, avec eux, trouver des solutions concrètes pour répondre aux défis de l'urbanisation à travers ce continent, un défi, vous le savez, qui ne va cesser de croître dans les années et décennies à venir.

Avec, la présentation au Parlement de la loi de programmation sur le développement que nous préparons depuis des mois. "Enfin", diront certains ! Et ils n'auront pas tout à fait tort. Mais nous avons fait preuve d'une endurance collective et cela a fini par payer et le projet de loi sera normalement bientôt soumis au Conseil des ministres. Ce sujet constituera en tout cas l'une de mes priorités en 2020.

Ce projet de loi fixera la trajectoire budgétaire qui nous permettra de tenir l'engagement pris par le président de la République de porter notre APD à 0,55% de la richesse nationale en 2022, sera aussi l'occasion de rénover en profondeur notre approche de la politique du développement avec des priorités claires, un pilotage politique de nos opérateurs à Paris comme dans les postes, avec une association de tous les acteurs pertinents que Jean-Baptiste Lemoyne a récemment rencontrés dans le cadre du CNDSI et, enfin, avec des dispositifs d'évaluation indépendants pour mesurer l'impact réel de cette politique.

Défendre les intérêts des Français dans la durée, c'est aussi porter une certaine vision des relations internationales. Une vision fondée sur la conviction que la coopération vaut mieux que le chacun pour soi et le droit vaut mieux que les purs rapports de force.

C'est d'ailleurs pourquoi nous avons entrepris de renforcer la coordination entre les divers pôles juridiques du Département, autour de la Direction des affaires juridiques, pour accorder une place plus importante aux compétences en droit dans nos recrutements, identifier les postes juridiques d'influence dans les grandes organisations internationales et favoriser les mobilités de nos diplomates juristes.

En 2020, soixante-quinze ans après la création des Nations unies, nous continuerons à affirmer notre attachement au système multilatéral, à défendre ses institutions historiques et à mobiliser nos partenaires de l'Alliance pour le multilatéralisme en soutien à des projets collectifs innovants, notamment en matière de droit humanitaire, d'accès à l'éducation et de régulation de l'espace numérique.

Et, cinquante ans après la création de la Francophonie multilatérale, que le Sommet de Tunis célébrera en décembre, nous continuerons à défendre et à promouvoir les valeurs portées par la langue française - la diversité culturelle, le plurilinguisme - et notre modèle éducatif unique. Un modèle ouvert, un modèle qui, partout dans le monde, attire les talents, et que le Plan de développement de l'enseignement français à l'étranger que nous avons préparé avec Jean-Michel Blanquer et Jean-Baptiste Lemoyne permettra de renforcer.

Diplomatie féministe, diplomatie solidaire, diplomatie multilatérale, notre diplomatie globale, pour être à la hauteur du moment que nous vivons. Mais l'ensemble de cette diplomatie doit être aussi une diplomatie verte. C'est ce que nos concitoyens attendent de nous. Et ils nous le font savoir sans ambiguïté.

Je l'ai déjà dit, et je veux le redire aujourd'hui devant vous : 2020 ne doit, à aucun prix, rester dans l'histoire comme l'année des rendez-vous manqués.

Du Congrès de la Nature de l'UICN à Marseille à la COP15 de Kunming, en passant, bien sûr, par la COP26 de Glasgow, nous plaiderons pour le climat et la biodiversité avec une détermination sans faille.

Et, dans le même temps, nous continuerons à agir pour que les Européens montrent la voie. Nous soutiendrons le "Pacte vert" proposé par la Commission et ses propositions très fortes.

L'instauration d'un mécanisme d'inclusion carbone aux frontières pour empêcher le dumping écologique - c'est une question d'efficacité et c'est une question et de justice.

L'alignement de notre politique commerciale sur notre engagement environnemental - car il faut de la cohérence.

La création d'une Banque du climat pour investir massivement dans la transition. Nous devons impérativement nous donner les moyens de nos ambitions.

Enfin, pour nous, chers amis, la diplomatie du XXIe siècle sera européenne ou ne sera pas.

Qu'est-ce à dire, une "diplomatie européenne" ? C'est tout à la fois une diplomatie qui prend appui sur l'Europe pour agir et une diplomatie qui agit pour l'Europe.

L'un ne va pas sans l'autre et c'est pourquoi, si nous voulons continuer à faire entendre une voix autonome, et à conserver une capacité d'action propre sur la scène internationale, nous devrons absolument nous employer à bâtir une véritable souveraineté européenne. C'est l'axe majeur de la politique menée par le président de la République.

Certains jalons ont déjà été posés en matière de défense, en matière de politique commerciale. Mais nous devons aller plus loin et montrer aux puissances qui rêvent de prendre notre continent pour terrain de jeu que les Européens sont toujours là et que personne, personne, n'écrira leur histoire à leur place.

Cette exigence de souveraineté européenne vaut aussi, et je vous remercie, M. le Secrétaire général de l'avoir citée, dans le domaine numérique. C'est d'ailleurs le message que je suis allé porter hier aux Pays-Bas, après l'avoir fait à Prague il y a quelques semaines.

Ce qui rend cette question particulièrement emblématique, c'est qu'elle se situe très précisément au point d'intersection des besoins nouveaux de nos concitoyens, dont les vies sont désormais traversées de part en part par le numérique, et des formes nouvelles de la compétition internationale.

Il y a là, pour la diplomatie du XXIe siècle que nous devons inventer ensemble au service des Français, quelque chose comme une épreuve de vérité. C'est pourquoi j'ai tenu à m'impliquer personnellement sur ce sujet.

En 2020 je continuerai donc à m'engager pleinement, avec la complicité active d'Amélie de Montchalin à mes côtés, dans la construction de l'Europe souveraine que le président de la République appelle de ses voeux, en gardant à l'esprit qu'au premier semestre 2022, notre pays aura une immense responsabilité, celle de présider le Conseil de l'Union européenne. Ce sera un moment majeur pour notre pays, que nous devons commencer à préparer très sérieusement, dès maintenant.

Sur le plan consulaire, notre ministère poursuivra, en 2020 et au cours des prochaines années, des réformes structurelles de grande ampleur, afin de moderniser et d'améliorer le service rendu aux Français de l'étranger. Plusieurs directions sont pleinement mobilisées, et notamment la DFAE à Paris et à Nantes et la DSI. Réformes dont les agents vont aussi bénéficier, puisqu'elles vont leur permettre de se libérer des tâches les plus fastidieuses et de faire face, par ailleurs, à une activité qui a doublé en dix ans.

Voilà le cap que je vous propose pour 2020. Il est dense, et je serai là, à vos côtés, à chaque étape, pour m'assurer qu'il soit bien maintenu.

Je serai aussi à vos côtés, vous le savez, pour que ce ministère et ses agents conservent les moyens de remplir leurs missions. Vous le savez bien, les batailles budgétaires sont de rudes batailles. On y passe beaucoup de temps. Mais, vous savez aussi, au moins je le pense, que les Bretons ont la réputation d'être têtus et cette réputation est amplement méritée ! J'essayerai de le prouver encore cette année.

En 2020, vous me trouverez aussi à vos côtés à chaque fois que vos droits seront remis en cause. Cela ne changera pas.

Comme vous, j'ai ressenti comme une injustice les attaques contre le système de rémunération à l'étranger et j'ai tenu à y répondre en rappelant que la diplomatie n'est pas seulement un métier, mais un véritable choix de vie, qui peut être lourd de conséquences, tant pour soi-même que pour ses proches.

C'est d'ailleurs pourquoi je me suis aussi battu pour obtenir, dans le cadre du projet de loi de finances (PLF 2020), des crédits supplémentaires pour couvrir les effets de l'inflation mondiale sur les indemnités de résidence des agents expatriés et sur la rémunération des agents de droit local.

Et c'est pourquoi je me bats actuellement pour que la rémunération des agents de catégorie C en poste à l'étranger soit revalorisée.

C'est pourquoi je me bats aussi actuellement pour que les spécificités des fonctions des agents de ce ministère et de leur carrière soient pleinement prises en compte dans le cadre de la réforme en cours du système des retraites. J'ai écrit récemment à ce sujet au Premier ministre, en mentionnant notamment mon attachement au dispositif des bonifications pour services rendus hors d'Europe. Je connais vos préoccupations et je resterai pleinement mobilisé. Ces spécificités qui nous sont propres, qui ne sont pas du corporatisme mal pensé, doivent également être prises en compte dans le cadre de la réflexion conduite par M. Thiriez sur la réforme des concours d'accès à la haute fonction publique.

2020 sera aussi l'année du lancement du Plan parité, dont je présenterai les détails le 9 mars prochain. Pourquoi pas le 8 mars, parce que le 8 mars est un dimanche, cette année. C'est aussi cela, la diplomatie féministe : encourager les femmes de talent de ce ministère, et elles sont nombreuses, à se porter candidates aux postes de responsabilité, agir dans la durée pour élargir notre vivier de recrutement féminin, élargir la discussion à toutes celles et à tous ceux qui peuvent nous aider à avancer dans le bon sens, les directions concernées, l'association "Femmes et diplomatie" et bien sûr les organisations syndicales. C'est le sens de la démarche inclusive engagée à ma demande par la Haute fonctionnaire à l'égalité.

Chacun doit comprendre que la féminisation de notre diplomatie est l'affaire de tous et qu'elle est une chance pour l'ensemble de notre ministère. Parce que nous devons être à la hauteur des exigences fixées par la loi, mais aussi parce qu'une administration qui reflète la réalité de notre société est à l'évidence mieux à même de servir les Français, tous les Français et donc les Françaises.

Des avancées significatives ont déjà été actées, grâce à votre mobilisation, M. le Secrétaire général, à la mobilisation de la Direction générale de l'administration et de la Direction des ressources humaines. On en reparlera plus longuement, le 9 mars.

Je voudrais toutefois rappeler que je veillerai à ce que la lutte contre le fléau du harcèlement se poursuive. Le 8 mars dernier, j'ai annoncé la création d'une cellule d'écoute et de suivi des victimes de violences sexuelles et sexistes. Et, depuis le premier décembre, une cellule spécifique de lutte contre le harcèlement moral a été mise en place. Ma position est très claire sur ce sujet : tolérance zéro. Nous ne laisserons rien passer.


Mes chers amis,

Tout ce que nous faisons, c'est au nom des Français et pour les Français.

Si je voulais commencer l'année en le rappelant, c'est parce que je ne connais pas de meilleure façon de nous inciter, tous, à continuer à donner le meilleur de nous-mêmes, jour après jour. Je sais que vous le faites, que vous continuez à le faire. Et je vous en suis très reconnaissant.

Bonne année 2020 à la diplomatie française et à toutes celles et tous ceux qui la font vivre à travers le monde ! Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 février 2020

Politique étrangère Diplomatie Relations internationales Aide au developpement Climat 203000300

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les moyens et priorités de la diplomatie culturelle et éducative de la France, à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2020.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les moyens et priorités de la diplomatie culturelle et éducative de la France, à l'Assemblée nationale le 22 janvier 2020.
Jean-Yves Le Drian 22/01/2020 Rayonnement culturel Audition devant la Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Je suis ravi d'être avec vous pour honorer une promesse déjà ancienne : éclairer votre commission, autant que faire se peut, sur les moyens et les priorités de notre diplomatie culturelle et éducative.

Mon ministère est en effet un acteur à part entière de la conception et de la mise en oeuvre des politiques publiques dans ces deux domaines que sont la diplomatie culturelle et éducative aux côtés, bien sûr, de nombreux acteurs de l'Etat, et notamment les ministères de la culture, de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Avec Franck Riester, Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal, nous travaillons ainsi de manière coordonnée et cohérente. L'exemple le plus significatif, vous l'avez rappelé, est notre présidence commune avec Franck Riester, il y a quelques jours, du conseil d'orientation stratégique de l'Institut français de Paris. Je peux vous garantir que nous sommes totalement en phase sur toutes les orientations que nous souhaitons donner à l'Institut et à l'action culturelle hors de nos frontières.

Au sein de cet écosystème interministériel, le Quai d'Orsay, qui est par nature tourné vers l'international, occupe une place singulière. À Pékin comme à Lyon, on défend la culture française ; à Mexico comme à Marseille, on prépare les lycéens au baccalauréat - pas de la même manière, bien sûr, mais l'objectif politique est le même : promouvoir nos valeurs et notre modèle culturel, qui sont d'autant plus forts que nous savons les faire rayonner au-delà de nos seules frontières nationales. Promouvoir notre modèle culturel, ce n'est rien moins que consolider la souveraineté et la place de notre pays et de l'Europe dans la mondialisation.

Rappeler ces évidences ne suffit malheureusement pas toujours à dissiper les malentendus. Trop souvent - pas dans cette commission, bien sûr - on a considéré la diplomatie culturelle au mieux comme une sorte de supplément d'âme pour ambassadeur lassé de la realpolitik, au pire, comme notre violon d'Ingres, pour ne pas dire - je l'ai déjà entendu - comme "la danseuse du Quai d'Orsay", une "danseuse" entretenue, cela va sans dire, à grands frais et en pure perte : ce domaine serait ce vers quoi l'on se tourne lorsqu'on a fini de gérer les crises et d'empêcher les conflits ; cela n'étant pas d'actualité, nous ne nous en occuperions donc pas. L'idée que nous ne nous préoccuperions de tous ces enjeux uniquement après est elle aussi complètement fausse.

Je souhaite donc vous rappeler l'importance stratégique de la diplomatie d'influence au regard de l'ensemble de nos priorités diplomatiques, qui plus est dans un contexte de concurrence exacerbée sur la scène internationale. Les diplomates ne tournent pas le dos à la diplomatie dès qu'ils se mettent à parler de culture et d'éducation !

Le premier des combats que je mène pour la diplomatie culturelle et éducative, c'est précisément, d'abord, contre des idées aussi erronées. Je l'ai souvent dit et je tiens à le répéter aujourd'hui avec force : la diplomatie d'influence, ce n'est pas "la cerise sur le gâteau" mais, au contraire, l'un des piliers de la nouvelle diplomatie globale que nous travaillons à inventer, une diplomatie du XXIe siècle en phase avec les grands enjeux d'aujourd'hui, attentive à tous les nouveaux acteurs de la vie internationale, à commencer par les sociétés civiles.

Une diplomatie efficace, en effet, ne s'adresse pas seulement aux Etats mais aussi à tous ceux qui jouent un rôle au sein des sociétés : artistes, entrepreneurs, fondations, ONG, collectivités locales... Plus que jamais, pour "capter l'humeur du monde", il faut sortir des chancelleries et investir pleinement l'espace public afin d'être au plus près des réalités vécues par les peuples. C'est ce que l'on attend, c'est ce que j'attends aujourd'hui de plus en plus de la part de nos diplomates.

Au fond, la question est double : que peut notre diplomatie pour la culture et l'éducation ? Que peuvent la culture et l'éducation pour notre diplomatie ?

Agir pour le rayonnement culturel de notre pays à l'étranger, c'est d'abord défendre un patrimoine, bien sûr, mais c'est aussi défendre la création et les créateurs, tout autant que des métiers et des savoir-faire, des industries et des filières professionnelles. C'est aussi encourager l'internationalisation de nos musées et, bien sûr, ouvrir de nouvelles portes, en France et à l'étranger, aux artistes français et internationaux.

De ce point de vue, mon ministère est à proprement parler le service public de la culture et de l'éducation à l'international. L'enjeu est donc d'être au service de nos "usagers", dans l'intérêt général. En l'espèce, le service public de la culture, à l'international, se doit d'être au rendez-vous des besoins, ceux de nos partenaires certes, notamment dans les pays en développement, mais aussi ceux des Français, des filières professionnelles et des entreprises culturelles françaises.

En ce sens, il faut considérer que la diplomatie est d'abord au service du patrimoine culturel. Grâce à la mobilisation de notre réseau, ce dernier bénéficie de soutiens internationaux étatiques ou privés. Comme en a témoigné le formidable élan de solidarité envers la France qu'a suscité l'incendie de Notre-Dame de Paris, le patrimoine est un bien commun mondial, il a de très nombreux amis partout dans le monde qui ne demandent qu'à nous aider à en prendre soin et à mettre en valeur le nôtre. J'ai cité Notre-Dame de Paris mais je pourrais également citer le théâtre impérial du château de Fontainebleau, qui a pu renaître grâce à un mécénat émirien.

C'est la même logique qui nous anime dans le cadre de l'ALIPH, l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflits, dont nous sommes à l'origine et que nous développons aujourd'hui, en particulier en Irak en reconstituant des équipements très importants, notamment à Mossoul, qui ont été détruits par Daech. La sauvegarde du patrimoine est donc un enjeu essentiel de notre diplomatie culturelle.

Notre diplomatie est aussi au service de nos institutions culturelles, à qui nous servons de relais pour trouver des mécènes internationaux et prendre pied à l'étranger. Aujourd'hui, le Louvre est à Abou Dabi - formidable réalisation ! -, le Centre Pompidou à Shanghai - j'ai d'ailleurs assisté avec le président de la République au lancement de ce projet. Ces magnifiques réalisations, qui sont autant de relais de l'influence française, n'auraient pas vu le jour sans un travail diplomatique préalable.

La diplomatie, enfin, est au service de la création contemporaine, notamment émergente. Nous cherchons ainsi à toujours mettre en avant les artistes français dans les grands événements internationaux comme la Biennale de Venise pour l'architecture ou l'art contemporain, dont l'Institut français de Paris est l'opérateur. Chaque fois que nous invitons un écrivain ou un intellectuel français à parler de son oeuvre dans l'un de nos Instituts à l'étranger, nous soutenons la création culturelle contemporaine et nous renforçons notre capacité d'attraction.

La diplomatie culturelle permet également de faire dialoguer les peuples entre eux en mettant à l'honneur les autres cultures du monde. Ces échanges, ces croisements contribuent aussi à leur manière à construire une mondialisation à visage humain et à bâtir un monde commun. Tel est par exemple l'objectif de la saison Africa 2020, qui commencera dans de nombreuses villes de France au mois de juin et durera six mois : en lien étroit avec nos partenaires du continent, nous l'avons conçue comme "une invitation à regarder et à comprendre le monde d'un point de vue africain", comme l'a dit très justement sa commissaire générale, l'architecte N'Goné Fall, avec laquelle nous travaillons pour promouvoir cette nouvelle image de l'Afrique.

Tout cela, nous le faisons pour l'amour de l'art, qui n'a par définition pas d'autre fin que lui-même, mais nous le faisons aussi pour l'image de notre pays et pour la consolidation de notre modèle culturel. Ce qui ne nous empêche nullement, dans le même temps, de défendre nos propres intérêts économiques.

Promouvoir nos industries culturelles et créatives, les ICC, sur les marchés internationaux, c'est renforcer l'une de nos filières les plus dynamiques à l'export, une filière dont le chiffre d'affaires a atteint en 2018 plus de 90 milliards d'euros et qui représente 3% de la richesse nationale. Nous avons de ce point de vue identifié avec les professionnels 37 pays prioritaires et j'ai chargé nos ambassadeurs d'élaborer des plans d'action pays par pays, adaptés aux marchés locaux, pour servir au mieux les filières françaises dans leurs recherches de partenariats et dans la conquête des marchés internationaux. Le 28 novembre dernier, nous avons ainsi lancé les états généraux des ICC, lesquels rendront leurs conclusions au président de la République au mois d'avril à propos de la structuration de leurs filières et de leurs capacités de projection à l'étranger. Chaque pays concerné disposera d'un référent afin d'appliquer le plan d'action des ICC.

Lorsque c'est nécessaire, il faut aussi savoir se battre sur le terrain des normes. C'est le sens du combat que nous avons mené à Bruxelles en faveur des droits d'auteur - vous connaissez très bien le sujet. En effet, sans droits d'auteur, pas de rémunération de la création, sans rémunération, pas de création : c'est aussi simple que cela. Loin d'être un combat du passé, les droits d'auteur sont donc essentiels pour préserver la vigueur de notre culture.

La culture, précisément, est un puissant vecteur d'activité et d'attractivité. Il est essentiel de rappeler les retombées économiques pour tous nos territoires, lesquelles résultent de notre capacité de projection culturelle internationale, ce qui est bon pour l'emploi, pour le tourisme, pour l'image, pour l'influence. Un seul exemple : l'an dernier, nous avons créé un "Comité France du film indien" qui réunit plusieurs de nos opérateurs - Atout France, Film France, Unifrance, Business France - pour accroître le nombre de tournages de productions indiennes en France d'ici 2022. Comme le disait Malraux, si le cinéma est un art, c'est aussi une industrie qui nous permet de développer notre stratégie d'influence.

Faire de la diplomatie culturelle, c'est donc aussi d'une certaine manière faire de la diplomatie économique, mais pas seulement.

Comme je l'ai dit en commençant mon propos, la diplomatie culturelle, dans la mesure où nous cherchons à en faire une diplomatie d'influence, sert l'ensemble de nos priorités diplomatiques. Pour reprendre une formule célèbre, je dirais que l'influence, c'est la continuation de la diplomatie par d'autres moyens.

C'est d'abord un moyen de parler à nos partenaires autrement - je dirais même "complètement" - et de toucher directement les sociétés civiles, la jeunesse notamment. Il s'agit de les "toucher", presque au double sens du terme car la diplomatie d'influence et, singulièrement, la culture, ne s'adressent pas seulement à l'esprit mais aussi au coeur des peuples. De plus en plus, il faut aujourd'hui compter avec les sociétés civiles, qui sont devenues des acteurs à part entière et des stabilisateurs de l'ordre et du désordre international. Il faut les écouter pour faire passer nos messages. Toutes les initiatives que nous prenons dans nos postes - projeter un film, organiser un débat, travailler avec le tissu associatif local, avec la jeunesse - sont autant d'invitations, pour le public étranger, à se poser les questions que nous nous posons, autant d'occasions, pour nous, d'engager le dialogue, de contribuer - même modestement - au renforcement des capacités des sociétés civiles de nos partenaires et, dans le même temps, à l'ouverture au monde de la société française, autant d'occasions pour nous, enfin, de tenter de déceler les tendances qui voient le jour dans les consciences. C'est évidemment un exercice très difficile mais essentiel quand on voit à quelle vitesse une situation peut aujourd'hui s'embraser comme c'est le cas en Amérique latine, au Moyen-Orient, voire même en Europe.

La cinquième édition de la Nuit des Idées, qui aura lieu le 30 janvier prochain, est l'exemple le plus frappant d'une telle volonté. Cette année, nous avons choisi le thème "Être vivant" et nous recevrons dans nos ambassades, au Quai d'Orsay et dans plus de cent lieux partenaires, des citoyens et des experts engagés sur la question du climat et de la biodiversité.

Voilà donc une action de diplomatie culturelle qui s'inscrit dans l'agenda environnemental que défend notre pays sur la scène internationale, en particulier alors que nous nous apprêtons à accueillir à Marseille le congrès mondial sur la nature et que nous travaillons à la COP26 sur le climat qui se déroulera à Glasgow en fin d'année. Cette action de diplomatie culturelle contribue à faire avancer les choses, la défense de nos biens communs appelant la mobilisation de tous.

La diplomatie d'influence est aussi un moyen de donner un ancrage solide, profondément humain, à nos partenariats diplomatiques. C'est une manière de mobiliser l'ensemble de la société autour de la coopération internationale, laquelle est loin d'être l'affaire des seuls diplomates. Rien de tel que de se retrouver autour d'un imaginaire commun, de récits partagés, pour tisser des liens de confiance. C'est le sens de nos saisons culturelles croisées

- France-Israël en 2018, France-Roumanie en 2019 et Africa 2020, que je viens d'évoquer, avant la saison croisée avec le Portugal en 2021, puis avec le Japon. Les deux pays concernés échangent, créent, partagent des manifestations artistiques et dessinent des convergences éducatives. Là encore, la diplomatie d'influence sert très directement l'une de nos priorités majeures.

C'est cette même démarche qui nous anime quand nous mettons au service de l'Arabie saoudite ce projet considérable qu'est Al-Ula. Il nous permet de mobiliser notre expertise archéologique et muséale, de valoriser un endroit magnifique et d'accompagner ce pays sur la voie d'une modernité nécessaire en l'aidant à s'approprier une part de lui-même, jusqu'à présent insoupçonnée car appartenant à une période préislamique et pré-arabe. L'engagement autour de ce projet est exemplaire, à la fois pour la place de la France et pour le partage d'initiatives culturelles et, je dirais, presque révolutionnaire.

La diplomatie culturelle et éducative nous permet d'agir autrement face à nos défis communs.

Je tiens à cet égard à souligner l'un des axes prioritaires : la promotion, singulièrement en Afrique, d'initiatives concernant l'enseignement supérieur en étant au plus près des étudiants afin de nous différencier d'autres projets, d'autres pays. Nous avons ainsi créé le Campus franco-sénégalais, l'Université franco-tunisienne pour l'Afrique et la Méditerranée ou, encore, le Hub régional franco-ivoirien pour l'éducation. Nous nous efforçons d'exporter l'excellence de notre système d'enseignement supérieur au plus près des étudiants, là où ils vivent. Avec Frédérique Vidal, nous avons décidé de donner une nouvelle impulsion en Afrique à cette capacité de projection internationale des établissements d'enseignement supérieur français : le Plan pour l'éducation en Afrique agrège ainsi les compétences et les financements de l'Agence française de développement, de l'Agence nationale de la recherche et de Campus France pour permettre à des universités françaises de constituer des partenariats d'excellence avec des établissements africains. Les étudiants trouveront ainsi la qualité et l'excellence dans leurs propres pays et sur leurs propres territoires.

La diplomatie culturelle et éducative est également une diplomatie de puissance.

Pendant très longtemps, on a distingué le hard power de ce que l'on appelait un peu trop vite le soft power, or, l'expansion spectaculaire des Instituts Confucius, l'essor des séries télévisées turques, d'autres initiatives d'autres pays montre que cette frontière est en train de disparaître : derrière toutes ces stratégies d'influence, ce sont des stratégies de puissance qui se dessinent. Nous devons pleinement nous engager dans ces nouvelles batailles et y jouer notre propre partition.

L'influence se construit sur le temps long - nous devons donc nous montrer très rigoureux - mais elle peut aussi se détériorer très rapidement. Je suis quant à moi déterminé : nous devons nous battre pour valoriser cette stratégie diplomatique et éducative car nous avons un modèle à faire valoir, un modèle fondé sur l'humanisme européen et l'esprit des Lumières, un modèle de pluralisme et d'ouverture qu'il ne s'agit pas d'imposer - nous n'en avons ni le désir, ni les moyens - mais de proposer au reste du monde, un modèle qui défend nos idéaux de liberté et d'égalité, qui défend également une certaine idée de la mondialisation : pour nous, celle-ci n'a de sens qu'à l'horizon de notre commune humanité. C'est pourquoi nous agissons pour provoquer les rencontres et faire naître les échanges.

C'est au nom de ce modèle que nous avons bâti avec nos partenaires émiriens le premier musée à vocation universelle du monde arabe : le Louvre Abu Dhabi. C'est au nom de ce modèle que nous défendons le patrimoine en danger. C'est au nom de ce modèle que nous nous battons pour la francophonie, pas une francophonie de conquête - cette époque est révolue -, mais une francophonie du plurilinguisme, de la diversité et de la souveraineté culturelle, qui puisse être un atout dans la mondialisation.

Une langue ne sera jamais un simple instrument de communication. Pour ceux qui l'ont en partage, elle tisse leur rapport avec le monde, leur manière de le voir. Défendre le plurilinguisme, c'est être convaincu que nous pouvons tous bénéficier de cette pluralité de regards - d'où l'importance du Plan pour la promotion de la langue française et le plurilinguisme présenté par le président de la République lors de son discours à l'Institut de France en mars 2018. Alors que 2020 est l'année du cinquantième anniversaire de la création de la Francophonie, le Sommet de Tunis, en décembre prochain, doit être le lieu de la mobilisation de la France et de ses partenaires francophones au service de ce projet politique.

C'est au nom de ce modèle que nous agissons, avec Jean-Michel Blanquer, pour donner un nouvel élan à l'enseignement français à l'étranger et atteindre l'objectif ambitieux fixé par le président de la République : doubler le nombre d'élèves d'ici 2030 tout en continuant bien sûr à mettre nos établissements au service de nos compatriotes qui ont choisi à l'étranger de scolariser leurs enfants dans le réseau français mais, aussi, en attirant beaucoup plus d'élèves étrangers, lesquels représentent déjà deux tiers des effectifs scolarisés dans nos établissements.

C'est toujours au nom de ce modèle que nous allons travailler à adapter notre audiovisuel extérieur afin de toucher un plus large public - notamment, la jeunesse d'Afrique et du Moyen-Orient - et de combattre les atteintes à la démocratie par les manipulations de l'information. Alors que vous vous apprêtez à examiner le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère numérique, vous pouvez compter sur ma détermination pour que l'audiovisuel public ait les moyens de relever les défis de la bataille de l'information à l'étranger et d'assurer, précisément, notre souveraineté culturelle. C'est là aussi un enjeu de puissance.

C'est également à partir de ce modèle que nous confortons notre politique d'aide au développement : développement et diplomatie culturelle sont en effet deux leviers au service d'une même vision de la mondialisation.

Dans cet esprit, j'ai fait en sorte que nous puissions conserver tous nos moyens pour assurer un tel modèle culturel et éducatif. J'ai veillé à ce que, sur le plan budgétaire, nous puissions sanctuariser les crédits du réseau culturel pour la troisième année consécutive alors qu'ils constituaient souvent la variable d'ajustement car, dans l'esprit de certains, la diplomatie culturelle constituait un outil de seconde zone. En arrivant aux responsabilités, j'ai donc procédé à un choix un peu radical visant à préserver et à sanctuariser les crédits affectés à cette dimension importante de l'action de mon ministère.

Le formidable instrument dont nous disposons pour agir doit être préservé : 500 Instituts français dans les ambassades, 835 Alliances françaises, 27 instituts de recherche et 522 lycées et écoles. La pérennité du plus grand réseau éducatif au monde doit être assurée tant celui-ci est exceptionnel par son ancienneté, sa densité et sa qualité, et nous donne ainsi une force de frappe considérable.

Cette année, les moyens alloués à l'AEFE ont été renforcés à hauteur de 25 millions. Ils augmenteront au même rythme dans les années à venir pour permettre d'atteindre l'objectif fixé par le président de la République de doubler le nombre d'apprenants du français d'ici 2030.

Nous avons également créé un nouvel instrument financier, le Fonds de solidarité pour les projets innovants, qui nous permettra d'agir rapidement dans le domaine culturel au service de la valorisation d'un patrimoine et de projets innovants avec la société civile afin que nos postes se montrent réactifs et efficaces, en articulation avec la société civile des pays concernés.

Je me soucie de maintenir aux Instituts français leur statut d'établissement à autonomie financière, seul à même de donner au réseau la réactivité, la souplesse de gestion et la capacité d'autofinancement nécessaire. Il faudra faire en sorte de pouvoir modifier le dispositif juridique avec le ministère de l'action et des comptes publics afin de trouver une solution garantissant la performance de notre réseau culturel et de coopération à l'étranger. Ce n'est pas uniquement un enjeu technique et juridique : cela relève du choix de la France de maintenir la culture au centre de son activité diplomatique. Peut-être serez-vous un jour saisi de cette question.

Nous assurons également le pilotage stratégique du réseau et de nos opérateurs - j'ai fait référence, tout à l'heure, au comité d'orientation stratégique de l'Institut français, qui a permis d'adopter un nouveau contrat d'objectifs et de moyens. Votre collègue Valérie Gomez-Bassac était à nos côtés. Ce nouveau COM permettra à l'Institut français d'être plus organisé, mieux articulé avec les autres opérateurs de l'action culturelle extérieure, et de se rapprocher de la Fondation Alliance française, comme l'a souhaité le président de la République. Jusqu'à présent, des améliorations notables de coopération ont été constatées afin de conforter ces deux outils pour l'enseignement du français à l'étranger.

Je me déplace beaucoup dans le monde et j'ai pu constater hier encore à Alger le "désir de France". Celui-ci doit se traduire en un avantage compétitif, à condition que notre stratégie d'influence repose sur une volonté d'affirmer notre diplomatie culturelle et éducative mais, aussi, d'être en pleine phase avec les peuples concernés, avec les sociétés civiles des pays avec lesquels nous devons nouer des partenariats constructifs. Tel est le sens de notre action ; c'est ainsi que je conçois la diplomatie culturelle et éducative, dont je suis en partie chargé, en particulier s'agissant de sa projection à l'étranger.

Je tenais à opérer cette clarification avant d'engager une discussion sur différents points sur lesquels je pourrai ou ne pourrai pas répondre, selon les préoccupations qui sont les vôtres.

(Interventions des parlementaires)

Je commencerai par quelques précisions d'ordre budgétaire, car vous ne disposez peut-être pas de ces informations.

Madame Meunier, vous avez affirmé que les moyens alloués à la mise en oeuvre de la politique d'influence de la France avaient baissé ; ils ont au contraire été maintenus, et je m'honore d'avoir sanctuarisé ces crédits. Je vous invite à comparer les montants engagés pour le programme 185 "Diplomatie culturelle et d'influence" depuis 2017 avec ceux des exercices précédents. Ils ont même augmenté cette année de 16 millions d'euros par rapport à l'année dernière. Votre affirmation est donc erronée, et je vous conseille de vous reporter aux chiffres.

S'agissant de l'Institut français, il y a peut-être une confusion entre celui de Paris et ceux implantés à l'étranger, qui n'ont pas la même structure. Ils sont identifiés par le même nom, ce qui n'est pas heureux car leurs fonctions diffèrent. L'Institut français de Paris est un pourvoyeur de prestations tandis que les instituts français des pays concernés sont des outils d'animation, des établissements à autonomie financière qui, en s'appuyant sur des partenariats locaux, développent toute une série d'activités culturelles. L'Institut français de Paris a vu sa subvention diminuer de 2 millions d'euros cette année parce qu'il a bénéficié l'année dernière d'une subvention exceptionnelle exclusivement affectée à l'organisation de la saison Africa 2020. J'ai entendu dix fois que le budget de l'Institut avait baissé de 2 millions d'euros, alors que cette somme correspond à une opération exceptionnelle et que le reste du budget est resté stable. Il n'y a donc pas matière à débattre, et je vous saurais gré de bien vouloir transmettre cet éclaircissement aux intéressés.

Les chiffres relatifs au budget de l'Alliance française pourraient eux aussi être mal interprétés : la baisse d'un million d'euros est concomitante de l'achèvement du plan de sécurisation des alliances françaises. Ce plan avait été engagé pour préserver et sécuriser ces outils dans les zones à risque. Un plan de sécurisation globale s'appuie par ailleurs sur un compte spécial, hors budget donc, pour renforcer la sécurité de l'ensemble de nos outils diplomatiques à l'étranger au sein de l'Alliance française. S'agissant des activités, des prestations et du fonctionnement des alliances françaises, leurs crédits demeurent inchangés, conformément aux engagements que j'ai pris. Comme tous les ministres, j'aimerais disposer d'un montant de crédits plus important, mais telle est la réalité des chiffres, et il est de mon devoir de dissiper toute ambiguïté quand ceux-ci sont erronés.

J'en viens aux industries culturelles et créatives (ICC), qui sont l'objet de la question de Mme Calvez. Le préalable à toute action est que la profession s'organise, car ses acteurs sont aujourd'hui éparpillés, ce qui dessert un outil pourtant très valorisant pour la France. C'est le message qui a été transmis aux intéressés lors de l'ouverture des états généraux des industries culturelles et créatives en présence de Franck Riester et Bruno Le Maire. La profession doit se structurer pour disposer d'une capacité d'exportation significative. Dès lors que la filière aura été créée, le développement à l'international pourra constituer un axe majeur du contrat de filière.

La place des ICC doit être renforcée dans trois secteurs aujourd'hui sous-exploités : la musique, les jeux vidéo et l'architecture. À cette fin, j'ai désigné trente-sept pays où nous avons intérêt à renforcer prioritairement la présence des industries culturelles et créatives françaises. Les ambassadeurs concernés sont chargés d'élaborer un plan d'action et de désigner un référent qui sera l'interlocuteur de la filière dans le pays quand celle-ci se sera structurée. Les professionnels concernés partagent cet objectif qu'il faut à présent concrétiser, car les ICC sont un pilier de notre influence et leur développement constitue un objectif stratégique essentiel.

Dans ce secteur hautement concurrentiel, nous disposons d'un avantage qualitatif considérable par rapport aux pays tiers. Je considère qu'il s'agit de l'enjeu le plus important de la mission qui m'est confiée, tant en matière culturelle qu'au plan économique. Une telle ambition implique d'aider les PME culturelles exportatrices à développer leur potentiel à l'export. C'est la raison pour laquelle Bpifrance vient d'annoncer la mise en oeuvre d'un fonds de soutien aux ICC qui contribuera en particulier à la projection à l'international de ces industries essentielles pour notre pays.

J'aimerais préciser quelques éléments sur l'apprentissage du français à l'étranger. L'objectif, annoncé par le président de la République dans son discours du 20 mars 2018 à l'Institut de France, est de doubler le nombre d'apprenants d'ici à 2030. La dynamique s'est déjà enclenchée : depuis cette annonce, nous sommes passés de 495 à 522 établissements homologués, qui reçoivent 37 000 élèves, soit 15 000 de plus qu'en 2018. Certes, l'objectif est un peu ambitieux, mais pour aboutir à ce résultat nous nous appuyons sur quatre leviers. Le premier est de renforcer l'attractivité de l'enseignement de nos propres établissements. Le second est de faciliter l'ouverture de nouveaux établissements, notamment par des investisseurs désireux de créer des outils pédagogiques, toujours selon la procédure d'homologation consacrée, à laquelle participe notamment l'AEFE. Le troisième est d'assurer la formation des enseignants à partir des viviers locaux, qu'il faut développer. Le quatrième est la création de 2 000 postes d'enseignants supplémentaires, dont la vocation principale sera d'encadrer les enseignants des établissements nouvellement ouverts.

Je vais illustrer mon propos de deux expériences récentes, l'une à Tunis, l'autre à Mexico. J'ai inauguré voilà quelques jours à Tunis une école française créée par des Tunisiens avec un encadrement français. D'autres projets de ce type sont en préparation. On autorise désormais les Tunisiens à investir dans des locaux, dans un système de formation, sous réserve toujours de l'obtention du label de l'AEFE et d'un accompagnement, même réduit à l'essentiel, dans l'enseignement en français. C'est un moyen d'élargir l'offre de façon significative. J'ai constaté qu'à Mexico, où la demande des jeunes Mexicains pour l'apprentissage du français est forte, le lycée franco-mexicain assurait la formation d'enseignants mexicains en français, comme nous le faisons dans nos écoles normales. Voilà aussi une façon de rendre l'enseignement du français attractif aux yeux des apprenants mexicains.

Ces deux exemples montrent qu'il n'y a pas une seule ligne d'action, et qu'il faut pouvoir s'adapter au système éducatif de chaque pays. La dynamique est désormais lancée, et les résultats que je vous ai donnés montrent qu'elle suscite l'adhésion. Les deux établissements dont je viens de parler n'ont d'ailleurs pas encore été comptabilisés dans les nouvelles ouvertures. Telle est la volonté qu'a impulsée le président de la République par son discours, et j'ai bon espoir que nous atteindrons l'objectif fixé, même s'il est très ambitieux, car l'enjeu est considérable pour notre influence.

Je précise que les lycées français n'accueillent pas que des enfants de compatriotes: la part moyenne des élèves de la nationalité du pays concerné est d'environ deux tiers. Ces structures d'enseignement ont évidemment pour vocation la formation des jeunes Français à l'étranger au sein du système d'éducation national, mais l'ouverture à l'extérieur est essentielle, même si elle varie d'un pays à l'autre. J'étais à Alger hier où cette question a été évoquée directement avec le nouveau président de la République algérien, après une période pourtant un peu compliquée. Il existe une vraie demande pour le français, ce qui est enthousiasmant pour nous, à condition de pouvoir y répondre.

Vous m'avez interrogé sur les frais d'inscription dans les établissements français à l'étranger. Il faut bien faire la distinction entre le coût de la scolarité et le prélèvement effectué par l'AEFE sur les établissements homologués. Il avait été décidé en 2017 une ponction qui revenait à faire passer de 6 à 9% le taux de prélèvement de l'AEFE sur les recettes des établissements ; j'ai souhaité la supprimer. La contribution des établissements à l'AEFE est donc revenue à 6%. Parce que le fonctionnement de ces derniers est en grande partie lié à la contribution des parents, mais aussi du fait de l'inflation mondiale, le coût de la scolarité a augmenté d'environ 3 % au cours des trois dernières années. L'autre décision que j'ai prise a été d'allouer 25 millions d'euros supplémentaires à l'AEFE chaque année pour lui permettre d'assumer ses nouvelles fonctions de renforcement des réseaux et d'accompagnement des nouveaux apprenants du français dans les établissements. Et ce montant ne vient pas couvrir l'annulation de 33 millions d'euros en 2017, qui a été compensée en interne.

Vous m'avez interrogé sur la Francophonie, Madame Buffet. Il me semble qu'elle se porte bien : le sommet d'Erevan, dernier en date, s'est déroulé dans de bonnes conditions et a vu l'augmentation du nombre de pays membres observateurs. Son cinquantième anniversaire est en préparation : il aura lieu à Tunis au mois de décembre. La nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) fait montre de beaucoup d'allant et de détermination, d'un enthousiasme appuyé dans ses différents déplacements, ce qui laisse augurer la grande réussite de cet événement. Ce sommet n'est pas uniquement celui de la langue française : il promeut aussi des valeurs, et l'OIF joue un rôle politique d'accompagnement de plusieurs pays vers la démocratie, une des valeurs au coeur du concept de Francophonie.

Nous soutenons bien entendu les Jeux de la Francophonie, une initiative portée par l'OIF, et espérons que cette manifestation très importante se déroulera dans les meilleures conditions en République démocratique du Congo (RDC), le prochain pays hôte. La RDC, qui rencontre de nombreuses difficultés et doit faire face en ce moment même à une épidémie d'Ebola, a en effet besoin de stabilité.

Quant au lycée français de Ramallah, nous lui apportons notre soutien et continuerons de le faire. Deux professeurs français expatriés y enseignent, en dépit d'une situation politique très difficile ; le président de la République, qui se rend à Ramallah demain, aura l'occasion de s'en rendre compte, et les autorités palestiniennes ne manqueront pas de la lui faire observer.

Vous m'avez fait plusieurs propositions sur l'audiovisuel extérieur. Je ne me prononcerai pas sur celles-ci pour le moment, et laisserai le Parlement user librement de ses prérogatives et délibérer sur le sujet lorsque le projet de loi sera soumis à son examen. Sachez néanmoins que nous nous sommes battus pour que le ministère des affaires étrangères soit présent dans la nouvelle holding France Médias afin de préserver les intérêts de France Médias Monde (FMM), notamment en s'assurant de l'affectation d'une part de la redevance au fonctionnement des outils de l'audiovisuel extérieur que sont les chaînes de télévision France 24 et les radios Radio France internationale (RFI) et Monte Carlo Doualiya (MCD).

Il faut bien comprendre que l'influence par les vecteurs audiovisuels n'est pas uniquement liée à la langue. J'ai eu l'occasion, en Amérique du Sud, de regarder France 24 en espagnol. On pourrait émettre des doutes sur la pertinence de diffuser cette chaîne dans d'autres langues que le français, mais l'influence de France 24 repose aussi sur une conception propre de l'information, qu'il est très important de pouvoir produire dans les langues aujourd'hui proposées, à savoir, outre l'espagnol, l'anglais et l'arabe.

Lors de la discussion du projet de loi, vous serez amenés à vous interroger sur les moyens de garantir la pérennité des financements de France Médias Monde, ce à quoi je serai très vigilant. Je m'appuierai pour ce faire sur notre présence dans la holding, qui aura pour vertu par ailleurs d'assurer la cohérence globale de l'audiovisuel public français à l'international et d'établir des liens avec ses partenaires.

S'agissant du versement d'une subvention à l'audiovisuel extérieur par l'Agence française de développement (AFD), je n'y suis pas favorable, car ce serait une confusion des genres. En revanche, je suis prêt à examiner une contribution par projets, dès lors que ceux-ci seraient bien identifiés, par exemple sur le Sahel, un sujet lourd d'actualité. Je m'en suis déjà ouvert à Mme Marie-Christine Saragosse, la présidente du groupe France Médias Monde.

Permettez-moi d'ajouter quelques mots sur la Tunisie car c'est un sujet important. Je m'y suis rendu régulièrement depuis que j'occupe cette fonction ministérielle. Il y a environ un an et demi, j'ai rencontré différents porteurs de projets tunisiens qui avaient pour ambition de créer une école maternelle, une école primaire, un collège, un lycée. Ils disposaient de financements, et le public intéressé était là, mais le dispositif jusqu'alors en place ne leur permettait pas de faire aboutir leur initiative. C'est désormais possible, et j'ai eu le plaisir d'inaugurer la première école de ce type il y a quelques jours.

Avant de répondre aux autres questions, je dois vous informer qu'il me faut être impérativement à treize heures à un déjeuner officiel.

(Interventions des parlementaires)

Sachez que je suis très heureux d'avoir pu participer à cette réunion. Elle devait initialement se tenir plus longuement hier, mais j'ai dû me rendre en Algérie pour rencontrer le nouveau président de la République algérienne. Je suis prêt à revenir devant vous pour répondre aux questions, car beaucoup de sujets passionnants ont été abordés, et je ne pourrai leur accorder le temps nécessaire.

Je répondrai sur quelques points qui peuvent être traités rapidement dans les minutes qui me restent.

L'ALIPH est parvenue à soulever 80 millions de dollars de fonds, et la France y contribue à hauteur de 30 millions. Les 42 projets identifiés sont donc situés dans toutes les zones où des conflits ont entamé ou détruit des éléments de patrimoine, notamment en Irak, au Yémen, en Afghanistan, au Mali. Les premiers projets concernent Mossoul, ce qui est symboliquement très fort, et porteront à la fois sur une mosquée et sur une église chrétienne, si mes souvenirs sont bons. Cette action est vouée à se poursuivre sur le long terme, en partenariat avec les Emirats arabes unis, qui en sont des contributeurs significatifs.

Monsieur Minot, si nous voulons réussir le pari d'atteindre le chiffre de 700.000 apprenants - et nous en avons déjà gagné 20.000 depuis que le président de la République a pris cet engagement, il est impératif que nous recrutions des enseignants locaux, à condition qu'ils soient formés. C'est toute l'importance des outils de formation que nous allons mettre en place sous le contrôle de l'AEFE. Il est également essentiel que ce soit l'Agence qui homologue les établissements : pour qu'une école française soit ouverte, il faut que la qualité de l'encadrement et des enseignants soit reconnue. Les parents ne scolariseraient pas leurs enfants dans un établissement qui ne serait pas labellisé. Dans certains pays, la procédure commence à être rodée, et la Tunisie en est l'illustration, mais il faut poursuivre nos efforts.

Sur l'audiovisuel, notamment Salto et France 24, je répondrais de manière complète à une autre occasion.

S'agissant de la restitution des oeuvres d'art, elle a déjà commencé. Je me trouvais voilà quelques jours avec le Premier ministre à Dakar, où nous avons remis le sabre d'El Hadj Oumar Tall aux autorités sénégalaises.

Vous m'avez interrogé sur les vingt-six oeuvres d'art qui attendent d'être restituées au Bénin, monsieur Kerlogot. Le président de la République s'est engagé à une politique patrimoniale de restitution des biens culturels non pas par repentance, mais par coopération. Une première difficulté est d'ordre juridique : un acte législatif, un accord de coopération culturelle ad hoc serait nécessaire pour chaque oeuvre restituée, dans un cadre législatif modifié. Nous allons donc engager cette procédure. L'autre difficulté est de s'assurer de la coopération du pays demandeur pour que les objets concernés soient visibles dans un cadre muséal et culturel, ce qui pose problème pour le Bénin. Nous travaillons avec l'AFD à financer la construction d'un musée dans le nord de ce pays pour accueillir les oeuvres d'art restituées.

Quant à la restitution des restes humains identifiés, qui sont généralement conservés au Museum national d'histoire naturelle, nous sommes en train d'élaborer avec le ministère de la culture un dispositif législatif pour la rendre possible ; ceci concernerait non seulement l'Algérie, mais aussi l'Australie et l'Argentine. Il appartiendra évidemment à la représentation nationale de légiférer pour toute restitution vers le pays d'origine. Nous en avons d'ailleurs discuté hier avec les Algériens, et un tel accord devrait normalement faire prochainement l'objet d'un texte de loi.

Je m'en tiendrai là, mais je m'engage à revenir devant vous pour répondre à l'ensemble des questions posées. Le problème, vous l'aurez compris, est que mon agenda est aléatoire.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 février 2020

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