Suicides dans le monde agricole : comment mieux aider les agriculteurs en difficulté ?

Les agriculteurs français présentent un fort taux de mortalité par suicide, dû à de multiples facteurs. Les pouvoirs publics et les acteurs institutionnels et associatifs, conscients de la souffrance de beaucoup d’exploitants, déploient diverses initiatives pour leur venir en aide.

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Le gouvernement a lancé dès 2011 un plan de prévention du suicide dans le monde agricole, mis en œuvre par la Mutualité sociale agricole (MSA). Crédit photo : © torwaiphoto - stock.adobe.com

Les exploitants agricoles ont la mortalité par suicide la plus élevée de toutes les catégories sociales. Elle touche surtout les hommes d’au moins 65 ans, éleveurs bovins ; 372 agriculteurs (292 hommes et 80 femmes) se sont suicidés en 2015.

Un rapport remis au Premier ministre en décembre 2020 dresse un état des lieux du suicide dans le monde agricole. Ce rapport décrit ensuite les dispositifs de repérage et d’accompagnement des agriculteurs en difficulté et fait des propositions pour améliorer leur efficacité.

Quels facteurs de risque ?

Le risque suicidaire peut résulter de difficultés économiques mais aussi d’autres facteurs tels que l’isolement, les conditions de vie et de travail (surcharge de travail avec de fortes amplitudes horaires générant fatigue et maladies), les aléas économiques mais aussi climatiques, l'endettement, les contraintes administratives, la défiance de certains consommateurs... Beaucoup d’exploitants s’estiment aussi victimes de harcèlement au travail (critiques répétées de leur travail, fausses rumeurs…).

 

Des dispositifs de soutien déjà en place

Plusieurs plans nationaux ont porté depuis 2000 sur la connaissance des facteurs de risque, la prévention et la prise en charge du suicide.

Le gouvernement a lancé dès 2011 un plan de prévention du suicide dans le monde agricole, mis en œuvre par la Mutualité sociale agricole (MSA) et axé sur :

  • une meilleure compréhension du suicide dans ce milieu ;
  • la mise en place de dispositifs d’écoute pour répondre aux situations de détresse (le service d’accueil téléphonique Agri’écoute, créé en 2014, est accessible 24 heures sur 24) ;
  • la création de cellules pluridisciplinaires avec un accompagnement social ou médical destinées à repérer les agriculteurs en difficulté.

Le plan de la MSA pour 2016-2020 a renforcé la formation des professionnels intervenant sur Agri’écoute et dans les cellules pluridisciplinaires.

Par ailleurs, des organisations nationales et locales proposent aux agriculteurs des services d’écoute et d’accompagnement afin de déceler précocement les situations de détresse et d’offrir une prise en charge adaptée.

Souvent, les exploitants en difficulté ne contactent pas ces dispositifs. Des personnes connaissant le milieu rural et travaillant au contact des agriculteurs sont à même de repérer leur souffrance. Ces sentinelles peuvent gagner leur confiance et les orienter vers les structures compétentes. Les mesures d’accompagnement sont très variées mais pas toujours coordonnées ni connues des acteurs eux-mêmes.

Des pistes pour améliorer l'accompagnement des agriculteurs

Ainsi, face au mal être persistant de certains agriculteurs, le rapport recommande :

  • de diffuser localement une information générale non stigmatisante sur le mal-être des agriculteurs, de faire connaître les plateformes d’écoute et de publier chaque année le taux de mortalité par suicide (les dernières données datent de 2015) ;
  • d’identifier et de former les sentinelles et d’en recruter de nouvelles ;
  • de coordonner les acteurs de la prévention en matière de risques psychosociaux ;
  • d’accompagner les agriculteurs en difficulté (contact avec un entrepreneur d'un autre secteur d'activité) et les jeunes exploitants en phase d’installation ;
  • de communiquer positivement sur l’agriculture auprès du public ;
  • de financer certains dispositifs comme l’aide au répit, qui permet aux agriculteurs d’être remplacés pendant dix jours en cas d’épuisement professionnel.