Texte intégral
Si j'ai répondu à l'appel de Jean-Pierre Duport, c'est que j'avais plusieurs raisons pour le faire. D'abord parce que ce séminaire réunit ici tous ceux qui, à un titre ou un autre, sont les acteurs de la formation et du monde du développement : les représentants de l'État à travers les administrations, les collectivités territoriales, les représentants des comités d'expansion, le monde des entreprises enfin. C'est en effet de la coopération étroite entre ces acteurs qu'une dynamique et une volonté de développement peuvent émerger localement.
Je suis venu aussi parce que, et cela se dégage de la conclusion présentée par Bernard Brunhes, j'adhère pleinement à quelques-unes des idées exprimées ici. C'est ainsi, dit-il, qu'« il faut partir, pour le développement économique, de l'acteur entreprise parce qu'il n'y pas de développement sans entreprise, que le développement des entreprises dépend de la qualité des hommes, et que celle-ci résulte, évidemment, de la qualité de la formation ». Concernant les petites et moyennes entreprises, en particulier, vous attendez « des idées claires sur le cadre dans lequel elles peuvent se développer ». Vous abordez ainsi les rôles respectifs de l'État et des collectivités territoriales. C'est un appel lancé à la puissance publique pour qu'elle définisse les orientations et le cadre de leur développement.
Une politique plus volontariste, le développement ne se fera pas sans les entreprises
Je ne reviens pas sur tout ce qui doit nous amener à aller dans le sens d'une politique de l'aménagement du territoire plus volontariste. Nous le savons, si rien n'est fait, 90 % des Français vivront bientôt sur 10 % du territoire national. Telle n'est pas, telle ne peut pas être, telle ne doit pas être la volonté de notre pays.
Il nous faut inverser cette évolution, partir, comme le dit mon collègue Charles Pasqua, à la reconquête de notre territoire. Cela doit être la volonté des Français, c'est aussi et surtout une nécessité pour les entreprises. Le développement des entreprises et celui du territoire, vous l'avez rappelé, sont indissociables. Les plus grandes entreprises ont, dans notre pays, participé à la structuration du territoire ; elles ont contribué à des pôles de concentration sectoriels, favorisant tour à tour l'implantation de centres de recherche et de centres de formation.
Alors que les petites et moyennes entreprises sont présentes sur l'ensemble de notre territoire, elles restent souvent, dans beaucoup de nos régions, les seules ressources sur le plan économique ; elles représentent les meilleures chances pour amortir les chocs des crises économiques et pour permettre à un certain nombre de régions de ne pas décliner irrémédiablement.
Le développement ne se fera pas sans les entreprises et nous devons veiller à créer non seulement un environnement propice à leur développement mais aussi les conditions de maintien et d'implantation de leurs activités, en particulier dans les régions les plus défavorisées.
La concurrence très rude que se livrent aujourd'hui les entreprises à travers le monde conduit partout à exacerber les facteurs de compétitivité. Alors qu'il est aujourd'hui possible de transférer brutalement des capacités de production d'un bout à l'autre de la planète, le risque est grand de voir s'amplifier les déséquilibres entre territoires. Il nous faut essayer de retrouver un équilibre entre les contraintes individuelles des entreprises et l'intérêt général du pays – c'est toute la problématique de l'aménagement du territoire : aménager le territoire, c'est développer ses caractères attractifs en général, c'est réduire ses disparités internes de façon à ce que les entreprises puissent, autant que possible, partout, trouver des conditions de développement et des conditions de compétitivité normales. Les petites et moyennes entreprises sont souvent défavorisées par leur taille qui peut leur être préjudiciable dans l'accès à ces ressources.
La formation, un facteur majeur de la compétitivité des entreprises
Il existe différentes manières de faire jouer à la formation un rôle dynamisant sur le territoire. Ainsi les décisions prises en matière de structure et de localisation des enseignements supérieurs constituent le moyen d'intervention par excellence de l'État. Beaucoup, d'ailleurs, a été décidé dans le cadre d'Université 2000. Dans les choix qui restent à faire, je serai pour ma part vigilant sur l'adéquation entre les localisations, la nature des formations et les potentiels économiques locaux liés à cette formation, en particulier en ce qui concerne la définition de la carte des enseignements professionnels. Évitons en effet de reproduire, dans la carte des enseignements, les défauts de notre armature urbaine forte au centre, faible dans ses ramifications régionales. Vous avez ensemble échangé vos expériences sur la manière d'aider les chefs d'entreprises à préparer les évolutions. Certains sont découragés, il faut le dire, par la complexité des solutions offertes. Il faut guider les réflexions et la recherche des bonnes réponses. Vous avez pris l'initiative, dans vos bassins d'emploi, de développer le métier de conseil et d'interface entre les entreprises et l'appareil de formation. Vous avez introduit, dans cet univers complexe, le contact personnel, un conseil personnalisé, en mettant en place, en formant, en spécialisant, les opérateurs locaux sur cette mission. Vous avez incité les entreprises à prendre du recul par rapport à leurs problèmes immédiats et à réfléchir à leur développement futur. Nous étudierons prochainement, avec la DATAR, les enseignements à tirer de cette première initiative, à la lumière des résultats de vos travaux, notamment au cours de ce séminaire. Je suis convaincu des effets en profondeur, durables, des relations ainsi tissées, localement, entre les acteurs internes et les acteurs externes de l'entreprise.
Le rôle de l'État
Le territoire national gagnera à ce que, dans chacun de ces territoires, se dessine un projet construit, autour et à partir des hommes et de l'entreprise.
Et je voudrais sur ce point conclure par le rôle de l'État. L'État a un rôle spécifique à jouer, vous l'avez évoqué, et ce rôle est parfaitement compatible avec celui, important et je dirai de plus en plus important, qui revient aux trois niveaux de collectivités territoriales. Affirmer clairement l'importance du rôle de l'État dans un certain nombre de domaines n'est pas incompatible avec la notion de décentralisation à laquelle je suis et reste profondément attaché. Dans les moments de rupture comme ceux que nous vivons à l'heure actuelle, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan du bouleversement de nombre de structures, l'État ne saurait s'effacer. Il doit s'imposer comme un catalyseur de dynamiques et de progrès.
C'est sous l'impulsion du Premier ministre que la politique d'aménagement du territoire sera conduite. Elle s'exprimera comme une politique majeure de l'État, définie et mise au point dans les prochaines semaines et les prochains mois, dans un large cadre de concertation.
Le rassemblement dans un même ministère de l'Aménagement du territoire et des collectivités territoriales est l'expression même de cette volonté de concertation et de complémentarité qui, de plus en plus, est un élément d'efficacité dans une politique d'aménagement du territoire. L'engagement de l'État sera total, car il est souvent le seul à pouvoir enclencher les coopérations et les dynamiques que j'évoquais tout à l'heure. Garant de l'intérêt général, garant de solidarités, il peut rassembler, mobiliser, faire naître des consensus et, si besoin est, un accompagnement des projets par une ingénierie technique et financière. L'État a aussi à remplir une mission correctrice des déséquilibres quand les dynamiques dépressives menacent certains territoires. Pour inscrire ces objectifs dans la durée, il faut donner à chaque partie prenante de la négociation la possibilité de programmer ses propres moyens d'intervention. Nous disposons du cadre juridique que sont les contrats de plan entre l'État et les régions, fondés précisément sur la concertation, entre ceux-ci et à l'intérieur des collectivités territoriales, et cela pour la première fois dans le cadre de la préparation du XIe plan.
Ce processus entamé sera poursuivi et nous serons particulièrement attentifs à en faire des outils de concertation, mais aussi d'innovation et d'expérimentation. Nous devrons aussi examiner comment les politiques régionales menées par la Communauté économique européenne peuvent compléter nos interventions.
Je remercie par avance tous les réseaux, toutes les institutions, vous tous en particulier, qui avez beaucoup travaillé sur ce sujet. Je vous remercie des conseils, des conclusions, des propositions et des suggestions qui incontestablement, vont contribuer à nous faciliter la tâche de préparation d'une politique plus volontariste d'aménagement du territoire.