Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à RMC le 11 mars 2020, sur l'impact de l'épidémie COVID-19 sur le tourisme.

Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à RMC le 11 mars 2020, sur l'impact de l'épidémie COVID-19 sur le tourisme. Jean-Baptiste Lemoyne 11/03/2020 Coronavirus

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout de suite Jean-Baptiste LEMOYNE, Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Bonjour.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Parlons du tourisme parce que voilà un secteur qui souffre terriblement avec le coronavirus. Vous avez reçu hier les professionnels du tourisme. D'ailleurs je crois savoir que vous allez les recevoir toutes les semaines.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Exactement. On a convenu de se voir chaque semaine le mardi pour pouvoir faire un point, retour d'expérience du terrain et je dois dire que les chiffres sont effectivement inquiétants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que plus de trois mille agences de voyage et tours opérateurs sont menacés de disparaître en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce qui est sûr, c'est que 85% des entreprises de l'hôtellerie, de la restauration, du secteur des voyages, d'après un baromètre mis en place par le GNI s'estiment touchées et pour certaines, touchées gravement. Effectivement le secteur des agences de voyage hier témoignait en disant : "On est sur moins 60 à moins 70% de réservations." Et donc face à cela avec Bruno LE MAIRE, avec le gouvernement, on a décidé de mettre en place des mesures pour quasiment faire du sur-mesure et aider, accompagner ces entreprises à passer ce cap.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors comment ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors comment ? Tout simplement déjà en leur permettant d'avoir des reports de charges fiscales et sociales. Voire quand l'existence de l'entreprise est en jeu des dégrèvements. C'est-à-dire du dégrèvement, c'est de l'annulation pour remettre du cash dans la trésorerie. Et c'est également le fait de pouvoir placer en activité partielle parfois l'entreprise et pour cela, nous avons d'ailleurs bonifié l'indemnisation pour les entrepreneurs de telle sorte que ce soit incitatif et surtout que tout cela aille très vite. On a besoin de réactivité. Tout se joue dans les prochains jours, les prochaines semaines et qui dit réactivité dit par exemple la Direccte Ile-de-France qui est au contact des entreprises franciliennes, qui a doublé les effectifs qui sont derrière le téléphone pour répondre, pour pouvoir prendre en compte ces difficultés. Et puis, je veux le dire à travers vous, que les entreprises du tourisme qui sentent des difficultés n'hésitent pas à nous contacter. Je souhaite peut-être leur donner un mail, un mail contact à travers vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Qui est le mail covid.dge@finances.gouv.fr. Je répète : covid.dge@finances.gouv.fr. C'est le point d'entrée unique où on peut les prendre en compte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que j'ai une agence de voyage, je suis tour opérateur, j'ai des problèmes : j'envoie un mail à cette adresse.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait. Et par ailleurs, nous avons décidé pour faciliter les démarches notamment pour ces reports de charges, que les sociétés puissent demander par mail ces reports et puis que, notamment pour l'activité partielle, des réponses soient apportées en quarante-huit heures. On a besoin de réactivité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De réactivité. Des auditeurs vont nous appeler, j'en suis absolument certain, pour les voyages. Est-ce qu'aujourd'hui vous déconseillez… J'ai un voyage prévu, je ne sais pas moi, fin mars, en avril, est-ce que je dois partir ou pas ? Tout dépend de la destination ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors nous avons un site, Conseils aux voyageurs, qui est sur le site du Quai d'Orsay. Je recommande aux voyageurs de le consulter. Pays par pays, il précise bien quels sont les risques et quels sont les comportements adaptés. Et de façon générale, on le voit, les gens ont moins envie de voyager et on peut le comprendre. Et donc un certain nombre d'entreprises, j'ai vu, ont permis de pouvoir reporter des voyages sans prendre de frais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que c'est la recommandation que vous faites ? Vous demandez aux entreprises de reporter les voyages, les professionnels du tourisme ? Faut-il aujourd'hui reporter les voyages ou rembourser ? Est-ce que tous les professionnels du tourisme peuvent rembourser ? Ce n'est pas évident.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors en réalité, tout dépend des contrats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Parfois il est probable que le client qui décidera d'annuler ne pourra pas forcément être complètement remboursé, indemnisé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est pourquoi il y a finalement pas mal d'agences qui proposent des reports, qui proposent de pouvoir décaler ces déplacements. Je crois qu'il est très important que les touristes puissent aller voir ce site, Conseils aux voyageurs, parce qu'encore une fois il y a des pays qui sont plus touchés que d'autres, et puis il y a aussi aujourd'hui trente-et-un pays dans le monde qui ont mis des restrictions par rapport à l'accès pour les Français. C'est-à-dire qui demandent aux Français qui arrivent de se mettre en quatorzaine ou parfois qui interdisent purement et simplement. Et cette liste, elle est forcément évolutive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trente-et-un pays.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Trente-et-un pays. Hier nous étions à vingt-quatre ; aujourd'hui nous sommes à trente-et-un pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trente-et-un pays qui demandent aux Français de ne pas venir.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors qui demandent soit de venir mais de faire une quatorzaine, c'est donc contraignant. Ça peut se comprendre lorsqu'éventuellement on réside dans le pays et que, du coup, on souhaite y retourner pour son activité. Mais donc tout ça veut dire que la situation, elle est très évolutive parce que l'épidémie est elle-même très évolutive, et que par conséquent il est très important pour tous les voyageurs français de s'informer à travers ce site, Conseils aux voyageurs, du Quai d'Orsay.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai deux questions, parce que vous êtes secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aussi auprès du ministre de l'Europe. De l'Europe : l'Europe qui est absente. Pardon Jean-Baptiste LEMOYNE, excusez-moi. Où est la politique européenne face à ce coronavirus ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il ne vous a pas échappé que le président de la République a un peu justement faire en sorte que les Européens se parlent et c'est à son initiative qu'hier s'est tenu ce Conseil européen par visioconférence qui a abouti à des mesures et à des décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Sauf que certains pays ferment leurs frontières. Par exemple la Slovénie qui ferme ses frontières avec l'Italie ; nous, nous ne fermons pas nos frontières avec l'Italie, il n'en est pas question pour l'instant.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est pour ça que le président a souhaité que la réponse européenne soit la plus harmonisée possible. Quand nous prenons, nous, une décision de dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qu'il souhaite mis ce n'est pas ce qui se fait. Pardon.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est ce qui est en train de se bâtir. La réunion d'hier, elle est historique. C'est la première fois que les vingt-sept par visioconférence dans une situation de crise ont pu se réunir et prendre des décisions. Des décisions y compris d'accompagnement économique. La présidente VON DER LEYEN a annoncé vingt-cinq milliards d'euros mis sur la table pour accompagner les secteurs de la santé, pour accompagner les secteurs économiques fragilisés comme ceux du tourisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord. Mais il n'y a pas de politique européenne en matière de fermeture des frontières. Est-il vrai que l'Espagne s'apprêterait à fermer sa frontière avec la France au Pays Basque ? C'est vrai ou pas ? Vous, vous connaissez bien cette région. C'est vrai ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Au nord de l'Espagne, il y a un foyer infectieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A Vitoria.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Voilà, à Vitoria. Et donc les autorités espagnoles sont, mais en pleine souveraineté, amenées à prendre leurs propres décisions. Je n'ai pas à les commenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, vous n'avez pas à les commenter mais c'est l'Europe. Où est la politique européenne ? Alors l'Espagne fermerait… Est-ce que l'Espagne pourrait fermer ? Je vous pose la question, Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais je n'ai pas la réponse à cette question-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas la réponse.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire, c'est que les ministres de la Santé européens se coordonnent chaque semaine. Olivier VERAN avec ses collègues, ses homologues, pareil. Ils font le même type de visioconférence et désormais ça devient quotidien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Donc je crois qu'il y a une prise de conscience européenne qui se fait et désormais des mesures qui se prennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends. Mais que direz-vous si l'Espagne ferme la frontière ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais vous savez, il y a le cas aussi de l'Allemagne qui commence à dire : « La région Grand-Est, faites attention ! », compte tenu du cluster qui existe dans le Haut-Rhin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien voilà.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est pourquoi, j'insiste, il est important que face…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez à ce qu'aucun pays en Europe ne ferme ses frontières ? Je vous pose la question.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je vous dis, c'est que de façon générale il faut que la vie continue de façon la plus normale possible en s'adaptant aux situations géographiques, aux territoires. Il n'y a pas une réponse unique. Ça, tous les spécialistes vous le diront : il faut s'adapter aux endroits où sont les foyers et on ne peut pas avoir une seule réponse unique partout sur un territoire européen qui est aussi vaste que celui-là. Gardons ce côté justement de proximité, sur-mesure, que ce soit pour la gestion des cas du point de vue sanitaire et que ce soit également pour l'accompagnement des entreprises en difficulté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Jean-Baptiste LEMOYNE. Merci. Les dernières infos concernant le coronavirus, Info virus avec vous, Quentin VINET. (…)

QUENTIN VINET
Les ministres ne sont pas épargnés. En France, c'est Franck RIESTER qui est contaminé ; Nicole BELLOUBET, elle, n'est pas infectée. En Angleterre, c'est la ministre déléguée à la Santé qui est malade, qui est même confinée chez elle comme elle l'a annoncé hier soir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va bien, Jean-Baptiste LEMOYNE ? Vous allez bien, vous ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, c'est votre contrôle. Non, non, mais écoutez, on fait tous attention. On est vigilant, naturellement, comme tous les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine. Vous ne serrez plus la main en Conseil des ministres ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non. Pour ma part, la main sur le coeur. Voilà, le coeur y est. Pour saluer.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2020

Politique gouvernementale Epidemie Tourisme Politique commune 203000599
Date et heure de mise à jour

Extraits d'un entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, avec BFM TV le 10 mars 2020, sur l'action de l'Union européenne face à l'épidémie de COVID-19.

Extraits d'un entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, avec BFM TV le 10 mars 2020, sur l'action de l'Union européenne face à l'épidémie de COVID-19. Entretien Amélie de Montchalin 10/03/2020 Coronavirus

Q - Bonjour, Amélie de Montchalin, merci d'être avec nous. Vous êtes secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Votre réaction tout d'abord au décret qui a été pris en Italie, dans la nuit, et qui place, de fait, soixante millions de personnes dans un état de confinement ?

R - D'abord, ce que l'on voit, c'est qu'au sein de l'Union européenne la situation est assez différente, pays par pays, parce que le virus, lui-même, est différent, parce que les systèmes de santé sont organisés de manière différente. Donc, chaque pays prend les dispositions au niveau local qui s'imposent. Nous, en France, il y a deux départements qui sont aujourd'hui avec des mesures spécifiques, il y a d'autres zones du territoire où le virus ne circule pas activement. Et donc, chacun s'adapte en fonction de la réalité du virus.

Donc, les Italiens ont pris une décision qui correspond à ce qu'ils vivent, à ce qu'ils voient et à leur capacité aussi, en termes de santé, pour s'assurer que tous ceux qui seraient malades puissent être bien soignés.

Q - Une situation à l'italienne est-ce possible en France ?

R - Ce qui est certain, c'est que toute notre priorité - et c'est pour cela d'ailleurs que le président de la République a souhaité organiser, cet après-midi, un appel avec tous les chefs d'Etat et de gouvernement -, tout l'enjeu européen, c'est de ralentir la progression du virus pour que, au niveau local, les dispositions soient prises et que l'on évite le plus possible d'avoir un virus qui circulerait librement partout en Europe, partout en France.

Donc, je ne peux pas vous dire si un jour cela arrivera. Ce qui est certain, c'est que tout l'objectif que l'on poursuit, c'est de pouvoir traiter ce virus le plus localement possible, avec des dispositions les plus adaptées, les plus différenciées, et de s'assurer surtout que le système de santé est prêt à prendre en charge les personnes qui seraient malades. C'est pour cela qu'il est important d'avoir une coordination européenne, non pas pour que tout le monde fasse la même chose, mais pour que l'on puisse se préparer ensemble et ralentir ensemble la progression du virus.

(...)

Q - En Europe aussi, les vingt-sept font le point aujourd'hui par visioconférence. Est-ce que vous avez le sentiment que l'Europe est prête à faire face à cette menace épidémique ?

R - Ce qui est très important, c'est de bien comprendre ce que l'Europe peut faire, là où elle est utile, et puis quel est son rôle. Aujourd'hui, cette réunion que le président de la République a souhaité voir être organisée a pour but de faire, au fond, trois choses :

D'abord, s'assurer qu'en termes de passage de l'information, en termes de dispositions, nous ayons des mesures coordonnées pour que ce que l'on fait au niveau local, chacun puisse avoir une forme de cohérence et que l'on applique bien des choses que les citoyens européens comprennent partout.

Le deuxième objectif, c'est de mettre en commun nos moyens. Il est très important qu'en termes de recherche sur les vaccins, sur les traitements, on ne fasse pas vingt-sept fois la même chose en parallèle. Il est très important qu'il y ait une coordination - il y a déjà eu un gros investissement de plus de cent trente millions d'euros qui a été débloqué dans les tout derniers jours pour notamment accélérer la recherche sur un vaccin. On partage aussi beaucoup d'informations pour suivre la progression du virus et là aussi, c'est intéressant de le faire au niveau européen. Au niveau national, il y a des choses qui sont vraiment de la responsabilité de chaque Etat, mais il y a des choses qui se font très bien au niveau européen.

Le troisième enjeu, c'est la réponse économique, pour que nous puissions d'abord soutenir ensemble, là où cela doit être fait, les secteurs les plus impactés par le ralentissement d'une partie des activités, on pense au tourisme, on pense au transport aérien, et puis, aussi, qu'à moyen terme, on réfléchisse à comment soutenir l'économie après ce qu'on espère être un choc temporaire, parce que cela aura des conséquences. Et on essaie, on le voit en France avec le chômage partiel, de limiter au maximum l'impact que cela a sur la vie des Français, sur l'emploi. Donc, là aussi, une réponse européenne s'impose.

Ce qu'il est important que tout le monde comprenne bien, c'est qu'il y a des choses que l'Europe ne peut pas faire.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 mars 2020

Santé publique Union europeenne Epidemie Politique commune 203000609
Date et heure de mise à jour

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à France Inter le 9 mars 2020, sur l'impact économique de l'épidémie COVID-19.

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à France Inter le 9 mars 2020, sur l'impact économique de l'épidémie COVID-19. Bruno Le Maire 09/03/2020 Coronavirus

NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME nous recevons ce matin le ministre de l'Economie dans "Le grand entretien du 7/9", vos questions, amis auditeurs, 01.45.24.7000, l'application mobile de France Inter ou les réseaux sociaux. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Nicolas DEMORAND.

NICOLAS DEMORAND
On va détailler secteur par secteur les conséquences économiques graves de l'épidémie de coronavirus dans le monde, et en France, mais avant d'y entrer dans le détail, Bruno LE MAIRE, une question d'un peu plus loin. Ne peut-on pas dire, aussi, qu'au fond cette crise nous invite à repenser des pans entiers de la mondialisation, notre dépendance à la Chine, au libre-échange, à l'avion, bref notre mode de vie, en tout cas quelques-uns des piliers de notre mode de vie en ce début de 21e siècle, est-ce qu'il n'y a pas une opportunité à saisir pour refonder le modèle classique de la mondialisation ?

BRUNO LE MAIRE
La réponse est oui. Je pense qu'il faut que nous tirions, sur le long terme, le moment venu, toutes les conséquences de cette épidémie sur l'organisation de la mondialisation, et notamment sur les chaînes de valeur. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, il faut réduire notre dépendance vis-à-vis d'un certain nombre de grandes puissances, en particulier vis-à-vis de la Chine sur l'approvisionnement dans certains produits, il faut renforcer notre souveraineté sur des chaînes de valeur qui sont stratégiques, c'est vrai dans le secteur de l'automobile, c'est vrai dans le secteur de l'aéronautique, c'est encore plus vrai dans le secteur du médicament, on ne peut pas avoir aujourd'hui 80% des principes actifs, dans un médicament que nous consommons, vous, moi, tous nos auditeurs, qui sont produits à l'étranger, dont 40 % en Chine, et quand SANOFI annonce qu'ils vont relocaliser une partie de leur activité de production de principes actifs en France, je salue cette décision parce que je pense que ça va dans le bon sens.

NICOLAS DEMORAND
Donc il y aura un avant et un après coronavirus dans l'histoire de la mondialisation ?

BRUNO LE MAIRE
Ah je pense qu'il y aura, dans l'histoire de l'économie mondiale, un avant et un après le coronavirus, je pense que nos peuples, tout simplement, demandent que nous soyons plus indépendants, que sur des chaînes de valeur qui sont stratégiques nous garantissions notre souveraineté et que nous ayons une mondialisation qui soit plus responsable et mieux organisée.

LEA SALAME
Vous dites ça, Bruno LE MAIRE, et en même temps vous ratifiez le CETA, et en même temps les députés européens de La République en marche ont voté, il y a trois semaines, un traité de libre-échange contesté avec le Viêtnam, il y a vos mots et il y a ce que vous faites en vrai. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction là-dedans ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il y a effectivement ce que je fais, ce que je fais d'ailleurs depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, parce que le discours que je vous tiens, sur la souveraineté économique, je le tiens depuis des années, et je l'ai mis en pratique. Je vous donne un exemple très concret. Lorsque nous nous apercevons que nous dépendons à 80 ou 85% de l'approvisionnement en batteries électriques, pour nos futures voitures électriques, quelle est la décision que je prends, avec le ministre de l'Economie allemand ? C'est de dire on ne peut pas dépendre à 80 ou 85% de l'approvisionnement en batteries électriques venues de Chine ou de Corée du Sud, il faut bâtir notre propre filière de construction de batteries électriques pour être souverains dans cette technologie. Nous avons aujourd'hui une usine pilote à Nersac, en Nouvelle Aquitaine, nous aurons en 2022 une première usine de production de batteries électriques dans le Nord de la France, et en 2024 en Allemagne. Et sur beaucoup d'autres filières, que ce soit sur l'intelligence artificielle, sur le calcul quantique, sur l'hydrogène, qui est aujourd'hui un des sujets sur lesquels je veux que nous nous engagions massivement, nous allons renforcer notre souveraineté technologique et industrielle.

LEA SALAME
Mais vous avez des chiffres à nous donner sur les conséquences du coronavirus, là depuis un mois, sur la relocalisation des entreprises françaises, en France ? On a entendu tout à l'heure, vous parliez de SANOFI, on a entendu tout à l'heure sur l'antenne un reportage sur une entreprise qui fabrique des thermomètres, qui les fabriquait en Chine, et qui a relocalisé la fabrication en France, est-ce que c'est massif comme mouvement ou c'est ponctuel ?

BRUNO LE MAIRE
C'est trop tôt pour le dire, mais je pense que ça concernera beaucoup de filières, et nous avons justement lancé tous les travaux, avec la Direction générale du Trésor, pour regarder filière par filière quel est notre niveau de dépendance, comment est-ce qu'on peut le réduire, et travailler évidemment avec les industriels et les entreprises concernées, pour que nous puissions les aider à prendre ces décisions. Quand, par exemple, je propose que nous baissions les impôts de production en France, ce n'est pas pour faire plaisir aux uns ou aux autres, c'est pour que nos entreprises aient intérêt à se relocaliser en France, pour renforcer notre souveraineté économique.

NICOLAS DEMORAND
Mesure sans précédent en Europe, Bruno LE MAIRE, un quart de la population a été placée en quarantaine dimanche dans le Nord de l'Italie, c'est une décision draconienne, les entrées et les sorties de cette vaste zone sont limitées par décret. Est-ce que vous comprenez cette décision du gouvernement italien, ou est-ce qu'ils en font trop ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je respecte la décision du gouvernement italien, je pense surtout que nous sommes à un moment où il faut qu'il y ait plus de coordination européenne, plus de solidarité européenne, et je crois que ce n'est surtout pas le moment d'aller critiquer la décision de Berlin, Paris, Rome, chaque Etat fait face à des situations sanitaires qui sont différentes, et donc réagit à sa manière. En revanche, sur le plan économique, moi je plaide pour beaucoup plus de coordination européenne, et pour que nous préparions une réponse européenne, massive, une fois que l'épidémie aura disparu.

LEA SALAME
Justement, est-ce que vous êtes favorable à un plan de relance au niveau européen, vous vous retrouvez avec les ministres de l'Economie dans quelques jours je crois, qu'est-ce que vous attendez par exemple de la Banque centrale européenne ? Les taux sont très bas, donc on ne peut pas jouer sur les taux, qu'est-ce qu'elle peut faire concrètement, est-ce qu'elle peut, je ne sais pas, envoyer des liquidités pour les PME par exemple, qu'est-ce que vous attendez concrètement de ces prochains jours ?

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, l'Europe, face à cette crise, elle est placée face à ses responsabilités, et elle doit apporter la preuve de son utilité et de son efficacité politique. Donc moi j'attends de l'Europe une réponse forte, massive, coordonnée, au risque de crise économique qui peut suivre la crise épidémiologique…

LEA SALAME
Mettez des mots, qu'est-ce que vous attendez ?

BRUNO LE MAIRE
Concrètement, mais déjà sur le principe, c'est une question politique, est-ce que l'Europe, oui ou non, est capable d'apporter une réponse franche, massive, rapide, coordonnée, à la situation économique, qui est très difficile dans beaucoup de pays, en Italie, comme en France ? La réponse doit être oui, et ce oui doit être franc et massif.

LEA SALAME
Est-ce que l'Allemagne vous suit ?

BRUNO LE MAIRE
Je souhaite évidemment que l'Allemagne nous suive. Ça passe d'abord par une première réponse, le 12 mars prochain, c'est-à-dire jeudi prochain, de la Banque centrale européenne. Est-ce qu'elle a des marges de manoeuvre ? Oui. Est-ce que ses marges de manoeuvre sont principalement monétaires ? Non. En revanche, elle a des marges de manoeuvre pour soutenir toutes les banques qui doivent apporter des prêts de trésorerie aux PME. Et c'est vital que la BCE, le 12 mars prochain, jeudi prochain, j'ai eu l'occasion d'échanger avec Christine LAGARDE sur ce sujet, dise très clairement aux banques qui doivent prêter aux PME, qui sont en difficulté, qui ont des problèmes de trésorerie, "nous répondrons présents et nous avons le soutien de la Banque centrale européenne." La deuxième étape c'est le 16 mars, réunion de tous les ministres des Finances de la zone euro, puis de tous les ministres des Finances de l'Union européenne, nous devons décréter la mobilisation générale, nous devons travailler à un plan de relance qui pourra passer par des mesures fiscales, par des mesures budgétaires, par des baisses d'impôts, pour que dès que la crise épidémiologique sera derrière nous, nous puissions relancer la machine économique. Moi, quand je regarde les fondamentaux de l'économie française, ils sont bons, mais nous nous prenons cette vague très violente, qui touche toutes nos PME, tous nos commerces, nos artisans, le monde de la culture, il faut que chacun sache que le moment venu, quand il faudra appuyer sur le bouton, nous aurons préparé les mesures, nous aurons un plan de relance disponible…

LEA SALAME
Un plan de relance de combien de milliards d'euros ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ça ce sera à discuter dès le 16 mars, mais moi je souhaite que le 16 mars on ne soit pas là en train d'échanger entre ministres des Finances pour dire "tiens, c'est dur ici, c'est difficile là, qu'est-ce qu'on fait ?", non, je proposerai une série de mesures, fiscales, budgétaires, permettant de définir un plan de relance européen, coordonné et massif, qui nous permettra de relancer la machine économique au lendemain de la crise.

NICOLAS DEMORAND
Alors justement, vous recevez tout à l'heure à Bercy une cinquantaine d'acteurs économiques, dites-nous, Bruno LE MAIRE, quelle est l'ampleur des pertes enregistrées par l'économie française aujourd'hui ? Vous aviez chiffré à -0,1 point de croissance les pertes, avant de dire que ce serait beaucoup plus significatif. Certains évoquent -0,3, -0,4% de croissance, donc en moins cette année, est-ce que ces chiffres-là sont délirants, crédibles, sérieux ? Dites-le nous.

BRUNO LE MAIRE
Non, ces chiffres ne sont pas délirants, même si je ne vous donnerai pas de chiffres précis ce matin.

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi, parce que vous ne l'avez pas ?

BRUNO LE MAIRE
Ce que je peux vous dire c'est que…

NICOLAS DEMORAND
Bruno LE MAIRE, vous ne l'avez pas, ou vous ne voulez pas le dire ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je vais vous donner des indications, mais pas de chiffre précis. Première indication, l'impact sera sévère sur la croissance française en 2020, deuxième indication, cet impact sera de l'ordre de plusieurs dixièmes de point de PIB, la seule évaluation que j'avais donnée jusqu'à présent c'est 0,1 point quand c'était cantonné à la Chine, je vous dis que l'impact sera de plusieurs dizaines de points de PIB, donc c'est un impact qui est sévère. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous commençons à avoir les premières remontées du premier trimestre, et qu'est-ce qu'on s'aperçoit ? C'est que, en janvier, jusqu'à mi-février, on commençait à avoir une reprise qui était bonne, et les indicateurs étaient bien orientés, et puis on voit, à partir du moment où l'épidémie se déclenche que, effectivement, il y a un très brutal ralentissement. Nous aurons ce matin les premiers chiffres d'évaluation de la Banque de France, je vous dis que sur l'année 2020 ce sera plusieurs dixièmes de point de PIB. La deuxième raison c'est qu'il y a un fort ralentissement, dans toute la zone euro, notamment chez nos principaux partenaires commerciaux, je pense à l'Italie, et je pense à l'Allemagne. Et la troisième raison c'est que la crise aujourd'hui est mondiale, donc elle aura aussi un impact sur la croissance mondiale. Tout ça m'amène à chiffrer l'impact sur la croissance française à plusieurs dixièmes de point de PIB, je donnerai un chiffre précis le 15 avril, lorsque je présenterai le programme de stabilité pour l'Union européenne.

LEA SALAME
Mais est-ce qu'on peut imaginer une croissance, en 2020, en dessous de 1% ?

BRUNO LE MAIRE
On peut imaginer une croissance, puisque je vous parle de plusieurs dixièmes de point de PIB, que l'évaluation de croissance que nous avions donnée c'était 1,3 pour 2020, donc faites le calcul, la soustraction n'est pas très simple, on peut parfaitement envisager d'être en dessous des 1 point de PIB en 2020.

LEA SALAME
Depuis fin février les entreprises touchées peuvent obtenir l'étalement du paiement des impôts et des cotisations sociales, demander à la BPI France de garantir 70% de leur crédit de trésorerie, recourir au chômage partiel. Est-ce qu'il y a d'autres mesures que vous annoncez pour les PME qui sont très durement touchées ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais les recevoir à nouveau ce matin, recevoir toutes les filières, avec Muriel PENICAUD, et nous allons faire le point avec les PME, avec les TPE, avec toutes les filières concernées. Je veux leur dire ce matin que c'est ma priorité absolue, quotidienne, permanente. Je reçois tous les jours des messages, des SMS, des appels, de commerçants, de restaurateurs, de personnes qui travaillent dans l'événementiel, qui me disent "tout est annulé, tout est fermé", de patrons de théâtre, de cinéma, qui me disent « on n'a plus un seul client », donc je veux dire, à chaque d'entre nous, à tous ceux qui nous écoutent, je m'occupe de vous tous les jours, tous les jours, tous les jours, c'est ma priorité absolue. Les mesures c'est d'abord l'activité partielle, et je profite du micro pour dire saisissez-vous de cette opportunité-là, l'activité partielle on l'a simplifiée, on l'a accélérée, vous la demandez, vous avez une réponse en 48 heures au lieu de 15 jours, et vous avez un taux de remplacement de 80% au niveau du SMIC. S'il faut aller plus loin, on va en discuter ce matin avec les entreprises, et si elles estiment qu'il faut aller encore plus loin, nous sommes prêts, avec Muriel PENICAUD, à aller encore plus loin.

LEA SALAME
Aujourd'hui il y a 900 entreprises qui ont demandé le chômage partiel…

BRUNO LE MAIRE
Oui, je pense que ça va fortement augmenter dès aujourd'hui.

LEA SALAME
Et vous encouragez les entreprises à se déclarer en chômage partiel, expliquez-nous.

BRUNO LE MAIRE
Oui, je les encourage, je les encourage à se déclarer en activité partielle, les coûts sont pris à notre charge, l'Etat et l'UNEDIC, et quel que soit le coût nous répondrons présents, et je pense que c'est aujourd'hui la solution la plus efficace. La deuxième c'est le soutien aux trésoreries, avec des reports de charges fiscales, des reports de charges sociales, et je vous dis ce matin que s'il y a besoin de dégrèvement d'impôts, nous ferons des dégrèvements d'impôts pour les entreprises qui seraient les plus menacées et les plus fragilisées. Je veux aussi profiter de votre antenne pour lancer un appel à la solidarité de toutes les grandes entreprises. Toutes les grandes entreprises doivent, comme l'Etat, faire preuve de solidarité vis-à-vis de leurs entreprises sous-traitantes et de leurs PME. Je vous donne un exemple, vous êtes une grande entreprise, vous avez commandé une prestation à un acteur de l'événementiel à 80 ou 90.000 euros, les arrhes ont été versés, vous ne demandez pas le remboursement des arrhes, et si possible vous réglez la prestation de 80 ou 90.000 euros, avec l'engagement, pour l'acteur de l'événementiel, de reporter la prestation d'ici 6 mois ou d'ici 1 an, mais au moins vous ne créez pas un trou de trésorerie vis-à-vis de cette entreprise qui peut être menacée, sinon, de disparition. Donc je lance cet appel à la solidarité de toutes les grandes entreprises, vis-à-vis des donneurs d'ordre, ce sera tout aussi efficace que les mesures que l'Etat pourra prendre.

LEA SALAME
Donc vous leur dites aux grandes entreprises, "ne réclamez pas l'argent des sous-traitants" ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis, déjà ne réclamez pas les arrhes, que vous avez versés, et puis si vous pouvez payer la prestation, quitte à obtenir un engagement de règlement de la prestation un peu plus tard, faites-le pour soulager la trésorerie des PME. Aujourd'hui la priorité absolue c'est soulager la trésorerie des PME et des TPE.

NICOLAS DEMORAND
Bruno LE MAIRE, avant de donner la parole aux auditeurs d'Inter, qui sont nombreux ce matin, dites-nous quel impact peut avoir ce virus sur les chiffres du chômage, qui était à la baisse ces derniers mois, est-ce que vous craignez les voir remonter ?

BRUNO LE MAIRE
L'impact économique et l'impact sur la croissance il aura évidemment, aussi, un impact sur l'emploi, et nous faisons le point avec Muriel PENICAUD, très régulièrement, j'aurai l'occasion de la voir tout à l'heure, je veux simplement redire à quel point les fondamentaux de l'économie française sont bons, et jusqu'à cette crise du coronavirus, tous les indicateurs étaient bien orientés, l'investissement, l'emploi, l'innovation, la croissance, nous avions un des niveaux de croissance les plus élevés de la zone euro, donc il faut retrouver cette situation le plus vite possible.

LEA SALAME
Oui, mais tout peut tomber à terre à cause d'un virus.

BRUNO LE MAIRE
Non, les fondamentaux ne tombent pas, ça veut dire justement, et c'est la stratégie que nous avons choisie, c'est une stratégie de réponse massive, la plus efficace possible, d'abord au niveau national, puis au niveau européen avec un plan de relance, pour que nous sortions de cette situation le plus vite possible.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mars 2020

Politique gouvernementale Epidemie Politique economique Politique commune 203000635
Date et heure de mise à jour

Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur l'impact économique de l'épidémie de COViD-19 , à Paris le 9 mars 2020.

Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, sur l'impact économique de l'épidémie de COViD-19 , à Paris le 9 mars 2020. Bruno Le Maire 09/03/22020 Coronavirus Réunion avec les acteurs économiques sur le coronavirus Covid-19

Bonjour à tous.


Nous avons tenu une nouvelle réunion avec la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et la secrétaire d'État, Agnès Pannier-Runacher, réunion de mobilisation pour toutes les entreprises qui sont touchées par l'impact du coronavirus sur notre économie, en particulier les PME, les TPE, les artisans, les commerçants, les plus petites entreprises.

Je voudrais d'abord vous confirmer, comme je l'ai fait auprès de ces entreprises, que l'épidémie de coronavirus aura un impact sévère sur l'économie française, qui se chiffrera en plusieurs dixièmes de point de PIB durant l'année 2020.

Nous venons d'avoir les premiers chiffres du trimestre 2020 qui montrent que l'économie française s'était bien redressée au mois de janvier 2020, preuve que l'économie française repose sur des bases stables.

En revanche, dès la mi-février et a fortiori début mars, nous voyons un impact très direct de l'épidémie de coronavirus sur notre économie. Je donnerai une nouvelle évaluation chiffrée lors de la présentation des prévisions du Pacte de stabilité, c'est-à-dire le 15 avril, où j'aurai une nouvelle prévision chiffrée de croissance française. Mais, je le redis, l'impact se chiffrera en plusieurs dixièmes de points de PIB pour l'économie française.

Si on regarde secteur par secteur, on voit bien qu'un certain nombre de secteurs sont très durement touchés et l'impact est violent pour ces secteurs.

Je vous donne quelques chiffres qui m'ont été donnés par les professionnels, il y a quelques instants. Ce sont des baisses de chiffre d'affaires de 60% en moyenne pour les traiteurs, de 30 à 40% dans l'hôtellerie, de 25% en moyenne pour les restaurateurs et des chiffres encore plus forts pour tout le secteur de l'événementiel, puisque les annulations se font aujourd'hui en cascade dans ce secteur-là.
Vous avez également des secteurs qui sont structurellement touchés. Je pense au secteur de l'automobile et au secteur du transport aérien.

Nous avons donc décidé ce matin, avec Muriel Pénicaud et avec Agnès Pannier-Runacher, de simplifier et de muscler notre réponse économique. Nous voulons avoir le dispositif le plus efficace possible, en particulier pour les secteurs qui sont en situation critique.

Le 15 mars prochain, il y aura les prochaines échéances des charges fiscales et sociales pour les entreprises. Toutes les entreprises qui sont confrontées à des difficultés pourront demander le report de ces charges sociales par simple envoi d'un mail. Nous allons également demander la possibilité de reporter les charges fiscales de la manière la plus simplifiée possible.

Nous avons également prévu un dégrèvement pour les impôts directs au cas par cas pour toutes les entreprises qui seraient menacées de disparition en raison de l'impact économique du coronavirus.

S'agissant de l'activité partielle, qui est un des dispositifs essentiels de soutien aux entreprises dans la période actuelle, et un des dispositifs les plus efficaces, la ministre du Travail vous fera le point dans quelques instants, mais nous avons également décidé de renforcer et de simplifier ce dispositif d'activité partielle pour qu'il soit encore plus efficace pour les entreprises.

Nous souhaitons également que la solidarité nationale joue à tous les niveaux et nous ne passerons ce moment difficile pour l'économie française que si nous sommes tous solidaires. Ce n'est pas simplement l'Etat, les pouvoirs publics qui doivent répondre. C'est notre responsabilité au premier chef.

Je compte donc sur la solidarité nationale des donneurs d'ordre privé, des grandes entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants, de toutes les entreprises qui avaient fait des commandes d'événementiels et qui ont été contraintes de les annuler en raison de cette épidémie. Je souhaite qu'elles ne demandent pas le remboursement des arrhes et qu'elles payent la prestation dans toute la mesure du possible, quitte à obtenir ensuite un engagement de l'entreprise d'événementiel sur un prochain événement un peu plus tardif.

J'ai demandé également au médiateur des entreprises d'étudier le cadre juridique que nous pourrions mettre en place pour l'application du cas de force majeure dans l'exécution des contrats privés.

J'aurai également au téléphone le président de l'Association des maires de France et le président de l'Association des départements de France pour leur demander qu'ils appliquent ce cas de force majeure de coronavirus à l'ensemble de leurs marchés publics. Nous le faisons pour les marchés publics d'Etat. Je souhaite que ce soit le cas pour les marchés publics passés par les communes et par les départements.

Je rappelle que la semaine dernière, les présidents de région se sont engagés à ce que le coronavirus soit considéré comme un cas de force majeure pour l'exécution de tous les marchés publics passés par les régions. Cela veut dire que si vous avez une entreprise de bâtiment et de travaux publics, elle a un retard dans l'exécution de son contrat parce qu'elle n'arrive pas à se fournir en matière première ou parce qu'elle a un certain nombre de ses salariés qui sont confinés, elle exécute le contrat avec du retard, sans aucune pénalité.

C'est cela la solidarité nationale et, je le redis, elle doit jouer à tous les niveaux : l'État, les collectivités locales, les départements, les régions, les communes et les entreprises privées, en particulier les grands donneurs d'ordre privé.

J'appelle également, dans le même esprit, les bailleurs à faire preuve de compréhension dans leurs loyers vis-à-vis de tous les commerçants qui ont à régler leurs loyers dans les semaines ou dans les mois à venir.

Nous avons également prévu que les filières les plus concernées par l'impact économique du coronavirus soient reçues ici, au ministère de l'Economie et des Finances.

Agnès Pannier-Runacher recevra chacune des grandes filières qui nous ont dit être les plus impactées par cette crise : l'automobile, le transport aérien et le secteur de la mode et du luxe. Ces trois filières seront réunies par la secrétaire d'Etat dans les jours qui viennent et reçues l'une après l'autre pour faire un point précis sur leurs demandes.

S'agissant du transport aérien, je suis intervenu auprès du commissaire européen Paolo Gentiloni, que j'aurai à nouveau au téléphone aujourd'hui, pour lui demander que les compagnies aériennes puissent conserver leurs créneaux aériens sans avoir à faire tourner leurs avions à vide dans le ciel. Il est totalement absurde que cette réglementation s'applique dans les circonstances actuelles.

Je souhaite que la Commission européenne puisse confirmer que les compagnies aériennes garderont leurs créneaux aériens.

S'agissant des questions de trésorerie, nous avons à nouveau mobilisé la Banque publique d'investissement, qui est totalement mobilisée partout sur le territoire pour apporter des réponses de trésorerie aux entreprises qui en auraient besoin avec, je le rappelle, une garantie de prêt qui est portée de 40 à 70%.

J'ai également demandé à la Banque publique d'investissement qu'elle soutienne la trésorerie non seulement des PME, comme c'est son rôle, mais également des entreprises de taille intermédiaire. Nous allons donc élargir le champ d'action de la Bpi pour soutenir la trésorerie de toutes les entreprises en France.

Par ailleurs, je vous confirme que je suis en contact quotidien avec la Commission européenne, avec l'ensemble de mes homologues européens. J'ai eu longuement le vice-chancelier Olaf Scholz ce matin au téléphone, pour préparer une réponse forte et coordonnée de l'Union européenne à l'occasion de la prochaine réunion des ministres des Finances de l'Union européenne, le 16 mars à Bruxelles. Il est indispensable que nous travaillions ensemble sur un plan de relance coordonné, fort, qui nous permette de sortir le moment venu de cette crise du coronavirus et de l'impact économique sévère qu'il a sur nos économies.

Pour terminer, je voudrais vous dire ma conviction qu'il y aura un "avant" et un "après cette épidémie de coronavirus sur l'organisation de l'économie mondiale et que nous voyons bien, dans un certain nombre de secteurs, à quel point il est important de réfléchir à une meilleure organisation des chaînes de valeur, à une relocalisation d'un certain nombre d'activités stratégiques, en particulier dans le domaine de la santé, et à bâtir une mondialisation où les chaînes de valeur soient mieux protégées, plus indépendantes et évitent également des déplacements qui sont parfois inutiles, alors même que certaines productions pourraient être faites à proximité.


Je vous remercie et je laisse la parole tout de suite à la ministre du Travail.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 11 mars 2020

Politique économique Epidemie Aide aux entreprises Politique commune 203000602
Date et heure de mise à jour

Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, en réponse à une question sur le Brexit et la politique commune de la pêche, à Paris le 29 janvier 2020.

Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux affaires européennes, en réponse à une question sur le Brexit et la politique commune de la pêche, à Paris le 29 janvier 2020. Amélie de Montchalin 29/01/2020 Brexit Question d'actualité au Sénat

Merci Monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur,


Comme vous le savez, comme nous le savons, dans deux jours, les Britanniques quittent l'Union européenne. Mais les pêcheurs, eux, ne quitteront pas les eaux britanniques puisqu'ils ont, vous l'avez rappelé, accès pleinement à ces eaux jusqu'au moins au 31 décembre 2020. Et les Britanniques continueront d'appliquer pleinement les règles de la politique commune de la pêche jusque-là.

Mais nous devons, et vous le soulignez très bien, préparer l'avenir pour que de Dunkerque à Brest, nous puissions garantir à ceux dont c'est le métier, à toute la filière, aux transporteurs, aux filières de transformation, la capacité de poursuivre leur métier.

Et donc, avec Michel Barnier, ce matin encore au conseil des ministres, avec le président de la République, Jean-Yves Le Drian, bien sûr les échanges que Didier Guillaume a pu avoir dans sa filière de négociation, nous faisons de la pêche un enjeu central, un enjeu majeur.

C'est un enjeu de vigilance absolue, car je le dis très clairement, il doit y avoir un volet sur la pêche dans l'accord, ce n'est pas un sujet sur lequel nous tolérerons des décisions unilatérales.

La pêche est effectivement le secteur le plus touché, le plus visible, le plus emblématique. Et nous en faisons une ligne rouge absolue. Nous devons préserver l'accès aux eaux britanniques pour nos pêcheurs. Nous devons également nous assurer d'une clé de répartition pour que nous ayons des quotas et que nous protégions la ressource. Nous devons avoir des modalités pluriannuelles de gestion des stocks et nous devons avoir des conditions de concurrence équitables. Cela vaut d'ailleurs pour les agriculteurs, parce que nous ne pourrons pas tolérer que dans nos assiettes arrivent des produits qui ne respectent pas nos normes. L'ouverture commerciale que nous aurons dépendra de la convergence des normes.

Alors quoiqu'il arrive, quoiqu'il arrive, je vous le dis : nous avons onze mois. C'est ce que nous disent les Britanniques. Mais nous ne signerons pas sous la pression du calendrier un mauvais accord. Nous donnerons toujours primauté au fond, au contenu, à l'équilibre, à la loyauté.

Vous m'interrogez également sur ce que nous avons prévu en termes de contingence. Eh bien, les mesures étaient prises, s'il n'y avait pas d'accord pour le 31 janvier. Des fonds sont disponibles en cas de cessation d'activité. Ce n'est pas notre scénario et je préfère, dans les mois qui viennent, travailler avec vous pour que l'unité des 27 soit absolue, que les acteurs locaux soient mobilisés à nos côtés. Nous le sommes pleinement et je serai dès la semaine prochaine, avec Sibeth Ndiaye notamment, en Normandie à Port-en-Bessin, parce que c'est avec les pêcheurs que nous devons construire notre stratégie.


Je vous remercie.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 février 2020

Royaume-Uni UE - Grande Bretagne Peche maritime Politique commune 203000302