Texte intégral
2 juillet 1993
RTL
P. Caloni : Comment jugez-vous ce qui se passe entre Marseille et Valenciennes ?
N. Sarkozy : S'il y a eu tricherie, il faudra qu'il y ait sanction et sans doute sanction sévère. Parce que finalement, ce qui se passe, c'est une grande déception pour tous ceux qui aiment le football. Mais pour l'heure, il convient d'attendre que la justice fasse son travail. Je n'aime qu'on désigne des coupables avant même que la justice ait pu mener son instruction et qu'il y ait eu un jugement qui permette de savoir qui a été coupable et qui sont les victimes. Pour l'heure, cela témoigne simplement de la nécessité sans doute d'assainir un peu le milieu du football.
P. Caloni : On reproche au gouvernement un petit manque d'audace ?
N. Sarkozy : Je trouve que si on avait quelque chose à nous reprocher, c'est peut-être d'en faire trop. Nous avons été élus pour quoi ? Pour faire les réformes dont la France a besoin. Est-ce que c'est manquer d'audace d'avoir réformé les retraites, d'être en train de réformer l'assurance-maladie, d'avoir réformé les procédures d'immigration, d'avoir réformé le code de la nationalité, d'avoir réformé les possibilités pour la police de procéder à des contrôles d'identité, de s'attaquer à l'affaire de l'aménagement du territoire, d'engager l'affaire des privatisations… Si c'est manquer d'audace, alors qu'est-ce que l'audace ?
P. Caloni : Pourquoi le 49-3 ?
N. Sarkozy : Parce que nous nous sommes trouvés dans le débat sur les privatisations avec quelques 3 300 amendements. Dans le même temps, l'emprunt lancé par M. Balladur est un grand succès. Or nous avons toujours dit que cet emprunt ne devait pas accroître la dette et accroître le déficit. Il est la contrepartie des recettes de privatisation. Nous ne pouvions donc pas prendre le risque de voir la loi de privatisation et donc les privatisations retardées alors que c'est la contrepartie de l'emprunt. Il en va de la confiance que font des dizaines de milliers de Français au gouvernement et à son Premier ministre. Partant, nous avions besoin de ce texte de loi, la Constitution permet le 49-3, eh bien les privatisations auront lieu.
P. Caloni : Vous avez fait le catalogue de vos audaces. Il reste quand même qu'il y a de plus en plus de chômeurs.
N. Sarkozy : La bataille de l'emploi est au centre des préoccupations du gouvernement. Bien sûr que c'est un drame, 3 millions de personnes qui sont au chômage. Pour cela, qu'est-ce qu'il faut faire ? Nous avons mobilisé, ce que n'a jamais fait aucun gouvernement jusqu'à présent dans l'histoire de la République française, près de 26 milliards de francs pour essayer de sortir le pays de la situation économique difficile où il se trouve. Il y a des mesures d'urgence à prendre. Il faut pour cela que le processus de croissance reprenne, qu'un certain nombre de réformes soient engagées. Croyez-moi, on n'est pas prêt à baisser les bras. Nous avons décidé d'engager cette formidable bataille. J'espère que dans le courant de l'année 1994, on pourra voir les premiers résultats. Sous quelle forme ? Il faut que la courbe du chômage cesse d'augmenter.
P. Caloni : Mais l'Europe va sans doute retrouver la croissance, mais pas les emplois ?
N. Sarkozy : La bonne nouvelle, c'est que l'OCDE confirme les chiffres qui sont ceux du gouvernement, qui me permettent d'ailleurs de préparer la loi de Finances, c'est-à-dire le budget pour 1994. La mauvaise, c'est que le retour à la croissance est la condition nécessaire pour que l'on crée de nouveau des emplois, mais qu'elle n'est pas une condition suffisante. Il faudra sans doute d'autres réformes de structure.
P. Caloni : Le Premier ministre a annoncé une possible baisse de l'impôt sur le revenu à la rentrée.
N. Sarkozy : Je n'oublie pas que je suis le ministre du budget d'un Premier ministre qui, lorsqu'il était ministre de l'économie du gouvernement Chirac, a baissé les impôts de près de 100 milliards en deux ans. Nous croyons à la nécessité absolue d'engager la baisse des prélèvements obligatoires. Nous avons été obligés d'augmenter la CSG, parce que, à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Nous avons trouvé tellement de déficits après tant d'années de gouvernement socialiste. Alors il faudra engager une réforme de la fiscalité. Cela dépendra de l'état de nos finances publiques et surtout de notre capacité à faire des économies sur le train de vie de l'État. Il ne serait pas normal que l'État ne s'applique pas à lui-même ce qu'il demande aux autres de faire.
P. Caloni : Le report de la loi Falloux, c'est un petit coup de crispation sur la cohabitation ?
N. Sarkozy : Il s'agit de permettre aux collectivités territoriales de pouvoir traiter les établissements privés sous contrat comme les établissements publics. La loi était quasiment votée. Il manquait une heure de débat. Le Président de la République n'a pas voulu l'inscrire dans la session extraordinaire alors que le Premier ministre lui a demandé. Je le regrette. Puisqu'il faut attendre, nous attendrons. Et cela n'entame en rien notre conviction. En octobre, la loi Falloux sera donc modifiée.
P. Caloni : Qu'attendez-vous des États généraux du PS ?
N. Sarkozy : À chacun ses occupations finalement. Pendant que nous, nous tentons de réformer la France et de résoudre les problèmes des Français, eux ils s'occupent du PS. Chacun ses occupations, pour nous c'est la France, pour eux, c'est le parti. Cela va donc bien.
12 juillet 1993
RTL
J.-M. Lefèvre : Ce déplacement, que représente-t-il ?
N. Sarkozy : Nous avons pris des décisions très importantes. Notre objectif est très simple : nous ne voulons pas d'une France à deux vitesses. Nous voulons partout en France le même accès à la culture, à l'éducation, à l'emploi. La politique d'aménagement du territoire, politique au service de l'emploi, est destinée à faire en sorte qu'en France chacun ait les mêmes chances. C'est une façon de décliner l'égalité des chances à laquelle nous tenons beaucoup.
J.-M. Lefèvre : N'est-ce pas plus difficile en période de crise ?
N. Sarkozy : La crise renforce la nécessité de la solidarité. Les décisions prises sur l'Ile-de-France font en sorte que ses dotations diminueront. Nous voulons envoyer davantage de moyens dans les régions les plus pauvres au détriment des régions les plus riches.
J.-M. Lefèvre : Le maire de Neuilly en a-t-il fait assez en ce domaine ?
N. Sarkozy : En ce qui concerne l'Île-de-France, c'est le gouvernement tout entier qui a fait son devoir.
J.-M. Lefèvre : Comment concilier l'aménagement du territoire avec la fermeture de lits d'hôpitaux ?
N. Sarkozy : Le but d'un hôpital n'est pas seulement de créer des emplois. Il faut prendre garde à ce que les conditions sanitaires soient respectées. S'agissant de l'hôpital d'Aubusson, il y avait un taux d'occupation de 17 % pour 80 naissances à l'année alors que l'on sait qu'un hôpital permet de répondre aux conditions essentielles de sécurité avec au moins 300 naissances à l'année. La politique d'aménagement du territoire est une politique de rééquilibrage. Cela ne veut pas dire maintenir des hôpitaux là où on ne peut plus.
J.-M. Lefèvre : Et l'affaire du tunnel de la Vallée d'Asp ?
N. Sarkozy : La véritable politique de l'environnement conduit à vouloir faire en sorte que les villes ne continuent plus à voir s'entasser des personnes sans emploi, sans logement, sans possibilités d'avenir éducatif alors que 40 % du territoire est frappé de la désertification. La première mission d'une politique de l'environnement, c'est l'équilibre.
J.-M. Lefèvre : Un referendum sur l'aménagement du territoire, est-ce une idée partagée par l'ensemble du gouvernement ?
N. Sarkozy : Nous n'avons pas parlé de l'opportunité d'un référendum. Il a été décidé d'organiser un très vaste débat sur le projet d'aménagement du territoire lancé par le gouvernement. D'ici à l'automne, l'ensemble des Français pourront donner leur avis sur le visage qu'ils souhaitent donner à la France. Le résultat de ce grand débat donnera lieu en 1994 à l'établissement d'un projet de loi qui permettra de retenir l'ensemble de ces orientations.
J.-M. Lefèvre : Le Plan aura-t-il une seconde jeunesse ?
N. Sarkozy : Nous voulons corriger les inégalités. Si nous laissons faire les choses, la région continuerait de grandir alors qu'un certain nombre d'autres régions finiraient par mourir. Nous sommes convaincus des nécessités de la liberté de l'économie de marché. L'État est dans son rôle quand il corrige des inégalités trop choquantes ou trop voyantes.
J.-M. Lefèvre : Comment utiliser les surplus de l'emprunt ? Faut-il baisser les impôts ou lutter contre le chômage ?
N. Sarkozy : Le Premier ministre a fixé sa ligne très clairement: il veut que tout l'argent collecté auprès des Français, qu'il faut remercier…
J.-M. Lefèvre : Vous avez le chiffre exact ?
N. Sarkozy : Nous ne l'avons pas encore. Nous l'aurons dans 48 heures. Que tout cet argent serve à une seule chose : au service de l'emploi. En même temps, le Premier ministre a souhaité que cela n'accroisse pas le déficit budgétaire parce que cela risquerait de mettre en cause la politique de baisse des taux d'intérêt vitale pour l'économie. S'agissant de la baisse des prélèvements obligatoires, le Premier ministre a indiqué que dès que l'état des finances publiques le permettra, il faudra reprendre la politique de baisse des prélèvements obligatoires.
J.-M. Lefèvre : La baisse des taux d'intérêt ne risque-t-elle pas d'être remise en cause ?
N. Sarkozy : La politique économique suivie depuis trois mois a permis une baisse des taux sans précédent. C'est cette stratégie que nous continuerons sans ambiguïté.
J.-M. Lefèvre : Pas d'évolution avant septembre ?
N. Sarkozy : Aucune évolution. Cette politique commence à porter ses fruits. Nous la continuerons.
28 juillet 1993
France 2
B. Masure : Vous venez d'entendre ce responsable du CNPF qui refuse de s'engager à créer de nouveaux emplois ? Est-ce que ce n'est pas un peu décevant ?
N. Sarkozy : Pourquoi on a mis 35 milliards sur les entreprises ? Pour rembourser la dette de TVA. En 1992, il y a 60 000 entreprises qui sont mortes. Quand une entreprise meurt, ce sont des Français qui perdent des emplois. On ne résoudra pas le problème de l'emploi, on ne combattra pas le chômage dans ce pays sans aider les entreprises. Ce que nous voulons, c'est que les entreprises puissent vivre, prospérer, se développer, que de nouvelles puissent se créer. La situation économique est tellement difficile, les problèmes de trésorerie sont tellement lourds que ce ballon d'oxygène important que sont les 35 milliards doit permettre de sauver l'emploi.
B. Masure : Vous travaillez actuellement sur le budget de l'État 94. Pouvez-vous dire quels seront les secteurs ou les ministères qui vont être appelés à se serrer le plus la ceinture ?
N. Sarkozy : Le Premier ministre n'a pas rendu ses arbitrages. Dans la suite de ce que vous avez excellemment montré pour présenter l'utilisation de l'emprunt Balladur, nous voulons mobiliser toutes les forces au service de l'emploi, et nous voulons que l'État ait les moyens d'assurer ses missions. Il me semble d'abord qu'il serait très choquant pour nos compatriotes que le train de vie de l'État augmente beaucoup plus que l'inflation. L'État doit s'astreindre et doit respecter les règles qu'il essaie d'appliquer ou de faire respecter par les autres. Je suis en train, sur instruction du Premier ministre, de rechercher toutes les dépenses pour voir celles qui ne servent à rien, celles sur lesquelles on peut faire des économies et au contraire, celles qu'il faut augmenter pour préserver l'emploi. Nous voulons engager sans tarder la lutte contre le chômage, l'amplifier si possible, et dans le même temps, permettre à l'État d'assurer ses missions. Alors, les ministères prioritaires : la sécurité, la justice, la défense de la Nation, la ville. Ce sont des secteurs où non seulement on ne fera pas d'économies, mais où on dépensera davantage.
B. Masure : Y aura-t-il, malgré tout, des suppressions d'emplois publics ?
N. Sarkozy : Au point où nous en sommes aujourd'hui, on devrait être à un solde de zéro.
B. Masure : Fin juin, E. Balladur a évoqué publiquement la possibilité d'allégements fiscaux pour les particuliers. Peut-on en savoir plus ?
N. Sarkozy : Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé une telle accumulation de déficits que pour préserver des acquis sociaux, nous avons dû augmenter la CSG, sinon c'est la santé, la retraite qui étaient mises en cause. Mais le Premier ministre l'a indiqué : il faut reprendre le mouvement indispensable de baisse des prélèvements obligatoires. Ce sur quoi nous travaillons, c'est sur l'impôt sur le revenu. Il faudra, en fonction des marges budgétaires, de manœuvres disponibles, conduire une politique d'allégement de l'impôt sur le revenu. Ce sera le grand chantier du mois d'août.
B. Masure : Pouvez-vous être plus précis ? Va-t-on changer les barèmes ?
N. Sarkozy : Si on arrive à faire assez d'économies qui permettront de dégager des marges de manœuvre pour faire des allégements fiscaux, il me semble que l'un des problèmes pour l'impôt sur le revenu, c'est le nombre de tranches. Il faudrait certainement les réduire. Ce qui permettrait d'alléger l'impôt sur le revenu sur l'ensemble de nos compatriotes et notamment sur les classes moyennes. Je n'oublie pas que je suis le ministre du budget d'un Premier ministre qui a été lui-même ministre de l'économie et des finances et qui a supprimé 100 milliards de prélèvements obligatoires entre 1986 et 1988. La direction doit être fermement tenue. Il faudra alléger les impôts dès que les marges financières le permettront.
Surtout, ce qui est important, c'est que les Français ont confiance dans le Premier ministre. Ils savent bien que le gouvernement essaie de faire ce qu'il peut, d'essayer de leur dire la vérité honnêtement. Les ministres et notamment les ministres exposés voient leur popularité baisser. Mais nous sommes là pour faire notre devoir et c'est ce qui compte. Et puis finalement, nous l'avons indiqué toujours avec honnêteté : dans le courant de l'année 1994, on verra, je l'espère, les résultats de l'action qui est engagée.