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© David Pereiras - stock.adobe.com

Résidus médicamenteux, microplastiques, polluants éternels : le coût des pollutions diffuses

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Malgré les efforts de la France pour lutter contre la pollution et protéger l'environnement, les pollutions diffuses génèrent chaque année 200 milliards d'euros de coûts indirects pour la santé humaine et la biodiversité. C'est ce que relève le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans un avis du 28 janvier 2026.

Résidus médicamenteux, microplastiques, polluants éternels, pesticides... Une imprégnation chimique généralisée s'accumule peu à peu dans l'environnement. Dans son avis publié le 28 janvier 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) alerte sur les dangers des rejets multiples liés aux pollutions diffuses. Ces contaminants altèrent la qualité des eaux et des écosystèmes.

Une multitude de polluants dans l'environnement

Le CESE déplore une accumulation de polluants dans l’environnement.

Pollutions diffuses : de quoi s'agit-il ?

Selon le CESE : "les pollutions diffuses, par opposition aux rejets ponctuels, proviennent de pratiques dispersées (agricoles, industrielles, domestiques...) et se transfèrent lentement et chroniquement vers l'eau, l'air et les sols, ce qui complexifie la surveillance, l'attribution des responsabilités et l'action corrective".

Parmi les polluants, le CESE évoque :

  • les per- et polyfluoroalkylées (PFAS), des polluants éternels présents notamment dans l'eau potable. En France, près de 10 millions de personnes seraient concernées par une eau contenant des PFAS au-delà des seuils, exposant la population à des risques (infertilité, cancers). Leur élimination pose également un enjeu économique, les technologies de filtration étant à la fois complexes et coûteuses ;
  • les microplastiques, issus de l'usure des pneus, constituent aussi une source majeure de pollution diffuse. Chaque année, entre 50 000 et 100 000 tonnes de particules de gomme sont produites avant d’être entraînées vers les milieux aquatiques, perturbant les organismes et pouvant, à terme, affecter l'alimentation humaine ;
  • l'antibiorésistance avec 30% à 90% des résidus médicamenteux qui contiennent encore des substances actives après leur rejet par les patients. De plus, le développement de l'hospitalisation à domicile aggrave la situation, en rejetant aussi des résidus de traitements puissants, qui se retrouvent pour plus de 50%, dans les rivières et favorisent l'antibiorésistance ;
  • les substances chimiques liées à l'agriculture (herbicides, fongicides, cuivre, zinc et antiparasitaires) qui dégradent fortement les sols fertiles qui perdent leur capacité à stocker le carbone et filtrer l'eau. Une perte de rendement estimée entre 5% et 15% est à déplorer pour l'agriculture.
  • Poêles antiadhésives, textiles imperméables…
  • Les produits industriels renferment des composés chimiques qui modifient leurs propriétés.
  • Problème : ces substances ne se dégradent pas dans l'environnement.
  • Elles polluent l'eau, l'air et les sols, d'où leur nom de "polluants éternels".
  • Ce sont les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, dites PFAS.
  • Les PFAS contaminent les aliments : poissons, mollusques, oeufs ou encore lait.
  • Avec des risques avérés pour la santé : cancers, troubles thyroïdiens, cholestérol élevé...
  • Face à ce danger, la France a adopté un plan d'action (2023-2027).
  • Objectifs : réduire les rejets industriels, surveiller les milieux aquatiques et informer les citoyens.
  • En 2025, une loi prévoit une interdiction progressive de la mise sur le marché de produits contenant des PFAS.
  • Les PFAS restent autorisés dans les ustensiles de cuisine et les textiles techniques à usage industriel.
  • L'Union européenne encadre l'utilisation de certains polluants chimiques.
  • Il existe plusieurs milliers de PFAS…
  • Seules quelques substances font l'objet d'une surveillance et d'une évaluation de leur toxicité.

Un coût indirect estimé à 200 milliards d'euros par an

Résultat : le CESE constate un écart significatif entre les dépenses consacrées à la prévention des pollutions et les impacts réels subis par les citoyens. Le CESE souligne qu'en 2021, 46 milliards d'euros ont été dédiés en France à la lutte contre les pollutions et à la protection de l’environnement, alors que les coûts indirects des pollutions diffuses atteignent près de 200 milliards d’euros par an. À titre d’exemple, la seule pollution de l’air est évaluée à 101,3 milliards d’euros annuels, soit près du double du coût attribué au tabac.

L’avis alerte aussi sur les fausses bonnes stratégies consistant à intervenir après contamination des milieux. Une fois touchés, les écosystèmes sont difficiles à restaurer, et les effets se font sentir sur le long terme, précise le CESE. En Polynésie française par exemple, les conséquences des 193 essais nucléaires menés pendant trente ans ont contaminé air, eau et sols, et populations comme travailleurs continuent d’être exposés, avec des impacts durables sur les ressources naturelles.

Face à cette situation, le CESE propose une réponse en quatre axes comportant 16 préconisations visant à centraliser la connaissance, responsabiliser les pollueurs, prévenir les pollutions majeures et restaurer les écosystèmes filtrants, pour mieux lutter contre ces pollutions à l'avenir.