Rapport Stora sur la guerre d’Algérie : comment réconcilier des mémoires divergentes ?

Presque soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, comment réconcilier des mémoires divergentes entre France et Algérie ? Tel est l'objectif du rapport de Benjamin Stora qui propose d'ouvrir des passerelles sur des sujets sensibles tout en favorisant la recherche, la connaissance et la transmission communes.

Drapeau blanc au centre des drapeaux français et algérien.
En France, plus de sept millions de personnes ont un lien avec l’Algérie, sa colonisation et la guerre d’indépendance. © Oleksandr - stock.adobe.com

À l’approche du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962), les présidents français et algérien ont désigné chacun un expert, Abdelmadjid Chikhi (ancien combattant de la guerre d’indépendance, historien, directeur des archives nationales algériennes) pour l'Algérie, Benjamin Stora (historien, spécialiste de l'histoire contemporaine de l'Algérie) pour la France. Il s'agissait de travailler sur les questions mémorielles entre les deux pays et de rechercher les pistes pour une réconciliation face à une histoire partagée, souvent douloureuse et conflictuelle.

Le 20 janvier 2021, Benjamin Stora a remis au président de la République son rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie. Dans sa lettre de mission, le président de la République indiquait : "Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens. Le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée."

Des sujets en commun

En France, plus de sept millions de personnes (pieds-noirs, immigrés, appelés du contingent, militants contre la guerre, partisans de l’Algérie française, enfants et familles de tous ces groupes) ont un lien avec l’Algérie, sa colonisation et la guerre. À l’affrontement entre indépendantistes et État français, s’ajoutent d'autres conflits entre Français et entre Algériens.

L’historiographie montre combien l’histoire de cette période évolue et diffère selon les intérêts, les imaginaires, les évolutions idéologiques, le vécu personnel, sans compter l’amnésie, le refoulement et la légende nationale. Pour Benjamin Stora, il ne s’agit pas d’écrire une histoire commune. Il s'agit plutôt "d’ouvrir des possibilités de passerelles sur des sujets toujours sensibles mais permettant d’avancer, de faire des pas ensemble" en abordant certains sujets comme :

  • le partage des archives ;
  • l’enrichissement du guide des disparus (ensemble des archives relatives aux disparus de la guerre d’Algérie) par les chercheurs français et algériens ;
  • la circulation des images, des représentations, des production visuelles communes ;
  • les essais nucléaires français réalisés au Sahara entre 1960 et 1966 ;
  • les cimetières européens et juifs d’Algérie ;
  • les rééditions et traduction d’ouvrages.

Favoriser la recherche, la connaissance et la transmission

Pour Benjamin Stora, un discours d’excuses officielles ne peut suffire "à apaiser les mémoires blessées, à combler le fossé mémoriel qui existe entre les deux pays". Selon l'auteur du rapport, il  importe surtout de poursuivre la connaissance de ce que fut le système colonial, sa réalité quotidienne et ses visées idéologiques sans oublier les résistances algériennes et françaises à ce système de domination.

La création d’une commission "Mémoires et vérité" serait ainsi chargée de favoriser des initiatives communes sur la question des mémoires pour :

  • continuer à recueillir des témoignages ;
  • poursuivre les commémorations comme celle du 19 mars 1962 et proposer d'autres commémorations importantes ;
  • encourager la recherche, la diffusion des travaux, leur traduction ;
  • donner plus de place à l’histoire de la colonisation française en Algérie ;
  • créer un office franco-algérien de la jeunesse ;
  • réactiver le projet d’un musée de l’Histoire de la France et de l’Algérie à Montpellier.