Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture, à France Info le 28 février 2020, sur l'affaire Polanski, la publicité ciblée à la télévision et le futur projet de loi de l'audiovisuel.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Irez-vous à la cérémonie des Césars ce soir ?

FRANCK RIESTER
Oui bien sûr !

MARC FAUVELLE
Avec plaisir ?

FRANCK RIESTER
Oui avec plaisir, c'est un moment toujours très important, c'est le moment où on célèbre la diversité, la richesse du cinéma français. Bien évidemment ce soir, on sait bien qu'il y aura des prises de parole et que les questions de lutte contre les agressions sexuelles et sexistes, les questions de parité, de diversité justement seront évoquées, tant mieux. Ça peut être aussi dans ce genre de moment que les consciences se révèlent et que chacun et chacune prend ses responsabilités.

MARC FAUVELLE
Il y aurait une chaise vide ce soir dans la salle, c'est celle de Roman POLANSKI qui a annoncé hier qu'il ne serait pas là ce soir ; il dénonce un lynchage public, lui qui était le grand favori de la cérémonie. Est-ce que vous comprenez sa décision ou est-ce que vous la regrettez ?

FRANCK RIESTER
Non, non je la comprends et je pense qu'elle est sage.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire qu'il n'avait pas sa place ce soir ?

FRANCK RIESTER
Vous savez c'est très compliqué cette question de Roman POLANSKI et du film « J'accuse ». Il faut dans ces cas-là être clair : on ne doit pas faire un mélange entre les oeuvres et les artistes ou, en tout cas, les hommes qui sont des artistes parce qu'une oeuvre doit être protégée. Moi, je suis le garant de la liberté de création et de l'accès libre aux oeuvres de l'art et de l'esprit.

MARC FAUVELLE
Donc l'oeuvre de Roman POLANSKI et son dernier film doivent être protégés mais l'artiste n'est pas le bienvenu ce soir ou en tout cas, vous comprenez qu'il ne soit pas là ?

FRANCK RIESTER
Et deuxièmement, il est important de faire en sorte de dire que ce n'est pas parce qu'on est un artiste, même réputé, même de talent et qu'on a une garantie d'impunité. Il est important de bien différencier les choses et on voit bien qu'avec ce qui s'est passé depuis de nombreuses années avec un certain nombre de femmes qui ont dit avoir été agressées par Roman POLANSKI, sa présence ce soir aurait été évidemment une source de tension.

RENAUD DELY
Vous distinguez l'oeuvre et l'artiste, c'est ce que vous venez de dire à l'instant à propos de ce film ; ça signifie pour être bien clair, Franck RIESTER, que vous ne seriez pas choqué que le film « J'accuse » soit récompensé ce soir au titre par exemple dans la catégorie « meilleur film » ?

FRANCK RIESTER
Je ne suis absolument pas choqué de voir le film ; je pense que tout ce qui est une opération de boycott est condamnable même si je comprends que certains, pour les raisons qu'on a évoquées, n'aillent pas voir le film, c'est du ressort de la conscience personnelle et en ce qui concerne les récompenses, un film comme « J'accuse », c'est une équipe, c'est un collectif et il n'y a pas de raison de pénaliser le collectif par rapport à un comportement éventuellement sanctionnable d'un des artistes.

RENAUD DELY
Il peut obtenir le donc le César du meilleur film mais pas celui de meilleur réalisateur ?

FRANCK RIESTER
Si, il peut et peut-être qu'il l'aura. Après, moi, j'estime que ce serait un symbole et je l'ai déjà dit qu'il serait un symbole mauvais par rapport à la nécessaire prise de conscience que nous devons tous avoir dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et je crois que c'est à chacun et à chacune des votants, peut-être qu'ils l'ont fait ou pas, de prendre ses responsabilités.

MARC FAUVELLE
On sait que le sort de Roman POLANSKI divise et déchire même le monde du cinéma et bien au-delà depuis plusieurs mois. Je voudrais vous faire entendre Franck RIESTER ce qu'en disait il y a quelques minutes sur FRANCE INFO, radio, un homme qui a produit l'un de ses films, c'était il y a une dizaine d'années, c'est le producteur de cinéma Saïd BEN SAÏD.

SAÏD BEN SAÏD, PRODUCTEUR DE CINEMA
Je comprends tout à fait qu'on ait une position morale là-dessus mais il me semble qu'une position morale ne peut pas faire l'économie de la vérité. Là, il subit quand même un lynchage en règle.

RENAUD DELY
« Un lynchage en règle », dit Saïd BEN SAÏD.

FRANCK RIESTER
C'est vrai que c'est une question très compliquée parce qu'on ne doit pas rendre la justice à la place de la justice. Le point qui évidemment complique un peu les choses et je ne vais pas rentrer dans l'affaire particulièrement mais qui complique un peu les choses en ce qui concerne Roman POLANSKI, c'est que la justice américaine souhaite le voir et il refuse depuis 40 ans je crois de la rencontrer, cette justice américaine et donc c'est vrai que ça …

MARC FAUVELLE
Vous dites ça d'une manière élégante il « refuse de la rencontrer », il est en fuite !

FRANCK RIESTER
Oui d'accord mais enfin, vous savez, j'essaie de pas remettre de l'huile sur le feu. Je dis simplement que dans ces cas-là, il faut être le plus clair : l'oeuvre est différenciée de l'artiste ; ce n'est ne pas parce qu'on est un artiste de talent qu'on ne doit pas se soumettre à la justice.

MARC FAUVELLE
Donc il doit se soumettre à la justice américaine ?

FRANCK RIESTER
Oui, il me semble que …

MARC FAUVELLE
Donc si les Etats-Unis relancent une demande d'extradition …

FRANCK RIESTER
Non, non, vous savez, je pense que dans ces cas-là, il faut être très clair : je crois que, en ce qui concerne la récompense de Roman POLANSKI, nous devons bien dire que l'oeuvre qui est un collectif peut être récompensée à mon sens ; en ce qui concerne le César du meilleur réalisateur, c'est de la responsabilité de celles et ceux qui votent. Il me semble que ce message serait négatif.

RENAUD DELY
Il y a dix ans, Franck RIESTER, l'un de vos prédécesseurs, Frédéric MITTERRAND lui avait défendu Romand POLANSKI et s'était opposé à ce qu'il retourne aux Etats-Unis justement répondre à la justice américaine. Si demain on vous demande à vous, ministre de la Culture, que Roman POLANSKI soit extradé vers les Etats-Unis, vous ne vous y opposerez pas ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, moi, ce n'est pas moi qui décide des extraditions, c'est le gouvernement dans son ensemble et notamment le ministère de la Justice. Nous en parlerons. Ce qui est certain, c'est que, ce que je vous dis, c'est que le fait que Roman POLANSKI ne réponde pas à la justice américaine ne permet pas de dire que la justice fait son travail sereinement voilà et c'est évidemment un sujet d'une complexité folle ; et en ce qui concerne la question que vous m'avez posée sur la réalisation et le César de la réalisation, on voit bien que à partir du moment où c'est le réalisateur, l'artiste, c'est aussi l'homme qui serait mis en valeur et mettre en valeur quelqu'un qui, aujourd'hui, est accusé sans vérifications puisque ce sont des femmes qui disent avoir été agressées et elles sont nombreuses par Roman POLANSKI peut poser une question morale et contrairement à ce que disait le producteur, il y a un moment donné où, sur un certain nombre de sujets comme ça, c'est au ministre de la Culture de prendre position mais c'est à chacun, dans sa propre responsabilité, de prendre en compte notamment aussi cette question de morale . C'est vrai pour un éditeur, c'est vrai pour quelqu'un qui finance un film, c'est vrai pour une chaîne de télévision qui peut être producteur ou productrice de ce film et c'est vrai pour le jury ou en tout cas les votants qui ont à prendre leurs responsabilités.

MARC FAUVELLE
La question du financement justement Franck RIESTER, c'est le témoignage d'une femme Valentine MONNIER, une Française, la 6ème à accuser au Roman POLANSKI qui a relancé cette affaire le film « J'accuse » de Roman POLANSKI a été financé en partie avec de l'argent public notamment avec de l'argent de la région Ile-de-France. Je voudrais vous faire entendre ce que disait il y a quelques jours sur ce plateau …

FRANCK RIESTER
Et FRANCE TELEVISIONS !

MARC FAUVELLE
….et FRANCE TELEVISIONS, la présidente Les Républicains de la région Ile-de-France, Valérie PECRESSE.

VALERIE PECRESSE, PRESIDENTE LR DE LA REGION ILE-DE-FRANCE
Si j'avais eu entre les mains le témoignage de la jeune femme que j'ai lu et qui m'a profondément bouleversée, sans doute je n'aurais pas voté la subvention.

MARC FAUVELLE
Voilà et Renaud DELY me signale à juste titre qu'elle n'est plus membre des Républicains tiens, tiens mais votre réponse, ce sera dans une minute Franck RIESTER si vous voulez bien le temps des titres de l'actualité à 8h40 avec Edouard MARGUIER.

Flash infos

MARC FAUVELLE
Toujours avec le ministre de la Culture Franck RIESTER. « Si j'avais su », disait Valérie PECRESSE, il y a quelques instants « je n'aurais pas financé le film de Roman POLANSKI ». Est-ce qu'il faut revoir le mode d'attribution du financement public du cinéma ?

FRANCK RIESTER
Non pas du tout mais vous voyez exactement avec la déclaration de Valérie PECRESSE ce que je décrivais juste avant, oui quand on a la responsabilité éditoriale, quand on a la responsabilité de financement, quand on a la responsabilité de mettre à l'écran, on a cette responsabilité qui prend en compte évidemment d'abord et avant tout la dimension artistique mais qui parce qu'on est des femmes et des hommes et c'est légitime prend d'une façon, d'ailleurs consciente ou inconsciente, une dimension morale et c'est cette difficulté-là à laquelle sont soumis des programmeurs de théâtre, des financeurs de projets audiovisuels de balancer entre la dimension évidemment artistique et l'environnement dans lequel l'artiste ou les artistes évolue(nt) et on ne peut pas et même si on le voulait, on ne pourrait pas faire abstraction de la dimension morale parfois, en tout cas pas morale dans le sens moralisateur mais la dimension de parcours d'un artiste. C'est quelque chose qui est d'une difficulté folle et que chaque personnalité qui est en charge d'un éditorial ou qui est en charge une programmation a à faire.

RENAUD DELY
Aux Etats-Unis, le producteur Harvey WEINSTEIN vient d'être condamné ; le mouvement MEETOO a pris une dimension considérable à Hollywood et selon l'actrice française Adèle HAENEL qui elle-même a porté des accusations contre un autre réalisateur français, elle a dit, Adèle HAENEL, je la cite, « la France a complètement raté le coche de MEETOO ».

FRANCK RIESTER
Oui j'ai entendu ce qu'a dit Adèle HAENEL.

RENAUD DELY
Est-ce que vous partagez ce jugement ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, en tout cas, c'est ce que ressentent un certain nombre de personnes qui travaillent dans le monde du cinéma.

MARC FAUVELLE
C'est votre ressenti également ?

FRANCK RIESTER
En tout cas, je crois qu'il faut aller encore plus loin ; je vois la décision qui a été prise au sein de l'Académie des César de faire en sorte qu'il y ait une gouvernance plus diverse, plus paritaire, je vois la parole qui se libère enfin fortement d'ailleurs dans le cinéma comme dans d'autres disciplines artistiques, on peut parler de la littérature, tant mieux. Et il faut que cette parole libérée ne soit pas vaine ; il faut que quand c'est nécessaire la justice fasse son travail et que les sanctions soient au rendez-vous et que nous puissions continuer à mettre des dispositifs qui incitent, et là je parle évidemment avec ma casquette de ministre de la Culture, qui incitent à davantage de diversité, davantage de parité.

RENAUD DELY
Des dispositifs financiers ?

FRANCK RIESTER
Oui par exemple le CNC, depuis 2019, donne un bonus de financement aux films dont les équipes de tournage sont paritaires.

MARC FAUVELLE
Ca marche ?

FRANCK RIESTER
Oui ça marche parce qu'il y a, je pense, des résultats qui vont monter en puissance, on le voit, ça incite. Je préfère l'incitation à la sanction.

RENAUD DELY
Est-ce qu'il ne faut pas faire des quotas aussi ?

FRANCK RIESTER
C'est un débat qui était ouvert encore récemment, je pense que c'est un bon débat. Moi, je crois plus à l'incitation qu'à la sanction mais s'il faut qu'il y ait des quotas pour qu'il y ait davantage de parité, davantage de diversité dans les arts, il faudra passer par là et c'est d'ailleurs ce que nous faisons encore une fois avec ce bonus qui récompense la parité des équipes de tournage et aussi d'être très vigilant et très mobilisé sur la lutte contre les agressions sexuelles et sexistes. C'est pour ça qu'on a mis un numéro vert dans le cadre du secteur de l'audiovisuel et du spectacle vivant pour celles et ceux qui seraient victimes d'agressions pour qu'ils puissent dire les choses plus facilement ; c'est pour ça qu'on travaille actuellement aussi avec le CNC pour faire en sorte qu'il y ait un référent « agressions sexuelles et sexistes » sur les tournages pour que là aussi, la parole soit plus facile, bref une mobilisation à la fois de chaque artiste, une mobilisation de chaque Français et une mobilisation des pouvoirs publics au service de cette cause qui est une cause importante.

MARC FAUVELLE
Un mot encore avant de parler de la loi sur l'audiovisuel que vous allez défendre à l'Assemblée nationale à partir de la semaine prochaine, Franck RIESTER, vous évoquez la littérature. Gabriel MATZNEFF accusé, lui, de pédophilie touchait depuis des années des aides publiques. Est-ce que c'est terminé ? Je crois que c'était 6 000 euros par an. Est-ce que le robinet public a été coupé ?

FRANCK RIESTER
Alors, là, j'ai été très clair. Il touchait a effectivement une aide du fait de ses moyens financiers très limités et de, soi-disant, sa contribution à l'aura artistique et littéraire de notre pays, au rayonnement artistique et littéraire de notre pays. Cette aide était octroyée d'une façon trop discrétionnaire ; donc j'ai décidé puisqu'il y avait 14 artistes qui touchaient cette aide qu'une commission très clairement identifiée puisse se prononcer pour 2020 sur les futures aides éventuelles distribuées aux …

MARC FAUVELLE
Donc pour l'instant, il le touche encore ?

FRANCK RIESTER
Bah, il l'a touchée en 2019 avant qu'on ne sache le livre de Vanessa SPRINGORA et que le la polémique surgisse ; j'avoue que je ne savais pas, moi avant cette polémique Gabriel MATZNEFF spécifiquement touchait cette aide, et donc à partir de 2020, celles et ceux qui demanderaient une aide pour ce rayonnement artistique et littéraire en 2020 à ce moment-là seraient soumis à la Commission qui prendrait ses responsabilités et j'ai dit moi parce que évidemment on me dirait, ce serait trop facile de dire que c'est simplement la commission qui doit se prononcer que, en mon âme et conscience, il me paraît que Gabriel MATZNEFF ne contribue pas au rayonnement littéraire artistique de la France, étant donné les écrits de ses journaux intimes, c'est pas des romans, ce sont des journaux intimes et le fait qu'il s'est, pendant des années, sur les plateaux télé ou à la radio ou sur son blog fait le chantre de la pédocriminalité.

MARC FAUVELLE
La loi sur l'audiovisuel Franck RIESTER et Renaud DELY avec plusieurs mesures qui vont concerner directement les téléspectateurs et auditeurs notamment ceux de France Info mais pas uniquement. On commence par la pub à la télé, Renaud DELY.

RENAUD DELY
La pub à la télé, c'est l'un des volets de votre projet de l'audiovisuel qui arrive en débat à la commission des affaires culturelles à l'Assemblée nationale lundi et parmi les nouveaux champs que rend possible votre loi, il y a notamment l'autorisation de l'arrivée de la publicité ciblée, la publicité ciblée c'est-à-dire adressée, segmentée, des messages commerciaux ciselés selon le profil des foyers de téléspectateurs. Comment ça va se passer concrètement et quelles seront les informations qui seront à la disposition donc de ceux qui vont produire cette publicité ciselée ?

FRANCK RIESTER
Juste un mot, Renaud DELY, d'abord c'est une loi qui va refondre en profondeur la législation de l'audiovisuel comme jamais il n'y en a eu depuis 1986 parce que la loi qui régit l'audiovisuel, c'est la loi de 86 qui a été rédigée avant internet.

MARC FAUVELLE
Avec la création d'une grande holding publique, on ne vous réinterroge pas sur ce sujet parce que vous êtes déjà venu longuement en parler, c'est pour ça !

FRANCK RIESTER
J'en parlerai … parce que c'est que le début du débat à l'Assemblée et au Sénat mais donc cette loi, elle repense en profondeur tout ça et elle veut effectivement donner les moyens aux champions français ou aux acteurs français de la télévision, de la radio et de la production de cinéma et d'audiovisuel de pouvoir faire face à la concurrence de nouveaux entrants et de nouveaux acteurs de l'Internet et pour ce faire, il faut être à armes égales entre les acteurs de l'internet et les acteurs traditionnels de l'audiovisuel français et donc un des éléments, c'est l'équité dans la publicité. Vous savez qu'aujourd'hui sur Internet les annonceurs bénéficient de ce type de technologie qui permet de faire de la publicité en fonction de ce que sont vos goûts.

MARC FAUVELLE
Grâce aux cookies qu'on laisse en se promenant sur Internet. Il y aura des cookies dans les téléviseurs des Français ou dans les box ?

FRANCK RIESTER
Il y a de plus en plus et à juste titre des outils qui permettent de protéger éventuellement tel ou tel internaute de ce type de technologie.

RENAUD DELY
Ce sera clair pour les téléspectateurs, on pourra refuser justement ces publicités ciblées ?

FRANCK RIESTER
C'est ce travail fin qui doit être fait à travers les échanges entre la CNIL, le CSA, futur ARCOM, puisque vous savez que dans la loi, il y aura la fusion entre le CSA et la HADOPI pour créer l'ARCOM, la nouvelle autorité administrative indépendante et les professionnels pour arriver à un dispositif qui permette de respecter la vie privée et en même temps, de permettre pour ceux qui le souhaitent d'avoir une publicité adressée, segmentée et qui permette aussi parce que ça, c'est demandé par de nombreux téléspectateurs et de nombreux internautes, toutes les études l'ont démontré, des publicités qui vous concernent plutôt que des publicités qui vous concernent pas.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on pourra s'y opposer ? Est-ce qu'il y aura un bouton sur la box pour dire « moi, je ne veux pas de pubs ciblées ? »

FRANCK RIESTER
Ca fait partie des sujets qui sont, qui seront à être évoqués et ça fait partie des possibilités intéressantes.

MARC FAUVELLE
On va évoquer la question de la redevance qui va baisser pour la première fois cette année, Franck RIESTER, vous nous direz dans un instant …

FRANCK RIESTER
Oui, juste un mot.

MARC FAUVELLE
D'un mot parce qu'on est en retard !

FRANCK RIESTER
Oui, la publicité, ça permet de conforter les modèles économiques de ces acteurs et ça permet de financer la création puisque les obligations de financement de la création française en matière d'audiovisuel et de cinéma sont basées sur le chiffre d'affaires des chaînes de télévision notamment.

MARC FAUVELLE
Alors pas de publicité à cette heure en tout cas sur FRANCE INFO mais les titres à 8h50 avec Edouard MARGUIER.

Flash infos

MARC FAUVELLE
La redevance audiovisuelle des Français va baisser cette année, pour passer à 138 € contre 139 l'année dernière. Est-ce que ça va continuer jusqu'à la fin du quinquennat ?

FRANCK RIESTER
Je ne sais pas. Nous avons en tout cas décidé, jusqu'à la fin du quinquennat, jusqu'à la fin 2022, une trajectoire financière pour l'audiovisuel public, qui est très claire, très précise, année après année, c'est la première fois que ça existe de cette façon-là. Avant, chaque année on s'interrogeait sur ce que seront les ressources de l'audiovisuel public en matière de contribution individuelle publique. Depuis 2019, votée en 2018, ce n'est plus le cas, il y a une prévision des ressources publiques. Ce qui ne veut pas dire qu'il peut y avoir des ressources privées à travers la publicité, qui évolue, la preuve Radio France augmente ses ressources en matière de publicité. Et donc on ajustera…

MARC FAUVELLE
Donc peut-être que ça ré-augmentera en 2021 ou 2022.

FRANCK RIESTER
Tout à fait, ce n'est pas exclu, à partir du moment où il faut financer l'audiovisuel public, à la hauteur de ce qui est prévu d'ici à 2022.

MARC FAUVELLE
C'est aussi un message que vous adressez aux grévistes qui viennent de faire grève à Radio France pendant près de 2 mois.

FRANCK RIESTER
Oui, je leur dis que…

MARC FAUVELLE
Il y aura... Ça sera ... jusqu'à la fin du quinquennat.

FRANCK RIESTER
L'Etat tiendra ses engagements. Nous avons une grande ambition pour l'audiovisuel public, à commencer par Radio France, et nous tiendrons nos engagements. Nous tiendrons nos engagements de financements, tels qu'ils sont prévus dans le schéma financier jusqu'à 2022, et nous serons au rendez-vous en fonction des aléas de France Télévisions, de Radio France, de France Medias Monde ou l'Ina. Regardez ce qu'a fait le gouvernement quand il s'est agi d'accompagner Radio France sur la fin des travaux de la Maison de la radio. Nous avons dit : nous accompagnerons Radio France, et nous accompagnons Radio France. Nous allons mettre presque 44 millions d'euros supplémentaires par rapport à ce qui avait été prévu, pour financer la fin des travaux de la Maison de la Radio. Donc le gouvernement est en responsabilité, dit : voilà, vous savez sur quoi vous pouvez compter pour les années qui viennent, mais en même temps l'Etat sera là si vous avez des soucis, si vous avez un problème majeur on sera au rendez-vous.

RENAUD DELY
Franck RIESTER, Marc FAUVELLE vient d'y faire allusion, Radio France sort d'une très longue grève, pour s'opposer à un plan d'économies qui a été présenté par la présidence, et dans le cadre du débat sur votre projet de loi, à l'Assemblée nationale il y a un certain nombre de députés de la majorité qui envisagent de présenter des amendements à votre texte, pour limiter la grève à Radio France, pour instaurer une forme de service minimum. Si ces amendements viennent dans le débat, est-ce que le gouvernement les soutiendra ?

FRANCK RIESTER
Alors, d'abord, nous savons quels sont les amendements qui ont été déposés pour la Commission, effectivement, qui commence à partir de la semaine prochaine. Il n'y a aucun amendement dans ce sens qui a été déposée par aucun groupe politique.

MARC FAUVELLE
S'il y en a en séance dans l'hémicycle, est-ce que vous les soutiendrez ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, je verrai quel type d'amendement qui est proposé. Ce qui est certain c'est que je suis très attaché au droit de grève, dans le service public comme ailleurs. Se pose après la question de la continuité du service public, parce que c'est une vraie question, qui interroge nos compatriotes. Et donc nous aurons un débat, nous aurons un débat avec les parlementaires, si jamais il y a cet amendement. Mon ressenti, c'est que nous devons nous assurer que le droit de grève est bien droit total dans le service public, et donc à Radio France.

RENAUD DELY
Donc on ne peut pas imposer un service minimum.

FRANCK RIESTER
Si, on peut imposer un service minimum dans les services publics, puisque vous savez que notamment dans les transports…

MARC FAUVELLE
Il n'existe pas. Dans les transports il y a une obligation de se déclarer 48 heures à l'avance, mais…

FRANCK RIESTER
Oui, ça fait partie…

MARC FAUVELLE
... on ne prend pas des non-grévistes pour leur faire conduire des trains de force.

FRANCK RIESTER
Ça fait partie des conditions qui permettent d'assurer, en tout cas de faciliter la continuité du service.

MARC FAUVELLE
Réquisitionner des non-grévistes, c'est une possibilité que vous vous laissez ?

FRANCK RIESTER
Mais, vous me parlez de choses qui sont des choses différentes, les unes après les autres, donc il faut que j'essaie de répondre progressivement. Donc en ce qui concerne la déclaration plus longtemps à l'avance, c'est, je crois savoir, un des éléments qui étaient dans les réflexions de certains parlementaires. Pour l'instant il n'y a pas d'amendement de déposé, et nous verrons, si ces amendements sont déposés, quelle est la position du gouvernement. Moi je vous réaffirme ma détermination à protéger, c'est un droit constitutionnel, le droit de grève dans le service public, et après de voir les voies et moyens pour s'assurer du maximum de chances de continuité du service public, parce qu'on l'a vu là sur les dizaines de jours de grève, beaucoup de nos compatriotes se sont interrogés justement sur cette continuité du service public.

MARC FAUVELLE
Un mot sur deux chaînes de télévision, France 4 et France Ô, qui doivent basculer cet été sur le numérique, on ne pourra plus les voir à la télé. Il se trouve que 15 % des Français n'ont pas Internet, aujourd'hui, soit ne l'ont pas, soit ne savent pas l'utiliser. Vous leur dites quoi ? Tant pis pour vous ?

FRANCK RIESTER
Non, je leur dis que bien évidemment ils continueront d'avoir des contenus de l'Outre-mer ou des contenus d'animation jeunesse sur les antennes linéaires, c'est-à-dire sur le poste de télévision de France Télévisions, puisque ce n'est pas parce qu'il y a deux chaînes en moins, que les programmes, les contenus, ne peuvent pas être accessibles, bien évidemment.

MARC FAUVELLE
Ils seront redispatchés, en bon français, sur les autres chaînes ?

FRANCK RIESTER
Evidemment ils seront redispatchés selon les chaînes France 2, France 3, France 5 et éventuellement France Info…

MARC FAUVELLE
Télé, je précise.

FRANCK RIESTER
... qui est un objet tout particulier. C'est la raison pour laquelle a été bâti, notamment avec les parlementaires d'Outremer, mais aussi des professionnels du secteur et France Télévisions, un pack visibilité de l'Outremer, et que j'ai annoncé lors de mon audition à l'Assemblée nationale, il y a quelques jours, que nous allions bâtir un même pacte de visibilité autour de la jeunesse et de l'animation, pour que France Télévisions, d'ores et déjà, démontre sa détermination à mettre à l'antenne, en linéaire, des contenus d'animation et de jeunesse.

MARC FAUVELLE
Une question qu'on ne pouvait pas ne pas vous poser, Renaud DELY.

RENAUD DELY
Je vous propose que nous achevions cet entretien en musique, Franck RIESTER. Le 16 mai à Rotterdam, c'est un certain Tom LEEB qui va défendre les couleurs de la France, il va le faire avec cette chanson, je vous propose d'écouter un très court extrait.

-Extrait chanson-

RENAUD DELY
« You, you are the best in me », c'est en l'occurrence ce que chante Tom LEEB…

MARC FAUVELLE
Avec l'accent Frenchy au passage.

RENAUD DELY
Il me semble que c'est de l'anglais, effectivement, et vous avez déclaré Franck RIESTER que ce refrain vous « casse les oreilles », c'est un point de vue qui porte non pas sur la mélodie, mais sur la langue utilisée.

FRANCK RIESTER
Tout à fait. Ecoutez, d'abord je le soutiens pour l'Eurovision, mais je crois…

MARC FAUVELLE
Eh bien si vous le soutenez en disant que ça vous casse les oreilles, on a connu des soutiens plus enthousiastes.

FRANCK RIESTER
Certes. Non mais je vais vous dire, je pense que sur un concours comme celui-là, on doit s'assurer que le Français est la langue qui est chantée. Si…

MARC FAUVELLE
Quitte à perdre au final.

FRANCK RIESTER
Oui, quitte à perdre au final.

MARC FAUVELLE
De toute façon, on perd tous les ans, donc autant perdre en…

FRANCK RIESTER
Bien évidemment qu'il y a des artistes français qui chantent en anglais, et c'est bien, mais enfin quand on est représentant de la France pour l'Eurovision, qui est un concours entre Nations, portons fier et haut la langue française.

RENAUD DELY
En 2020, ce n'est pas un petit peu ringard de dire : il faut absolument chanter en Français à l'Eurovision ?

FRANCK RIESTER
Non, je ne crois pas. Pas du tout. Défendre le Français ce n'est pas ringard. Vous savez, c'est ce qui nous lie entre nous Français.

RENAUD DELY
Oui, mais jusqu'à l'Eurovision.

FRANCK RIESTER
Oui, jusqu'à l'Eurovision, oui. La langue française c'est le coeur de ce qui nous lie, c'est notre ciment, c'est un de nos ciments. Donc ne baissons pas la garde sur la défense et la promotion du français. Et s'il y a bien un concours qui permet, devant tous les Européens, de défendre notre belle langue, c'est l'Eurovision. Alors ce n'est pas la responsabilité de Tom LEEB, c'est la responsabilité en l'occurrence de France Télévisions, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je travaille actuellement avec mes équipes pour voir de quelle manière on peut obliger France Télévisions à choisir des chanteurs qui chantent en français.

RENAUD DELY
Et il faut rappeler quand même que ce fait 43 ans maintenant que la France attend de remporter l'Eurovision.

MARC FAUVELLE
43 ans que Renaud DELY regarde la cérémonie en espérant un vainqueur. Merci beaucoup, Thank You Franck RIESTER.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 février 2020