Proposée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'étude sur le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) est, d'édition en édition, plus importante et plus globale. Elle se déroule tous les trois ans depuis 2000 puis tous les quatre ans pour les prochaines éditions à partir de 2025. Dans les deux dernières enquêtes 2022 et 2025, la France s'est située dans la moyenne des pays de l'OCDE mais la France a vu ses performances baisser, comme de nombreux autres pays concernés par l'enquête.
Retour sur l'évolution des acquis des élèves dans les pays de l'OCDE et le fonctionnement des PISA.
PISA 2022 : une baisse des résultats dans les pays enquêtés
Plus grand décrochage depuis 2000
Pour l'étude 2022 publiée en 2023 et réalisée avec un an de retard à cause du Covid-19, 690 000 élèves (600 000 dans l'étude précédente) de 81 pays et territoires (79 en 2018) et âgés de 15 ans ont participé aux épreuves, dont près de 7 000 élèves scolarisés en France dans 282 établissements.
L'édition dévoilée le 5 décembre 2023 fait état d'une baisse significative et "inédite" depuis 2000 des résultats des élèves en mathématiques et en compréhension de l'écrit, un peu moins en sciences. L'OCDE chiffre la baisse en mathématiques à un trois-quart d'année et à une demi-année en compréhension de l'écrit.
En moyenne, dans les pays de l'OCDE, les garçons obtiennent 9 points de plus que les filles en mathématiques. Ce sont 40 pays, dont la France, qui enregistrent des meilleurs résultats pour les garçons que les filles dans ce domaine. L'inverse n'est observé que dans 20 pays et économies. L'immigration a assez peu d'impact : en moyenne, les performances des élèves issus de l'immigration ne sont pas significativement différentes des autres élèves. Dans 16 pays et économies, les élèves issus de l'immigration ont même obtenu de meilleurs résultats en mathématiques que les non-immigrés, dont le Canada, les Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande (après contrôle du statut socio-économique des élèves et de la langue parlée à la maison). Ce n'est pas le cas de la France où les élèves immigrés décrochent de 9 points (moyenne OCDE cinq points) par rapport aux autres élèves.
Par ailleurs, un élève sur dix a déclaré ne pas se sentir en sécurité à l'école (en moyenne dans les pays de l'OCDE). Les systèmes éducatifs où l'implication des parents est plus importante ont vu une stabilisation voire une amélioration de leur performance en mathématiques, en particulier pour les élèves défavorisés.
Singapour (avec un score de 575 en mathématiques, 40 points de plus que le deuxième), puis le Japon et la Corée du Sud obtiennent les trois meilleurs scores. Le premier pays européen est l'Estonie, devant la Suisse. En moyenne, les résultats par rapport à l'édition 2018 reculent de 15 points en mathématiques et de 10 points en compréhension de l'écrit. Le recul en sciences est minime (2 points).
La France en net recul mais proche de la moyenne
Les résultats de l'édition 2022 sont influencés par la crise du Covid. Seuls deux pays, le Japon et la Corée du Sud, améliorent leurs résultats dans chacun des trois domaines examinés.
La France, en 26e position, se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE avec des résultats assez similaires à des pays comme l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal et l'Italie. Elle fait partie du très large groupe de pays qui voit ses performances baisser. Ses résultats sont en nette baisse, surtout en mathématiques, mais également en compréhension de l'écrit. En moyenne, la France enregistre un score de 474 en mathématiques et en compréhension de l'écrit (la moyenne de l'OCDE est respectivement de 472 et de 476), en sciences, elle obtient 487, la moyenne étant de 485.
En sciences et en mathématiques, elle reste donc très légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE. Mais par rapport à PISA 2018, elle perd 21 points en mathématiques et 19 en compréhension de l'écrit. Les meilleurs élèves qui atteignent le niveau 5 ou 6 au test de mathématiques sont très minoritaires (7% des élèves contre 41% à Singapour - la moyenne de l'OCDE est de 9%). Pour la lecture et les sciences, le taux de bons élèves (niveau 5 ou 6 aux tests) est semblable à la moyenne de l'OCDE.
Comme chaque année, l'OCDE évalue également l'effet de l'origine socio-économique sur les performances scolaires. En France, le poids des origines sociales est important : en mathématiques comme en compréhension de l'écrit, il est supérieur à la moyenne de l'OCDE.
PISA 2025 : une baisse globale en mathématiques et en lecture dans les pays enquêtés
Une baisse continue en mathématiques et en lecture
Pour l'étude 2025, plus de 760 000 élèves de 15 ans provenant de 91 pays et économies du monde ont participé aux épreuves, dont 6 500 élèves scolarisés en France dans 302 établissements.
Le PISA 2025 alerte à nouveau sur la baisse continue du niveau moyen des élèves, particulièrement en mathématiques (463 points, soit 22 de moins qu'en 2015) et en compréhension de l'écrit (461, soit -28 points) dans tous les pays et économies de l'OCDE. En sciences, les scores moyens sont de 482 points (-7). L'étude 2025 évalue pour la première fois les acquis des élèves en matière de résolution de problèmes dans un contexte computationnel (capacité à utiliser des outils de modélisation et de programmation, à concevoir, produire et développer des produits numériques...). Les scores moyens s'élèvent à 500 points.
Dans l'ensemble des pays et économies de l'OCDE, les garçons obtiennent en moyenne 13 points de plus que les filles en mathématiques (même écart en France), mais 30 de moins en compréhension de l'écrit (32 en France). Les performances des filles en mathématiques sont supérieures à celles des garçons dans seulement 17 pays (contre 20 en 2022).
En sciences, domaine majeur de l'évaluation 2025, les élèves issus de l'immigration ont des résultats inférieurs de 43 points à ceux des élèves non immigrés. La différence est plus marquée en France, avec un écart de 57 points. 16 pays et économies font état de scores supérieurs ou égaux pour les élèves issus de l'immigration.
La France, en 27e place, est proche de la moyenne de l'OCDE
La France se place en 27e position, soit une place de moins qu'en 2022. Elle fait encore partie du très large groupe de pays et économies qui voient leurs performances baisser :
- moyenne de 483 points en sciences (4 points de moins qu'en 2022) ;
- moyenne de 458 points en mathématiques (-16 points) ;
- moyenne de 456 points en compréhension de l'écrit (-18) ;
- moyenne de 497 points en résolution de problèmes dans un contexte computationnel (domaine évalué pour la première fois).
Sur le plan socio-économique, l'écart dans les résultats entre élèves favorisés et défavorisés s'élève à 100 points en culture scientifique (contre une moyenne de 85 dans l'ensemble de l'OCDE).
PISA, une étude devenue incontournable
Les tests du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) sont organisés tous les trois ans par l'OCDE mais, à partir de 2025, ils seront organisés tous les quatre ans. Depuis les années 1990, ils imposent une norme mondiale d'évaluation des systèmes éducatifs.
Pour chaque enquête, un domaine majeur est privilégié. Le domaine majeur d'évaluation de l’enquête PISA 2022 est, comme en 2012, les mathématiques (compréhension de l'écrit en 2018, sciences en 2015). En 2025, ce sont à nouveau les sciences qui constituent le domaine majeur de l'évaluation.
Pendant les premières années après son lancement, l'étude avait été reçue, notamment dans certains pays européens, avec méfiance. Mais au fur et à mesure, l'étude est devenue incontournable et les gouvernements l'intègrent dans leur politiques éducatives, voire l'utilisent pour justifier des choix éducatifs. Ainsi, le jour de la publication de l'étude PISA 2022, le ministre de l'éducation nationale de l'époque, Gabriel Attal, avait annoncé une série de réformes pour "remettre de l'exigence" à l'école, au collège et au lycée en renforçant notamment l'enseignement des mathématiques et du français ("Choc des savoirs"). À la suite de la publication de l'étude PISA 2025, le ministère de l'éducation nationale annonce engager "une nouvelle étape pour élever durablement le niveau des élèves", notamment en relançant la labellisation des manuels de lecture et de mathématiques, issue du "Choc de savoirs" et interrompue en 2024, en incitant davantage à la lecture et en achevant la déconnexion numérique en dehors des cours (l'étude PISA 2025 a été publiée quelques semaines après la promulgation de la loi du 24 août 2026 étendant la "pause numérique" aux lycées).
Les tests PISA : quelles caractéristiques ?
Préparés par un groupe d'experts internationaux chargés de concevoir des questions et des exercices qui évitent d'avantager les élèves de tel ou tel pays, les tests PISA présentent trois caractéristiques qui expliquent leur succès :
- un éloignement des programmes scolaires pour évaluer les compétences générales des élèves âgés de quinze ans ;
- une limitation à trois enseignements fondamentaux (langue maternelle, mathématiques, sciences) afin de faciliter les comparaisons (en 2025, la résolution de problèmes dans un contexte computationnel a été ajoutée à l'évaluation) ;
- des résultats compréhensibles pour les autorités comme pour le grand public.
Si ces tests eux-mêmes ne sont guère contestés (la France participe à plusieurs comparaisons internationales des performances des élèves), c'est plutôt l'esprit général des compétences évaluées qui est discuté en France.
En mathématiques, l'OCDE évalue les capacités des élèves à mobiliser leurs compétences dans des situations de la vie quotidienne, ce qui est très éloigné des programmes de mathématiques du collège en France, plus abstraits.
En compréhension de l'écrit, les tests sont basés sur une grande variété de supports (ouvrages, presse, documents divers, etc.), alors que les élèves en France sont peu habitués à ce type de textes, l'apprentissage de la lecture et de la maîtrise de la langue étant largement fondé sur la découverte et la pratique de textes littéraires. De plus, les élèves en France semblent avoir des difficultés à avoir une vision globale d'un texte, ce que certains attribuent à un enseignement trop linéaire et trop analytique des textes en cours de français, enseignement qui suit la progression du texte et s'appuie sur le sens établi par avance par le professeur.
De façon plus générale, on note que les élèves en France éprouvent des difficultés à mobiliser leurs connaissances et à exercer leur esprit critique pour affronter des situations qui sortent des habitudes du travail scolaire.
Depuis 2015, l'évaluation est quasi-entièrement réalisée sur un ordinateur par les élèves dans tous les pays de l'OCDE. Les exercices passés par les élèves ont été dématérialisés. Les élèves avaient en outre la possibilité de s'aider d'un brouillon de papier. Une calculatrice ainsi qu'un éditeur d'équations simplifié étaient disponibles sur l'interface.
Les niveaux et le système de points
L'enquête PISA se fonde sur une échelle graduée de niveaux de compétences. Chaque niveau de compétence correspond à une fourchette de points.
Les élèves qui n'atteignent pas le niveau 1 ont des compétences trop faibles pour être mesurées. Ce niveau correspond aux tâches les plus simples (appliquer une consigne directe par exemple).
Le niveau 2 est considéré comme le niveau minimal de compétences (capacité à relier la question à la globalité de la situation proposée, identification et sélection des données scientifiques, compréhension de textes simples...). En-dessous de ce seuil, les élèves sont considérés comme "peu performants".
Au-dessus des niveaux les plus élevés (5 et 6), les élèves sont qualifiées de "très performants". Ces seuils sont atteints par les élèves qui réussissent des items de complexité élevée sans être guidés : interprétation et analyse des données de manière critique, proposition d'alternatives pour améliorer la recherche...
En 2025, la moyenne d'élèves "peu performants" dans les pays de l'OCDE s'élève à 19,7% (21,3% en France) et celle d'élèves "très performants" à 11,9% (9,8% en France).