Texte intégral
Monsieur le président,
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je vous retrouve avec grand plaisir pour votre colloque annuel. C'est d'abord l'occasion de vous apporter mon soutien et ma confiance pour le travail difficile que vous effectuez chaque jour sur le terrain.
Cela n'est malheureusement pas assez perçu par le public quand est abordé le sujet "drogue". Ce qu'on voit le plus souvent à la télévision, c'est l'aspect spectaculaire d'une saisie toujours record, la révolte de familles contre les dealers, ou le problème posé par le ramassage de seringues souillées. On parle beaucoup moins du patient travail de prévention, de relation avec les jeunes, de cette activité permanente qui se tisse dans les quartiers, une ville, pour mieux répondre à la montée de la demande de drogue.
On ne souligne jamais assez que si notre pays est plutôt moins touché que d'autres, c'est aussi grâce au réseau d'intervenants qui, progressivement, depuis des années, a développé un savoir-faire, a évolué dans ses pratiques, s'est confronté, avec d'autres, à de dures réalités comme celle des quartiers difficiles ou de la prison.
C'est pour cela que vous êtes des interlocuteurs reconnus et que j'ai souhaité par exemple que vous soyez représentés en tant que tels sein de la Commission des Stupéfiants et du dispositif d'évaluation.
Certains qui abordent le problème de la toxicomanie bardé de certitudes ne vous ménagent cependant pas leurs critiques parfois abruptes Vous le savez.
Sachez que vous trouverez toujours à vos côtés pour défendre la qualité de votre travail, votre professionnalisme. Soyez assuré d'abord de ma confiance, même si je vous ai toujours fait part aussi de mes exigences.
Mais vous avez vous aussi le droit d'avoir des exigences vis-à-vis de votre tutelle. La première, et je sais combien elle est essentielle, pour vous, c'est d'avoir les moyens d'assurer votre mission.
Le budget
Vous savez que le secteur toxicomanie connaît un problème structurel de financement surtout depuis que toutes les mesures nouvelles 1987 ont été effectuées sur des crédits interministériels par définition non reconductibles. J'ai été très net au cours des discussions budgétaires pour que l'on arrive à sécuriser financièrement le secteur spécialisé pour mieux l'aider à évoluer.
Madame Georgina DUFOIX, après Catherine TRAUTMAN, a compris ce problème et nous avons ainsi pu voir consolider notre part des crédits interministériels pour 1990. Je sais que je peux compter sur son soutien pour arriver à une consolidation définitive l'an prochain.
Je veux que l'on sorte du système actuel qui fragilise tout le secteur spécialisé, pour aboutir enfin à une gestion plus saine dès 1991. Je sais combien ce problème est important pour vous et j'en ai fait un préalable à toute nouvelle création de structure d'accueil.
J'attire votre attention aussi sur le fait que suite à des demandes et depuis la circulaire d'octobre 1989, les caisses primaires d'assurance maladie peuvent prendre en charge 10 % du budget d'un établissement spécialisé financé par l'État. Cette circulaire a été largement diffusée pour vous permettre de contacter rapidement les caisses primaires et trouver ainsi des ressources complémentaires.
L'évaluation
Mais je souhaite que cet assainissement budgétaire progressif accompagne aussi l'évolution du secteur. C'est pourquoi commence cette année l'évaluation du dispositif spécialisé et en premier lieu l'évaluation du dispositif d'accueil, dont vous êtes partie prenante. Je veux en effet que l'on réponde aux véritables en terme de besoins qui se posent localement pour la population, prévention, d'écoute, d'accueil et de prise en charge.
Les politiques locales
Je tiens à réaffirmer devant vous combien est prioritaire pour moi le développement de ces politiques locales, au plus près des réalités de chaque ville, de chaque quartier.
On ne peut pas traiter isolément chaque grand problème de société. La drogue, comme les phénomènes de fuite, de violence, de marginalisation, de délinquance, se nourrit du développement des cités, des problèmes ghettos, des difficultés d'intégration des jeunes, des problèmes identitaires du mal de vivre, de la solitude.
C'est pour cela que le Gouvernement de Michel ROCARD concentré les moyens de la D.I.V. (Délégation Interministérielle à la Ville) sur 400 sites prioritaires dans les grandes cités.
Vous devez vous inscrire dans cette politique de réseaux locaux pour y apporter votre compétence et votre énergie.
J'ai pu récemment constater dans le Val-de-Marne comment fonctionnait un tel travail en réseau avec l'ensemble des travailleurs sociaux, les parents, les élus, les jeunes, les gardiens d'immeuble, les policiers, les enseignants, les médecins et pharmaciens, personnels hospitaliers, bref, tous les acteurs de la vie locale. Vous devez à la fois participer à cette action sociale et apporter votre vos compétences spécificité qui est votre formation à la relation, savoir-faire votre en travail médical et médico-psychologique, social.
À l'intérieur de ce travail en partenariat. Vous devez privilégier le partenariat avec la justice. Vos modes d'intervention doivent permettre d'éviter la détention provisoire massive des toxicomanes, en offrant des modes de prise en charge alternatifs à l'incarcération. Les moyens qui sont donnés à la justice doivent aider à trouver des solutions d'hébergement d'urgence et d'orientation. De même, les antennes toxicomanie des maisons d'arrêt, les comités de probation, doivent travailler avec tous les autres intervenants spécialisés pour offrir des réponses immédiates aux sortants de prison afin d'éviter la rechute et la récidive.
La plupart d'entre vous participe à cette évolution irréversible de votre métier, qui va de la prévention à la réinsertion et dont l'aspect prise en charge est multiforme.
Je vous demande de ne pas vous replier sur vous-même, sur les institutions, mais au contraire, d'ouvrir votre champ d'intervention. De plus en plus, il faut aller là où sont les toxicomanes, aller travailler avec les équipes de rue, réorienter avec d'autres les méthodes d'intervention pour mieux faire face à l'urgence psychosociale, mieux répondre aux familles. Pour cela, il faut aussi les institutions spécialisées travaillent ensemble. Je serais assez favorable à ce que l'on puisse aboutir à une sectorisation des interventions dans un département, dans une grande ville, pour une meilleure répartition de la couverture des besoins. Je sais que tout cela demandera du temps et de la méthode, dans le cadre d'une concertation avec les D.D.A.S.S. La procédure d'évaluation engagée fournit des outils pour aider ces évolutions.
Je sais aussi que la crise d'identité que connaît le travail social peut freiner ce mouvement, et que le développement du sida chez les toxicomanes peut entraîner un repli sur une approche strictement sanitaire.
De telles réticences traduiraient une profonde erreur d'analyse.
Le sida remet en cause beaucoup de pratiques, révèle et amplifie tous les problèmes sociaux ou médicaux mal résolus par ailleurs. Il nous faut tous ensemble répondre sans bouleverser l'équilibre de nos systèmes sanitaires et sociaux, mais en les adaptant à la montée en charge de la maladie.
Sida toxicomanie
Partons d'abord du constat épidémiologique. Les différentes enquêtes menées aboutissent aujourd'hui en France à des taux de prévalence d'environ 30 % à 40 % des toxicomanes, avec des variations importantes selon les régions (taux nettement supérieur en Provence-Alpes-Côte d'Azur), la date d'entrée dans la toxicomanie, et l'usage au nom de l'injection intraveineuse. Aujourd'hui près de 1 000 toxicomanes malades sont suivis dans le secteur sanitaire. 1 804 cas cumulés de sida ont touché cette population depuis le début de l'épidémie. La part des toxicomanes dans les cas de sida déclarés progresse régulièrement et vient de passer à 25 % pour les douze derniers mois. Seule l'Italie et l'Espagne ont des taux supérieurs en Europe, respectivement de 66 % et 63 %, selon les chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé.
La Prévention
Mais l'on constate que les toxicomanes changent aussi leur comportement dans un but de prévention de la contamination. En ce qui concerne la contamination par voie intraveineuse, la vente libre des seringues a permis de réduire la pratique du partage.
J'ai décidé en 1989 l'ouverture de trois expériences pilotes, incluant le remplacement des seringues usagées, à Marseille, en Seine-Saint-Denis et à Paris.
Ces méthodes d'intervention doivent permettre d'entrer en contact avec les toxicomanes les plus lourds et les plus désocialisés, impliquant une approche de prévention globale et d'éducation pour la santé.
L'Agence Française de Lutte contre le Sida va soutenir également des projets de prévention et de communication adaptés auprès des toxicomanes : j'insiste pour que l'on n'oublie surtout pas que la contamination au cours de rapports sexuels est très importante chez les toxicomanes. Je sais que beaucoup d'entre vous font passer ce message de prévention auprès de ce public particulièrement exposé.
Je voudrais souligner combien la prévention du sida chez les toxicomanes ne peut se réduire à un objet, la seringue, mais doit s'inscrire dans une démarche beaucoup plus globale.
C'est pour cela que le débat sur la seringue non réutilisable trouve ses limites.
La seringue idéale n'existe pas, et aucun pays n'a encore montré l'utilité véritable, en termes de santé publique, de fournir aux toxicomanes. Certes des prototypes seringues non-réutilisables existent en France et à l'étranger. La Direction Générale de la Santé a d'ailleurs pris les moyens de tester et d'évaluer les premières séries qui seraient disponibles avec aiguille rétractable ou protégée pour utilisation par les personnels soignants, et pour les toxicomanes elles sont véritablement non réutilisables.
Trop d'inconnues persistent encore sur ces questions, et la toxicomanie face à l'attitude réelle des moindre n'est pas sont matériels. Des expérimentations prudentes sont certainement la meilleure façon de faire progresser la prévention à tous les niveaux. Le ministère de la Santé italien réfléchit à la façon opérationnelle de traduire l'objectif adopté par le Parlement italien de remplacer tous les types de seringues sur le marché par des dispositifs à usage unique : leur expérience dans ce projet de très long terme, s'il est maintenu jusqu'au bout, sera sans nul doute précieuse.
Enfin, de l'usage conséquence ultime mais fréquente de drogues injectables, l'abandon des seringues sur la voie publique et sur les plages a fait l'objet de recommandations et d'informations par la Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie et par mon ministère : une large sensibilisation des collectivités locales a été engagée, plusieurs ayant choisi de constituer des équipes de ramassage spécialisées. Ces mesures, adaptées à la diversité des situations locales, sont en mesure de prévenir la nuisance que constituent les seringues abandonnées, qui n'ont été responsables d'aucune contamination, mais justifient les précautions adoptées.
La prise en charge des toxicomanes
En ce qui concerne la prise en charge, j'ai souhaité, deux dernières années, que l'on diversifie au maximum les méthodes pour que chacun puisse trouver une réponse adaptée à son cas.
Je rappelle pour mémoire l'ouverture l'an dernier des deux centres pour mères toxicomanes séropositives, qui n'ont pas pour but de se substituer aux structures normales d'hébergement, mais d'accompagner le plus tôt possible ces mères.
J'ai souhaité aussi renforcer la collaboration entre les hôpitaux et les maisons d'arrêt, qui signent des conventions pour des actions de prévention et de suivi médical (circulaire de février 1989). Dans le même temps, une circulaire Santé Justice édictait les modalités de réponse au problème du sida dans les établissements pénitentiaires. Je souligne à ce propos que le droit à la santé et le secret médical incarcérées doivent être intégralement respectés pour les personnes comme pour tout autre citoyen.
Je veux insister plus généralement sur le fait que la prise en charge des toxicomanes contaminés arrivant au stade maladie va être un problème majeur des trois années à venir.
Les premiers à subir ce choc sont les hôpitaux. C'est pourquoi j'ai augmenté de un milliard en deux ans leur dotation supplémentaire au seul titre du sida.
La formation des personnels de semble aussi essentielle et c'est pour cela que prioritairement a été mis en place un programme national de formation des personnels de post cure.
Cette formation, doit permettre de mieux articuler un travail de réseau entre vous et les personnels hospitaliers. Les postes mis à votre disposition dans 18 départements l'an dernier sont là pour faciliter cette coordination qui est prioritaire.
L'information et la formation des médecins généralistes et des pharmaciens, est aussi indispensable et s'améliore constamment.
La méthadone
Je souhaite aussi que, sans tabou, l'on étende dans un cadre strictement évalué et limité, les programmes méthadone. Il ne s'agit en aucun cas d'en faire une solution miracle mais uniquement de ne pas se priver d'un moyen de mieux répondre à certaines situations, notamment celle des toxicomanes les plus lourds pour lesquels toutes les autres méthodes ont échoué.
L'augmentation des capacités d'accueil du dispositif spécialisé est aussi nécessaire. Mais cette montée en charge doit être progressive et s'appuyer sur des compétences pour ne pas renouveler les erreurs du passé. C'est pourquoi, le Premier ministre accepté d'augmenter de 200 lits en 1991 cette capacité, avec pour finalité le doublement des capacités d'accueil en trois ans.
Cette programmation sur trois ans me paraît essentielle. Mon souci sur le problème de la toxicomanie, comme sur celui du sida, c'est d'anticiper et d'adapter le dispositif sanitaire là où se posent les véritables besoins.
C'est donc à une programmation sur les trois années qui viennent pour la prise en charge hospitalière et extra hospitalière des malades que travaillent en ce moment à sa demande la Direction générale de la santé et la direction des hôpitaux. C'est dans ce cadre qu'il sera prioritairement répondu à la progression des cas déclarés chez les toxicomanes.
Ainsi, par exemple, pour les post-cures, où une enquête trimestrielle du SESI permet de suivre régulièrement le nombre de malades accueillis et donc d'adapter les besoins.
Mon but est d'éviter toute structure ségrégative, de diversifier au maximum tous les dispositifs de prise en charge en privilégiant le maintien et le soin à domicile. ou l'hébergement temporaire avec suivi médico-social.
Mais tout ceci nécessite aussi de favoriser l'accès aux soins des toxicomanes, de mieux répondre aux problèmes sociaux que rencontrent parmi eux les plus marginalisés et les plus démunis.
Faciliter l'accès à la protection sociale
Ce problème a été traité prioritairement au cours de ces derniers mois.
Le rapport que j'avais demandé sur la protection sociale des toxicomanes a été largement diffusé et vous donc les principaux éléments. La CNAM est actuellement saisie de la généralisation du système de la subrogation qui permet à une personne morale qui fait l'avance des frais médicaux pour un tiers d'être directement remboursée.
Je souligne aussi que j'ai fait adopter à l'Assemblée fin 1989 une loi qui permet aux départements et aux Caisses d'assurance maladie de passer des conventions pour permettre aux personnes prises en charge par l'aide sociale de ne pas avoir à payer le ticket modérateur.
Le progrès apporté par le RMI est aussi considérable puisqu'il permet d'apporter une couverture sociale.
Je suis conscient cependant de la difficulté pour certaines personnes d'accéder à ces dispositifs encore trop complexes. Mais ils existent, et votre rôle est essentiel, pour accompagner les toxicomanes dans ces démarches. Mon ministère diffuse régulièrement une information pour vous aider. Vous devez aussi localement compter sur les services sociaux des caisses primaires d'assurance maladie.
J'ai souhaité, cette année, insister sur le thème de votre congrès car je ressens votre inquiétude face au nombre de toxicomanes infectés au VIH.
La programmation sur trois ans que je mets en place doit vous permettre de faire face, mais vous n'êtes pas servi en cause. C'est un énorme défi qui est posé à tout notre système sanitaire et social. Mais c'est aussi un énorme défi posé à notre société.
L'an dernier, votre congrès avait pour thème "toxicomanie et les Droits de l'Homme".
Nous sommes au cœur du problème. Nous répondons en termes de santé publique, parce que sous répondons aussi en termes de démocratie et de droit des individus, car la prévention se fonde d'abord sur la responsabilisation de chacun.
Le vote de la loi anti-discrimination. La position française et maintenant européenne pour le Congrès de SAN FRANCISCO sont les affirmations les plus claires des valeurs communes que nous défendons.
Il est indispensable de réaffirmer ces valeurs quand nous sommes confrontés à un problème où les démagogues peuvent jouer sur les peurs de l'opinion.
Je sais combien vous êtes sensibles à cette nécessité de concilier votre intervention avec les principes éthiques fondamentaux.
C'est en informant l'opinion, en répondant efficacement au défi qui nous est posé, que notre société évitera les pièges de l'exclusion de ceux qui sont déjà les plus marginalisés.
Le message que vous adressez aux toxicomanes, c'est le premier message qui fonde une société, celui de la solidarité.
Je vous remercie.
21 mai 1990 - Discours devant les Directeurs départementaux de l'action sanitaire et sociale
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames, Messieurs,
L'organisation de la journée de travail d'aujourd'hui est d'une très grande opportunité. Vous savez en effet l'intérêt que le Gouvernement attache à la lutte contre la drogue sous tous ses aspects. C'est le sens de la communication du Premier ministre le 9 mai dernier.
Le paysage interministériel a été changé depuis la nomination de Madame Georgina DUFOIX comme Déléguée générale à la lutte contre la drogue, chargée de coordonner l'action interministérielle. La MILT va disparaitre en tant que structure autonome et viendra se fondre au sein de la délégation, dont Madame DOMENACH-CHICH deviendra secrétaire générale adjointe.
Le plan Gouvernemental équilibre l'ensemble des réponses préventives et répressives à apporter au problème de la drogue prolongeant en cela le contenu du rapport de Madame Catherine TRAUTMAN d'octobre 1989 qui a fait l'objet d'une très large diffusion.
La priorité qui nous concerne plus particulièrement est de lutter contre la demande de drogue. Ce qui inclut la prévention, les soins, la prise en charge, la réinsertion.
Vous savez aussi l'importance du développement du SIDA chez les toxicomanes et c'est pourquoi j'ai décidé une programmation des réponses à apporter sur l'évolution de la montée en charge du nombre de malades pour les trois années à venir.
Je ne développe pas ce point, vous le trouverez évoqué dans le discours que j'ai prononcé devant l'ANIT et dont une copie vous sera remise au cours de cette journée.
La question de la toxicomanie doit être considérée comme une priorité au sein de notre ministère, car c'est un phénomène sanitaire et social essentiel.
La lutte contre la toxicomanie est restée compétence d'État dans le partage de la loi de décentralisation.
450 millions de francs sont inscrits sur notre budget pour cela, sans compter les dépenses au titre du dispositif sanitaire et social plus général.
C'est donc aux DDASS que revient la mise en œuvre des mesures relatives à la prévention, au traitement et à la réinsertion.
Vous êtes particulièrement bien placés pour cela, car vous êtes à même d'apprécier les besoins pour la population de votre département. Vous connaissez tous des professionnels et vous suivez l'ensemble du dispositif, y compris celui géré par les présidents des Conseils généraux.
Vous êtes aussi les partenaires privilégiés des autres administrations de l'État. Éducation nationale, Police, Justice. Une meilleure coordination des interventions de l'État doit être un premier objectif.
Je pense plus particulièrement aux rapports avec la Justice qui doivent permettre de mettre en œuvre des dispositifs plus efficaces d'alternatives à l'incarcération et de meilleur suivi pour éviter rechute et récidive.
Les crédits qui vous sont affectés au titre de l'injonction thérapeutique doivent être utilisés à cette fin. Certains d'entre vous ont été consultés sur un projet de meilleure circulaire Santé Justice qui permette une articulation et un meilleur suivi des interventions sur les publics adressés par la Justice.
Je vous demande d'être très vigilants aux réponses que donne le secteur sanitaire et social à ces personnes pour un moment très lesquelles la confrontation à la loi est importante.
Vous savez que beaucoup de toxicomanes et notamment les plus désocialisés échappent au dispositif spécialisé. C'est le plus souvent à l'occasion d'un délit connexe à leur dépendance de drogue qu'ils sont interpellés.
Je pense qu'il est tout-à-fait possible de concilier la déontologie des intervenants en toxicomanie et une organisation du dispositif sanitaire dans chaque département qui permette de prendre en charge le toxicomane, sans réduire le choix à une alternative entre la prison et la rue.
Les mesures de contrôle judiciaire, d'injonction thérapeutique, de sursis avec mise à l'épreuve, selon le type de relations qui s'est tissé dans chaque département, doivent permettre de progresser en ce domaine.
Ces rapports avec la Justice ne peuvent bien-sûr s'inscrire que dans le cas plus général des politiques locales.
La mobilisation du dispositif général de prise en charge sanitaire devient encore plus une nécessité avec le développement du SIDA chez les toxicomanes (actuellement, 25 % des cas déclarés, et un taux de prévalence moyen de 30 à 40 %).
Les programmes de formation régionaux et locaux sont un excellent outil pour nouer des relations, qui sont parfois difficiles, entre les intervenants en toxicomanie et les personnels hospitaliers. Il est anormal que les services hospitaliers qui reçoivent les toxicomanes ne connaissent parfois même pas l'existence d'un dispositif spécialisé en relation avec lequel ils pourraient par exemple travailler pour l'accueil et la préparation à la sortie.
De même, la mobilisation de l'ensemble des personnels de santé sur un plan départemental, en réseaux locaux me paraît essentielle. La sensibilisation des médecins généralistes et des pharmaciens est, dans ce cadre, un objectif à atteindre.
Le dispositif plus général de prévention et de prise en charge sociale est également sensibilisé au problème de la toxicomanie. L'on constate trop souvent un cloisonnement entre les équipes spécialisées et les autres intervenants sociaux. Je crois cependant que tout cela évolue et c'est une nécessité plus particulièrement dans les quartiers les plus défavorisés.
J'attire votre attention sur un point plus précis. Les services de l'administration centrale ont fait porter leur effort ces derniers mois, à ma demande, sur l'accès aux soins et à la protection sociale des plus démunis dont bien-sûr les toxicomanes.
J'avais souhaité que le rapport sur la protection sociale des toxicomanes soit largement diffusé. C'est, je crois un excellent outil, pour notamment améliorer les relations entre les caisses primaires d'assurance maladie et les intervenants spécialisés.
Je veux vous rappeler maintenant les priorités d'action que j'ai définies sur ce secteur avant que d'envisager la méthode et les moyens pour les mettre en œuvre.
Le but plus général est de mieux répondre aux besoins qui évoluent avec les modes de vie des individus et renforcer plus particulièrement l'action en faveur de ceux qui sont les plus marginalisés :
1. Mieux répondre tout d'abord aux besoins des jeunes et de leurs familles. Les parents, les jeunes doivent toujours pouvoir trouver localement un interlocuteur qualifié qui peut recevoir et traiter leur demande ou les orienter utilement. Il me paraît donc nécessaire de renforcer l'information locale pour que les gens puissent trouver rapidement le bon interlocuteur.
2. Mon second souci est de pouvoir disposer dans chaque grande ville et dans la plupart des départements, d'un panel de réponses en matière d'hébergement notamment pour faire face à l'urgence.
3. Les structures spécialisées doivent pouvoir renforcer la formation du personnel et avoir des moyens pour progressivement faire face à la montée en charge du nombre de toxicomanes contaminés au VIH. Mais il faut aussi permettre l'accueil dans d'autres lieux pour éviter des regroupements importants qui deviendraient vite ségrégatifs.
4. Je souhaite aussi que le travail des équipes soit plus orienté vers les toxicomanes les plus lourds que cela connaissent trop peu les structures spécialisées. Nécessite d'articuler comme je l'ai souligné tout à l'heure leur travail avec des équipes de prévention ou celles du secteur Justice.
5. Enfin, j'insiste sur la nécessité d'inscrire les toxicomanes dans les processus d'insertion par l'économie et la formation professionnelle. Le RMI est un outil de plus à disposition des intervenants sociaux. Les fonds d'aide aux jeunes me semblent un instrument privilégié pour soutenir des actions personnalisées.
Voici les principales priorités que j'ai fixées dans le domaine de la lutte contre la toxicomanie en insistant une fois encore sur le rôle privilégié qu'est le vôtre d'animer ces politiques locales.
Pour tout cela, il faut améliorer la connaissance des phénomènes nationaux et locaux. C'est par exemple celui du nombre de toxicomanes au stade SIDA dans les centres de post-cure que permet de suivre désormais l'enquête trimestrielle de l'INSERM. C'est encore celui du développement des médicaments détournés de leur usage pour lequel a été mis en place un système de pharmacovigilance dans le cadre de la réforme de la Commission des stupéfiants.
Mais la connaissance, c'est aussi celle qui nous permettra de faire évoluer le dispositif spécialisé en utilisant des redéploiements et des moyens budgétaires nouveaux.
Le préalable, c'est de bien pouvoir évaluer l'activité réelle de certaines structures et de savoir si elles répondent aux véritables besoins qui se posent. Cela demande du temps de personnel qualifié, une méthode rigoureuse, et je suis bien conscient des difficultés de l'exercice.
C'est pourquoi j'ai décidé que l'année 1990 serait l'année de l'évaluation du secteur toxicomanie. 1 million de francs a donc été affecté à la Direction générale de la santé pour mettre en œuvre une méthode d'évaluation du dispositif d'accueil avec le soutien de l'IGAS et d'un bureau d'études. Vous serez bien-sûr associés à l'élaboration de ce nouvel outil qui semble aujourd'hui indispensable.
La suite des travaux va aussi vous permettre de faire le point avec les services de l'administration centrale sur les problèmes budgétaires. Vous savez que nous sommes confrontés à un problème structurel de financement sur le chapitre 47-15 dont je voudrais que nous nous sortions dès 1991. J'en ai fait, au cours des discussions interministérielles, un préalable pour tout arbitrage. Sachez que je suis très attentif à ce problème.
Cet outil d'évaluation et cette sécurisation budgétaire devraient ainsi l'an prochain nous permettre de répondre au choix qu'a retenu le Premier ministre, d'augmenter de 200 lits les capacités d'accueil du dispositif spécialisé. La programmation à laquelle le Gouvernement veut arriver, est de doubler ce dispositif d'accueil en trois ans.
Vous voyez donc que la réunion d'aujourd'hui correspond bien à une nécessité pour approfondir toutes ces questions. Je remercie les responsables de la Direction générale de la santé et de la Direction de l'action sociale pour la qualité remarquable du travail de préparation de cette journée sur un secteur où je sais qu'ils ne ménagent pas leur peine. Je vous remercie tous de vous sentir aussi sensibilisés sur une question dont vous savez qu'elle est un grave sujet de préoccupation pour nos concitoyens.
Mon conseiller pour la lutte contre la toxicomanie, Jean-Paul JEAN restera avec vous cet après-midi pour préciser ces orientations et répondre à vos questions.
Le programme qui vous a été préparé est très complet et le dossier qui vous est remis est une mine d'informations utiles. C'est à vous maintenant de faire remonter la réalité de ce que vous vivez dans votre département et vos propositions pour améliorer nos réponses. Je ne doute pas que vos échanges seront fructueux dans un cadre de concertation que je souhaite permanent entre l'administration centrale et les services extérieurs.
Mesdames et Messieurs les directeurs,
Mesdames et Messieurs,
Bon travail.