Concilier le travail des journalistes et des forces de l'ordre : les propositions de la commission Delarue

Selon la commission présidée par Jean-Marie Delarue, les relations entre la presse et les services de police et de gendarmerie se sont dégradées au cours des cinq dernières années, notamment lors des manifestations sur la voie publique. 32 propositions sont présentées pour recréer une relation de qualité entre journalistes et forces de l’ordre.

Journaliste-cameraman filmant des policiers sur la chaussée.
Garantir l’intégrité physique des journalistes est l'un des trois objectifs à atteindre selon le rapport. © scorcom - stock.adobe.com

Dans un contexte de manifestations soumises à de fortes tensions, le rapport de la commission indépendante sur les relations entre la presse et les forces de l’ordre souligne la nécessité de mieux concilier la mission de recueil et de diffusion de l’information des journalistes et celle de maintien de l'ordre public des services de police et de gendarmerie.

Missionnée par le Premier ministre, la commission était présidée par Jean-Marie Delarue, ancien président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté.

Une dégradation graduelle des rapports entre journalistes et forces de l’ordre 

Certaines manifestations et mouvements de contestation récents ont montré qu’il existe des difficultés à concilier le travail des journalistes et celui des forces de l’ordre. C’est le cas notamment des manifestations contre la loi Travail en 2016, puis en 2018 du mouvement des Gilets Jaunes.

Pour la commission, les relations entre la presse et les forces de l'ordre se seraient dégradées à cause d’au moins deux facteurs :

  • une fermeture progressive des forces de l’ordre à l’égard de la presse en raison d'une acception plus restrictive de la notion de secret de l'enquête et d'une professionnalisation de leur communication ;
  • la visibilité accrue des opérations de maintien de l’ordre, notamment lors des manifestations, et la place consacrée aux violences policières dans les médias traditionnels sur les réseaux sociaux mais aussi dans les médias traditionnels.

La commission note que les journalistes ont été victimes d'agressions verbales et physiques de la part de manifestants mais aussi de la part de membres des forces de l'ordre. Ils ont aussi parfois été empêchés de faire leur travail par ces mêmes forces de l'ordre (refus d'accès à une manifestation, interpellations injustifiées, endommagement volontaire de matériels...). Pour la commission, reconnaître la réalité de ces agressions et y mettre fin est un préalable nécessaire au rétablissement de bonnes relations entre la presse et les forces de l'ordre.

Dialogue, liberté d’informer et expression des forces de l’ordre : les conditions d’une relation de qualité 

Pour des relations équilibrées entre les deux ensembles, nécessaires au bon déroulement de leurs missions respectives, la commission distingue trois objectifs à atteindre :

  • garantir l’intégrité physique des journalistes. Il revient aux forces de l'ordre d'assurer la sécurité des journalistes face aux attaques de manifestants en leur permettant de se placer derrière leurs cordons et en les autorisant à porter des équipements de protection ;
  • garantir la liberté d’informer sans entraves. La commission rappelle que les forces de l'ordre ne peuvent pas s'opposer à la captation d'images ou de sons lors d'opérations qu'elles mènent dans les lieux publics. Afin de limiter l'appréhension des policiers et des gendarmes vis-à-vis de la prise d'images par des observateurs extérieurs, qu'ils soient journalistes ou non, la commission recommande de développer l'enregistrement interne des opérations. Dans le même temps, elle considère que les journalistes doivent avoir un accès facilité et privilégié à certains rassemblements et être autorisés à couvrir librement des manifestations interdites ;
  • créer et garantir l’expression des forces de l’ordre. La commission recommande d'ouvrir aux forces de l'ordre la possibilité d'une parole propre, sous l'autorité du préfet et du parquet, pour fournir des informations techniques et factuelles sur la sécurité.

Par ailleurs, la commission identifie trois conditions à l'établissement d'une relation de qualité :

  • l'identification des journalistes. Il ne s'agit pas de permettre la distinction entre vrais et faux journalistes mais d'identifier les observateurs d'un évènement. Pour la commission, les journalistes doivent adopter une posture de "tiers" aux évènements. La commission exclut tout mécanisme d'accréditation ou reposant sur le seul critère de la carte de presse ;
  • les suites données aux errements (traitements des plaintes des journalistes, port systématique du RIO...) ;
  • la formation et le dialogue pour une meilleure connaissance des missions de chacun.