Le rapport publié le 9 février 2026 par le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan révèle que l'industrie européenne est désormais confrontée à une concurrence chinoise qui met en péril les secteurs industriels au centre de la spécialisation européenne (automobiles, machines-outils, batteries, chimie...).
Le "rouleau compresseur" chinois
La stratégie de développement chinoise a d’abord ciblé les industries de base (sidérurgie, ciment, chimie) puis s’est étendue à l’ensemble des secteurs industriels. Depuis les années 2010, la Chine a réorienté sa politique industrielle afin de s’imposer sur des segments à forte valeur ajoutée (technologies de l’information, pharmacie, machines-outils, robotique, véhicules électriques…).
La Chine a bâti un appareil productif d’une ampleur inégalée, combinant des coûts faibles, des surproductions massives et une montée en gamme technologique très rapide. Elle concentre près d’un tiers de la production manufacturière mondiale (contre 15% pour l’Union européenne – UE) et dégage des excédents commerciaux manufacturiers record. Cette dynamique devrait s’amplifier à moyen terme.
La Chine est ainsi devenue le premier exportateur mondial de voitures en volume, avec un excédent de 7 millions de véhicules. 40% des voitures produites dans le monde sortent d’usines chinoises.
Des bastions industriels européens exposés à une concurrence inédite
La pression chinoise touche le cœur de l’industrie européenne (automobile, batteries, équipements industriels, chimie…). Celle-ci est exposée :
- sur les marchés tiers. En moyenne, 24% des exportations de l’UE subissent une pression critique. Cette part est accrue dans les grandes économies industrielles (32% pour Allemagne, 26% pour la France et 25% pour Italie) ;
- sur son marché intérieur. 55% de la production manufacturière de l’Union serait menacée à moyen terme si les tendances actuelles perdurent. Cette proportion varie selon les pays (70% en Allemagne, 60% en Italie, 50% en Espagne, 36% en France).
L’UE peine à rivaliser car ses coûts de production sont 30% à 40% plus élevés, à qualité égale. La montée des importations chinoises l’expose à un risque durable de perte de capacités productives, d’emplois industriels et de maîtrise technologique.
Comment éviter la marginalisation de l'industrie européenne ?
Les instruments de défense commerciale actuels, utiles pour répondre à certaines pratiques déloyales ou à des chocs ponctuels, ne suffisent pas pour contrer une stratégie chinoise globale et de long terme. De même, développer la "préférence européenne" reste un outil de politique industrielle ciblée.
Le rapport préconise de repenser en profondeur la politique industrielle et commerciale de l'UE afin de mieux protéger ses chaînes de valeur. Il s’agit de compenser les écarts de coûts de production massifs en instaurant un droit de douane de l’ordre de 30% sur les produits chinois ou en dépréciant l’euro de 20% à 30% par rapport à la monnaie chinoise. Ces options supposent la construction préalable d’un échange et d’un rapport de forces crédible avec la Chine, fondé notamment sur la capacité de l’Union à conditionner l’accès à son marché intérieur.