Interview de M. Christian Estrosi, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, dans "Journal de l'île de La Réunion" du 24 septembre 2007, sur le projet de loi de programme pour l'outre-mer, la création de zones franches et l'aide de l'Etat pour le développement de La Réunion.

Texte intégral

Journal de l'île de La Réunion : L'élaboration du projet de loi-programme pour l'Outre-mer est en cours. Les consultations ont déjà débuté. Vous avez rencontré, le mardi 11 septembre, à Paris les élus de la Réunion. Pourriez-vous nous présenter les grandes lignes de ce projet, sa philosophie ?
Christian Estrosi : Ce projet ne sera pas celui, unilatéral, du gouvernement. Il sera celui de tous les acteurs de la Réunion. C'est pourquoi j'ai tenu à les réunir et à les écouter longuement, afin de prendre en compte leur demande. Ce projet est totalement interactif, il va comporter plusieurs types de mesures, et notamment la mise en place des zones franches globales d'activités qui est la mesure phare de la loi de programme pour l'Outre-mer qui sera présentée au Parlement début 2008. Ce dispositif doit inciter le développement économique de nos départements d'outre-mer et valoriser les atouts de chacun des territoires. Je souhaite favoriser une meilleure insertion de nos départements dans les économies régionales. À ce dispositif viendront s'ajouter des mesures, dont certaines seront spécifiques à chaque territoire, destinées à faciliter la vie quotidienne de nos concitoyens ultra-marins. Je pense en particulier au logement, secteur où les besoins sont considérables pour les années à venir, où nous prendrons des mesures pour développer le logement social. Cet effort ne produira pas ses effets si, par ailleurs, nous ne facilitons pas la mobilisation du foncier. C'est pourquoi nous réfléchissons aussi à des mesures sur ce sujet. Et puis, il y a les sujets touchant aux transports, à la continuité territoriale ou à la réduction de la fracture numérique. Sur tous ces thèmes, et sur ceux qui seront identifiés dans les semaines à venir puisque les consultations se poursuivent localement sous l'égide des préfets, j'attends les propositions et les contributions de la part de l'ensemble des acteurs locaux pour la fin octobre.
Journal de l'île de La Réunion : S'agira-t-il d'un redéploiement des moyens déjà existants ou le gouvernement va-t-il réellement consentir de nouveaux efforts financiers pour soutenir l'économie domienne ?
Christian Estrosi : Le gouvernement, à la demande du président de la République et du Premier ministre, consentira à de nouveaux efforts financiers pour l'Outre-mer, conformément à notre volonté d'établir une réelle égalité des chances entre tous les territoires français. Cette mobilisation des moyens supplémentaires n'exclut évidemment pas des efforts de rationalisation ou de redéploiement des dispositifs actuels lorsqu'ils n'atteignent pas - ou plus - tous les objectifs pour lesquels ils ont été mis en oeuvre.
Journal de l'île de La Réunion : Pour financer cette loi programme, le gouvernement pourrait-il être amené à réduire ou à supprimer certains avantages fiscaux et sociaux dont bénéficient l'Outre-mer ?
Christian Estrosi : Il y aura, je vous le répète, une mobilisation de moyens nouveaux. Nous ferons donc appel au budget de l'État, ce qui n'est pas incompatible, encore une fois, avec la rationalisation de certaines mesures au vu des résultats plus ou moins atteints. Nous nous appuierons pour cela sur les travaux de la commission nationale d'évaluation de la loi programme et sur les nombreux audits déjà réalisés. Nous nous inscrirons dans le cadre de la revue des politiques publiques qu'a souhaitée mettre en oeuvre le président de la République.
Journal de l'île de La Réunion : Pour la zone franche globale d'activités, le terme "globale" n'est-il pas inapproprié quand on sait que cette zone franche ne concernera finalement que trois secteurs : la pêche, le tourisme et l'agro-nutrition ?
Christian Estrosi : Le concept de zone franche repose sur deux niveaux d'aides différents. Ce point n'a peut-être pas été suffisamment compris. En effet à un taux d'aide de base auquel seront éligibles tous les secteurs aujourd'hui concernés par la loi programme actuelle, s'ajoutera un taux majoré d'aide destiné à un nombre restreint de secteurs considérés comme stratégiques. Quant à la liste de ces secteurs bénéficiant du taux majoré, il revient aux Réunionnais de les déterminer.
Journal de l'île de La Réunion : Au cours de sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy avait à plusieurs reprises pointé du doigt la surrémunération des fonctionnaires Outre-mer. Vous a-t-il donné des directives particulières dans ce sens ?
Christian Estrosi : Sur toutes ces questions, j'avance en plein accord avec le président de la République et le Premier ministre, avec quelques idées simples : le respect des personnes et des situations, une analyse des avantages et inconvénients des différents dispositifs, le refus de la présentation parfois caricaturale faite dans les médias nationaux de certains dispositifs qui ont contribué à l'équilibre économique et social des territoires. La question des surrémunérations n'est pas un sujet d'actualité.
Journal de l'île de La Réunion : Le gouvernement a annoncé la suppression de milliers de postes de fonctionnaires, notamment dans l'Éducation nationale. Les Dom seront-ils concernés par cette mesure ?
Christian Estrosi : Les suppressions annoncées portent sur l'ensemble des effectifs au niveau national. Il revient ensuite aux différents ministères de répartir ces suppressions en fonction de la réalité des besoins et de leur évolution. Pour moi, la politique d'égalité des chances entre les territoires ne consiste pas à donner la même chose à tout le monde, je veux donner davantage à ceux qui en ont le plus besoin.
Journal de l'île de La Réunion : "Pouvoir d'achat trop faible", "coût de la vie trop élevé"... Que comptez-vous faire concrètement pour y remédier ? Où en sont les travaux de l'Observatoire des prix et des revenus ?
Christian Estrosi : Les observatoires des prix viennent de se mettre en place. C'est le cas à la Réunion où le préfet a installé l'observatoire en y associant l'ensemble des organisations qui devaient y figurer. Le décret relatif à la composition de ces observatoires va d'ailleurs être modifié. Ils permettront de bien analyser le niveau des prix et surtout les facteurs qui expliquent leur niveau. J'ai souhaité une transparence totale, qui est à mes yeux indispensable. Quant à la question du coût de la vie, toutes les mesures prises par le gouvernement de François Fillon en matière économique visent à apporter des réponses à cette préoccupation légitime.
Journal de l'île de La Réunion : La Région a décidé, il y a deux semaines, de suspendre le dispositif d'aide au financement des billets d'avion, estimant que l'État lui doit 18 millions d'euros (reliquats de 2005, 2006 et dotation de 2007). Pourquoi l'État ne paye-t-il pas ses dettes, d'autant que ce dispositif connaît manifestement un succès grandissant auprès de la population ?
Christian Estrosi : L'État n'a pas de dettes vis-à-vis de la Région, je veux être clair sur ce point. La dotation de continuité territoriale versée à la Région est une subvention basée sur un niveau de dépenses réelles dans l'année considérée. Il n'y a donc aucun "reliquat" à attendre au titre des années antérieures. Concernant l'année 2007, le préfet a demandé la justification des dépenses à la Région, le versement de ces sommes se fera conformément aux dispositions de la loi.
Journal de l'île de La Réunion : Eu égard au nombre de bénéficiaires durant ces trois dernières années selon les critères validés par Bruxelles et l'État, la Région demande une réévaluation de la dotation, soit 21 millions d'euros au lieu de 8 millions. Elle rappelle que pour 250 000 habitants seulement et 200 kilomètres de distance avec la France continentale, la Corse b??néficie annuellement d'une enveloppe de 180 millions d'euros au titre de la continuité territoriale. Qu'en pensez-vous ?
Christian Estrosi : Les situations et les dispositifs ne sont pas comparables et si on veut chercher à mesurer la réalité de la solidarité nationale au profit de tel ou tel territoire, il y a beaucoup de choses à prendre en compte ! Quant à la demande de la Région, je vais l'examiner et je répondrai directement au président Vergès, à l'occasion de mon déplacement à la Réunion début octobre.
Journal de l'île de La Réunion : Vous avez visité quasiment tous les Dom-Tom, sauf la Réunion, pourquoi ? Parce qu'elle a voté à 63% en faveur de la socialiste Ségolène Royal lors de la dernière présidentielle ?
Christian Estrosi : Les raisons que vous évoquez ne sont absolument pas les miennes. Je n'en tiens aucun cas, je vous rappelle que je suis ministre de tous les Outre-mer, et non pas le délégué de l'UMP à l'Outre-mer. Lorsque j'ai pris mes fonctions en juin, Michèle Alliot-Marie avait manifesté le souhait de réserver sa première visite Outre-mer à la Réunion. Il m'a paru donc tout à fait normal que je ne vienne pas avant elle. Sachez que je tiens à me rendre dans tous les départements et collectivités d'Outre-mer, afin d'appréhender la richesse de tous nos territoires. Je serai donc à la Réunion dans quelques semaines, et je m'en réjouis de tout coeur.Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 25 septembre 2007