Parcoursup : les réserves de la Cour des comptes

Meilleure orientation des lycéens, sécurité et transparence accrue de Parcoursup... Dans un récent rapport, la Cour des comptes formule 15 recommandations en vue d’améliorer le dispositif d'accès à l'enseignement supérieur.

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Image représentant une paire de baskets sur l'asphalte avec des flèches de différentes direction.
Même si l'effet de la réforme est positif, il reste cependant très inégal selon les établissements et les territoires. © Delphine Poggianti - stock.adobe.com

Ce rapport sur l'accès à l'enseignement supérieur, demandé par le comité d’évaluation et de contrôle de l'Assemblée nationale, intervient 2 ans après la promulgation de la loi du 8 mars 2018 sur la réussite et l'orientation des élèves (ORE). Il dresse un premier bilan des objectifs poursuivis par la loi en termes d'orientation au lycée, d'affectation et de réussite dans l'enseignement supérieur.

L'insuffisante place donnée à l'orientation en classe de terminale

La réforme de 2018 a renforcé l'accompagnement des élèves dans leur choix de formations en créant un second poste de professeur principal en classe de terminale et 2 "semaines de l'orientation".

L'effet de la réforme est positif pour la Cour des comptes. Toutefois, il est très inégal selon les établissements et les territoires. Près d’un tiers des élèves de terminale ne bénéficient toujours pas d’aide au choix d’orientation de la part de leur professeur principal et 60% n'ont pas suivi de semaines consacrées entièrement à l’orientation.

L'orientation, qui ne reçoit aucun des crédits débloqués pour la mise en oeuvre de la loi ORE, est insuffisamment prise en compte.

Pour la revaloriser, le rapport propose notamment d'inscrire des heures annuelles consacrées à l'orientation dans les obligations de service des professeurs principaux en contrepartie d’une hausse de leur rémunération. Il suggère également de renforcer les formations initiale et continue des enseignants en matière d’orientation.

Parcoursup : un manque de sécurité et de transparence dans les critères de sélection

La réforme de 2018 repose sur la plateforme Parcoursup, qui a remplacé la procédure Admission post-bac (APB).

Si la création de l'outil Parcoursup s'est déroulée "sans heurts notables", sa sécurité et sa pérennité doivent être assurées. La plateforme présente des risques qui ne se prêtent pas à des évolutions fonctionnelles. La Cour des comptes invite donc le ministère de l'enseignement supérieur à mettre en place un plan de sécurité informatique "vraiment robuste".

Elle recommande également une transparence accrue dans la procédure de sélection des candidats. Les "attendus" publiés sur Parcoursup pour chaque formation manquent de fiabilité par rapport aux paramétrages retenus par les commissions d'examen des vœux. Ces commissions, du reste, s'appuient de plus en plus sur un outil informatique pour pré-classer les candidats. C'est pourquoi, le rapport préconise la publication des algorithmes locaux utilisés par ces commissions.

Pour plus d'équité entre les candidats, la suppression du lycée d'origine dans les informations fournies aux commissions est également proposée. Cette donnée, utilisée en 2019 par 20% des filières non sélectives les plus en tension pour classer les candidats, serait remplacée par un "critère plus objectif" fondé sur l'écart entre les résultats obtenus au baccalauréat et la notation au contrôle continu en terminale.  

La question de la réussite des étudiants et des capacités d'accueil des universités

Le dispositif "oui si" de la procédure Parcoursup, ouvert aux étudiants nécessitant une remise à niveau, n'a bénéficié qu'à un faible nombre car les financements n'ont pas été concentrés sur les universités aux plus faibles taux de réussite.

Il convient, selon le rapport, d'instaurer des indicateurs de suivi au sein des universités pour mieux allouer les moyens de la réforme et d'analyser les limites du système actuel.

Les possibilité qu’ont désormais les formations non sélectives (licences universitaires principalement) de classer les candidats et, au final, de les sélectionner si leur capacité d’accueil est inférieure à la demande des élèves soulève plusieurs enjeux. "Dans une logique d’attractivité, certaines formations pourraient utiliser la variable de la capacité d’accueil afin d’augmenter leur sélectivité et accroître ainsi leur taux de réussite, en attirant les meilleurs candidats". C'est déjà le cas dans l'académie de Paris.  Le risque, à termeest un système universitaire "à deux vitesses", au détriment des étudiants inscrits dans des universités moins prestigieuses.