Le taux de suicide décroît avec la hausse du niveau de vie
À âge comparable, le taux de suicide des 10% d’hommes les plus modestes (25,7 pour 100 000 habitants) est plus de deux fois supérieur à celui des 10% les plus aisés (11,3). De même, le taux des femmes baisse de 9 à 4,1 entre le premier et le dernier dixième de la population classée selon le niveau de vie. Ces disparités sont liées au "caractère disqualifiant et stigmatisant de la pauvreté moderne, qui fragiliserait les liens sociaux" essentiels à la santé mentale.
À partir de 75 ans, ces écarts se réduisent. Les hommes du dixième le plus précaire se suicident 1,3 fois plus que ceux du dixième le plus favorisé, contre 3,5 fois plus chez les 30-44 ans et 2,8 fois plus chez les 45-74 ans. Ces rapports de mortalité sont similaires chez les femmes.
Quels sont les autres facteurs de risque suicidaire ?
Le taux de suicide est supérieur à la moyenne chez :
- les individus sans emploi (14,8 pour les femmes et 56,2 pour les hommes) ;
- les hommes agriculteurs exploitants (43,7 pour 100 000 contre 11 chez les femmes agricultrices), ouvriers (26,9 contre 10,3 pour les hommes cadres et professions intellectuelles supérieures) ou employés. Plus exposés à des risques psychosociaux, les ouvriers et les employés semblent moins enclins à consulter des spécialistes ou à passer des examens de prévention, et ils reçoivent des soins de moindre qualité. Parmi les femmes de 25 à 64 ans, le taux de suicide varie peu selon la catégorie socioprofessionnelle. À partir de 65 ans, les anciennes cadres se suicident davantage (24,5 contre 23,6 pour les hommes) ;
- les hommes peu diplômés ;
- les personnes vivant seules. Le veuvage expliquerait une grande part de la surmortalité suicidaire des hommes après 65 ans ;
- les ruraux. Plus la taille de la commune diminue, plus les taux de suicide augmentent ;
- les individus nés dans l’Hexagone, notamment en Nouvelle-Aquitaine, en Normandie, dans les Hauts-de-France, les Pays de la Loire et en Bretagne (25 à 32,5), à l’inverse des hommes nés à l’étranger, particulièrement en Afrique subsaharienne. Les immigrés, surreprésentés parmi les plus modestes, ont des taux de suicide inférieurs à ceux des personnes nées en France, ce qui estompe le lien entre pauvreté et suicide. Les différences territoriales sont moins marquées chez les femmes ; néanmoins, les natives de Bretagne et de Normandie se suicident plus que la moyenne, contrairement aux femmes originaires d’Afrique ;
- les personnes souffrant d’un trouble psychiatrique, qui constituent la moitié des morts par suicide entre 2015 et 2020 (44% chez les hommes, 67% chez les femmes). Leur taux de suicide est jusqu’à 30 fois supérieur à celui de l’ensemble de la population.