La Banque centrale européenne (BCE) et son homologue américain, la Réserve fédérale des États-Unis (Fed), ont tenu cette semaine leurs réunions périodiques sur l'orientation de leur politique monétaire. Les deux organismes ont choisi de maintenir inchangés leurs taux directeurs. Dans sa déclaration, Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a dit le 30 avril 2026 avoir besoin de données supplémentaires avant d'agir. Ainsi, le différentiel de taux, en faveur du dollar, reste le même : un taux de dépôt à 2% en zone euro contre un niveau de 3,5%-3,75% aux États-Unis.
Maintenir la stabilité des prix
La stabilité des prix est le mandat principal de la BCE. L'inflation a certes accéléré depuis le début de l'année 2026, mais sans s'éloigner encore trop de la valeur cible de 2% de la BCE : en mars, elle est montée à 2,6% en rythme annuel (contre 1,7% en janvier) en moyenne au sein des 21 pays de la zone euro.
Dans un conflit comme celui qui sévit actuellement au Moyen-Orient, les prix de l'énergie et des denrées alimentaires sont particulièrement volatiles. Ils influencent de nombreux indicateurs que la BCE surveille : l'inflation globale et sous-jacente, les prix de production, la croissance salariale, les anticipations des entreprises et des consommateurs…. Pour l'instant, l'incertitude demeure très grande et tout dépendra de la durée du conflit, comme l'a souligné la présidente de la BCE lors de sa conférence de presse.
En même temps, la BCE cherche à éviter un scénario comme en 2022 au moment du début de la guerre en Ukraine. À l'époque, la BCE avait été critiquée pour avoir relevé ses taux très tardivement : quand elle avait agi (en juillet 2022) avec une première hausse de 50 points de base, l'inflation en zone euro avait déjà dépassé 8%.
| Date de décision de la BCE | Taux de dépôt |
|---|---|
| Depuis le 11 juin 2025 | 2% |
| 25 avril 2025 | 2,25 |
| 12 mars 2025 | 2,50 |
| 5 février 2025 | 2,75 |
| 18 décembre 2024 | 3,00 |
| 23 octobre 2024 | 3,25 |
| 18 septembre 2024 | 3,50 |
| 12 juin 2024 | 3,75 |
| 20 septembre 2023 | 4,00 |
| 2 août 2023 | 3,75 |
| 21 juin 2023 | 3,50 |
| 10 mai 2023 | 3,25 |
| 22 mars 2023 | 3,00 |
| 8 février 2023 | 2,50 |
| 21 décembre 2022 | 2,00 |
| 2 novembre 2022 | 1,50 |
| 14 septembre 2022 | 0,75 |
| 27 juillet 2022 | 0,00 |
Source: BCE.
Un dilemme pour les banques centrales
Si le choc est réel sur les prix des hydrocarbures, les conséquences à moyen terme peuvent être très diverses : hausse temporaire ou générale des prix, effets en cascade sur de nombreux secteurs (transports, plasturgie, semi-conducteurs, agroalimentaire…) avec un recul du climat des affaires, de la consommation et un ralentissement plus général de la croissance. L'enquête de mars 2026 de la BCE fait état d'un net recul des anticipations de croissance.
Augmenter dans ce contexte les taux permettrait certes de limiter l'inflation mais pourrait également peser sur la croissance et l'emploi. Le secteur manufacturier, déjà moins dynamique depuis la sortie de la crise sanitaire liée au Covid-19, pourrait davantage en pâtir. Et une hausse des taux rendrait également plus compliqué l'équation budgétaire pour les États très endettés. En même temps, un durcissement préventif reste une option pour la BCE : les fortes hausses des taux de 2022-2023 n'avaient causé ni récession ni hausse du chômage.
Toutes les grandes banques centrales sont donc confrontées à ce dilemme. Mais leur mandat n'est pas exactement le même. La BCE observe également la croissance, l'emploi et d'autres indicateurs sociaux plus larges, mais elle n'a pas ouvertement un double mandat comme la Fed, c'est-à-dire de lutte contre l'inflation et de plein-emploi.