Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le multilatéralisme, à Paris le 20 décembre 2019.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur le multilatéralisme, à Paris le 20 décembre 2019. Jean-Yves Le Drian 20/12/2019 Multilatéralisme Débat sur le partenariat franco-mexicain pour le multilatéralisme

Monsieur le e Chancelier, cher Marcelo Ebrard,
Madame l'Ambassadrice, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,


Je voudrais d'abord vous demander de nous excuser, Monsieur le Chancelier Ebrard et moi-même, de prendre la parole en premier et de vous quitter rapidement car nous devons rejoindre le président Lopez Obrador ce qui n'était pas prévu dans cet agenda-là, et je m'en excuse.

La question que vous avez posée, monsieur le modérateur, est centrale. C'est l'une des plus pressantes de ce XXIe siècle qui commence, qui commence dans une atmosphère de confusion et de perte de repères : c'est la question que vous avez posée, "est-ce que le multilatéralisme est en panne définitive ou est ce qu'il a un avenir, et si oui, comment le construire ?".

Parce que 75 ans après la naissance des Nations unies, force est de constater que les principes et les institutions qui portaient des institutions publiques multilatérales sont aujourd'hui remises en question d'une manière très virulente. Ces principes de base, c'est-à-dire un ordre international fondé sur le droit, ou la coopération entre Etats, la reconnaissance de la souveraineté de chaque Etat, la réciprocité dans les engagements : ces principes-là sont remis en cause au profit de la confrontation et du rapport de puissance.

Et nous constatons, quasiment mois après mois, des coups d'éclat de ceux qui pensent aujourd'hui pouvoir faire cavalier seul au mépris total de nos règles communes - chacun voit ce que je veux dire. Mais il faut aussi parallèlement se méfier des manoeuvres de ceux qui tentent de pervertir le jeu multilatéral tout en s'en proclamant pour en fait définir par derrière un nouveau jeu unilatéral - chacun voit aussi ce à quoi je pense. Et donc nous ne saurions, je pense les uns et les autres, nous résoudre à ces dérives-là : la destruction des repères, la destruction des institutions, la destruction des principes, l'apparition d'autres normes et le jeu des puissances.

Et ce qu'il y a de plus grave dans la situation que nous traversons, c'est qu'il y a aujourd'hui une contradiction au coeur du désordre international avec d'un côté une série de défis qui ne peuvent être surmontés que collectivement et en même temps le fait que l'espace d'intervention des institutions publiques multilatérales se réduit dangereusement. Jamais il n'avait fallu autant de coopération internationale pour relever les défis qui sont pour nous.

Je pense au dérèglement climatique, je pense aux inégalités mondiales, je pense aux migrations, je pense à la révolution numérique. Tous ces enjeux-là et ces défis-là ne peuvent se régler qu'au niveau de la communauté internationale et dans le respect des principes qui ont validés le droit international à la fin de la dernière Guerre mondiale, et dans le même temps jamais les processus multilatéraux qui se sont réduits, ne se sont délités pour devenir non-opérationnels.

Donc on a une contradiction majeure à un moment crucial ce qui rend le monde évidemment très dangereux, et c'est la raison pour laquelle il y a urgence à inventer des solutions collectives. C'est une priorité internationale, c'est une priorité aussi pour nos concitoyens.

C'est pour cette raison que nous avons lancé, d'abord avec mon collègue allemand Heiko Maas, et puis très vite après avec Marcelo, l'Alliance pour le multilatéralisme que nous avons pensée ensemble à New York en septembre dernier. Nous sommes donc les fondateurs.

Ce n'est pas d'ailleurs une surprise que nous soyons avec le Mexique dès le point de départ parce que nous avons depuis longtemps un engagement pour les institutions du multilatéralisme.

Mais ce qu'il y a de nouveau c'est que dans cette alliance pour le multilatéralisme nous voulons faire en sorte qu'il y ait un nouveau modèle, faire en sorte qu'il y ait une coalition d'engagement qui regroupe à la fois des puissances de bonne volonté, donc des Etats, mais aussi des sociétés civiles et des secteurs privés dans toute leur dimension pour que ces coalitions puissent aboutir à faire bouger les institutions et à créer de nouvelles normes qui correspondent aux enjeux globaux, en respectant et la réciprocité et la souveraineté des Etats et en instituant des normes qui ne sont pas des normes dictées par une puissance qui veut se servir du multilatéralisme pour dicter ses propres normes et que ce ne soit pas non plus le rapport de force qui fasse la loi, comme ceux qui veulent développer un multilatéralisme minimum.

Il y a d'une certaine manière eut des précédentes dans cette logique-là : ce n'est pas complètement une nouveauté quand je vois comment s'est créé le fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme en 2004 à l'initiative du président Chirac, mais elle a été poussée, renforcée, par des ONG, par de nombreux pays qui étaient dans la difficulté par rapport à la diffusion de ces maladies. Et tout cela a permis la création d'un fonds mondial qui aujourd'hui vient de conforter sa position lors du sommet de Lyon il y a maintenant quelques semaines puisqu'il a doublé le financement.

D'une initiative, d'une coalition, se crées une nouvelle norme et des nouveaux engagements et un nouveau multilatéralisme.

Et le sujet du jour, le sujet majeur me semble-t-il pour l'avenir, et ça sera aussi un exemple de référence c'est l'Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace. En effet, quel est l'enjeu ?

La révolution numérique a précipité l'émergence d'un espace numérique mondial. Le cyberespace offre des opportunités majeures d'innovation, de progrès économique, de développement culturel et d'accès à l'information. Mais parallèlement son développement en fait aussi un élément de nouvelles menaces, qui sont très lourdes. Que ce soit la cybercriminalité, la manipulation de l'information, l'espionnage politique ou économique, l'atteinte à la sécurité des données personnelles etc. Et ces attaques peuvent émaner ou de groupes étatiques ou groupes non-étatiques, et tout cela se joue à nos frontières.

Et donc il est crucial de créer une coalition de tous les acteurs qui ont la responsabilité de garantir la paix et la sécurité dans l'espace numérique, et il ne peut pas s'agir que des Etats. Il faut aussi que les entreprises, les ONG, la société civile y contribuent. Et à partir de la progressivement, ceux-là qui y contribuent décident de respecter les engagements qu'ils prennent et progressivement faire en sorte qu'il y ait une porosité positive qui se déclenche entre les institutions multilatérales officielles qui reprennent l'ensemble de ces données.

Je prends l'exemple de l'Appel de Paris sur la sécurité dans l'espace cyber parce que c'est une confrontation à laquelle nous sommes en permanence mis devant les faits. Et la force de cet Appel c'est qu'il y a eu aujourd'hui 1000 soutiens, dont 73 Etats, 650 entreprises, 300 ONG qui décident en amont, en appuyant l'accord de Paris, de respecter les principes et les engagements qui sont pris dans cet accord.

Voilà un exemple de coalition qui peut se mettre en oeuvre, mais il y en a beaucoup d'autres. Il y en aura une prochainement, et Delphine O et Nadine Gasman vont en parler tout à l'heure, sur l'organisation du Forum Génération Egalité 2020, qui se déroulera et à Mexico et à Paris, suite de Pékin (...) ce combat pour l'égalité au niveau multilatéral.

Tout cela nous a amené le Chancelier Ebrard et moi-même à signer tout à l'heure une déclaration franco-mexicaine pour un multilatéralisme efficace, pour faire en sorte que l'Alliance que nous constituons puisse servir de creuset, de réceptacle à l'ensemble des initiatives de coalition que l'on peut imaginer sur le sujet, proche de ce que j'avais évoqué et donc aussi y compris dans le droit humanitaire ou nous aurons la une force collective très forte qui sera d'une certaine manière une réponse à ceux qui ont l'ambition de détruire le multilatéralisme qui nous a permis de vivre en relative paix et sur des normes et des principes que nous partageons depuis la fin de la dernière guerre.


Voilà le propos que je voulais initier et sur lequel Marcelo et moi-même sommes en pleine phase.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 janvier 2020

Diplomatie Climat Economie numerique France - Mexique 203000020

Entretien de M. Jean-Yves le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 24 le 20 décembre 2019, sur les relations franco-mexicaines, le multilatéralisme et la situation en Amérique latine.

Entretien de M. Jean-Yves le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 24 le 20 décembre 2019, sur les relations franco-mexicaines, le multilatéralisme et la situation en Amérique latine. Entretien Jean-Yves le Drian 20/12/2019 France-Mexique

Q - Bonjour. Soyez le bienvenu sur cet entretien exclusif de France 24 avec M. Jean-Yves Le Drian, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères de la République française. Monsieur le Ministre, bonjour, bienvenue et bienvenue au lycée français, un lycée franco-mexicain au coeur de la capitale mexicaine où vous êtes en visite, et l'on pourra peut-être entendre le bruit que font les enfants dans la cour. Je voudrais commencer par quelque chose qui nous joint aujourd'hui, c'est le moment où France 24 en espagnol est passée de six heures à douze heures d'émission par jour partout en Amérique latine. Je sais que vous avez joué un rôle important dans la croissance de la chaîne et je voudrais écouter vos commentaires là-dessus.

R - Je voudrais d'abord dire que France 24, c'est un outil très important parce que c'est une vision de l'information. C'est une vision de l'information dans le monde, c'est une vision de l'information objective, indépendante, neutre, c'est une marque de la France aussi. C'est pour cette raison que nous voulons renforcer France 24, pour cette vision de l'information dans un univers où beaucoup de chaînes internationales n'ont pas obligatoirement cette même déontologie.

C'est pour cela aussi que nous avons souhaité que France 24 puisse avoir une édition espagnole parce que, en Amérique latine, c'est très important parce qu'il y a 500 millions d'hispanophones, parce qu'il importe aussi que cette conception de l'information que nous avons soit partagée le plus largement.

Nous avions été ensemble en Colombie pour presque le lancement de l'édition en espagnol. C'est un grand succès puisqu'il y a eu des auditions qui sont très larges. Maintenant, nous voulons doubler le chiffre et faire en sorte que le passage de six à douze heures par jour permette une attractivité supplémentaire encore de France 24, mais c'est au service de l'information.

Q - Oui, absolument, surtout dans un monde où les fake news...

R - C'est très important.

Q - ...jouent un rôle tellement important lors des élections pour informer ou "désinformer", mal informer les gens.

R - C'est pourquoi l'édition en espagnol que nous avons décidé de renforcer est très importante pour l'Amérique latine en général.

C'est un plaisir de vous retrouver ici au Mexique, qui est aussi un pays très important en Amérique latine et puis dans la capacité de nos relations entre la France et le Mexique qui est très forte, nous avons pu le constater, nous le constatons ici dans ce lycée.

Q - C'est la deuxième fois que vous venez au Mexique.

R - C'est la troisième fois comme ministre des affaires étrangères. J'étais venu ici il y a un an, le président Obrador venait d'être élu mais il n'était pas encore en fonctions et j'avais eu avec lui déjà des entretiens un peu anticipateurs de ceux que j'ai pu avoir au cours de ce séjour ici.

Je l'ai rencontré hier, il a une détermination très forte de transformer son pays. Et nous avons, sur des points significatifs, une relation très forte aussi entre cette volonté et la disponibilité de la France à accompagner son action de transformation : dans le renforcement de la formation pour les jeunes par exemple ; dans le souci aussi d'aider à l'équilibre des territoires et nous voulons vraiment accompagner le plan de développement intégral qu'il met en oeuvre pour le sud de ce pays ; et puis dans la lutte contre la corruption, il y a des objectifs très importants qu'il met en oeuvre avec beaucoup de détermination. Je sais que c'est difficile, mais nous avons eu des entretiens très fructueux.

Q - J'ai su que vous avez signé un accord pour la défense et pour l'efficacité du multilatéralisme avec un si puissant voisin du Mexique et partenaire, champion de l'unilatéralisme. Comment pensez-vous faire avancer ce combat, comme vous l'avez appelé hier ?

R - Je crois que, historiquement, nous avons avec le Mexique la même manière d'appréhender les relations internationales et nous pensons que le droit doit s'imposer à la confrontation des puissances. Nous pensons que la manière de vivre ensemble sur notre planète doit être régulée, que chaque pays a autant de valeur qu'un autre et qu'il nous faut privilégier la coopération à la confrontation et qu'il faut qu'il y ait des instances pour cela. Et que, face aux défis qui sont devant nous, que ce soit le défi des migrations, que ce ce soit le défi du numérique, que ce soit le défi de la transition écologique, face à ces défis très importants, il faut qu'il y ait des outils de régulation. Or, curieusement, on s'aperçoit que, au fur et à mesure que l'ampleur des risques et des menaces qui se développent sur la planète sur ces sujets-là augmente, au même moment les mêmes outils de régulation diminuent, se délitent, se détruisent eux-mêmes.

Donc, nous voulons, sur ces sujets-là, être à l'avant-garde de ceux qui veulent le multilatéralisme, qui ne veulent pas être prisonniers des puissances, du rapport de force, qui veulent que la règle domine, qu'elle s'impose, que le droit soit le vecteur d'organisation des rapports économiques et des rapports humains entre eux. Et c'est une aventure sur laquelle nous sommes en grande phase avec le Mexique.

Q - Est-ce que, à part le Mexique, il y a d'autres pays d'Amérique latine qui s'intègrent à cet élan... ?

R - Le point de départ est celui-là. Après, la porte est ouverte à ceux qui veulent bien s'y joindre. Nous voulons, autour de cette initiative que l'on appelle l'Alliance pour le multilatéralisme, faire en sorte que d'autres pays nous retrouvent. Il y en a déjà beaucoup qui se sont mis dans cette logique : des pays européens - nous avons une relation très forte à ce sujet avec l'Allemagne -, mais aussi le Canada, mais aussi le Ghana, mais aussi l'Afrique du Sud.

Bref, cette prise de conscience qu'il nous faut réinventer, refonder le multilatéralisme, elle est largement partagée entre le Mexique et nous. Nous avons évoqué tout cela avec le président Obrador hier.

Q - L'urgence climatique, comme on l'appelle maintenant d'une manière plus précise, a été un autre axe de vos conversations avec le président et votre collègue, Marcelo Ebrard. Est-ce qu'il y a des décisions, des points concrets là-dessus ?

R - Nous avons souhaité renforcer notre coopération dans ce domaine. Elle existe déjà parce que, en particulier, sur les Caraïbes, sur l'enjeu des sargasses, nous avons eu des initiatives en commun.

Nous portons la même voix au niveau international face aux enjeux climatiques, auxquels la COP25 qui vient de se réunir à Madrid n'a pas apporté les solutions. On peut dire que c'est une forme d'échec qui est dû au fait que nous n'avons pas pu nous mettre d'accord sur une application de l'Accord de Paris qui concerne le marché carbone, la manière de le réguler ; je regrette à cet égard que le Brésil ait contribué à cet échec. C'est dommage. J'espère que la prise de conscience viendra - parce que la prise de conscience, elle s'impose - et que la COP de Glasgow qui aura lieu l'année prochaine sera déterminante, en particulier pour décider ensemble du rehaussement de nos ambitions. Sinon nous ne serons pas au rendez-vous et les catastrophes seront par contre, elles-mêmes, au rendez-vous.

Q - En parlant d'un autre sujet, vous arrivez juste lorsque le traité entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada vient d'être finalement approuvé. Comment voyez-vous, de la France, ce traité trilatéral ?

R - À partir du moment où des pays voisins se mettent d'accord pour respecter des règles entre eux, c'est plutôt une bonne avancée, c'est plutôt une bonne chose. Le risque c'est l'affrontement sans règles. Et si les acteurs ont estimé que c'était leur intérêt de se mettre d'accord sur ces bases-là - je constate que c'est le cas, puisque le Parlement mexicain l'a voté et puis, hier, la Chambre des représentants à Washington l'a voté, que le Canada va le voter bientôt, il y a donc une volonté commune, elle doit être respectée -, c'est peut-être un exemple de régulation, gagnant-gagnant ; je crois que c'est comme cela que les uns et les autres l'ont perçu.

Q - Parlons un peu de l'Amérique latine. La dernière fois que nous nous sommes rencontrés à Bogota, le Venezuela était au centre de l'attention. La crise au Venezuela continue, mais maintenant on a une vague de mobilisation sociale, de protestations, qui vient depuis Hong Kong en mars de cette année, en passant par la France - les gilets jaunes, la réforme des pensions -, et maintenant, en Amérique latine, on en a au Chili, on en a en Colombie, on a eu des mobilisations très fortes en Equateur, et, cas différent parce que cela a à avoir plutôt avec les élections, la Bolivie. Que pensez-vous de cette situation ?

R - Il ne faut pas tout mélanger. Le fait qu'il y ait des protestations sur la réforme des retraites en France, n'a à mon avis pas grand-chose à voir avec ce qui se passe à Hong Kong ou avec différentes manifestations qui se sont produites en Amérique latine. Il ne faut pas faire de raccourcis hâtifs. Chaque pays a son histoire, chaque pays a ses problèmes.

Mais je constate avec vous, néanmoins, qu'en Amérique latine il y a eu depuis quelques mois des mouvements de protestations contre les inégalités, des mouvements de protestations sociales significatifs et qui se sont parfois malheureusement traduits par des affrontements et des violences. Depuis que nous nous sommes vus en Colombie, ce phénomène s'est aggravé : crise chilienne, il y a eu la situation en Bolivie qui s'est rajoutée, la situation en Equateur, les difficultés même en Colombie qui se sont rajoutées à la crise du Venezuela.

Mon sentiment, c'est qu'il faut trouver dans chaque pays une solution politique qui soit issue du dialogue et qui évite la confrontation et la violence. J'ai senti, au Chili, que les forces politiques s'étaient mises d'accord il y a quelques jours pour organiser une consultation et pour faire en sorte qu'il y ait un référendum qui réviserait la Constitution, c'est une avancée. J'ai remarqué aussi que les autorités chiliennes voulaient que l'on fasse toute la clarté sur les violences qui se sont produites, c'est plutôt une bonne démarche. Je constate qu'ailleurs il y a aussi l'affirmation d'une volonté d'une transition inclusive, électorale. L'indispensable, c'est qu'il y ait une transition électorale, que le peuple soit amené à s'exprimer librement. J'ai cru comprendre que c'était le cas, que cela allait être le cas aussi en Bolivie et je le souhaite.

Q - Je voulais vous poser comme question finale : est-ce que l'on peut dire qu'il y a un certain accent de la diplomatie française et du gouvernement français sur l'Amérique latine et sur le commerce qui est assez modeste encore, sur le côté politique et sur les grands traits de la politique de la diplomatie française ?

R - C'est un continent qui nous est cher, où nous avons une présence historique significative, mais une présence au niveau culturel et au niveau des valeurs. Nous savons le rôle qu'a joué la Révolution française dans l'ensemble de ces pays. Nous avons un partenaire particulièrement privilégié, en ce moment de ma visite, qui est le Mexique. Et nous voulons vraiment que le Mexique serve de porte d'entrée pour l'Amérique latine en Europe, parce que je crois que le moment est venu de renforcer les liens entre l'Amérique latine et l'Europe. Je sais qu'il y aura une réunion ici début janvier de l'ensemble des ministres des affaires étrangères d'Amérique latine où la question sera posée. Nous, nous voulons être les partenaires du Mexique pour leurs liens avec l'Europe et nous voulons aussi que le Mexique soit notre partenaire pour nos liens avec l'Amérique latine.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 janvier 2020

Mexique France - Mexique Relations internationales France - Amerique latine 203000031

Déclaration à la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-mexicaines, à Mexico le 19 décembre 2019.

Déclaration à la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations franco-mexicaines, à Mexico le 19 décembre 2019. Jean-Yves Le Drian 19/12/2019 France-Mexique Déplacement au Mexique

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Madame et Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'être de retour au Mexique, pour une nouvelle visite placée sous le signe de l'amitié et de la confiance, à l'image de la relation qui unit nos deux pays.

Si je suis là aujourd'hui, Monsieur le Chancelier, mon cher Marcelo, c'est pour écrire avec vous et les ministres qui vous accompagnent, une nouvelle page de la relation franco-mexicaine, mais aussi, nous en avons parlé, une nouvelle page de la relation du Mexique avec l'Europe et j'espère que vous viendrez bientôt à Paris pour poursuivre ce dialogue.

J'aurai l'honneur de m'entretenir aussi cet après-midi avec le président de la République, M. Lopez Obrador. J'avais eu l'occasion de le rencontrer en octobre 2018 en tant que président élu du Mexique. Nous évoquerons les perspectives de la relation bilatérale et l'engagement des présidents Lopez Obrador et Macron pour l'approfondir.

Avec le chancelier nos différents échanges nous ont permis d'abord d'évoquer les défis globaux qui nous préoccupent et auxquels nous sommes bien déterminés à apporter des réponses ensemble.

Je pense d'abord à la question des migrations.

Bien sûr, elle ne se pose pas dans les mêmes termes en Europe et sur le continent américain. Mais partout, elle exige des réponses qui soient à la fois à la hauteur de nos valeurs et à même de traiter les causes profondes des drames humains qui donnent lieu aux mouvements migratoires. Nous partageons la conviction que ces réponses passent par la solidarité, par la réduction des inégalités et par le développement.

C'est pourquoi la France va soutenir de manière très concrète le Plan pour un développement intégral du Sud du Mexique et de l'Amérique centrale dont le chancelier m'a exposé les lignes de force.

Nous allons le faire avec nos partenaires de l'Union Européenne, en particulier sur la partie du plan consacrée à la sécurité alimentaire.

Nous allons le faire aussi à titre bilatéral, puisque nous accompagnerons sur d'autres enjeux majeurs que sont la transition agro-écologique, la promotion d'une économie océanique durable et la préservation de la biodiversité marine.

Je rappelle d'ailleurs à cet égard, en parlant des migrations, combien le rôle du Mexique a été important dans la confirmation du Pacte pour les Migrations de Marrakech.

En ce qui concerne l'urgence environnementale, qui est notre deuxième préoccupation commune.

Certains n'ont apparemment toujours pas pris la mesure de notre responsabilité historique à cet égard - la COP25 qui vient de se tenir à Madrid l'a montré. Mais, en ce qui nous concerne, nous sommes déterminés à agir ensemble pour le climat et pour l'environnement.

À l'automne dernier, nous avons lancé un programme de coopération pour lutter contre la prolifération des sargasses dans la Caraïbe et, dans les mois à venir, nos échanges sur ces questions vont encore s'intensifier.

Et puis, le dernier défi global, c'est le plus important parce qu'il est global, c'est l'avenir du multilatéralisme.

Vous le savez : la multiplication des décisions multilatérales et le retour des logiques de puissance mettent en péril ce système bâti au lendemain de la Seconde guerre mondiale pour fonder la vie internationale sur le droit et la coopération.

Mais, face aux défis que je viens d'évoquer, face aux menaces nouvelles, face à la nouvelle donne technologique, nous ne saurions nous résoudre à l'impuissance collective. C'est pourquoi, en lien avec l'Allemagne, avec cinq autres pays dont le Mexique, nous avons souhaité lancer, à New York à la fin du mois de septembre, une Alliance pour le multilatéralisme. Ce combat - parce que c'est un combat - est désormais au coeur de notre relation, comme le montre la déclaration bilatérale sur le multilatéralisme que nous venons tous les deux de signer, comme le montre aussi les échanges que nous aurons à propos de ces enjeux majeurs cet après-midi, avec des représentants de nos sociétés civiles et du monde économique.

Ce multilatéralisme, nous le mettrons en oeuvre concrètement, ensemble avec le Mexique. Puisque la France et le Mexique co-présideront en mai puis en juillet, à Mexico puis à Paris, le Forum Génération Egalité pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Il s'agit d'une échéance majeure 25 ans après la conférence de Pékin sur les droits des Femmes et 50 ans après la première conférence internationale sur les Femmes qui s'était déroulée ici même, à Mexico.

Alliés sur la scène internationale, nous sommes aussi, au quotidien, des partenaires qui travaillons ensemble à des projets de coopération profitables aux citoyens de nos deux pays.

Pour orienter nos efforts, nous avons la chance de pouvoir compter sur une enceinte unique, le conseil stratégique franco-mexicain, qui réunit des scientifiques, des représentants du monde culturel et académique et des chefs d'entreprises soucieux, comme nous, de voir notre relation se renforcer, et nous nous réunirons avec eux dans quelques instants.

Notre coopération porte d'abord dans le domaine des échanges économiques.

C'est pour moi une grande fierté de constater que les entreprises françaises sont bien implantées au Mexique et qu'elles y investissent de manière importante. Je ne prendrai qu'un chiffre qui est très parlant : les entreprises françaises au Mexique, c'est plus de 550 entreprises et c'est plus de 150.000 emplois directs ! J'aurai l'occasion d'en parler aussi cet après-midi avec la Maire de Mexico, Mme Claudia Sheinbaum, et, demain, avec des chefs d'entreprises français, mais aussi mexicains. Je leur ferai passer le message : venez aussi, vous, investir en France.

Ces investissements croisés sont un enjeu majeur pour nos deux gouvernements et, pour les encourager, nous avons décidé de mettre en place un dialogue économique et financier de haut niveau, qui se réunira pour la première fois au Mexique en mars prochain.

Notre deuxième priorité dans la relation bilatérale, c'est la jeunesse.

C'est pourquoi j'ai signé il y a un instant plusieurs accords sur la professionnalisation de la fonction publique, sur la mobilité universitaire et sur l'enseignement du français dans les écoles publiques mexicaines. Tous, ils contribuent à renforcer l'égalité des chances et à donner des possibilités nouvelles aux jeunes générations.

J'ai aussi signé, avec la ministre du travail, un engagement à soutenir le programme "Les jeunes qui construisent l'avenir" [Jóvenes construyendo el futuro], dans lequel 26 entreprises françaises vont s'impliquer.

C'est aussi dans cet état d'esprit que nous voulons soutenir la création, après l'Université technologique bilingue de Monterrey qui a été ouverte cette année en septembre dernier, nous souhaitons qu'il y ait un autre projet du même type, une Université technologique bilingue dans le sud du pays. C'est une préoccupation du président de la République, nous souhaitons être le partenaire d'une nouvelle initiative de ce type dans le cadre du programme de la déclaration du Sud.

Enfin, nous voulons mettre notre partenariat renforcé au service de la diversité culturelle et linguistique.

C'est le sens du soutien que nous apportons à la préservation de votre patrimoine, avec le Centre d'Etudes mexicaines et centraméricaines (CEMCA), qui depuis 50 ans conduit un formidable travail de fouille, de numérisation et de restitution de biens archéologiques aux Mexicains avec l'association Rempart, qui participe à la restauration du patrimoine endommagé par les séismes de 2017.

Ainsi, l'an prochain, nous tiendrons le premier séminaire régional sur le trafic de biens culturels.

C'est aussi l'esprit des deux grandes expositions programmées en France et au Mexique pour 2020 : l'exposition que le Musée du Quai Branly consacrera au printemps prochain aux Olmèques et aux cultures du Golfe du Mexique et l'exposition sur Picasso et l'exil espagnol, qui sera présentée ici, en partenariat avec le Musée des Abattoirs de Toulouse et le Musée Picasso de Paris.

Enfin, Mesdames et Messieurs, à compter de demain, notre chaîne internationale d'information en continu "France 24" diffusera chaque jour, deux fois plus de programmes en langue espagnole. Je voulais le dire ici, et j'espère que nous saurons saisir ensemble cette occasion supplémentaire de favoriser la rencontre entre nos cultures. Une vision convergente des grands défis d'aujourd'hui, une détermination commune à agir ensemble pour y faire face, des projets de coopération concrets qui servent nos intérêts respectifs, qui souvent se rejoignent : voilà, avec la belle amitié qui nous lie, ce qui fait, Mesdames et Messieurs, la force de la relation franco-mexicaine. Voilà aussi les raisons de ma présence ici aujourd'hui.


Je vous remercie de votre attention.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 janvier 2020

Mexique France - Mexique Relations bilaterales Migration Protection de l'environnement 203000019

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Mexique, à Mexico le 26 octobre 2018.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et le Mexique, à Mexico le 26 octobre 2018. Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affair Déplacement au Mexique du 25 au 28 octobre-point de presse avec M. Luis Videgaray, ministre des affaires étrangères mexicain, à Mexico le 26 octobre 2018
Merci, Monsieur le Ministre, cher Luis,
Mesdames et Messieurs,
Je suis ravi de me retrouver à nouveau ici à Mexico pour ces moments d'échanges. Cela fait depuis 200 ans que nos deux nations ont noué des liens profonds, aujourd'hui on peut dire que la France et le Mexique sont l'un pour l'autre plus que des partenaires. Ce sont des alliés qui s'attachent à répondre ensemble aux grands défis de notre temps : le réchauffement climatique, le développement des nouvelles technologies, l'exclusion sociale, les migrations, la prolifération des armes ou encore les remises en cause du système multilatéral que vous venez d'évoquer.
Dans ce contexte, au moment où la démocratie mexicaine a donné une démonstration très forte de sa vigueur et de sa maturité lors des élections du 1er juillet dernier, il était important pour le gouvernement français de venir saluer l'administration sortante, celle du Président Peña Nieto que j'aurai l'occasion dans peu de temps, tout à l'heure, de remercier pour la qualité du travail que nous avons accompli ensemble pour le renforcement du lien entre le Mexique et la France. Je voulais aussi le dire à mon ami, Luis Videgaray ; vous avez rappelé nos entretiens, nos rencontres successives, que ce soit à Paris, que ce soit ici, que ce soit à New York ou dans d'autres instances. Je crois que notre relation a permis, sous les auspices du Président Peña Nieto et du président Macron, de faire passer une étape dans notre partenariat.
Vous avez évoqué toute une série de points dans vos propos. Je pense que ce qui est le plus spectaculaire et le plus fort, c'est que nous avons, dans le domaine international, des positions communes.
Nous sommes engagés ensemble sur le fait que les situations conflictuelles de la coopération doivent être réglées dans un cadre multilatéral fondé sur le droit. C'est la raison pour laquelle nous avons engagé ensemble plusieurs réformes majeures : en premier lieu la réforme des Nations unies, pour laquelle nous oeuvrons ensemble afin d'essayer d'encadrer le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité. Nous oeuvrons aussi ensemble au renforcement des opérations de maintien de la paix, à la réforme de l'organisation mondiale du commerce, dont l'organe de règlement des différends se trouve aujourd'hui bloqué. Nous étions aussi ensemble, vous l'avez rappelé, cher Luis, lors du One Planet Summit à Paris, le Président Peña Nieto était également présent, nous permettant ainsi de prendre une initiative pour la protection des Caraïbes.
Nous avons aussi, l'un et l'autre, la même appréciation des situations régionales. Nous avons évoqué tout à l'heure la dégradation de la situation politique et économique au Vénézuéla, la situation très préoccupante au Nicaragua. Dans ces deux pays notre objectif commun demeure la restauration de l'Etat de droit et la cessation des atteintes portées aux libertés fondamentales.
Nous oeuvrons aussi ensemble à l'appréciation des situations migratoires, des défis migratoires, qu'ils se produisent en Amérique latine, en Amérique centrale ou qu'ils se produisent ailleurs dans le monde. Nous sommes soucieux de ce nécessaire Pacte des migrations que vous avez initié et qui se traduira par un résultat prochain à Marrakech.
Nous avons, par ailleurs, sur les questions commerciales, évoqué l'ensemble des sujets qui nous préoccupent, pour saluer le rôle important qu'a joué le Mexique pour préserver un traité de libre-échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada, tout en restant exigeant sur le respect de la souveraineté de chaque Etat. Et nous souhaitons, par ailleurs - et vous y avez beaucoup oeuvré -, que l'accord global entre le Mexique et l'Union européenne - accord favorable à la diversification de nos relations commerciales respectives -, soit rapidement abouti. Nous aurons l'opportunité, lors du prochain sommet du G20 à Buenos Aires, de renforcer les dynamiques que nous avons initiées au niveau international.
Nous avons évoqué aussi tous les deux les coopérations bilatérales qui sont essentielles pour préparer l'avenir. Vous avez bien voulu nous rappeler l'importance du rôle du conseil stratégique franco-mexicain, que nous avons revivifié tous les deux, auquel nous avons donné une force de proposition, une force de mise en oeuvre tout à fait nouvelle, ce qui s'est traduit par toute une série d'actions en commun que vous avez évoquées. Je ne vais pas les rappeler, ce qui a été fait aboutit au fait que la France et le Mexique sont devenus des partenaires économiques considérables mais aussi des partenaires dans le domaine de la formation et dans le domaine de l'agriculture.
Tout cela, il faudra le poursuivre. J'aurai l'occasion de rencontrer, avant de partir, le président élu avec qui je souhaite que nous puissions poursuivre la qualité de cette relation qui, au cours des derniers mois, a franchi une étape supplémentaire. J'évoquerai avec le Président López Obrador l'ensemble de ces enjeux pour continuer dans cette dynamique que nous avons, je crois, renforcée l'un et l'autre par notre action.
Je voulais terminer mon propos en vous disant, mon cher Luis, qu'à un moment donné, nous nous étions dit : il faut que nous changions d'étape. Nous constations la qualité de nos échanges et surtout nous constations une volonté politique commune. Nous étions partenaires, nous devions devenir alliés ; je l'ai dit en commençant. Je souhaite que le travail que nous avons commencé ensemble puisse se poursuivre dans les prochaines années pour renforcer cette alliance entre la France et le Mexique, tournée vers un avenir que nous souhaitons partager en commun tous les deux. Merci de cette amitié, de ce compagnonnage que nous avons eu durant plusieurs mois, je suis ravi de vous retrouver ici.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 octobre 2018
Relations bilatérales France France - Mexique Relations bilaterales Relations internationales 183002155

Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 24 le 28 juillet 2018, sur les relations entre la France et l'Amérique latine.

Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec France 24 le 28 juillet 2018, sur les relations entre la France et l'Amérique latine. Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires
Q - Bonjour Monsieur le Ministre, quelles sont les raisons de votre voyage ? Vous visitez la Colombie et Cuba. On sait que vous avez eu des rencontres avec la juridiction spéciale de paix, l'organisme de justice transitionnelle qui est sorti des accords de paix entre les Farc et le gouvernement colombien. Vous avez rencontré le président élu, le ministre des relations étrangères et quelques autres personnalités. Quelle est votre message dans un contexte où le nouveau président a annoncé qu'il demanderait des changements aux accords de paix pour lesquels la France a eu des appuis très importants ?
R - Le président Macron souhaitait que je vienne saluer le nouveau président de Colombie avant sa prise de fonction, je le fais avec plaisir. Il souhaitait que je vienne ici, d'abord parce qu'il y a l'accord de paix et que, comme vous le savez, la France a toujours soutenu l'accord de paix qui fut, pour la Colombie, un moment historique.
En interne d'abord, pour commencer de vivre une situation pacifiée après 50 ans de conflits, de drames, de meurtres, d'agressions, d'incompréhensions et de violences. C'est aussi important pour la Colombie à l'extérieur, puisque cet accord de paix a donné à ce pays, une force, une réputation et un prestige international nouveau qui renforce la place de la Colombie, à la fois en Amérique latine mais aussi dans le monde entier. Je suis donc venu en parler avec le nouveau président pour dire aussi que la France continuait à soutenir cet accord de paix, parce que de notre point de vue, il est essentiel, non seulement pour l'avenir de la Colombie, mais aussi pour la lutte contre tous ces risques et ces menaces qui peuvent se dérouler dans d'autres pays. Avec le président colombien, nous nous sommes bien compris. Je n'ai pas eu le sentiment d'un président qui voulait remettre en cause ces accords, au contraire, j'ai senti de sa part, une volonté de mettre en oeuvre un processus de réconciliation nationale, pour faire en sorte que non seulement ces accords de paix règlent une partie de l'Histoire de la Colombie et sa place dans le monde, mais en même temps, permettent en interne, d'avoir une réconciliation nationale. C'est toujours un moment difficile. Je pense que la mise en oeuvre de la juridiction spéciale de paix que j'ai pu visiter hier contribue à ce processus. La France sera toujours en soutien aux acteurs qui veulent que l'accord de paix puisse devenir pérenne et permette à la Colombie d'assurer son avenir dans la sérénité et la paix. C'est ce que j'ai dit à mes interlocuteurs.
Mais la relation entre la France et la Colombie n'est pas uniquement liée à l'accord de paix, nous avons une relation très forte qui s'est manifestée dans le courant de l'année dernière par l'année croisée des relations entre la France et la Colombie, avec plus de 400 manifestations à la fois culturelles, scientifiques et sportives. Tout cela crée un lien, une force que nous voulons renforcer par la place des entreprises françaises ici en Colombie. Il y en a plus de 200 présentes, la France est le premier employeur étranger en Colombie. Il y a donc une histoire et aussi, beaucoup de perspectives d'avenir, ne serait-ce que par votre implantation, l'implantation de France24 ici et que la rédaction ait fait le choix de Bogota pour s'installer.
Q - Concernant Cuba, c'est la première visite d'un ministre des affaires étrangères là-bas depuis que M. Miguel Díaz-Canel a été désigné comme président. Quelles sont les raisons fondamentales de votre visite à Cuba ?
R - C'est un événement nouveau puisqu'il y a un nouveau président à Cuba et le président Macron souhaitait que je puisse aussi lui rendre visite. Il y a une relation importante entre la France et Cuba. Nous avons contribué à l'ouverture progressive de Cuba vers l'extérieur, nous avons aussi contribué au fait qu'il y ait un accord de dialogue et de coopération qui se soit créé entre l'Union européenne et Cuba. Je vais là-bas pour manifester notre volonté de poursuivre en ce sens, et d'aider les autorités cubaines à poursuivre leur mouvement qui est lent, mais qui est maintenant inscrit dans une logique et dans une dynamique que nous voulons conforter.
La France est très présente à Cuba par les investissements dans les infrastructures, dans l'hôtellerie, dans le tourisme, dans les échanges culturels qui sont très significatifs. C'est tout cela que je vais aller conforter lors de mon entretien avec le nouveau président M. Díaz-Canel.
Q - Concernant le Nicaragua, M. Ortega semble décidé à écraser la rébellion contre lui. L'OEA a voté une résolution, la France est membre fédérateur de l'OEA.
Quelle est la position du gouvernement français par rapport à ce qui se passe au Nicaragua en ce moment ?
R - La dérive est insupportable et la France condamne ces violences. La France interroge le président Ortega sur ses responsabilités, constater qu'il y a 300 morts depuis peu de temps dans des manifestations de répression organisées par le pouvoir central est inacceptable. Nous rejoignons complètement les positions de l'OEA sur la situation au Nicaragua et nous appelons à la sérénité, mais d'abord à l'arrêt des mesures de répressions initiées par le gouvernement et à la reprise d'un dialogue qui devrait s'engager pour aboutir à une relation pacifique. En tout cas, nous condamnons cette situation.
Q - Par rapport au Venezuela, l'autre grande crise en Amérique latine ?
R - Le Venezuela, c'est le drame absolu, car c'est à la fois une crise politique insupportable, une dérive autoritaire du président Maduro, et en même temps, une crise sociale et économique qui fait que les Vénézuéliens quittent leur pays. C'est en ce moment la seconde crise migratoire au monde après la Syrie, on en parle moins en dehors de l'Amérique latine, mais c'est une crise migratoire de la même ampleur, avec autant de détresse, de familles séparées, de gens qui vivent dans l'incertitude de leur destin et qui sont accueillis, tant bien que mal, dans les pays voisins. La Colombie y contribue beaucoup, puisqu'il y a plus d'un million de Vénézuéliens qui ont émigré sous la pression, parce qu'ils ne peuvent plus vivre dans leur pays, qui ont émigré en Colombie. Et je ne parle pas des autres pays.
La France n'a pas reconnu les élections qui se sont déroulées au Vénézuéla. L'Union européenne non plus. Et nous pensons qu'il faut des élections libres, des élections sous supervision internationale pour que les Vénézuéliens s'expriment vraiment pour leur avenir.
Nous pensons qu'en même temps, il est nécessaire d'aider les Vénézuéliens qui se trouvent réfugiés, par le Haut-commissariat aux réfugiés qui les aident. Et la France apportera ici, en Colombie, son soutien au Haut-commissariat aux réfugiés pour 500.000 dollars, somme que nous allons diligenter pour aider l'action en faveur des réfugiés en Colombie, puisque c'est ici qu'il y a le plus grand nombre de réfugiés vénézuéliens.
Mais cette situation ne pourra durer. Il faut que le président Maduro se rende compte de l'impasse dans laquelle il mène son pays, de la responsabilité historique qu'il a aujourd'hui en maintenant cette logique insupportable qui n'a aucun avenir.
Q - Le Mexique. Il y a un nouveau président qui vient d'être élu, M. Andrés Manuel Lopez Obrador, une figure pas facile à saisir, disons, difficile à prédire. Quelles sont vos perspectives avec le nouveau président du Mexique ?
R - C'est un moment important dans l'histoire du Mexique. L'arrivée de M. Obrador est un tournant historique dans la vie de ce pays. C'est la décision du peuple mexicain.
La France a, avec le Mexique, une très forte relation. D'abord parce que le Mexique est un grand pays, membre du G20, et que nous avons une relation historique avec les autorités mexicaines et avec le peuple mexicain, que nous allons poursuivre. Je vais me rendre prochainement au Mexique.
Nous avons établi avec ce pays ce que l'on appelle une alliance qui dépasse le partenariat, c'est beaucoup plus fort, puisqu'il y a une dimension économique mais, là aussi, une dimension culturelle, universitaire, scientifique que nous voulons poursuivre. Et nous aurons avec le président Obrador cette relation dès qu'il sera installé. Mais il est vrai que c'est un changement important. Il y a beaucoup de changements en Amérique latine en ce moment.
Q - C'est un changement historique, c'est comme cela que les Mexicains eux-mêmes le perçoivent.
R - Au Mexique, c'est un changement historique, effectivement.
Q - Parlons un petit peu de la relation entre la France et l'Amérique latine. C'est une relation de vieille date, elle vient de la religion française, des valeurs de la religion française, des Lumières. La France a 24 ambassades en Amérique latine, 250 alliances françaises, une quarantaine de lycées ou d'écoles françaises. Dans ce temps où l'on est un peu, en Amérique latine, entre l'isolationnisme de M. Trump et la percée commerciale et politique des Chinois, comment voyez-vous le rôle de la France dans cette région où elle a, je dirais, des sympathies assez importantes ?
R - Il y a des sympathies historiques. Il y a un humus cumulé au cours des années, voire même des siècles, avec l'Amérique latine, y compris par les références que faisaient les fondateurs des indépendances en Amérique latine aux valeurs des Lumières et aux valeurs de la France.
Ces valeurs conservent leur actualité dans le contexte actuel où on voit au niveau international une espèce de détricotage systématique de ce qui a fait la vie en commun du monde depuis la fin de la guerre 39-45, au moment où finalement le monde s'était mis d'accord sur des modes de régulation, des modes d'action en commun, s'était mis d'accord pour privilégier le dialogue, la concertation, voire la confrontation mais dans des lieux prévus pour cela et non pas le rapport de force brutal. Cette période-là est en train de se terminer par la volonté américaine de revenir à un isolationnisme, à un rapport de puissance à puissance, uniquement du bilatéralisme, pays contre pays, pays avec tel pays, dans une logique qui n'est pas celle défendue par les Européens et par la France mais qui n'est pas non plus celle défendue par les responsables de l'Amérique latine qui ont toujours été favorables au multilatéralisme, c'est-à-dire à la construction de modes de gestion du monde qui soient régulées et qui soient le fruit de l'échange, du dialogue, voire de la confrontation, mais une confrontation qui aboutit à des textes.
Je pense en particulier au travail en commun très important que nous avons fait, la France et l'Union européenne, avec les pays d'Amérique latine pour le climat, qui est un sujet prioritaire pour les pays d'Amérique latine et sur lequel nous voulons continuer à travailler.
Je pense aussi à la volonté de régler l'ensemble des questions commerciales par des outils adaptés à ce fait et non pas par le rapport de force brutal. Cela crée une nouvelle dynamique.
Et si j'ai souhaité rencontrer des responsables de Colombie, de Cuba, demain du Mexique et bientôt le président Macron se rendra en Argentine pour le G20, cet objectif-là est porté par la France et il est aussi partagé par les pays d'Amérique latine.
Au-delà de cela, nous voulons donner à notre relation avec l'Amérique latine une nouvelle dynamique qui ne soit plus uniquement basée sur le passé, même si c'est très important de faire référence au passé, mais qui soit basé aussi sur la coopération universitaire qui est très forte - il y a beaucoup d'étudiants d'Amérique latine en France mais il y a aussi des étudiants français en Amérique latine -, la coopération scientifique, et puis la volonté d'investir en Amérique latine puisque la France est un des grands investisseurs dans l'ensemble des pays d'Amérique latine.
Q - Donc, on peut s'attendre à une prolongation de l'emphase de l'administration Hollande sous le gouvernement Macron par rapport à l'Amérique latine ?
R - Nous sommes dans cette logique-là et nous sommes dans la volonté de renforcer cette dynamique, même si c'est mon premier voyage ici depuis un an. Il y a eu d'autres urgences et des crises majeures au niveau mondial qui ne me permettaient pas de venir plus vite. Mais, là, nous sommes dans une logique vraiment très constructive et très vertueuse.
Q - Monsieur Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères de la France, merci beaucoup pour votre présence sur le plateau de France 24 en espagnol à Bogota. Nous vous remercions pour cet entretien.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 2 août 2018
Relations bilatérales France France - Amerique latine France - Colombie Relations bilaterales France - Cuba France - Nicaragua France - Venezuela France - Mexique 183001603