Défense : vers un retour à des guerres de haute intensité ?

Dans un contexte d'accentuation des menaces armées, l'hypothèse d’un conflit de haute intensité ne peut plus être exclue, selon les autorités militaires. Cette possibilité doit être un repère pour repenser le modèle actuel de l'outil de défense.

Le porte-avions Charles-de-Gaulle, en 2016, en mer Méditerranée.
Le rapport formule des propositions pour faciliter la remontée en puissance de l'outil de défense et éviter un déclassement stratégique de la France. © Bertrand Langlois/AFP

Après des décennies de guerres asymétriques, les opérations de haute intensité où toutes les fonctions opérationnelles sont susceptibles d’être activées font leur retour dans les considérations des militaires mais aussi dans le débat public sur l'avenir de la défense.

Dans un rapport d’information sur la préparation à des guerres de haute intensité publié par l'Assemblée nationale, le 17 février 2022, la mission parlementaire établit l'état de préparation de l'armée française en cas de conflit de haute intensité.

Ce rapport la qualifie de modèle de cohérence et de crédibilité, avec une base industrielle et technologique de défense parmi les meilleures au monde, mais il plaide pour maintenir l'effort d'une hausse du budget de la défense de trois milliards d’euros inscrit dans la loi de programmation militaire 2019-2025. Il préconise que cet effort budgétaire se poursuive au-delà de 2025.

Le retour de la notion d'une guerre de haute intensité

Le rapport constate que c'est à partir de la guerre du Donbass en 2014 et celle du Haut-Karabakh en 2020 que l'idée d'une guerre de haute intensité a fait son retour dans les considérations et préparations politiques et militaires en Occident.

Le rapport alerte sur plusieurs évolutions :

  • la dégradation de l'environnement géopolitique depuis 2008 avec une compétition de plus en plus accélérée entre grandes puissances qui les amène à "délaisser le droit pour des rapports de force" dans tous les domaines de l’ordre international. Ce développement a mené à l'affaiblissement des institutions de dialogue international ;
  • la contestation de l'ordre international "par des puissances révisionnistes, insatisfaites d’un système qui leur confère des garanties de sécurité ou de développement jugées insuffisantes et des normes philosophico-politiques jugées « décadentes »"  ;
  • le développement de pratiques dites "hybrides" (instrumentalisation du droit, manipulation de l’opinion publique par de fausses nouvelles, dépendances, notamment économiques, attaques cyber non revendiquées...).

L'effort de défense doit être accentué

Le rapport formule des propositions pour faciliter la remontée en puissance de l'outil de défense et éviter un déclassement stratégique de la France.

"Le meilleur moyen d’éviter la guerre est de s’y préparer", selon le rapport qui préconise de gagner en réactivité, en interopérabilité avec les alliés et en "capacité à durer".

Il plaide en faveur :

  • d'un "effort financier immédiat" pour la reconstitution des stocks de munitions ;
  • d'une augmentation du format de l’aviation de chasse à 215 appareils (contre 185 prévus actuellement) ;
  • d'une hausse "dès que possible" du nombre de frégates de premier rang à venir (18 au lieu de 15) ;
  • du développement de la robotisation dans les forces terrestres.

La France doit également "planifier la prise en charge de blessés en nombre avec les hôpitaux civils". Enfin, "pour gagner la guerre avant la guerre", il est nécessaire de conserver la supériorité informationnelle en renforçant notamment les "moyens de lutte contre la désinformation en opérations", souligne le rapport.