Enquête : Votre avis sur Vie-publique.fr nous intéresse ! Répondez à notre enquête. Quelques minutes suffisent.

Image principale 1
Image principale 1
© LT - stock.adobe.com

Résolution de l'ONU sur l'esclavage et la traite transatlantique : la France s'abstient de voter

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Le 25 mars 2026, l'Organisation des Nations unies (ONU) a adopté une résolution qui reconnaît la traite transatlantique des esclaves comme le "plus grave crime contre l'humanité". La France fait partie des 52 États qui se sont abstenus de voter sur ce texte.

La résolution de l'Assemblée générale des Nations unies qui qualifie la traite transatlantique de "plus grave crime contre l'humanité" a été adoptée le 25 mars 2026 par 123 voix contre 3 et 52 abstentions. Les trois pays ayant voté contre sont l'Argentine, Israël et les États-Unis. La France fait partie des abstentionnistes tout comme les autres membres de l'Union européenne. 

Ce texte avait été porté par le Ghana afin de reconnaître la gravité de la traite de millions d'êtres humains, déportés depuis l'Afrique vers les Amériques, pendant plus de quatre siècles, et ses "conséquences durables". La résolution a été adoptée à l'occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, instaurée par une résolution de l'ONU de 2006.

La traite transatlantique qualifiée de "plus grave crime contre l'humanité"

La résolution indique que "la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l'humanité, en raison de la rupture décisive qu'ils ont provoquée dans l'histoire mondiale, de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent d'influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital". 

L'Assemblée générale y réaffirme aussi en particulier la persistance de discrimination raciale et de néocolonialisme à l'égard des Africains et des personnes d'ascendance africaine. 

Les États membres de l'ONU sont invités à engager un dialogue sur la justice réparatrice et à envisager des excuses officielles et "sans réserve". L'Assemblée générale leur enjoint également de prévoir des mesures de restitution ou d'indemnisation et des garanties de non-répétition. Contrairement à d'autres crimes graves commis contre des groupes particuliers, aucun cadre global de réparation n'a jusqu'ici été mis en place pour la traite et l'esclavage. 

L'Assemblée générale demande également la restitution des biens culturels, objets d'arts, monuments ou archives nationales qui revêtent une "valeur spirituelle, historique, culturelle ou autre pour les pays d'origine". Elle invite également les États à promouvoir des programmes éducatifs complets, des activités de commémoration et des travaux de recherche sur ces crimes contre l'humanité et leurs conséquences. 

La position de la France

La France fait partie des nations européennes ayant participé au transport forcé de plus de 11 millions d'Africains à travers l'Atlantique puis à leur réduction en esclavage au sein d'exploitations coloniales dans les Amériques, de la fin du XVe au milieu du XIXe siècle. Elle s'est néanmoins abstenue de voter sur la résolution des Nations unies.

La mission permanente de la France auprès des Nations unies a justifié l'abstention de la France par les difficultés que la résolution proposée soulèverait sur le fond au regard du droit international. La France s'oppose à l'établissement d'une "hiérarchie" entre les crimes contre l'humanité et craint que la résolution les mette en concurrence, "au détriment de la mémoire des victimes". 

Au niveau national, la loi du 21 mai 2001 dite "Taubira" a reconnu que la "traite négrière transatlantique", la traite dans l'océan Indien et l'esclavage perpétrés à partir du XVe siècle aux Amériques, aux Caraïbes et dans l'océan Indien contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un "crime contre l'humanité". Cette loi prévoyait également qu'une requête en reconnaissance de ces crimes en tant que crimes contre l'humanité soit introduite auprès de différentes instances internationales, parmi lesquelles l'ONU, ce qui n'a jamais abouti.