Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la remise de la Légion d'honneur à quatre personnalités en raison de leur engagement pour l'intérêt général, à Paris le 18 novembre 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur la remise de la Légion d'honneur à quatre personnalités en raison de leur engagement pour l'intérêt général, à Paris le 18 novembre 2019. Emmanuel Macron 18/11/2019 Légion d'honneur Remise collective de Légions d'honneur

Monsieur le premier ministre, Monsieur le président de l'Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le Grand Chancelier de la Légion d'honneur, mon général, Mesdames Messieurs les parlementaires et les préfets, Monsieur l'ambassadeur, Monsieur le gouverneur de la Banque de France, Monsieur le président du Conseil départemental, Mesdames et Messieurs les maires, Mesdames Messieurs, chers amis, nous sommes réunis ce soir tous ensemble dans cette salle des fêtes parce que la République rend hommage à quatre destins, quatre personnalités hors du commun venant de territoires éloignés par la distance comme par les diversités de leurs atouts, de leurs contraintes aussi, qui ne partagent pas toujours les mêmes formations professionnelles, pas toujours les mêmes philosophies ou convictions politiques et donc dont la probabilité on aurait pu penser de se retrouver dans la même salle à l'Elysée un soir aurait pu être faible. Pourtant, ils sont tous quatre ce soir réunis au coeur de notre République qui les honore ensemble.

Car au-delà des différences, ce qui relie chacun d'entre eux est cela même qui fait avancer la France sur le chemin du progrès : leur engagement pour un village ou une ville, pour un territoire, pour les Français, pour l'intérêt général. Tous les quatre sont animés d'une immense envie de faire, de servir les autres, d'améliorer leur vie et ce qui a conduit à ce qu'ils gagnent chacun avec son destin particulier et sa trajectoire qui lui est propre, et je vais y revenir, la confiance de nos concitoyens. Et je dois dire que j'ai appris à connaître chacun des récipiendaires de ce soir dans une histoire chaque fois différente et j'ai toujours été un témoin admiratif de leur action au quotidien, de leur engagement tant pour leur territoire qu'au niveau national. Et ce soir à travers eux quatre c'est aussi plus largement toutes celles et ceux qui s'engagent pour notre République — nos élus comme les responsables qui prennent parfois des risques — que je souhaite ici honorer.

Cher Dominique BAERT, cher Dominique, partout où vous passez vous faites souffler une bourrasque d'énergie aussi puissante que le vent du Nord qui a forgé votre jeunesse. Vous avez été successivement ou simultanément un économiste patenté, un professeur passionnant, un conseiller passionné, un député et un maire que rien n'arrêtait.

Votre histoire d'amour avec Wattrelos, ancienne ville ouvrière enlacée par Tourcoing, Roubaix et la Belgique a commencé dès votre naissance. Vous y avez vu le jour en 1959 dans une famille modeste d'un père facteur et d'une mère couturière dans une usine.

On vous connaissait, je dois bien le dire, à 10 rues à la ronde comme l'enfant qui aimait tellement l'école qu'il pleurait les jeudis de ne pouvoir y aller. Sociable et curieux de tout, vous n'étiez pas pour autant de ces premiers de la classe solitaires qui préfèrent les livres aux gens. Vers 15 ans, vous avez été saisi par deux passions qui ne vous ont jamais quitté même si l'une et l'autre vous ont peut-être parfois un peu coûté : la politique et la moto. Quand vous n'étiez pas occupé au club d'échecs ou à rédiger le journal du lycée, vous signez la ville avec vos amis motards vos cheveux longs au vent, arborant fièrement vos pantalons pattes d'éléphant et vos blousons de cuir savamment copiés sur ceux de Johnny HALLYDAY, votre idole. Je laisse chacun se figurer la scène.

Un soir, le troquet du quartier fut en émoi. Monsieur BAERT père qui venait toujours à la fin de sa tournée de facteur y annonçait triomphalement à qui voulait l'entendre que son fils venait d'être admis à Sciences Po Paris juste après sa maîtrise d'économie à Lille. Il en avait les larmes aux yeux. Ses interlocuteurs n'étaient pas loin d'être gagnés par la même fierté de savoir un enfant du pays si brillant.

Mais Paris n'a jamais su voler votre coeur. Il était tout donné à Wattrelos, la belle ouvrière au teint de brique rouge frangée de cheminées d'usine. Et le fils prodige est aussi devenu le fils prodigue revenant vite sur ses terres parmi les siens dès les études finies pour travailler à la Banque de France, déjà Messieurs les gouverneurs, à Arras puis à Roubaix tout en devenant conseiller municipal de Wattrelos dès 1983. Les années passent.

Au début des années 90, la Banque de France s'est vue privée de vos services durant 3 ans par la chose publique : le cabinet du Premier ministre Edith CRESSON puis du ministre de la fonction publique et des réformes administratives Michel DELEBARRE, un autre homme de la région ayant eu le flair de s'accaparer votre expertise en macroéconomie. Vous avez également conseillé Pierre MAUROY lorsqu'il était premier secrétaire du Parti socialiste, une des figures politiques qui, je crois pouvoir le dire, vous a le plus marqué et que vous avez le plus admirée avec celle de François MITTERRAND. Loin de vous échauder, ces expériences ont confirmé votre appétence pour la politique et pour cette belle idée qu'est le socialisme.

En 1997, vous abandonnez à nouveau la Banque de France et troquez votre fauteuil de banquier pour les banquettes de velours rouge de l'Assemblée nationale. Vous devenez député PS du Nord. Durant vos trois mandats parlementaires, vos compétences économiques ont été pleinement utilisées au sein de la commission des finances ou encore lors de missions d'étude comme celle pour la simplification administrative pour les PME que vous avez confiée alors le premier ministre. Votre présence et votre implication vous ont valu le titre de meilleur député au nord de Paris dans le classement d'un grand magazine économique. J'ai pu moi-même constater dans une vie antérieure l'engagement, le savoir-faire, la compétence du député que vous étiez sur chacun des sujets fiscaux ou économiques mais plus largement sur tout ce qui fait le quotidien de l'Assemblée nationale.

Et pourtant dès 2000 vous portiez sur les épaules une magnifique et lourde responsabilité supplémentaire, celle enfin de la mairie de Wattrelos. Vous avez fait vôtre le combat d'un territoire, de son développement économique. Lorsque vous êtes arrivé à la mairie, les dernières industries de brasserie, de peignage, de filage, de tissage textile mettaient la clé sous la porte. Les friches et les panneaux « bail à céder » colonisaient le paysage. Face à la désindustrialisation de la région, à la fuite de la population vous n'avez pas baissé les bras. Vous avez refusé justement la fatalité des événements et vous avez comme quelques autres élus de cette région mis toute votre énergie pour justement conjurer cette fatalité. Vous avez lutté de toutes vos forces pour le logement et pour l'emploi déployant 70 hectares de parc d'activités, attirant les entreprises nouvelles (Jules, Transpole, Promod), obtenant le maintien de la plateforme logistique de La Redoute.

Je l'ai constaté moi-même sur le terrain : durant toutes ces années vous n'avez jamais cessé. A côté de ce volontarisme économique et industriel, vous avez aussi toujours eu l'exigence de solidarité chevillée au corps. Vous avez modernisé l'hôpital et la maison de retraite qui se sont également vus adjoindre un institut médicoéducatif. Vous vous êtes engagé pour toutes les générations, des crèches aux écoles jusqu'aux foyers logement pour nos aînés. La doyenne de la ville du haut de ses 105 ans attend avec impatience le café que vous ne manquerez pas de venir prendre avec elle le jour de son anniversaire comme chaque année. C'est cela Dominique BAERT, cet engagement et cette bienveillance au quotidien qui fait que vous voir déambuler dans votre ville c'est avoir la conviction que vous êtes partout chez vous. Et c'est ce qui explique aussi ce choix fait en 2017 de la ville, qu'elles qu'en soient les difficultés, précisément peut-être à cause des difficultés et les plus politiques au coeur même de cette région qui vous a fait choisir la ville plutôt que l'Assemblée.

Vous avez lancé des chantiers d'insertion qui ont permis à plusieurs centaines de personnes de retrouver une place dans la société dans les espaces verts, les travaux d'entretien. Homme de lien, de contact, vous avez développé les associations locales qui permettent de danser la country aussi bien que de parler Chti et vous ne manqueriez une assemblée générale pour rien au monde. Et pour fédérer les énergies de la région vous avez pris la vice-présidence de Lille Métropole. Et à côté de cet engagement, il y a aussi l'Européen, l'Européen convaincu que vous êtes. La frontière belge n'est pas pour vous une barrière mais un pont, une force, un canal d'échanges et d'enrichissement. Aussi avez-vous renforcé, raccordé à la Belgique le réseau routier, peut-être aussi par souci d'échanges avec le pays d'Hergé et de Franklin, vous le passionné de bandes dessinées dont les murs de la maison sont recouverts de planches.

Vous qui avez enseigné l'économie dans les instituts de sciences politiques et d'administration publique durant une dizaine d'années, vous qui vouez un culte à l'histoire et vous passionnez pour Napoléon avez un sens profond de la transmission et les enjeux d'éducation sont sans doute parmi les plus importants dans votre engagement de maire. Parmi les 32 établissements scolaires de la commune il n'en est pas un qui n'ait été rénové ou reconstruit par vos soins. Votre première réserve parlementaire — oui Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, à l'époque cela existait — a servi à équiper les écoles d'ordinateurs auxquels s'ajoutent progressivement des tablettes. Les écoliers voient intervenir dans leurs cours des artistes, des animateurs sportifs, des professeurs du conservatoire de musique. Il fait bon être un enfant à Wattrelos. On peut même s'engager en politique grâce au conseil municipal des enfants que vous avez créé en 2005.

Vous veillez également aux enjeux de sécurité par la défense du budget du commissariat de police, le développement de la vidéoprotection de la ville faisant honneur à votre grade de colonel de réserve de la gendarmerie. En vous Wattrelos a trouvé un colonel en effet et s'est engouffré dans le sillage d'espoir que vous tracez, galvanisé par votre devise « Y croire toujours et renoncer jamais » Tous les grands soldats ont néanmoins une blessure. La vôtre vous a foudroyé un jour de juin 2015 lorsque vous avez été renversé à moto par un chauffard, accident qui vous a coûté une jambe et presque la vie. Plusieurs se souviennent dans cette salle des heures d'angoisse, des jours à attendre des nouvelles et du combat que vous avez durant toutes ces semaines et ces mois livré avec un courage infini. Avec une incroyable force de résilience, vous avez réussi à puiser dans cette épreuve douloureuse une espérance. En effet, par un magnifique retour du destin, la femme qui vous a sauvé la vie ce soir-là en comprimant l'hémorragie lorsque vous gisiez sur le trottoir était une femme au RSA que vous aviez aidée quelque temps plus tôt. Les médecins pensaient que vous mettriez un an à remarcher mais vous vous êtes battu comme toujours, avec le même acharnement que vous mettez dans toutes choses. Quelques jours après, vous dirigez déjà la mairie par coups de fil interposés depuis votre lit d'hôpital. Trois mois plus tard vous étiez debout, tôt revenu à la mairie comme à l'Assemblée. Et je me souviens d'une rentrée parlementaire dès les premiers jours de septembre où vous étiez bien là reparti à l'assaut.

L'émotion a été grande parmi les habitants de Wattrelos car vous appartenez un peu à chacun d'entre eux, je dois bien le dire, et cela a sans doute encore renforcé les liens dès ce moment. Et oui votre compétence, votre empathie, votre cordialité vous ont gagné tous les coeurs. Aussi lorsque l'année suivante j'ai eu la chance de vous accompagner lors de la fameuse fête des Berlouffes que je recommande à chacun n'en ayant pas fait l'expérience, un jour un dimanche de la fin du mois d'août, j'ai pu, pendant plusieurs heures, à vos côtés, passer de rue en rue, de jardin en jardin avant de célébrer, autour des moules frites puis du filet américain frites, la convivialité d'une terre qui nous est si chère, et pour réaliser combien ce que vous avez créé avec chacun des habitants, quels que soient d'ailleurs les désaccords, est un lien familial, parfois quasi filial.

Vous êtes un parfait représentant de cette chaleur légendaire des gens du Nord. Je m'en suis personnellement rendu compte, et je peux en effet en témoigner. Et au-delà de cet attachement, il y a, chez vos concitoyens aussi, de l'admiration, de l'admiration pour tout ce que vous avez fait, pour ce que vous avez porté, pour la manière dont vous les représentez, ne transigeant jamais sur vos convictions et les valeurs qui sont les vôtres, ne cédant à aucune facilité dans une terre où il eût été si facile de se laisser flatter par les extrêmes, quelques populismes. Non. C'est avec la même exigence, la même volonté de faire et d'aller de l'avant, que vous avez toujours administré la ville. Vous poussez d'ailleurs le souci du budget municipal jusqu'à mettre un point d'honneur à vous faire élire systématiquement au premier tour, évitant les frais d'un deuxième scrutin. Votre record personnel, à 69 % des voix en 2008, témoigne d'ailleurs de votre capacité à dépasser les clivages politiques. On entend, quand on se promène avec Monsieur le Maire, cette phrase de manière récurrente : « Je ne suis pas de gauche mais je suis pour BAERT ».

Vos 20 ans d'engagement ont porté des fruits manifestes et l'imperceptible reprise démographique de l'année dernière, alors que, depuis 1975, la ville avait perdu 20 00 habitants au gré de la fermeture de ses usines, semble être une hirondelle du printemps de Wattrelos. Le nouveau logo que vous lui avez donné montre une silhouette aux bras levés et au coeur rouge vif avec ce slogan : « une ville au coeur qui bat ». Cette silhouette, dans la force de son élan, de son dynamisme, vous ressemble. Le coeur battant de Wattrelos, c'est vous.

Cher Dominique, vous êtes tout à la fois un généreux et un fidèle. Vous avez tout sacrifié à vos engagements, pris tous les risques et jamais compté votre temps. Pour ces 20 ans d'abnégation totale de vous-même pour votre ville, pour la République, pour vos combats, pour cette capacité à incarner un territoire, à faire corps avec lui, à rassembler au-delà des partis ou des factions, pour tout cela, au nom de la République française, j'ai l'honneur et le bonheur de vous faire officier de la Légion d'honneur. Cher Jean ARTHUIS, vous avez été un serviteur du bien public, un grand intendant de la France, un père de l'euro et un héros de l'Europe. Vous êtes un engagé de notre République comme du combat européen. Vos mains ont pris le pouls économique d'une nation entière et tenue les cordons des bourses communales comme européennes avec toujours une droiture et une fermeté intangible. Vous avez, réunies en vous, des qualités qui se retrouvent rarement en un seul homme et qui vous rendent aussi à l'aise sur les sentiers de Mayenne que dans les couloirs de Bercy à gravir les marches des hémicycles qu'à arpenter les sentiers ruraux.

La ferme angevine où vous êtes né s'appelait la Fleur de Lys, un comble pour quelqu'un qui a consacré sa vie aux institutions républicaines. Mais c'est dans cette école familiale que vous avez reçu vos premières leçons de microéconomie, si je puis dire, à côté de vos grands-parents paysans et de vos parents volailler à Château-Gontier. En livrant les dindes et les chapons sur votre Solex, vous vous êtes probablement endurci aux futurs coups de bec de la vie politique et vous y avez pris le pli du travail bien fait. Vos parents voyaient mal, au début, l'utilité des longues études, mais chaque année, vos brillants résultats scolaires et l'insistance de vos professeurs arrivaient à les convaincre de vous laisser continuer un an de plus.

Tout cela vous conduisit jusqu'au baccalauréat de philosophie ainsi emporté, et c'est cette année de votre bac de philo que vous vous êtes passionné pour la pensée de TEILHARD DE CHARDIN, ce scientifique et prêtre du début du XXème siècle qui voit la politique comme le garde-fou de la terre contre la folie destructrice de l'homme. Cette philosophie, d'ailleurs, et plus largement l'inspiration de ce philosophe, à qui nombre de philosophie politique du XXème siècle doivent beaucoup au demeurant, vous a toujours accompagné. Vous poursuivez ainsi les études, continuant ce travail de conviction familiale qui vous conduise jusqu'à Sup' de Co Nantes, dont vous sortez major, tout comme Sciences Po Paris. La conviction continue. De Nantes à Paris, vous excellez d'abord dans les études de commerce puis sur des sujets plus larges appris à Sciences Po, et vous entrez dans un cabinet d'audit. Vous faites vos premières armes. Mais la conscience d'une responsabilité politique semée en vous par TEILHARD germait déjà, peut-être aussi abreuvée par l'esprit de mai 1968, en tout cas de ces évènements.

Aussi, dès 1971, vous vous présentez aux élections municipales de la ville qui vous a vu grandir, Château-Gontier. Et alors que tout le monde vous prédisait l'échec, avec un brin de commisération dans la voix, vous êtes élu à 73 % des voix. Du haut de vos 26 ans, vous étiez ainsi, à l'époque, le plus jeune maire de France, porté par une triple aura, celle de votre nom familier aux oreilles locales, de votre jeunesse et de votre compétence. 1971, d'ailleurs, fut, si je puis dire ainsi, l'année des trois glorieuses. Vous remportez la mairie, vous épousez Brigitte, vous aussi, votre épouse, et pour garder votre indépendance financière, vous créez votre propre cabinet d'expertise comptable à Paris, que vous êtes parvenu à diriger en parallèle au prix d'allers-retours fréquents, d'un travail de spartiate auquel contribuait largement votre épouse.

Vous avez occupé ce poste de maire pendant 30 ans, 30 ans qui vous ont offert vos plus beaux souvenirs politiques. À l'échelle municipale, dites-vous, pas de place pour la mise en scène et les faux semblants. La relation est directe. On accorde sa confiance, on passe tout de suite du discours aux actes. Pour qui vous connaît, cela n'a pas de prix. C'est sans doute cette passion du travail de maire qui vous a enseigné cette salutaire impatience que je vous ai toujours vu avoir devant la procrastination, la lenteur des rapports ou des décisions publiques qui, à d'autres échelles, tardent à agir, font tarder à agir. Vous avez aussi acquis un sens très vif de l'authenticité politique, le dégoût de tous les faux semblants.

La trentaine d'usines relais que vous avez créé a offert aux Castel-Gontériens un quasi plein emploi. Votre marché aux veaux fut longtemps le plus grand d'Europe. Vous vous êtes préoccupé de santé, de sport, de culture, développant un nouveau pôle hospitalier, construisant une piscine couverte, un refuge pour les animaux maltraités, un théâtre à l'italienne de 500 places dans l'ancien couvent des Ursulines, devenu une scène nationale au large rayonnement. De l'économie au social en passant par la culture et au sport, ces 30 années de mandat furent 30 années de projets, de réalisation, d'actions.

Pour vous, la politique est au service du citoyen. Si vous vous reconnaissez dans des convictions centristes mâtinées de démocratie chrétienne, nulle logique partisane, je dois dire, nul plan de carrière ne vous a guidé. C'est d'ailleurs toujours pour mieux servir que vous avez accepté de compléter ce mandat de maire d'autres engagements, qui vous ont ensuite conduit progressivement vers de nouveaux combats. C'est pour mieux servir les Mayennais que vous êtes devenu conseiller général en 1976, puis vice-président du conseil général en 1982, et que vous avez poussé les portes du Sénat l'année suivante. Vous y avez été un des plus actifs contributeurs de la vie parlementaire, rapporteur général du budget de 1995 à 1998, directeur de commission d'enquêtes économique, président de la commission des finances de 2002 à 2011.

Je ne pourrais ici lister l'ensemble de vos oeuvres parlementaires, mais tous ceux qui ont pu passer des auditions, ou qui vous affrontaient, qui avoir à vous répondre, ont toujours eu à apprécier la précision du travail et l'exigence mise en oeuvre, la même exigence que celle que vous aviez eu à Château-Gontier. Travailleur impénitent, vous menez tout de front, vous le petit-fils de paysan, vous ne devez vos réussites qu'à la force de votre labeur acharné, de vos talents, des jours, des soirées, des nuits même passées à parapher et étudier des dossiers, un labeur que vous adoucissez souvent par un fond sonore de musique classique ou par quelques chansons de vos amis, Alain SOUCHON ou Laurent VOULZY.

Votre efficacité prodigieuse et votre capacité à jongler entre toutes vos charges d'élu feraient presque hésiter les adversaires les plus convaincus du cumul des mandats. Le sablier du XVIIIème siècle qui trône sur votre bureau, un cadeau des Augustines de Château-Gontier, vous rappelle d'ailleurs sans cesse la valeur du temps. C'est peut-être à l'emploi de ces instruments de mesure un peu archaïques que vous devez d'ailleurs votre réputation de retardataire récidiviste. D'aucuns pourtant ont le prosaïsme de prétendre que c'est plutôt parce que vous partez à l'heure où vous devriez arriver à vos rendez-vous. Je veux ici vous rassurer, cette maladie, vous n'êtes pas le seul à l'avoir contractée, et elle n'est pas rédhibitoire.

Ce n'est donc peut-être pas votre ponctualité, mais c'est bien votre talent qui vous a valu d'être appelé au gouvernement à 42 ans. En 1986, vous avez été nommé par Jacques CHIRAC, alors Premier ministre de François MITTERRAND, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires sociales et de la Santé, puis secrétaire d'Etat à la consommation et à la concurrence. Lorsque Jacques CHIRAC fut élu président, vous êtes ensuite devenu ministre de l'Economie et des Finances dans le gouvernement que dirigeait Alain JUPPÉ.

Commença alors une des missions les plus difficiles et exaltantes de votre vie, et je dois le dire, beaucoup l'ont oublié aujourd'hui, mais l'un des défis aussi les plus exaltants que ce gouvernement avait à gérer : la préparation du passage à l'euro. Et sans le travail acharné de ces années, nous n'aurions pas aujourd'hui le luxe de discuter certaines des politiques et parfois de nous diviser autour de la table entre Européens. Vous avez réussi, à l'époque, la prouesse de baisser le déficit de 6 à 3 % du produit intérieur brut et avec vos 15 homologues européens, vous êtes parvenu à la conclusion d'un pacte de stabilité et de croissance pour harmoniser les comptes publics de chaque Etat.

Ce projet titanesque, que vous menez aux côtés du Premier ministre avec brio, était à la mesure de votre stature de bâtisseur, de réformateur. Avec un oeil d'une acuité implacable sous ce sourcil gauche toujours imperceptiblement froncé, vous discernez immédiatement les faiblesses, les failles, les fautes, et n'avez de cesse de les dénoncer et de les pallier. Vous avez lutté contre la désertification de la France, les délocalisations, les surrémunérations d'élus, vous battant pour sauver l'emploi industriel français en particulier dans les PME pour instaurer une TVA sociale, un de vos chevaux de bataille, avec le franc parler qui vous caractérise et la ténacité que chacun ici vous connaît. Vous n'avez pas hésité non plus à exprimer le bilan que vous considériez comme mitigé de vos années de parlementaires, que vous jugiez comme trop timoré mais à redoubler d'effort lorsque précisément vous êtes aux manettes. Je dois dire que durant ces années au gouvernement, le travail fait fut décisif pour notre pays et que les acquis de ces deux années en termes de sérieux budgétaire, de réformes souvent difficiles à conduire dont certains d'ailleurs ne veulent retenir que les combats qu'ils ont suscité en oubliant les résultats qu'ils ont permis d'obtenir ont été décisifs pour la crédibilité de la France et la construction de la zone euro.

En politique, dites-vous, la lucidité ne sert à rien sans le courage des actes. Or le courage cela n'est pas ce qui vous manque. Plutôt que de clore paisiblement votre mandat de sénateur sous les dorures du Palais du Luxembourg vous faites campagne en effet dans les années qui suivront, en 2014, pour devenir député européen afin d'agir plus efficacement sur les finances nationales et de conquérir de nouveaux horizons. L'idée européenne est d'autant plus profondément ancrée en vous que vous avez été, comme je le disais, un de ses architectes dans les coulisses de Bercy. Sous la bannière des Européens qui réunit l'UDI de Jean-Louis BORLOO et le Modem de François BAYROU vous gagniez à votre cause une circonscription Grand-Ouest et devenez en 2014 un député européen et président de la commission européenne des budgets.

Vous défendez là une certaine idée de l'Europe, une Europe dont vous voulez renforcer la gouvernance politique, l'infléchissant vers plus de fédéralisme avec un budget et de moyens forts, une diplomatie commune, une politique de défense, une armée car le partage d'une même monnaie implique à vos yeux une meilleure intégration politique. Vous défendez des idées qu'on n'osait plus défendre et qui ne sont pas toujours les plus populaires. Mais vous les défendez pas simplement dans les hémicycles bruxellois, non, mais dans les cours de ferme aussi et j'ai pu le voir.

Au milieu des crises multiples que vous avez traversées durant votre mandat vous parvenez à mener à bien vos réformes, à faire voter des lois de protection des droits d'auteur, des données privées, des lanceurs d'alerte, des ressources halieutiques, combattez le chômage des jeunes en promouvant la mobilité Erasmus des apprentis. Et je vous ai vu en effet constamment mener avec courage et opiniâtreté ces grands combats européens qui vous sont si chers : celui pour l'apprentissage et celui pour la clarté d'une zone euro plus intégrée. Vous continuez à porter d'ailleurs ce combat d'un Erasmus des apprentis au-delà même de votre mandat en travaillant à la création d'une fondation dédiée et en continuant l'engagement aux côtés de notre gouvernement.

Vous avez démontré que les échelles politiques et les strates géographiques ne s'excluent nullement, qu'on peut être profondément Castel-Gontérien résolument français et ardemment européen. De bout en bout de ce cursus honorum que je viens de rappeler vous êtes resté fidèle à vous-même : un homme d'ancrage, fidèle à vos engagements, à vos amitiés, à votre territoire. Quand vous étiez député européen vous avez toujours réussi à consacrer vos vendredis et samedis à votre circonscription, délaissant pour quelques heures Strasbourg et Bruxelles.

Quitter la mairie de Château-Gontier après 30 ans de mandat fut pour vous un véritable déchirement. Il fallait choisir, et vous êtes encore je dois d'ailleurs le dire président du conseil de l'hôpital depuis 47 ans. Vous élevez trois poulinières dans la ferme de vos parents car l'équitation est chez vous une passion aussi vivace que la politique. Vous n'êtes pas le seul au demeurant ici même. Le rapport que vous avez remis au Premier ministre l'an dernier pour redynamiser la filière équine française unissait d'ailleurs ces deux amours. Vous qui aviez hésité à devenir jockey et concourriez à des courses de trotteurs entre deux commissions des finances montez encore régulièrement. L'équitation comme l'économie est au demeurant une question d'équilibre et je ne doute pas que celui qui a harmonisé tant d'assiettes économiques ait aussi une très harmonieuse assiette à cheval.

Cher Jean, votre équilibre personnel lui doit beaucoup au regard de vos proches rarement éblouis par la pompe républicaine. Quand vous étiez ministre des finances vous êtes rentré chez vos parents en Mayenne juste après avoir annoncé la baisse d'un point de rémunération du Livret A. Je crois que votre mère alors avait su vous accueillir. Vous n'avez jamais gardé (sic) ce contact avec le terrain et je dois dire que c'est ce qui est admirable dans vos convictions qu'elles soient nationales ou européennes. Vous défendez des idées qui sont parfois partagées dans des cercles restreints mais vous les défendez avec force et conviction au plus près du terrain. Et parce que sans doute vous comptez depuis 48 ans sur le juste recul et le soutien de votre épouse, sur vos enfants, Emilie et Guillaume, tous deux entrepreneurs, sur vos quatre petits-enfants, ce bon sens de vos grands-parents et de vos parents qui vous a fait (sic) forgé comme ce socle familial que vous protégez plus que tout est je crois aussi ce qui vous a permis de mener tous ces combats avec un engagement qui ne comptait pas mais une stabilité qui savait où étaient les racines et à qui on devait les vraies choses. Cet épanouissement est sans doute le socle de votre force tranquille, de ce calme olympien que 20 heures d'affilée de débats budgétaires au Sénat ne peuvent pas même troubler.

Cher Jean, toute votre vie vous avez fait vôtre au fond cette pensée de TEILHARD qui affirme que « notre devoir en tant qu'être humain est de procéder comme si les limites de nos capacités n'existaient pas ». Comme si, sans jamais oublier l'humilité qu'un tel volontarisme doit accompagner. A force d'agir selon cette maxime, vous avez repoussé souvent vos limites très loin. Et je dois dire que je dois beaucoup à la force de cet engagement, à ses convictions, à cette volonté et cette capacité de prendre des risques. Rien ne vous obligeait alors que le jeune ministre démissionnaire que j'étais s'engageait dans une campagne incertaine vous-même à prendre des engagements à mes côtés, à vous exposer dans les terres qui étaient les vôtres où vous étiez respecté et connu de tous pour expliquer où nous pouvions aller ensemble et ce que nous pouvions faire. Alors je dois le dire pour ces capacités hors normes que vous avez déployées durant ces décennies et mises à chaque fois au profit de l'intérêt général, pour tous ces risques pris, pour ces combats emportés, pour cet amour de votre ville ainsi transformée et ses réussites comme pour l'amour du combat européen qui n'est pas encore terminé, inlassable chez vous, pour un demi-siècle de service de la France à toutes les échelles de son organisation politique, du territoire au continent, pour ce dévouement corps et âme à l'idée démocratique, à l'idée républicaine, à l'idée européenne j'ai l'honneur, cher Jean ARTHUIS, de vous faire Chevalier de la Légion d'honneur.

Monsieur Robert HUE, cher Robert, votre vie au fond s'est épanouie au soleil d'un idéal. Cet idéal ne s'est jamais accompli mais il aura accompli l'homme que vous êtes. Car c'est dans la lumière éclatante d'un idéal d'égalité, dans la chaleur douce d'un rêve de fraternité que s'est forgée cette voie singulière que vous portez dans la politique française depuis plus de 50 ans.

Au Parti communiste que vous avez rejoint à 16 ans, vous avez gravi tous les échelons. Vous, le fils d'ouvrier, vous qui n'avez pas eu les moyens de faire médecine avait été maire, député, député européen, sénateur, président d'un parti politique, candidat aux élections présidentielles sous ses couleurs.

Entre temps la société s'est transformée, le rêve premier s'est abîmé contre la butée de l'histoire. Si l'horizon vers lequel vous avancez n'a pas tant changé les chemins que vous tracez pour le rejoindre ne sont plus tout à fait les mêmes. Et sur ce parcours d'engagement qui n'est pas linéaire vous ne vous êtes jamais essoufflé, porté vous aussi par cet élan resté intact d'améliorer la vie des gens. Parce qu'au fond, si je puis dire, chez vous c'était un vrai idéal. Il n'y a jamais eu de cynisme. Et cet idéal s'est forgé au coeur d'un engagement familial, amical, à hauteur d'homme et jamais en surplomb. A hauteur d'homme, en se frottant chair contre chair, destin contre destin, difficultés contre difficultés. Jamais en étant protégé ou en laissant prendre les risques aux autres, en étant hors sol, jamais.

Il y a en vous un peu d'Etienne LANTIER du « Germinal » de ZOLA et du docteur RIEUX de « La Peste » de CAMUS au fond : des personnages qui choisissent de se battre au nom de la fraternité humaine mais qui le font au réel, au contact des hommes. Notre histoire politique est faite de tas de destins où les gens se sont souvent battus pour des idéaux à la condition de ne jamais vivre avec les autres. C'est même souvent une posture politique et un choix assumé. Vous c'est tout l'inverse, c'est votre vie au milieu des autres qui vous a fait aimer l'humanité et la force de cet idéal. Votre vie résonne des pages d'espoir d'un ARAGON, des lignes de la désillusion d'un KUNDERA, des vers de René CHAR, de la voix tendre de Jean FERRAT.

La politique française ne fabrique peut-être plus assez de grands destins républicains comme le vôtre. Né au lendemain de la Libération, vous avez grandi dans les années 50 et 60 à Cormeillesen-Parisis, une petite commune du Val d'Oise. Vous venez je le disais d'une famille modeste : votre père était maçon et votre mère ouvrière textile. Dans ce foyer, on manquait parfois d'argent mais, je crois pouvoir le dire, jamais de courage ni d'amour. Vous avez été bercé dans les bras d'un héros de la Résistance. Enfant, vous déceliez dans son regard les traces d'une guerre que vous n'avez pas vécue, l'ombre de ceux qui ne sont pas revenus et que vous ne connaîtrez jamais. Et dans ces récits vous avez admiré ceux qui ont dit non et ont pris le maquis. Ce sont ces histoires, je crois pouvoir le dire ici, qui vous ont forgé la mythologie personnelle comme le tempérament.

La guerre finie, les armes posées, le combat de ce héros de la Résistance n'a pas cessé. Il a simplement changé de nature et d'objet. Il se battait sous l'étendard rouge du communisme et tous les dimanches matin vous l'accompagniez vendre L'Humanité à l'entrée des cités ouvrières. Votre père, oui, votre père vous a transmis l'engagement en héritage. Toute votre vie a été comme aiguillonnée par ce désir d'être à la hauteur de ses actes, des sacrifices du résistant et des combats du militant. Toute votre vie, je pense a été forgée par le respect profond du militant parce que c'est lui qui vous a élevé, éduqué, parce que vous connaissiez le prix de cet engagement, le coût de ces luttes, les sacrifices de ses dimanches, de ses soirées, leur coût pour la vie familiale.

D'autres figures vous ont aussi servi de modèle ou de boussole. Il y eut cet instituteur, Claude WEBER, qui était aussi député du Val d'Oise. Il incarnait à vos yeux la fraternité, le combat pour l'égalité, cette fidélité à la voix du peuple qu'il portait haut dans l'hémicycle. Vous avez placé vos pas dans les siens en occupant son siège lorsque vous devenez à votre tour député en 199. Il y eut aussi celui qui vous appelait affectueusement petit frère, un ouvrier qui se battait pour ses droits et celui de ses pairs et qui est mort de sa condition, Michel COURRIC, le visage de ceux que vous avez voulu défendre et protéger toute votre vie en luttant contre les inégalités.

Auprès de ces hommes, dans la lumière de leurs engagements, vous aviez déjà fourni vos armes de militant mais vous avez eu envie d'entrer pleinement dans le champ de bataille de la politique après un événement qui, vous révoltant, vous a donné la force d'aller au front. Le 8 février 1962, vous preniez part à une manifestation pour la paix en Algérie, rue Charonne, à Paris. 11 manifestants sont alors tués. C'était plus d'injustice, d'horreur, de racisme insidieux que vous ne pouviez supporter. Le lendemain, vous adhériez aux Jeunesses communistes, et ce fut le début, comme inexorable, de ce destin politique. Un an après, vous adhériez au parti. Cette soif d'agir concrètement, d'améliorer sensiblement le quotidien des hommes et des femmes dont vous connaissez les difficultés vous pousse aussi à vous engager en politique locale. Avec vos camarades, vous avez construit, pierre à pierre, la maison du communisme de Cormeilles, qui se tient toujours fièrement debout. À seulement 31 ans, vous devenez maire de Montigny-lès-Cormeilles, et pendant un peu plus de trois décennies, vous développez une relation de confiance avec ses habitants, créant du lien dans une ville confrontée aux difficultés du périurbain et de son évolution.

Vous avez connu l'époque où l'on entrait dans un parti comme on entre en religion, mais jamais vous ne vous êtes laissé aveugler par le système auquel vous apparteniez, jamais, sans doute parce que tout cela procédait d'une histoire très intime, celle que je viens de rappeler. Jeune maire communiste, vous ne vous laissez pas, contrairement à la majorité de vos camarades de l'époque, méduser par le mirage soviétique. L'admiration pour ce régime, qui avait vaincu le nazisme, se transforme en désillusion en 1968, lors de l'invasion de Prague. Vous croyez en une liberté qu'il bafoue. Vous prenez vos distances avec ce régime dès lors que vous découvrez qu'il est celui de la répression, et faites vôtres les paroles de votre ami Jean FERRAT qui, dans sa chanson « Camarade », dit que ce beau mot de camarade était devenu dès lors un nom terrible qui avait le goût d'une mascarade. Durant toutes ces années, vous construisez une action locale, au contact, efficace, pragmatique et courageuse dans une banlieue difficile, constamment, là aussi, dévoué.

En 1989, lorsque le mur de Berlin tombe, entraînant bientôt dans sa chute celle du régime qui l'avait construit, vous n'y voyez pas l'effondrement du communisme. Votre communisme à vous n'est pas celui de l'archipel du goulag qui disparaît, mais celui des grandes luttes d'émancipation du Front populaire, de la résistance, de l'anticolonialisme. Au contraire, le crépuscule du soviétisme était pour vous une chance à saisir pour réinventer l'organisation du Parti communiste français, adapter son projet à l'époque et aux attentes de nos concitoyens.

Quand, je dois bien le dire, à la surprise de tous et surtout à la vôtre, Georges MARCHAIS fait de vous son successeur à la tête du Parti communiste en 1994, vous entamez avec courage une mutation du parti. Pour être utile au présent et penser l'avenir, le parti doit se réformer en interne, pensez-vous. Mais si vous êtes déjà prêt à ces changements, bon nombre de vos camarades ne le sont pas encore tout à fait. Néanmoins, vous menez ce combat avec détermination et courage durant toutes ces années.

Candidat aux élections présidentielles de 1995 et de 2002, vous vous lancez à la conquête des Français en leur proposant un Parti communiste qui change et qui progresse. Vous leur promettez d'être davantage défendus, entendus, respectés. Des blocages en interne et l'évolution de la perception du communisme par les citoyens ont raison de l'ambition visionnaire que vous vouliez insuffler au sein de ce parti, auquel vous avez consacré votre jeunesse militante et 10 années d'engagement à sa tête. Peut-être au fond arriviez-vous presque un peu tard dans cette mutation et avez-vous payé, dans cette perception, quelques évolutions qui avaient tardé.

Je parle à dessein d'une ambition visionnaire, car vous vous êtes rendu compte plus tôt que la plupart d'entre nous que, pendant des années, le manège de la vie politique, de ces partis nés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de ces élus et de ces élections, tournait à vide, qu'il ne se préoccupait plus que de ses intérêts et non plus de ceux des Français. Vous êtes parmi les premiers ayant occupé de telles fonctions à avoir justement annoncé les changements profonds que notre vie politique allait connaître. Dans un livre que vous avez publié en 2014, vous livriez en titre cette prophétie qui est le fruit d'une singulière clairvoyance : les partis vont mourir et ils ne le savent pas.

Votre fidélité néanmoins à la défense de la liberté est, je dois pouvoir le dire, à l'origine de cette évolution de votre propre mutation. Dans la genèse de cette inflexion se trouve aussi le séisme qui vous a ébranlé le 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie LE PEN arrive au second tour de l'élection présidentielle. Ce fut un déchirement pour vous comme pour beaucoup ici dans cette salle. Vous qui vous souveniez de la promesse qu'avait faite votre ami Jean FERRAT, à ces nus et maigres et tremblants de la déportation, vous n'oubliez pas et vous savez le prix des possibles trahisons.

En effet, à peine 50 ans après ces promesses, ses enfants l'oubliaient déjà et portaient leurs suffrages à un parti d'extrême-droite et à son candidat négationniste. Vous qui étiez candidat à cette élection avez vu une partie de l'électorat populaire dès ce moment, et, avec lucidité, l'avez dit et combattu. Vous avez vu les Michel COURRIC de votre enfance parfois se détourner du communisme et donner leur voix au Front national. Vous l'avez dénoncé et l'avez combattu. Ce constat a renforcé votre détermination à renouveler la manière de faire de la politique et d'engager les citoyens. De là est venue précisément votre volonté de sortir progressivement d'un système qui ne voulait pas se réformer pour fonder, en 2009, votre propre mouvement : le Mouvement unitaire progressiste. De là est venue votre force d'agir par-delà les clivages politiques, de faire front, à mes côtés, pendant la campagne présidentielle de 2017.

Votre parcours est singulier, unique dans la vie politique des dernières décennies, mais il est le fruit de cet engagement familial, amical, et d'un homme qui s'est frotté aux événements et aux morsures de l'histoire, que je n'ai rappelées à l'instant qu'à coups de cavalcades. Mais je veux que chacun ici mesure la responsabilité qui fut la vôtre durant toutes ces années, ces décennies, celle de porter la voix d'un communisme français qui s'est tôt distingué du soviétisme et a voulu revenir à des fondements français, à un goût de la liberté et de l'égalité qui étaient au coeur de ce qu'était ce parti dans notre pays.

Vous qui avez pris les responsabilités en tant que dirigeant, candidat à deux reprises à l'élection présidentielle, parlementaire et dirigeant de ce parti, de nouer des alliances, y compris pour participer à une gauche de gouvernement dans des temps où il était plus facile de critiquer au balcon, vous qui avez su, durant toutes ces années, mener l'exigence du progressisme, l'exigence de l'égalité et les convictions du communisme en étant toujours républicain, vous qui avez su mener toutes les luttes en ayant, chevillé au corps, ce qu'impliquent les libertés de la République, c'est à dire la lutte contre la haine, le respect de l'autre, la condamnation de toute violence, je veux que chacun mesure dans cette salle ce que cela veut dire.

Nous manquons de dirigeants comme vous. Aujourd'hui, à une époque où, lorsque la haine s'abat et qu'au nom d'idéaux, la destruction se joue dans la rue, trop de voix se taisent, qui deviennent alors complices. Trop de voix laissent confondre des idéaux avec le nihilisme de la violence. Vous avez toujours eu ce discernement qui, toujours, accompagne la liberté vraie et la force des grands engagements. Cet engagement ne s'est pas arrêté aux portes de la politique. Et si, en homme de parole que vous êtes, vous avez laissé la place à une nouvelle génération politique, vous avez su promouvoir des dirigeants nouveaux, former des parlementaires à venir et des élus locaux, l'engagement coule toujours dans vos veines.

Désormais, vous avez décidé de vous consacrer à des engagements au-delà de nos frontières, à des causes. Je veux ici en citer une qui, je le sais, vous tient à coeur : la lutte contre la drépanocytose, une maladie génétique très répandue sur le continent africain. Avec la même énergie, le même talent, c'est ce combat que vous menez aujourd'hui en lien avec notre pays, les organisations internationales, les grands dirigeants du continent africain, et ce faisant, vous renouez un peu avec votre première vocation, la médecine, ce qui n'a rien d'étonnant. Quoi de plus concret pour améliorer là aussi la vie des gens que de les sauver ou les soigner ? Et vous réconciliez ou renouez nombre de fils de votre vie politique, ce soin de l'autre, ce goût pour la médecine, ce goût pour l'international, cet engagement pour le continent africain.

Laisser la place, ce n'est donc pas renoncer à s'engager, c'est sans doute faire un peu plus de place aussi à sa famille et ses proches, car nous le savons tous ici, la politique est une cruelle voleuse de temps aujourd'hui. Vous vengez aussi un peu le butin qu'elle s'était accaparé auprès de votre épouse Edith, de vos deux enfants, Charles et Cécilia, et de vos quatre petits-enfants. Vous leur devez tant de temps et d'engagement. Et vous qui, jeune, chantiez dans un groupe de rock, donnez de la voix lors des grands moments de famille comme le mariage de votre fille, on s'étonne d'ailleurs d'apprendre que ce groupe de jeunesse s'appelait Les Rapaces, ce qui n'est pas exactement conforme aux gestes de votre vie qui seraient plutôt le contraire, celui d'une main perpétuellement tendue vers les autres.

Cher Robert HUE, cher Robert, vous avez, durant ces décennies d'engagement, su concilier cette force de l'idéal avec un humanisme véritable. Vous avez su conjuguer la sincérité d'un engagement et de combats absolus avec la bienveillance en politique, le culte du sourire et la capacité à ouvrir les bras, là aussi parfois si rare. Pour ce destin exemplaire et votre engagement sans faille, pour la dette jamais oubliée à l'égard de tous les Michel COURRIC et de tous les résistants, au premier titre desquels celui qui vous a élevé, pour votre action au plus près de nos concitoyens et votre apport aux grands débats idéologiques de notre temps, pour ce courage et cette clairvoyance, je suis heureux, ce soir, de vous faire chevalier de la Légion d'honneur.

Monsieur Vanik BERBERIAN, cher Vanik, je dois dire qu'en préparant cette soirée, les souvenirs d'une journée froide mais ensoleillée du mois de février dernier se sont pressés dans ma mémoire, les images d'un village superbe, dont les toitures pentues se dressent au coeur d'une vallée luxuriante, les noms de tous ces artistes qui ont trouvé au fil des siècles un foyer et l'inspiration, les visages et les voix aussi de tous nos concitoyens qui sont venus à ma rencontre pour me faire part de leurs craintes, leurs attentes, leurs espoirs me sont revenus. Ces moments passés ensemble dans votre mairie, où tous les cadres se multipliaient, les paysages de la commune comme les titres de gloire de celle-ci.

Ce village, cher Vanik, c'est le vôtre : Gargilesse-Dampierre, avec sa mairie, son église, son château, son auberge et son bistrot, mais aussi un musée riche d'objets littéraires et insolites, avec les souvenirs et l'ombre de George SAND, les méandres de la rivière, il est sans conteste et fut reconnu comme tel, l'un des plus beaux villages de France. Depuis 30 ans, vous en êtes le maire, la sentinelle amoureuse de ses pierres et de ses âmes.

Cette journée, vous vous en souvenez, a eu lieu dans un moment particulier de l'histoire de notre pays. Depuis plusieurs semaines, des Français se réunissaient sur les ronds-points pour exprimer une colère qui couvait depuis longtemps, une colère qui s'est drapée dans le jaune de la détresse. Le premier, vous avez proposé d'ouvrir grand les portes des mairies, avec l'Association des Maires Ruraux de France, que vous présidez depuis plus de 10 ans. Dans un moment où, je le sais, vous n'auriez dû vous soucier que de vous et de votre santé, vous avez consacré tout votre temps au pays. Surtout, je dois le dire, il eût été si facile de dire pour vous, beaucoup plus que pour beaucoup d'autres qui, alors, l'ont dit : « je l'avais bien dit, je l'avais prédit, je l'avais vu, ils sont tant à ne pas m'avoir écouté… Le pays se dénoue, et nous l'avions vu, nous, maires ruraux qui n'étions pas suivis. » Non, vous vous êtes engagé, vous avez tôt dit, tout de suite : « ce combat est le nôtre. Les gens sont sur les ronds-points ? Qu'ils reviennent dans les mairies. Ils s'insultent ? Qu'ils viennent écrire. » Et vous avez ouvert ces fameux cahiers, sur lesquels les concitoyens de tant de villages, puis tant de villes sont venus écrire, qui leur colère, qui leur détresse, qui leurs propositions. Vous avez redonné un cadre républicain à la colère. Ces cahiers, que vous avez ouverts dans vos mairies, vous me les avez remis à l'Elysée, avec vos collègues maires. Ils ont tous été lus, mais c'est cette démarche, cette première initiative qui m'a convaincu que ce cadre-là était le bon, qu'il fallait prendre ce risque avec vous, ou plus exactement qu'il fallait prendre le mien, à ce moment-là, parce qu'il y avait cette force d'âme, et que le Grand débat s'est ainsi lancé. Et ce moment, qui je crois, restera de la vie de notre République, où à la colère, nous avons collectivement répondu par le dialogue, un cadre donné, une écoute, une considération, vous doit immensément.

De cette journée à vos côtés, je garde en moi comme une boussole les propos des passants qui m'ont dit leurs préoccupations. Je me rappelle aussi de votre proximité avec chacun des habitants, qui vous font confiance depuis tant et tant d'années, de ces liens que vous avez su tisser par l'écoute et l'action. Et dans cette période de révolte et de déchirement, vous avez joué un rôle essentiel, vital dans notre démocratie. Vous avez été un médiateur en chef, un grand conciliateur.

Il semble, au demeurant, que cette capacité à jeter des ponts entre les territoires et entre les hommes puise sa source dans votre histoire familiale. Vous êtes l'arrière-petit-fils de Rétéos BERBERIAN, poète et fondateur du prestigieux Collège BERBERIAN de Constantinople, le petit-fils de Schan BERBERIAN, philosophe qui a fui le génocide arménien, et le fils d'Ardavast BERBERIAN, peintre qui a laissé l'empreinte de son talent, d'ailleurs, non loin d'ici, puisque la lumière du ciel s'immisce dans la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, par le filtre coloré de ses vitraux. Toute votre famille, au fond, est celle d'une histoire d'amour tressée avec l'Arménie et la France. Vous êtes aussi le fils de Paule PASCHKE, laborantine à l'institut Jules Verne dont le frère unique est un résistant fusillé lors de la Seconde Guerre mondiale. Des artistes, des intellectuels, des héros : telle est la noblesse de votre lignage et la grandeur de votre nom. Certains de vos aïeux ont traversé les heures les plus sombres du XXe siècle. Tous pourtant ont été à leur manière des bâtisseurs de culture, apportant chacun leur pierre à l'édifice de notre civilisation. C'est pourquoi il y a comme une évidence dans votre engagement et comme un prolongement de cette histoire familiale.

Dans ce qui est aujourd'hui votre quotidien, cette histoire est aussi celle, au fond, d'un arrachement puisque le génocide arménien a poussé votre famille à l'exil et parce que votre famille a dû quitter la terre qui les avait vus naître, grandir et mourir en paix depuis des générations. Vous avez toujours été à la recherche, au fond, d'un enracinement perdu. Après votre scolarité, des études supérieures en économie et gestion, avec une spécialité déjà en gestion des collectivités locales. C'est, je crois, presque par le hasard que vous découvrez votre commune, par un ami qui vous conduit là. Et lorsque, dans les années 80, pour la première fois, vos yeux se posent sur les belles maisons de pierre qui s'enroulent autour de la Creuse et de la Gargilesse, vous, vous le petit-fils d'immigré arménien, le Parisien de naissance plus que de coeur, avez enfin le sentiment d'arriver en terre promise, sur un sol où vous alliez pouvoir plonger de nouvelles racines.

Et en vous voyant sur les hauteurs de Gargilesse-Dampierre, je me remémorais cette phrase que BRETON a eue lorsqu'il découvre Saint-Cirq-Lapopie, après avoir erré dans tant de villes, de Nantes à Paris en passant par beaucoup d'autres. Il a cette phrase sublime, je cite de mémoire, donc à peu près. Il dit : « Alors, j'ai cessé de me désirer ailleurs. » Il en fut ainsi de vous. Vous vous installez là, vous décidez que vos racines sont là et vous avez cette foi - si je puis dire - du converti qui fait que vous êtes plus attaché à Gargilesse-Dampierre que quelques natifs depuis plusieurs générations du village. Cette quête de l'enracinement, c'est celle de votre engagement sans faille pour cette maison que vous vous êtes choisie. C'est aussi l'explication de l'énergie que vous consacrez à protéger et défendre les « chez soi » d'autrui et au premier chef, tous ces villages français menacés d'abandon et de désertification. Au fond, vous avez cet attachement à nos villages, non pas comme ceux que dénonçait BRASSENS, les « imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Au contraire, comme les républicains qui sèment quelque part parce qu'on habite là et parce que cet endroit est lié à d'autres, mais parce que là, déjà, se joue la République et une part de son destin.

Vous qui avez choisi la ruralité savez mieux que personne l'attrait que ces territoires peuvent exercer sur des citoyens urbains. Ils sont 100 000 chaque année à faire, comme vous, le chemin inverse de leurs ancêtres qui, eux, avaient quitté la campagne française de leur enfance, en quête d'un destin dans une grande ville. S'il a beaucoup dépeuplé nos campagnes, le développement urbain en a aussi renforcé le charme. Dans une France qui étend ses villes et ses centres commerciaux, qui étire ses logements, le village, avec son église, sa mairie, son monument aux morts, ses temporalités moins frénétiques et ses communautés plus soudées, se pare dans l'imaginaire des Français des couleurs chaudes, au fond, d'un bonheur simple et intemporel. Il redonne du sens à la République perceptible.

C'est ce que vous avez tôt compris et ce que vous avez su porter. Mais les femmes et les hommes qui habitent, travaillent et se déplacent, se soignent ou se forment en milieu rural ne vivent pas dans une carte postale. Ils ont des besoins concrets et réels. Ils se sentent délaissés et ce sentiment vous est familier. Vous l'avez vous-même éprouvé au fil du temps, à travers la dégradation de la petite ligne de train que vous avez l'habitude d'emprunter pour vous rendre à Gargilesse-Dampierre.

Ces revendications, vous ne cessez de les entendre chez vous, dans l'Indre, comme partout en France lorsque vous vous déplacez à Gargilesse-Dampierre, vous répondez à ces préoccupations en vous battant pour le développement local, en protégeant le patrimoine bâti, en développant la vie culturelle et touristique de la commune et en tâchant de préserver les services publics, tous, je vous ai vu à l'oeuvre. Chaque maison qui menace de tomber, c'est un engagement du maire. Le café qui ferme, c'est un engagement du maire. La notion de service public à l'échelle de GargilesseDampierre s'étend aux confins des lois qui avaient défini la liberté d'entreprendre à la fin du XIXème siècle parce qu'il en va ainsi du dynamisme du territoire. Vous êtes infatigable. Une école qui ferme est inacceptable, mais je n'oublie pas l'enseignement alors reçu : l'école qui ferme, c'est grave, mais le bistrot, ça l'est au moins tout autant.

Mais, au-delà de Gargilesse-Dampierre, les années passent et le fossé se creuse entre une France rurale menacée par l'isolement et la déréliction et une France urbaine tournée vers le monde. Dès votre premier mandat, commencé en 1989, vous vous êtes engagé auprès des maires ruraux pour soutenir leur engagement de chaque instant pour des gens dont ils connaissent intimement les visages et les noms, dont ils partagent charnellement les peurs et les rêves. En 2008, vous devenez président de l'Association des maires ruraux de France, cette confrérie d'irréductibles Gaulois, comme vous l'appelez, qui résiste à l'extension du domaine de la ville à la prolifération contemporaine de l'urbain. Depuis, vous n'avez pas cessé de parcourir le territoire, d'écouter chacun et de porter ces revendications auprès des pouvoirs publics. Je suis bien placé pour le savoir.

Vous honorez en cela la vocation première de l'AMRF, créée en 1971. Cette fondation fut en effet un cri d'alerte des maires ruraux face à une loi, la loi Marcellin à l'époque, qu'on leur imposait sans les consulter. Inlassablement, vous vous battez pour une reconnaissance du statut de l'élu, nous en avons parlé et le sujet est désormais à l'Assemblée nationale. Ceci doit aussi beaucoup à votre engagement. Inlassablement, vous vous battez pour le maintien des services publics dans les zones rurales. Inlassablement, vous promouvez la notion d'équilibre du territoire, pointant les injustices dont souffrent les territoires ruraux tout en répétant ce que vous croyez profondément : ils sont une chance pour l'avenir de la France, et je le crois aussi.

Ce combat, nous l'avons entendu, et j'ai souhaité que l'agenda rural que vous appeliez de vos voeux devienne enfin une réalité. Elaboré en concertation avec les acteurs de la ruralité grâce à l'engagement de la ministre, fort de plus de 170 mesures, il a surtout vocation à donner une autre image de la ruralité, celle de territoires attractifs, indispensables à l'équilibre de la France, de son développement futur, de sa transition écologique et solidaire, de la construction d'un nouvel aménagement de notre espace, de nos territoires, un aménagement géographique mais aussi culturel et de sens auquel je crois profondément. Nous sommes à un point d'inflexion du pays, et c'est cette voie nouvelle que nous sommes en train de bâtir.

Cette détermination à faire entendre la voix de ceux qu'on entend moins sur la scène politique et médiatique est, au fond, au coeur même de votre tempérament, et ne date pas d'hier. Elle était déjà présente chez le jeune homme de 20 ans, jeune militaire à Besançon, à qui, comme tous les militaires, quelle que soit leur condition sociale, on avait voulu faire payer de sa poche un écusson pourtant obligatoire. Révolté par cette injustice, vous avez alors haussé la voix et fini par faire plier l'armée. L'écusson est devenu gratuit. Nous aurions dû nous méfier, dès ce moment-là, de ce jeune intrépide. Mais cette expérience fut un véritable viatique politique. Vous aviez compris qu'il n'y a pas d'évidences qui ne puissent être contestées, qu'il n'y a pas de pratiques qui ne puissent être remises en cause, et qu'il n'y a aucune absurdité que l'entêtement ne saurait faire céder. Si l'on demande aux habitants de Gargilesse-Dampierre qui est leur maire, beaucoup évoquent un homme qui, tous les matins, prend son café au bistrot du village, ce bistrot que j'évoquais à l'instant comme faisant partie de vos engagements, ce lieu où les gens se réunissent. On y échange les nouvelles, les rires, les bons mots, les idées. C'est l'âme du village. C'est aussi ce qui nous a inspiré en déployant ces 1 000 cafés qui visent à réanimer le coeur de 1 000 villages français. L'une des choses que je retiens de la crise qui a secoué notre pays, c'est cette aspiration française de nos concitoyens à la communauté. Au-delà des revendications auxquelles nous avons apporté des réponses, les Français, en sortant de chez eux en se réunissant sur des ronds-points, ont, au fond, redécouvert dans bien des endroits la fraternité, la chaleur des liens humains, de l'échange, de l'entraide. D'aucuns ont perverti cela et ne cherchent que l'anomie ou la violence solitaire, mais je ne veux pas oublier ce mouvement spontané aussi, qui est celui que vous avez su percevoir et qui, au coeur de la politique que nous voulons désormais conduire, est essentiel.

Cher Vanik, vous qui vivez tourné vers l'autre, à commencer par votre famille, votre frère Schahan, votre soeur Karine, votre beau-frère, votre belle-soeur et vos neveux et nièces, vous qui savez les mettre en joie en leur jouant des airs d'accordéon, en leur parlant de peinture ou d'Arménie, avez beaucoup fait pour recréer des liens entre les citoyens. Vous qui, en tant que maire, avez l'habitude d'être à portée d'engueulades des habitants de Gargilesse. Vous qui, depuis des mois, sentiez la colère monter et qui, en septembre 2018, parliez d'un risque d'insurrection déjà, avez joué ce rôle clé que je rappelais tout à l'heure pour notre histoire. Vous n'avez pas seulement compris, vous avez agi, par les mairies ouvertes, par les cahiers, en prenant aussi le risque de vous engager.

Le grand débat national, dont vous avez contribué à inventer les formes, a permis de mettre les revendications de chacun sur la table et d'y apporter des réponses concrètes, mais la transformation entamée ne pourra pleinement s'accomplir que sur le long terme et qu'avec des engagés comme vous, des femmes et des hommes qui, au quotidien, ne comptent pas leur temps, qui réparent parfois les injustices de la vie, les absurdités de certaines décisions, se battent avec entêtement. Et au coeur de la réinvention du rapport entre le pouvoir public et le citoyen, en effet, au-delà des décisions de toutes les lois, de tous les textes et de tous les décrets, se trouvent bien les maires, des engagés qui, pendant un temps, sont les premiers de la commune parce qu'ils ont décidé de s'y engager. Beaucoup ici ont vécu cet engagement, parfois aussi pendant des décennies dans les communes de France. Ils savent ce que cela représente de satisfaction de transformer la vie de nos concitoyens, parfois de l'ingratitude qui accompagne cela mais de ce que la République se joue bien à cet endroit, en cet endroit où le buste de Marianne trône et où la parole qui est donnée est celle qui nous engage tous.

C'est pourquoi demain, encore plus qu'aujourd'hui, vous pourrez engager et encourager les jeunes maires par ces quelques mots que vous avez confié à François PAOUR, alors dirigeant de la Fédération nationale des maires ruraux, lorsque le hasard d'une rame de métro avait poussé le jeune maire que vous étiez à croiser sa route : « tu verras, maire, c'est un boulot très difficile mais c'est passionnant. » Vous en êtes plus que convaincu. Cette passion, cette vocation a fait votre vie. Vous l'avez, je dois le dire, profondément transformée. Vous lui avez donné ses lettres de noblesse par votre action et votre sens des responsabilités.

Cher Vanik, pour votre vie consacrée à votre commune et aux territoires ruraux qui sont le ciment de notre pays, pour le rôle de tout premier ordre que vous jouez dans un moment décisif de notre histoire nationale, pour la générosité de l'engagement que vous avez depuis plus de 30 ans dans votre commune et depuis plus de 10 ans pour les maires ruraux de France, et pour la pudeur qui accompagne cet engagement, pour tout ce que je ne peux pas dire et qui le justifie plus encore, je suis particulièrement heureux, ce soir, de vous faire chevalier de la Légion d'honneur.

Elu Legion d'honneur Maire Vie politique 197002416

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 27 septembre 2019, sur le parcours de Jacques Chirac et sa place dans la vie politique de la Cinquième République.

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à RTL le 27 septembre 2019, sur le parcours de Jacques Chirac et sa place dans la vie politique de la Cinquième République. Edouard Philippe 27/09/2019 Jacques Chirac Décès de Jacques Chirac le 26 septembre 2019

YVES CALVI
Alba VENTURA, vous recevez ce matin le Premier ministre Edouard PHILIPPE.

ALBA VENTURA
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Est-ce qu'on peut dire que vous avez grandi politiquement dans les jupes de Jacques CHIRAC. J'entends par là qu'Alain JUPPE, votre mentor, était le fils préféré et Antoine RUFENACHT, l'ancien maire du Havre, Chiraquien parmi les Chiraquiens, auquel vous avez succédé. Est-ce qu'on peut dire ça ?

EDOUARD PHILIPPE
On peut dire que… Oui, on peut dire sans se tromper que, comme tous les Français de mon âge, Jacques CHIRAC a été une forme de… Un personnage qui était là et qui comptait. Qui était dans la vie politique, qui était dans la vie française. Certains l'admiraient et l'aimaient, c'était mon cas ; d'autres ne l'aimaient pas du tout mais enfin il était là.

ALBA VENTURA
Et je rappelle, voilà, vous êtes né en 1970.

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

ALBA VENTURA
Donc en fait, vous l'avez connu enfant, adolescent.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui. Enfin, connu comme tout le monde, pas connu personnellement quand j'étais enfant ni adolescent mais il était dans le paysage français et il comptait dans le paysage. C'est vrai que comme il comptait beaucoup comme Antoine RUFENACHT qui était mon prédécesseur au Havre et Alain JUPPE, et que moi j'ai eu le plaisir et l'honneur de rentrer en politique et d'apprendre la politique avec Antoine RUFENACHT et Alain JUPPE, il comptait peut-être encore un peu plus pour moi. Donc oui, et c'est ce qu'on ressent aujourd'hui. On ressent le départ de quelqu'un qui, quel que soit le rapport qu'on a eu avec lui - certains ont eu un rapport intime avec lui, d'autres un rapport bien plus distant - mais on ressent le départ de quelqu'un qui a compté, qui a pesé dans la vie. Une forme d'ombre tutélaire qui n'est plus là.

ALBA VENTURA
Mais hier, vous dites : « Je suis ému et un peu nostalgique. »

EDOUARD PHILIPPE
Oui, c'est vrai.

ALBA VENTURA
C'est quoi cette nostalgie ?

EDOUARD PHILIPPE
Emu parce que j'ai été très ému quand j'ai appris la nouvelle hier, et un peu nostalgique parce que c'est une partie d'une France qui passe et, sans être un coutumier de la nostalgie et en sachant que c'est la nature des choses, que les gens passent, que la France continue, oui j'éprouve une certaine forme de nostalgie.

ALBA VENTURA
Votre première rencontre avec Jacques CHIRAC, c'était quand ? Vous aviez quel âge ? C'était où ?

EDOUARD PHILIPPE
J'avais vingt-quatre ans, c'était à New York. Il venait d'être élu président de la République et moi j'étais jeune stagiaire à la représentation permanente de la France à New York.

ALBA VENTURA
C'était le stage de l'ENA, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est ça. Et comme j'étais le stagiaire, j'étais la dernière roue du carrosse dans cette organisation.

ALBA VENTURA
Vous serviez les cafés, quoi. Pardon.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, parfois. Enfin, parfois un peu plus mais parfois c'était ça. Et puis, c'était comme ça et c'est comme ça qu'on apprend après tout. Et donc comme il avait… Son premier déplacement s'était passé en Allemagne, comme c'est la coutume, et puis ensuite il partait à Halifax. Il devait y avoir, je ne sais pas, un G7 ou un G8, je ne sais plus. Et en passant par Halifax au Canada, et donc en passant il avait décidé de venir à l'ONU à New York parce qu'il avait déjà annoncé la reprise des essais nucléaires, parce qu'il voulait… Puis on était dans la guerre de l'ex-Yougoslavie. Bon, bref il passait et on m'avait demandé de participer à l'organisation du déplacement et moi j'étais quand même un peu… D'abord j'étais stagiaire et il ne fallait pas que je me plante et puis, ensuite, c'était quand même le président de la République puis c'était Jacques CHIRAC. Et je l'ai croisé au début et à la fin de sa visite qui a duré quelques heures. Et au début, il a été très… Il avait cette capacité en vous serrant la main, en vous regardant et au moment où vous vous présentiez à vous faire sentir que vous étiez là. Il était là pour vous et vous étiez là pour lui.

ALBA VENTURA
Vous vous êtes senti important.

EDOUARD PHILIPPE
J'ai senti qu'il se passait quelque chose entre nous. Alors rien de plus que ça mais tout ça. Et puis à la fin, le déplacement s'était bien passé, il a eu ces quelques mots qui sont à la fois, pas grand-chose mais qui comptent beaucoup quand on est un jeune homme qui aime la vie politique, qui aime la vie publique et qui a le président de la République en face de soi, qui étaient des mots d'encouragement, qui étaient des mots très bienveillants et il faisait ça très bien.

ALBA VENTURA
Et ça vous a rendu fier ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, sans doute, oui. Sans doute, sans doute.

ALBA VENTURA
Vous retenez quoi de Jacques CHIRAC ? Plutôt le bon vivant, amateur de tête de veau, la marionnette des Guignols, je sais que ça vous a beaucoup marqué ? Ou l'homme cultivé, curieux, passionné d'Histoire ?

EDOUARD PHILIPPE
J'essaye de retenir tout et dans Jacques CHIRAC, il y a tout. Des côtés absolument remarquables : sympathique, truculent, chaleureux, visionnaire, exigeant, et puis des côtés plus compliqués, plus sombres parce que je crois vraiment ça. Jacques CHIRAC c'était un Français, un Français au plein sens du terme, avec ses aspirations, ses contradictions, ses ambitions, ses moments de, peut-être à certains égards, de génie, en tout cas de génie national. Et puis aussi des phases plus compliquées, des hésitations, parfois des renoncements.

ALBA VENTURA
Des contradictions.

EDOUARD PHILIPPE
Des contradictions et c'est normal.

ALBA VENTURA
On va en reparler. Je vous ai lu, vous avez dit : « J'ai une tendresse particulière pour Jacques CHIRAC mais ce qui est vrai, c'est qu'il est plus méchant et plus cultivé que l'image qu'il a voulu donner. »

EDOUARD PHILIPPE
Oui, mais je crois que tous les gens s'accordent à le dire…

ALBA VENTURA
C'est-à-dire un homme raffiné mais aussi sans pitié.

EDOUARD PHILIPPE
Il a traversé la vie politique française pendant longtemps et en d'occupant les postes, et en atteignant les postes les plus exigeants. Ça dit quelque chose à la fois de son ambition et de sa force et de son énergie que chacun constate et que tout le monde célèbre aujourd'hui. Ça dit aussi quelque chose de sa dureté d'une certaine façon, et de sa capacité à faire des choix, à écarter, à surmonter les difficultés et c'est aussi ça, Jacques CHIRAC. Un homme à la résilience incroyable qui agoni d'injures, cerné de toutes parts, traçait son chemin parfois vivement et parfois rudement. Et je trouve que, au fond, lui rendre hommage comme nous le faisons aujourd'hui à juste titre, c'est aussi décrire l'homme dans toute sa complexité, dans ses contradictions car il y en avait.

ALBA VENTURA
Mais voilà, comme vous le dites, avec ses bons et ses mauvais côtés. Nicolas SARKOZY l'avait qualifié de roi fainéant. Vous diriez que Jacques CHIRAC c'est l'homme des réformes avortées ? Parce que, pardon Monsieur le Premier ministre, la réforme de la Sécu il a calé…

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non.

ALBA VENTURA
La réforme des retraites qui non seulement a fait tomber Alain JUPPE vous a été quand même léguée aujourd'hui, on en parle aujourd'hui, c'est l'actualité d'aujourd'hui. C'est aussi l'homme des réformes avortées ?

EDOUARD PHILIPPE
Non. Enfin, je ne dirais pas que c'est l'homme des réformes avortées. D'abord un certain nombre de réformes ont eu lieu. Vous voyez par exemple, je trouve que c'est… Je suis très surpris que depuis hier, on parle très peu de la réforme du service national. Il a pris la décision de supprimer le service national, pas pour le supprimer…

ALBA VENTURA
Bien sûr, on en a parlé. Mais ça, c'était courageux sans doute.

EDOUARD PHILIPPE
Pourquoi ? Pas pour supprimer le service national en tant que tel : pour adapter l'armée de 1995 au siècle qui venait et aux usages dont il pensait qu'on aurait à faire de l'armée aujourd'hui.

ALBA VENTURA
Il y a eu les morts sur les routes aussi.

EDOUARD PHILIPPE
Et il a réussi ça. Non mais je voudrais le dire, parce que parfois on présente Jacques CHIRAC comme vous venez de le faire : l'homme des réformes avortées ou celui qui aurait renoncé face à la difficulté.

ALBA VENTURA
Mais parce que c'est aussi Jacques CHIRAC et aujourd'hui…

EDOUARD PHILIPPE
Sa réforme était visionnaire en la matière.

ALBA VENTURA
Aujourd'hui, pardon mais vous êtes plus au courant que nous, je pensais Jacques CHIRAC sur la réforme des retraites, c'est ce que vous êtes en train de traiter aujourd'hui. Permettez-moi d'insister. C'est une réforme qui n'a pas été faite.

EDOUARD PHILIPPE
Il est comme tous les responsables politiques. Il ne peut pas dire et il ne pouvait pas dire au terme de l'exercice de ses mandats qu'il avait tout fait.

ALBA VENTURA
Mais vous diriez qu'il a manqué de courage par moment ?

EDOUARD PHILIPPE
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ce n'est pas le seul, ça arrivera à d'autres et ça m'arrivera à moi. On ne peut pas tout faire. Il y a des choses qui sont des réussites, il y a des choses qui sont des réussites qu'on oublie et puis il y a des choses qui n'ont pas été faites. C'est vrai.

ALBA VENTURA
Jacques CHIRAC avait pour habitude de dire, pour justifier sa prudence en matière de fiscalité : « Dans chaque niche, il y a un chien qui aboie », les niches fiscales. Vous êtes bien payé pour le savoir d'ailleurs, je pense à l'exonération des aides à domicile pour les plus de soixante-dix ans.

EDOUARD PHILIPPE
La formule dit quelque chose de très juste.

ALBA VENTURA
Volontarisme et prudence, en fait c'était ça Jacques CHIRAC.

EDOUARD PHILIPPE
Volontarisme sans doute, sans aucun doute. Prudence parce que je crois qu'il savait, qu'il mesurait que notre vieille nation était à la fois parfois capable de s'unir dans le meilleur mais toujours traversée par des forces qui la divisent et qui l'emmène vers la chicaya, vers la division, vers la controverse. Alors je ne crois pas qu'il avait peur de la controverse, pas du tout, mais je pense qu'il savait, comme d'ailleurs le savent les présidents, que la France est un pays qui doit toujours revenir à la question de son unité.

ALBA VENTURA
Monsieur le Premier ministre, un hommage sera rendu lundi en l'église Saint-Sulpice, donc jour de deuil national. Est-ce que le président va prendre la parole ce jour-là, à ce moment-là ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça, je ne sais pas s'il va prendre la parole. Je sais que la cérémonie aura lieu à Saint-Sulpice mais je ne sais pas qui prendra la parole.

ALBA VENTURA
Est-ce qu'il y aura un hommage national aux Invalides ?

EDOUARD PHILIPPE
Les modalités de la journée de lundi et de ce qui précédera sont en train d'être déterminées je crois en bonne intelligence entre la famille du président CHIRAC et la présidence de la République. On pourra communiquer, je pense, dans la journée sur un certain nombre de…

ALBA VENTURA
Sur des funérailles nationales par exemple ?

EDOUARD PHILIPPE
Sur la cérémonie d'hommage qui aura lieu lundi à Saint-Sulpice et sur, voilà, et sur la façon dont on accompagnera et les Français pourront accompagner cette cérémonie

ALBA VENTURA
Jacques CHIRAC, quand il était Premier ministre, quand il était à Matignon, il avait planté un pommier dans le jardin.

EDOUARD PHILIPPE
C'est moi qui ai planté un pommier.

ALBA VENTURA
C'est vous le premier ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

ALBA VENTURA
En hommage aux pommes de Jacques CHIRAC.

EDOUARD PHILIPPE
Notamment. La tradition veut que les Premiers ministres plantent des arbres dans le parc de Matignon. Et chacun plante un arbre et chacun choisit l'endroit où il le plante, et moi j'ai choisi de planter un pommier pour deux raisons. D'abord parce que c'est un arbre normand et que j'aime la Normandie. Et aussi parce qu'au moment où je l'ai planté et on m'a posé la question de savoir pourquoi est-ce que je plantais ce pommier, j'ai indiqué qu'il fallait toujours manger des pommes, reprenant la formule célèbre de sa campagne de 95.

ALBA VENTURA
Il existe toujours ce pommier ?

EDOUARD PHILIPPE
Evidemment et il donne des pommes. Et, croyez-moi, la prochaine fois que j'en mangerai une, je penserai à Jacques CHIRAC.

ALBA VENTURA
J'ai deux petites questions. Vous êtes d'accord avec cette autre phrase de Jacques CHIRAC qui disait : « Les merdes, ça vole toujours en escadrille » ? C'est ce que vous vous dites tous les jours en entrant à Matignon ?

EDOUARD PHILIPPE
Il savait de quoi il parlait et l'observation est assez juste.

ALBA VENTURA
Une note plus gaie, Edouard PHILIPPE. J'ai entendu dire que vous appréciez la Corona, la bière. Est-ce que c'est le président Jacques CHIRAC qui vous avait initié ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, il ne m'avait pas initié mais je le constate a posteriori que nous avons cette passion commune.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2019 
 

Président de la République Chirac Jacques Vie politique Personnalite politique Deces Hommage 193001929

Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à LCI le 27 février 2019, sur le Grand débat national et sur la collectivité européenne d'Alsace.

Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à LCI le 27 février 2019, sur le Grand débat national et sur la collectivité européenne d'Alsace. Jacqueline Gourault 27/02/2019 Grand débat national Europe Alsace
  • Jacqueline Gourault - Ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Mon invitée ce matin est un la ministre de la Cohésion des territoires, chargée de la Relation avec les collectivités territoriales. Bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci d'être avec nous ce matin. Vous avez fait l'évènement ce week-end, il faut le dire, parce que vous avez dit ce que vous pensiez, et après tout, tous les Français pendant le Grand débat, ont le droit de dire ce qu'ils pensent, pas vous parce que vous êtes ministre, vous avez quand même dit que ça serait bien que tout le monde paie l'impôt sur le revenu, ne serait-ce que de manière symbolique, pour que chacun ait conscience, effectivement, de contribuer au financement de tout ce que l'on reçoit de l'Etat. Ce n'est pas une mauvaise idée.

JACQUELINE GOURAULT
J'ai exprimé une idée, qui est depuis longtemps une idée de la famille politique à laquelle…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais beaucoup de Français le disent dans le Grand débat, vous le savez ça.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, et je l'entends, dans le Grand débat. Voilà, donc j'ai exprimé une, comment dire, un sentiment politique, ça n'était pas une proposition, bien sûr, c'est là où il y a eu peut-être confusion, mais c'est un sujet qui a été, depuis longtemps, débattu dans ma famille politique, à savoir le MoDem.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on vous a répondu : oui mais tous les Français paient des impôts, la TVA, la CSG, mais vous, évidemment, ce dont vous parliez, c'est la valeur symbolique de cet impôt sur le revenu.

JACQUELINE GOURAULT
C'est ça, c'est le lien entre un citoyen et l'impôt, et donc l'appartenance à la communauté, à la Nation, si je puis dire, française. Et naturellement que la TVA, pardon... oui, la TVA, je dis bien, ou la CSG, sont des impôts payés par tous, mais je parlais de l'impôt sur le revenu, et c'est la perception du lien avec l‘impôt et la clarification au fond peut être nécessaire du lien à l'impôt.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez raison. Et quand on est ministre, donc, maintenant, on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense.

JACQUELINE GOURAULT
Non non, on a le droit de dire ce qu'on pense, d'ailleurs si vous exprimez ce que Matignon a dit, Matignon a dit que j'étais légitime puisque c'est une idée qu'on trouvait beaucoup dans les débats, légitime à l'exprimer, simplement Matignon a précisé que ce n'était pas un sujet sur la table de la part du gouvernement. Voilà.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et c'est curieux, parce que je vais vous faire écouter ce que dit le Premier ministre sur les droits et les devoirs, quand on a des prestations, il y a des contreparties, c'est un peu la même philosophie, écoutez le Premier ministre à l'Assemblée nationale.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE – ASSEMBLEE NATIONALE LE 19 FEVRIER
Vous pouvez appeler, et je l'ai fait, ces droits et ces devoirs, des contreparties, et je pense que fondamentalement, dans notre pays, se poser la question des contreparties au versement lié à l'aide sociale, est une bonne question. Lorsque l'Etat crée des systèmes de solidarité ou d'accompagnement ou d'encouragement, la logique de droits et de devoirs est impérative.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon, mais ça ne sera pas l'impôt sur le revenu, comme contrepartie, mais bon.

JACQUELINE GOURAULT
D'ailleurs, dans l'interview dont vous parlez…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au JDD, dimanche.

JACQUELINE GOURAULT
Au JDD, j'ai exprimé aussi ma solidarité naturelle je dirais avec le Premier ministre, car je crois que l'insertion est quelque chose d'absolument fondamental. Bien sûr il faut aider ceux qui sont loin de travail, les plus démunis, etc. mais il ne faut pas les laisser au bord de la route, il faut sans cesse chercher à les insérer par le travail dans la société, car le travail c'est une manière de s'insérer dans la société.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Au fond, demander des contreparties, ce n'est pas punir ceux qui reçoivent des allocations, mais c'est les aider, comme vous le dites, à retrouver leur place, à la fois dans la société, et aussi d'une certaine manière dans le travail.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, c'est cela, parce qu'on sait trop les dégâts qu'il y a dans les familles, quand un père ne sort plus de la maison, ne se lève plus le matin pour aller travailler, ou une mère d'ailleurs, et le travail est une manière, je dirais, d'être reconnu dans la société et membre à part entière dans la société. Donc je pense que le travail contre l'exclusion est un devoir de la Nation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va en parler dans quelques instants parce qu'on va parler de l'Alsace, mais c'est vrai qu'un département comme le Bas-Rhin expérimente justement cette contrepartie de travaux d'intérêt général, et le Conseil d'Etat a décidé que ça pouvait être généralisé, donc on va voir des départements où effectivement la contrepartie au RSA, ça sera quelques heures au service de l'intérêt général par exemple.

JACQUELINE GOURAULT
Oui bien sûr, c'est une expérimentation, Frédéric BIERRY d'ailleurs a remis au Premier ministre d'un rapport sur l'insertion, il y a d'autres départements qui ont réussi aussi à créer, je vois dans mon département ça s'appelle de Job 41, c'est-à-dire avec l'ensemble des entreprises etc., le département a réussi à faire retourner vers l'emploi beaucoup de gens qui étaient au RSA. Tout cela ce sont des réussites et qu'il faut multiplier sur le territoire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, comment on sort de ce Grand débat ? Pour l'instant c'est un succès en termes de contributions, plus d'un million de Français, 1,1 million je crois, sont allés sur le site pour donner leurs idées. Le risque, Jacqueline GOURAULT, c'est qu'ils soient déçus ces millions de Français, par ce qu'il va en sortir. Comment est-ce que vous sentez le président ? Est-ce que le président sait déjà ce qu'il va proposer ou est-ce qu'il n'arrête pas de réfléchir, vous poser des questions, de vous tester ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah non, je crois qu'il y a une réflexion permanente, une construction des réponses qui devront être apportées, d'abord parce que le Grand débat n'est pas terminé, il y a eu plus de 6 000 réunions déjà tenues en France, et il y en a encore 3 000 de programmées, donc il y aura encore beaucoup de contributions qui seront données, y compris les contributions sur le site du Grand débat et tout cela, et c'est très important, va être, comment dire, compilé, va être redonné aux Français, parce que c'est une période importante et j'écoutais les garants l'autre jour qui ont été nommés pour s'assurer en fait que la restitution sera un moment comment dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Fidèle à la réalité.

JACQUELINE GOURAULT
Fidèle à la réalité, transparent, exhaustif, et c'est quelque chose de très important. Et après, eh bien le gouvernement et le président de la République prendront leur décision sur les propositions qui seront annoncées. Alors bien évidemment, tout ne se fera pas en une fois tout cela demandera un certain nombre de…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De lois…

JACQUELINE GOURAULT
De décisions, si je puis dire, alors ça peut être du réglementaire, ça peut être des lois bien sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Du référendum aussi ?

JACQUELINE GOURAULT
Ça peut être une réforme constitutionnelle qui était déjà prévue et qui va revenir. Elle peut être modifiée par rapport à ce qui était prévu, et puis il y a des outils, vous avez cité le référendum, c'est un outil, on verra si le président de la République, et la décision appartient au président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'est-ce qu'il doit faire le président à la fin du Grand débat ? Il doit parler à la télé, aller devant le Congrès ? Il doit va faire quoi ?

JACQUELINE GOURAULT
Il choisira. Je ne sais pas quel sera son choix, quel sera le mode d'expression qu'il choisira, en tout cas ce qu'on peut dire, c'est qu'il est déjà beaucoup sur le terrain, qu'il va à la rencontre des Français, dans de nombreuses réunions, et je crois que cela a été quelque chose d'extrêmement salutaire pour, je dirais la sortie de crise et aussi pour ressouder les liens entre le président de la République et la Nation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que le Premier ministre ne va pas un peu vite en besogne ? Depuis plusieurs jours il sème ses petits cailloux blancs, comme un comme le petit Poucet, on vient de dire : contreparties aux aides sociales, plafonnement des indemnités de chômage des cadres, il ne faut pas que les revenus de l'assistanat soient supérieurs aux revenus du travail, a-t-il dit encore quand il y a 10 jours. Est-ce qu'en fait la sortie du Grand débat c'est cap à droite ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah, je ne suis pas sûre que tout ce que vous venez de dire soit symbolique de la droite.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas c'est la rigueur.

JACQUELINE GOURAULT
Ce que j'entends dans les Grands débats, à travers de multiples expressions, par exemple l'idée que le travail doit être bien rémunéré et que le travail doit rapporter, est quelque chose qui est fondamentalement ancré dans les idées des Français. Ce que ne supportent pas les Français c'est d'être des travailleurs, parfois des travailleurs je dirais avec des métiers difficiles, et d'avoir à côté, des gens qui touchent des allocations, à juste titre, mais qui parfois ont une somme très peu différente de celui qui travaille, et ça c'est quelque chose qui est ressenti par les Français comme une injustice, il faut le dire, et donc il faut récompenser le travail tout en maintenant la solidarité à ceux qui en ont besoin, c'est quelque chose de très important. Et je ne crois pas que ce soit forcément une idée de droite.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On voit encore tous les samedis une partie des Gilets jaunes, ils se mobilisent sur fond de violence. Le président de la République a haussé le ton hier, on l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
C'est un miracle qu'après autant de samedis, avec cette violence à certains moments et dans certains endroits, il n'y ait eu aucun mort à déplorer, de la part justement des forces de l'ordre. Et il faut maintenant dire que lorsque l'on va le samedi, dans des manifestations violentes, on est complice du pire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
« Quand on va manifester, on est complice du pire », ça veut dire qu'il ne faut plus aller manifester le samedi ?

JACQUELINE GOURAULT
Mais en tout cas on sait ce qu'il se passe tous les samedis, à Paris mais dans d'autres grandes villes de France, on sait que les violences sont très importantes, donc ce que veut dire le président de la République, c'est que quand on va manifester maintenant, à l'heure où les samedis qui vont venir, eh bien on prend ses responsabilités, c'est-à-dire qu'on on est, au fond, je ne dirais dans une situation où on sait que la violence à coup sûr va se développer. Donc au fond, ce que le président de la République dit, c'est : il faut choisir, soit vous êtes contre la violence, soit vous y allez et vous pensez que la violence fait partie des choses qui se développent tous les samedis. Et moi je voudrais à ce moment, dire qu'il faut remercier les policiers, parce que ce que le président de la République a dit, à l'instant, c'est qu'il n'y a eu aucun blessé, je dirais, de la part, enfin, aucun mort si je puis dire de la part de la police, il n'y a pas eu de victimes, c'est cela que je veux dire exactement, et c'est un miracle, parce que des violences il y en a eu beaucoup. Alors il y a eu des blessés, côté police ou côté manifestants, mais il n'y a pas une mort et c'est vraiment un miracle.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas on voit que le gouvernement veut que ça s'arrête. Depuis hier soir sur les réseaux sociaux il y a ce clip vidéo du gouvernement qui dit : manifester c'est un droit mais pas celui de systématiquement aller vers des actes de violence. Vous verrez, on va avoir derrière nous cette vidéo qui passe effectivement, ce n'est pas casser, avec les images notamment, la dégradation de magasins, de l'Arc de Triomphe, donc en fait le gouvernement a envie que ça s'arrête là je crois.

JACQUELINE GOURAULT
C'est-à-dire que le gouvernement fait la différence entre ceux qui ont eu des revendications légitimes, qui étaient pacifiques, et ceux qui aujourd'hui ne pensent qu'à casser, à mettre la violence, et les Français en ont assez, et les commerçants en ont assez, et les touristes en ont assez, et les clients qui habitent les villes où il y a des risques de violence, en ont assez.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que quand même il n'y a pas un excès de confiance, soudainement, de la part du président et du Premier ministre, on voit leur cote de popularité remonter dans notre sondage Harris Interactive pour LCI, on voit que les cotes d'Emmanuel MACRON + 4 points à 39 %, celle d'Edouard PHILIPPE 38 % + 6 points, il ne faudrait pas quand même qu'ils aient un peu la grosse tête tout d'un coup tous les deux.

JACQUELINE GOURAULT
Je ne crois pas qu'ils aient la grosse tête, je crois simplement, ça prouve je pense que le Grand débat a été une très bonne idée, que les Français avaient besoin de s'exprimer, que les Français avaient besoin de débattre et qu'ils sont au fond reconnaissants au gouvernement et au chef de l'Etat d'avoir permis ce Grand débat.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La crise est terminée, Jacqueline GOURAULT ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah, je ne dirais pas forcément cela, parce que je pense qu'il y aura peut-être encore des soubresauts, le moins longtemps possible je l'espère, car le pays a besoin de retrouver de la tranquillité, les Français ont besoin de se retrouver dans des milieux sécurisés, si je puis dire, que la violence, ont besoin que la violence s'arrête, pour parler de choses sérieuses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, on va parler de votre actualité d'aujourd'hui, puisqu'en Conseil des ministres vous aller proposer une loi pour réunifier l'Alsace, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, département unique. Qu'est-ce que c'est que cette collectivité unique ? Est-ce que c'est la Corse avant l'heure ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah non, pas du tout.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah bon.

JACQUELINE GOURAULT
La Communauté européenne, la Collectivité, pardon, européenne d'Alsace, c'est d'une collectivité qui réunit effectivement deux départements en un seul, donc c'est une collectivité qui aura les compétences des départements, mais qui aura quelques compétences supplémentaires, la loi le permet, le Conseil constitutionnel le permet, quand il y a des caractéristiques spécifiques à un territoire, et là, la caractéristique spécifique, c'est : c'est un territoire frontalier, et à ce titre nous avons pu confier à l'Alsace, nouvelle, des compétences, soit de l'Etat, soit par accord de la région vers l'Etat, de la région vers la que la collectivité, pardon, et ceci fait que cette collectivité reste dans le droit commun, même si elle a des compétences particulières.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dites-moi, je ne suis pas un spécialiste, mais il me semble quand même qu'en 2013 il y a eu un référendum pour la réunification des deux départements, la fusion en fait des deux départements et de la région à l'époque, quand même globalement c'était un nom, même si c'est une question de quorum et de niveau de participation. On n'est pas en train de refaire le coup de 2005, ou après un référendum perdu on fait une loi ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah non, ça n'a rien à voir puisque je peux vous dire que le désir d'Alsace, selon l'expression de dans le rapport du préfet Jean-Luc MARX, est très fort, et ce désir d'Alsace est très attendu, et je crois que nous avons en fait, le gouvernement a accompagné une volonté locale. Alors la différence…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec le référendum.

JACQUELINE GOURAULT
Avec le référendum, c'est qu'on est passé par des délibérations des Conseils départementaux. Je voudrais préciser que dans le Haut-Rhin ça a été à l'unanimité, et dans le Bas-Rhin à une très large majorité, puisqu'il y a eu seulement 6 voix contre, qui était plus une posture je pense politique qu'autre chose. Donc il y a, nous répondons, et ça c'est quelque chose que le président de la République avait annoncé depuis longtemps, depuis le début de son quinquennat, qu'on accompagnerait les volontés locales à partir du moment où il y avait entente locale pour modifier un territoire et pour lui donner un certain nombre de compétences. On pourrait dire quand même, si vous permettez, qu'on préfigure avec l'Alsace, le droit à la différenciation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et est-ce que vous préfigurez, parce qu'il y a beaucoup de Corses qui nous regardent aussi, ce qui va se passer pour la Corse ?

JACQUELINE GOURAULT
Ah mais non, mais la Corse c'est autre chose, la Corse ils sont déjà une collectivité à statut particulier.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais ils demandent d'autres dérogations.

JACQUELINE GOURAULT
Oui mais il y aura... Comment dire, la Corse va être inscrite dans la Constitution, c'est déjà quelque chose de très important. Pourquoi ? Parce que l'on va sanctuariser au fond la collectivité de Corse, qui est une collectivité, pour le coup, à statut particulier, et je dirai simplement qu'il y a déjà beaucoup de compétences, il n'y a aucune collectivité territoriale en France qui n'ait autant de compétences que la Corse. Ce qu'il faut maintenant c'est appliquer, et appliquer les compétences par la collectivité, sur le territoire de la Corse.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je voudrais avoir votre avis en tant que ministre et en tant que femme, de cette polémique qui a duré quelques heures hier, DECATHLON hier matin proposait, commercialisait sur son site un hidjab de course, en disant, et en expliquant d'ailleurs dans un communiqué, que c'est une manière de contribuer à l'émancipation des femmes musulmanes qui voulaient faire du sport. Et puis polémique, le soir, DECATHLON, le groupe français décide finalement qu'ils ne commercialiseront pas ce hidjab en France. Est-ce qu'ils ont bien fait ?

JACQUELINE GOURAULT
Je crois qu'ils ont bien fait. Moi, quand j'ai vu cette histoire, si je puis dire, j'ai pensé à toutes les femmes qui se battent dans le monde pour ne pas porter le voile, pour ne pas porter des habits traditionnels et pour s'émanciper. Donc je crois que c'est une bonne idée qu'ils ont eue de retirer ce vêtement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre polémique aussi, François RUFFIN, député de la France insoumise, sort un livre ou il interpelle Emmanuel MACRON, c'est son droit, il est en désaccord politique, mais il n'est pas seulement en désaccord politique, il explique dans ce livre que le physique d'Emmanuel MACRON, le dérange, d'ailleurs il s'en excuse, et il dit quand même : voilà, votre visage lisse, votre nez, votre visage sorti d'un catalogue des 3 Suisses, la peau lisse, la mâchoire carrée, c'est très mal, c'est viscéral, je ne m'en vante pas, mais ce rejet nous sommes des milliers à l'éprouver. Ça vous choque ?

JACQUELINE GOURAULT
C'est plus que ça, c'est inadmissible, c'est du délit de faciès, et c'est d'une violence absolument inouïe. Je ne suis pas très étonnée. Voilà, et je crois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pourquoi vous n'êtes pas étonnée ?

JACQUELINE GOURAULT
Parce que j'entends souvent des propos, ou je ne les entends pas, de la part de la France insoumise, quand il y a des moments où on doit se raccrocher aux grands principes républicains. Je n'en dirai pas plus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Hier soir, Alexandre BENALLA et Vincent CRASE sont sortis donc de prison, une décision de justice. Qu'est-ce qui va se passer avec le Sénat ? D'ici un mois les sénateurs doivent dire s'ils transmettent au procureur les éléments à la fois sur Alexandre BENALLA, mais aussi sur certains très proches du chef de l'Etat, comme le secrétaire général de l'Elysée Alexis KOHLER. Est-ce que vous pensez que dans leur rapport les sénateurs sont allés trop loin ? Je rappelle que vous êtes à l'origine sénatrice, est-ce que vous croyez qu'ils iront jusqu'au bout ? Est-ce que Gérard LARCHER va aller jusqu'à saisir le procureur sur Alexis KOHLER ?

JACQUELINE GOURAULT
Ce que je sais, c'est que l'amalgame qui est fait dans ce rapport entre quelqu'un, voilà, qui est dans les mains de la justice, si je puis dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alexandre BENALLA.

JACQUELINE GOURAULT
Voilà, et des Hauts fonctionnaires, et de l'entourage du président de la République, est pour moi assez inadmissible.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous mettez en garde le Sénat ?

JACQUELINE GOURAULT
Je pense que je n'ai pas besoin de le mettre en garde, parce que pour avoir eu des contacts avec plusieurs d'entre eux, je crois qu'un certain nombre d'entre eux ont compris que là le rapport, était allé un peu loin.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc Gérard LARCHER sera raisonnable le 21 mars.

JACQUELINE GOURAULT
Je pense. Gérard LARCHER est un républicain, c'est le deuxième personnage de l'Etat, il sait qu'il ne faut pas tout confondre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Jacqueline GOURAULT d'avoir être notre invitée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 février 2019 
 

Situation sociale Situation sociale Vie politique Insertion professionnelle Manifestation Violence 193000442

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à BFMTV le 11 février 2019, sur l'impact négatif des manifestations de "Gilets jaunes" sur les commerces.

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à BFMTV le 11 février 2019, sur l'impact négatif des manifestations de "Gilets jaunes" sur les commerces. Agnès Pannier-Runacher 11/02/2019 Gilets jaunes commerces

ADELINE FRANÇOIS
Nous sommes dans « Focus Première », avec Agnès PANNIER-RUNACHER, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des finances pour en parler. Bonjour et merci d'être avec nous. D'abord, nous allons aller à Saint-Etienne, puisque nous sommes en duplex avec le maire Les Républicains de Saint-Etienne.

/// Intervention de Gaël PERDRIAU, maire (LR) de Saint-Etienne ///

CHRISTOPHE DELAY
Alors deux dossiers, alors un qui vous concerne directement et l'autre, un peu moins, le maintien de l'ordre, alors c'est vrai que les samedis se succèdent, et encore une fois, il y a eu de nouveaux incidents, la loi anticasseurs n'a pas été encore totalement votée, elle va aller au Sénat, elle ne peut pas être appliquée. Alors la sécurité, d'abord…

AGNES PANNIER-RUNACHER
La sécurité, moi, je partage avec monsieur PERDRIAU le fait que c'est quelque chose d'absolument majeur et indispensable, et c'est insupportable ce que nous vivons ces dernières semaines, et je suis contente qu'on commence à s'en rendre compte et que ce n'est pas juste des propos en l'air pour essayer d'affoler les Français en disant que les commerçants subissent, depuis 13 semaines maintenant, une pression insoutenable, en particulier dans certains centres villes qui sont un peu étroits, et donc faciles à bloquer, c'est ça qui se passe. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que je voudrais dire à monsieur PERDRIAU que le gouvernement, ça fait depuis le 26 novembre qu'il est mobilisé auprès des commerçants, depuis le 26 novembre, nous avons activé la cellule de continuité économique, depuis le 26 novembre, nous finançons le chômage partiel, c'est aujourd'hui 35 millions d'euros qui ont été financés auprès des commerçants et 66.000 personnes qui sont concernées en France, depuis le 26 novembre, nous décalons les échéances fiscales et sociales, et nous avons prolongé le dispositif encore de trois mois. Et depuis le 26 novembre, nous accompagnons effectivement auprès des banques et auprès des assurances les commerçants, de façon à ce qu'ils puissent bénéficier de facilités de trésorerie et être remboursés plus rapidement…

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce qu'ils utilisent tous les dispositifs ?

ADELINE FRANÇOIS
A ce jour, c'est un petit peu le problème, c'est qu'ils ne les utilisent pas suffisamment, j'étais vendredi sur le terrain, à Paris, j'ai rencontré des commerçants qui en avaient bénéficié, qui en étaient très contents parce qu'ils se sont aperçus que c'était très rapide, mais effectivement, ce qui se passe, semble-t-il, c'est que les commerçants ont été très concentrés sur la fin du mois de décembre, et c'est logique parce qu'ils espéraient pouvoir rattraper les pertes de chiffre d'affaires auxquelles ils faisaient face avec les fêtes, et c'est vrai que la semaine du 24, enfin juste avant le 24 décembre, a plutôt été une bonne semaine, et maintenant, ils essaient de se rattraper sur les soldes, mais, moi, mon message aux commerçants, il est très simple : appelez les services de l'Etat, appelez les Chambres de commerce et d'industrie, elles vous attendent, moi, j'ai écrit…

ADELINE FRANÇOIS
Gaël PERDRIAU, ce n'est pas la première chose à faire justement pour les commerçants de votre ville de leur dire : réclamez les aides d'accompagnement auxquelles vous avez droit.

///

CHRISTOPHE DELAY
Est-ce qu'il faudrait par exemple exonérer totalement de paiement d'impôts et de charges les commerces concernés par cette dégradation, comme le suggère Jean-Luc MOUDENC, le maire de Toulouse ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, aujourd'hui, ça, c'est possible dans des cas spécifiques, c'est-à-dire que les commerçants, c'est justement un autre dispositif que nous avons activé début janvier avec Olivier DUSSOPT, pour le ministère des Comptes publics, qui permet aux commerçants qui traversent une situation de trésorerie particulièrement difficile, d'étaler, là, c'est sur 20 mois, voire d'abandonner…

CHRISTOPHE DELAY
Mais pas d'exonérer totalement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abandonner, ce qui revient à la même chose, d'abandonner des échéances fiscales et sociales, donc ça existe, mais on fait du cas par cas, pourquoi on fait du cas par cas, parce que la situation, elle est extrêmement hétérogène sur le terrain, d'une rue à l'autre, vous n'avez pas la même pression, parce que ça dépend où se passent les manifestations, ça dépend quelle partie du territoire est bloquée, et c'est pour ça qu'une disposition qui serait pour tout le monde, ça ne fonctionnerait pas.

CHRISTOPHE DELAY
Merci beaucoup d'être venue nous voir, Agnès PANNIER-RUNACHER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 février 2019 

Commerce Commerce Vie politique Ordre public Manifestation 193000324

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 28 janvier 2019, sur la politique de sécurité routière, le Grand débat national et le maintien de l'ordre lors des manifestations de Gilets jaunes.

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 28 janvier 2019, sur la politique de sécurité routière, le Grand débat national et le maintien de l'ordre lors des manifestations de Gilets jaunes. Marc Fesneau 28/01/2019 Grand débat national Gilets jaunes
  • Marc Fesneau - Ministre chargé des relations avec le Parlement

GUILLAUME DURAND
Bonjour, bienvenue, nous n'allons pas perdre de temps. Sur RTL, il y a quelques… en juillet dernier Edouard PHILIPPE parlait de 80 km/h, on l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE
Pourquoi est-ce que vous pensez une seconde que mon objectif ce serait d'emmerder l'automobiliste qui le matin prend sa voiture pour aller travailler ? Il n'en n'est rien. Vous avez, l'année dernière, 3600 personnes qui sont mortes en France, cette mesure va sauver des vies et éviter des blessés.

GUILLAUME DURAND
Voilà. Donc, vous êtes ministre, mais vous avez été élu en province. Bonjour d'abord, bienvenue.

MARC FESNEAU
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous avez l'impression que ce matin, ce qu'on vient d'entendre n'a plus aucun sens ?

MARC FESNEAU
Non, je crois que l'objectif de la mesure il était annoncé par le Premier ministre, j'ajoute d'ailleurs qu'il avait dit qu'on évaluerait la mesure en cours de route pour voir si elle avait produit son efficacité, l'objectif de cette mesure, comme l'a dit le Premier ministre, n'était pas d'emmerder les Français, l'objectif de la mesure c'était de réduire le nombre de morts sur les routes. Reconnaissons que chaque mesure de ce type qui ont été prises depuis les 20 ou 30 dernières années, je pense aux plans qu'avait lancés le président CHIRAC, mais d'autres mesures avaient été prises avant, n'ont jamais été populaires. Ce qu'il faudra c'est évaluer la mesure et voir éventuellement s'il y a besoin d'adapter.

GUILLAUME DURAND
Non, mais ce matin il y a une question politique, Marc FESNEAU…

MARC FESNEAU
J'ai bien entendu qu'il y avait une question politique.

GUILLAUME DURAND
Il va se présenter, donc ces chiffres, qui sont sur les trois derniers trimestres, bons, est-ce que pour des raisons politiques, à cause de la rencontre d'Emmanuel MACRON avec les gens qui vivent dans la ruralité, qui ont besoin des voitures, est-ce qu'on va mettre ça sous la table définitivement ou est-ce qu'on va territorialiser les limites de vitesse, d'après vous ?

MARC FESNEAU
Peut-être qu'on regardera si on peut territorialiser, mais en tout cas si les chiffres sont bons et qu'il y a plusieurs centaines de morts en moins, ça veut dire que cette mesure était utile, et faire de la politique c'est aussi poser des actes politiques, parfois contre l'opinion, et montrer et démontrer leur utilité.

GUILLAUME DURAND
Et donc maintenir ?

MARC FESNEAU
On va regarder, on va regarder le résultat et on va regarder par rapport à la généralisation de la mesure, quels sont les endroits où manifestement cette mesure a produit ses effets, et peut-être qu'il faudra territorialiser. Mais moi je pense que, au fond, le sens premier de la mesure c'est un sens pour économiser des vies et donc c'est ça qu'il faut regarder d'abord, et après…

GUILLAUME DURAND
Donc il n'est pas question, dans les 48 heures qui viennent, que, d'une certaine manière, je ne sais pas sous quelle forme, on abroge les 80 km/h ?

MARC FESNEAU
Vous vous rendez compte ce que serait l'effet…

GUILLAUME DURAND
Non, je vous pose la question.

MARC FESNEAU
Mais je la repose par forme d'interrogation, vous vous rendez compte quel serait l'effet, y compris dans l'opinion, que de dire finalement la mesure elle est efficace puisqu'il y a quelques centaines - et quand on dit quelques centaines de morts, c'est des vies, des familles, des vies qui ne sont pas brisées ! – que la première conclusion qu'on tirerait de cette mesure si elle s'avérait efficace, ça serait de la retirer ? Non. Peut-être qu'on peut l'adapter, peut-être qu'on peut regarder territorialement là où elle a produit ses effets et là où manifestement elle n'a pas son utilité. Mais au fond, la mesure qui avait été prise par le Premier ministre, je sais qu'elle est impopulaire, mais parfois il faut savoir être impopulaire quand il s'agit de vies humaines.

GUILLAUME DURAND
Elle a été impopulaire au sein même du gouvernement, parce qu'il y a des gens qui ont dit, à l'époque c'était COLLOMB…

MARC FESNEAU
Mais je mesure très bien ce que ça a pu produire chez un certain nombre d'automobilistes, comme un trop plein, de normes, de règles, de contraintes…

GUILLAUME DURAND
Ceux qui vivent dans les montagnes, à la campagne, très loin…

MARC FESNEAU
…A la campagne, moi je vis à 30 kilomètres de la première ville importante, et je vois très bien ce que ça peut produire comme effet, et peut-être qu'il faut regarder les adaptations, mais en même temps ne pas oublier l'objectif qui était celui d'économiser des vies.

GUILLAUME DURAND
Alors, vous allez être une sorte d'égyptologue, une sorte de Champollion politique pour nous, Marc FESNEAU nous sommes en direct. Le président de la République est donc au Caire, il assimile la crise française à une crise générale, parce qu'il a parlé à des journalistes qu'on trouve en Angleterre, en Italie, un petit peu partout en Europe, peut-être que c'est une manière de botter en touche, mais en tout cas il y a un mot, ou deux mots qui font évidemment couler beaucoup d'encre ce matin, c'est quand il dit, je le cite, « qu'il tirera les conséquences profondes de cette crise. » D'après vous, ça veut dire quoi, en tant que Champollion du président ?

MARC FESNEAU
Dès lors que… je ne sais pas si je suis Champollion du président, mais en essayant de déchiffrer les choses, on voit bien que la crise qui est devant nous, ou qu'on a eu à connaître depuis le mois de novembre, c'est une crise liée à la fois, au démarrage, à une affaire de carburants, mais profondément à des choses et à des causes qui sont plus élevées et plus importantes encore, qui sont la question de l'abandon d'un certain nombre de territoires, la question de la dégradation des services publics, la question du délabrement économique d'un certain nombre de territoires, la question aussi de la relation à la démocratie. C'est une crise du politique qui s'est exprimée là, et elle ne vient pas d'il y a 18 mois, ce n'est pas parce qu'elle ne vient pas d'il y a 18 mois qu'on n'a pas la responsabilité…

GUILLAUME DURAND
Ça c'est une description de ce qui se passe…

MARC FESNEAU
Oui, mais c'est pour vous dire qu'elle est profonde.

GUILLAUME DURAND
La question que je vous pose c'est, d'accord, on a décrit, et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?

MARC FESNEAU
Ça veut dire que, à l'issue du grand débat, laissons se dérouler le grand débat, ça fait 15 jours simplement qu'il prospère, et c'est heureux que les Français aient choisi… et moi j'en étais sûr que ce serait le choix que feraient les Français, ils ont un choix de dialogue et de se mettre autour de la table, comme l'a dit Guillaume TABARD, de faire en sorte que nous confrontions nos différences, mais que nous les confrontions de manière pacifique et par le dialogue, et par la voie du dialogue. Laissons donc faire ce débat et nous verrons les conclusions qui… on voit bien qu'il y a quelques champs importants, il y a le champ économique et fiscal avec une demande de justice criante, manifestement, il y a le champ territorial, et je pense que le rapport aux collectivités, la simplification d'un certain nombre de choses, la proximité qu'il faut retrouver avec les citoyens, est une chose essentielle, et troisièmement il y a le champ démocratique. C'est-à-dire qu'il faudra que nous produisions, au-delà de ce débat, un certain nombre de réformes qui améliorent la démocratie représentative, mais aussi la démocratie délibérative.

GUILLAUME DURAND
Pour avoir lu sur toutes les plateformes, je vous donne des exemples. L'ISF, parce que ça revient quand même tout le temps cette affaire-là, Nicolas BOUZOU l'économiste dit « c'est la passion triste française de la jalousie à l'égard de l'argent, tout le monde sait » - ce n'est pas moi qui parle, c'est BOUZOU…

MARC FESNEAU
Oui, oui, j'entends…

GUILLAUME DURAND
« Que l'ISF n'a strictement aucun rapport avec la pauvreté en France, ce n'est pas parce qu'on va remettre l'ISF qu'on diminuera… »

MARC FESNEAU
Que les gens seront moins pauvres.

GUILLAUME DURAND
« Que les gens seront moins pauvres. » C'est partout sur les sites, vous allez en tenir compte ça ?

MARC FESNEAU
Il faudra tenir compte de ce besoin, moi je pense qu'il faut le regarder globalement, l'affaire de l'ISF. L'ISF, on a fait le choix de supprimer, une partie de l'ISF d'ailleurs, puisqu'il reste l'impôt sur la fortune immobilière…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais vous savez très bien que vous allez faire partir le capital.

MARC FESNEAU
Avec l'idée, avec l'idée justement, qu'il fallait faire revenir le capital. Peut-être qu'il y a d'autres mesures, on va regarder l'ISF, mais peut-être… d'abord il faut évaluer l'ISF, on va regarder les effets que ça a pu produire, manifestement l'investissement est au rendez-vous en France, c'est une bonne nouvelle, et donc c'est bien le capital qui est au rendez-vous, le fait qu'un certain nombre de gens qui ont de l'argent investissent dans l'économie française.

GUILLAUME DURAND
Et donc tant mieux, surtout qu'on est dans une période de révolution numérique fondamentale, il va falloir la financer.

MARC FESNEAU
On a besoin d'investissements lourds en France, donc on est bien d'accord…

GUILLAUME DURAND
Alors je ne sais même pas pourquoi on y a réfléchit à cette question.

MARC FESNEAU
Non, ce que ça pose comme question plus profondément, les gens ont le droit d'exprimer ce qu'ils ont le droit d'exprimer sur l'ISF, ce que je crois que les gens expriment, au fond, c'est la question de la justice, est-ce que chacun contribue selon ses ressources, et ce n'est pas seulement l'ISF qui est un outil, c'est peut-être globalement les choses qu'il faut remettre à plat. Mais l'ISF, d'abord nous sommes le seul pays du monde, je crois, qui ait encore l'ISF…

GUILLAUME DURAND
C'est une anomalie française.

MARC FESNEAU
C'est une espèce d'anomalie française, c'est un espèce de totem aussi, pour un certain nombre de gens, ce n'est pas péjoratif, je pense qu'il faut regarder globalement la question de la fiscalité, voir si chacun contribue selon ses capacités, comme on dit, et à partir de là reposer les termes du débat, mais je ne crois pas que ce soit l'ISF qui soit le centre du sujet. Et peut-être assumons aussi l'idée que ce ne soit pas seulement le sujet.

GUILLAUME DURAND
Je vous donne un autre exemple, on retrouve, par exemple sur beaucoup de plateformes, l'idée d'une TVA à taux zéro pour les produits de première nécessité, c'est acceptable ça, pour un gouvernement ? La TVA c'est ce qui rapporte le plus.

MARC FESNEAU
C'est ce qui rapporte le plus. Alors, reconnaissons aussi que la TVA sur les produits de première nécessité est déjà très basse, parce qu'elle est à 5,5 si j'ai bonne mémoire, que certains veuillent encore la baisser… alors après il faut regarder les affaires budgétaires, parce que ce qui est parfois à regarder avec bienveillance, mais en même temps regarder avec un oeil concret et sérieux, c'est de voir un certain nombre de mesures qui alignent des dépenses et qui n'alignent aucune recettes en face. Or il y aura besoin, comme vous le dites, la TVA est un outil important de la fiscalité française, c'est même un outil assez principal, si jamais on est sur cette voie-là il faudra regarder à retrouver des ressources, donc il y a une question de responsabilisation collective.

GUILLAUME DURAND
C'est pour ça que je vous pose cette question et que je reviens à Nicolas BOUZOU, puisqu'il a donné dans Le Figaro ce week-end un grand article, sur le thème, au fond, si on prend tout ce qui est proposé dans les plateformes ça va avoir deux conséquences immédiates, c'est une imposition majorée en France, alors qu'on est déjà les champions d'Europe de la fiscalité…

MARC FESNEAU
Oui, or s'est exprimé aussi sur les plateformes, ou sur les ronds-points, la volonté de baisser la fiscalité, il s'est même avéré que sur la plateforme d'un certain nombre de gilets jaunes c'était de plafonner à 25 %, ce qui était quand même très audacieux puisqu'on taxe de façon plus importante les gens qui ont plus de moyens, que 25 %. Et donc il y a besoin, en responsabilité, de dire : voilà les dépenses, où sont les recettes, qu'est-ce qu'on peut faire et qu'est-ce qu'on ne peut pas faire. Parce que, la dette et le déficit c'est un mal français aussi, et laisser de la dette et du déficit c'est remettre sous le tapis un problème qui est celui du déséquilibre de nos finances publiques, et il faut qu'on équilibre nos finances publiques.

GUILLAUME DURAND
Jérôme RODRIGUES sur BFM hier, vous savez que c'est cet homme qui a été donc, vidéaste très proche d'Eric DROUET, qui a été blessé, lui il dit « je n'ai pas été blessé, j'ai été visé. »

JEROME RODRIGUES
Je me prends une grenade au bas des pieds, et l'impact du LBD tout de suite après derrière dans l'oeil. D'autres vues montrent le tir de LBD et la flamme qui sort du pistolet à ce moment-là, donc j'ai été visé, quoi qu'il arrive, délibérément, je suis une figure du mouvement, du moins à l'échelle de la manifestation parisienne, et j'ai été plusieurs fois pointé du doigt par la police sur d'autres manifestations, donc je pense qu'ils savaient très bien sur qui ils tiraient.

GUILLAUME DURAND
Voilà. Donc, réponse du secrétaire d'Etat Laurent NUNEZ hier sur LCI, « il n'y a aucun élément qui permet de dire qu'il y a eu un usage d'un LBD qui aurait touché Monsieur RODRIGUES. »

MARC FESNEAU
Ecoutez…

GUILLAUME DURAND
Il y a deux versions !

MARC FESNEAU
Oui, il y a deux versions, il y a l'IGPN qui est saisie, moi je fais confiance à la justice de mon pays et donc par habitude je n'interfère pas dans les procédures qui sont en cours, l'IGPN fait une enquête, il appartiendra à l'IGPN de dire s'il y a eu utilisation ou non…

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'on est trop répressif, c'est ça la question.

MARC FESNEAU
Oui, enfin, il faut regarder aussi la situation dans laquelle on est depuis le mois de novembre, avec un certain nombre d'actes – je ne parle pas de Monsieur RODRIGUES, je crois qu'il est plutôt à prôner le pacifisme si j'ai bien compris – mais il y a un certain nombre d'actes violents qui sont commis, encore ce week-end, à Bordeaux, à Toulouse…

GUILLAUME DURAND
Et qui pourraient justifier que…

MARC FESNEAU
Et qui justifient quand même, non, qui ne justifient jamais une blessure, mais qui pourraient justifier qu'on utilise un certain nombre d'outils et de moyens qui sont à notre disposition, dans le champ démocratique quand même, dans le champ de l'Etat de droit, pour faire en sorte qu'on ne soit pas débordé. Il faut aussi penser aux policiers et aux gendarmes qui, tous les week-ends font face à des gens, je répète, sans doute pas ce Monsieur, mais qui font face à des gens qui sont extrêmement violents, et donc il faut doser. Et puis s'il y a besoin de faire des enquêtes et regarder si un acte, qui n'était pas conforme aux mesures qui étaient prévues par la police, est commis, à ce moment-là l'IGPN est saisie et elle donnera ses conclusions.

GUILLAUME DURAND
J'ai quatre questions pratiques pour terminer, qui sont des questions de politique politicienne. Un, est-ce que François BAYROU – que vous connaissez bien – pourrait devenir Premier ministre, dans un contexte de changement ?

MARC FESNEAU
Je crois que ce n'est pas l'idée de François BAYROU, l'idée de François BAYROU c'est d'être utile, après personne ne décide comme ça d'être Premier ministre, je ne pense pas que ce soit le sujet pour lui, le sujet pour lui c'est d'être utile. Il a mené un débat hier, après-hier, dans son propre département, à Pau, et je pense que…

GUILLAUME DURAND
Non mais là vous tournez un peu autour du pot !

MARC FESNEAU
Non, je ne tourne pas autour du pot, je pense…

GUILLAUME DURAND
Si on lui propose, il y va ou alors il est à la retraite ?

MARC FESNEAU
Vous lui poserez la question, ce n'est pas la question d'être à la retraite, François BAYROU…

GUILLAUME DURAND
A la retraite…

MARC FESNEAU
Oui, nationale, j'ai bien compris ce que vous voulez dire, mais je crois qu'il a envie d'être utile, et il sera utile à la place que les uns et les autres choisiront, mais je crois qu'il est très utile aussi à Pau.

GUILLAUME DURAND
Du côté des Républicains on a maintenant la tête de liste, donc vous avez la tête de liste du côté du Front national, Rassemblement national, est des Républicains, il s'agit du philosophe François-Xavier BELLAMY. Vous en pensez quoi ? On attend toujours celle de La République en marche !

MARC FESNEAU
Oui, ça viendra dans le mois de février. Moi je n'ai pas d'avis particulier, sauf que Monsieur BELLAMY a pu avoir un certain nombre d'expressions, c'est son droit, sur un certain nombre de sujets, je pense en particulier à l'IVG. Qu'il ait une expression personnelle et qu'il pense un certain nombre de choses, c'est son droit, après il faudra qu'il nous explique, s'il était élu européen, quelles seront les positions qu'il prendra au nom de son groupe et au nom de son mouvement, s'il était en situation au Parlement européen. Il y a souvent des motions, il y a souvent un certain nombre de choses qui sont votées au Parlement européen, ça serait intéressant, sur ces sujets-là, de l'interroger et de savoir ce qu'il veut. Parce que, au fond, quand on envoie des parlementaires au Parlement européen, c'est à la fois la vision qu'ils portent sur l'Europe et puis la vision qu'ils portent sur un certain nombre de choses en France, et c'est sur ça qu'il serait intéressant d'avoir un débat avec lui.

GUILLAUME DURAND
Madame LEVAVASSEUR est l'objet de menaces de la part d'autres gilets jaunes, maintenant qu'il y a une liste des gilets jaunes, qui sont quand même assez, comment peut-on dire, multiples, violentes et inquiétantes…

MARC FESNEAU
Effrayantes.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous les condamnez ce matin ?

MARC FESNEAU
Je condamne absolument toutes formes de violences, je l'ai fait depuis le début…

GUILLAUME DURAND
Non, mais là je vous parle de Madame LEVAVASSEUR.

MARC FESNEAU
Evidemment, je condamne les violences sur Madame LEVAVASSEUR, ce n'est pas la première, d'ailleurs Jacline MOURAUD elle-même avait été menacée quand elle avait simplement fait le choix d'aller voir, ou de proposer d'aller voir le Premier ministre. On est dans une démocratie qui est malade, parce que si la démocratie ça consiste à empêcher ceux qui ne pensent pas comme vous de s'exprimer, les journalistes, les parlementaires, les ministres, je pense à ma collègue Marlène SCHIAPPA qui a été à plusieurs reprises menacée ou insultée, je trouve qu'on n'est pas en démocratie, parce que c'est la loi du plus fort qui s'impose, c'est celui qui a les plus gros bras qui décide de la loi pour les autres, et donc quand on est dans une démocratie, où au sein d'un mouvement des gens estiment qu'ils ont lieu de s'organiser et de monter une liste, et qu'on les menace, moi j'avais débattu avec cette dame sur une chaîne d'information, et je trouvais qu'elle portait quelque chose, donc après tout elle a bien le droit de faire une liste, et qu'on se retrouve dans une situation tout à fait paradoxale, que ceux qui l'ont portée, viennent maintenant la menacer, y compris physiquement, ça veut dire que la démocratie est très malade et qu'il faudra aussi apprendre à ces gens, ceux qui se comportent ainsi, ce que c'est qu'une démocratie apaisée.

GUILLAUME DURAND
Merci Marc FESNEAU, je rappelle que vous êtes ministre chargé des Relations avec le Parlement.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 février 2019 
 

Situation sociale Situation sociale Vie politique Securite routiere Debat public Limitation de vitesse Fiscalite 193000200