Selon l'interprétation gaullienne de la Constitution de la Vème République, le président de la République "répond de la France". À ce titre, il est amené à évoquer non seulement le présent et le futur du pays mais aussi son passé.
Alors que sous la IIIe et la IVe République ce rôle est partagé entre différents acteurs (président du Conseil, président du Sénat, de la Chambre des députés…), sous la Ve, il tend à se concentrer en la personne du Président et lui permet de l'incarner.
Ainsi, depuis 1958, ce ne sont plus les députés qui décident des transferts au Panthéon mais le Président seul et sans aucune consultation formelle. Cette disposition n'est pas inscrite dans la Constitution, mais s'appuie sur son article 34 qui définit de façon exhaustive le périmètre d'action du Parlement et n'inclut pas la question des hommages nationaux. Elle s'appuie aussi sur le fait que le transfert au Panthéon de Victor Hugo en 1885, qui fait suite à la loi lui accordant des funérailles nationales, est un décret présidentiel signé de Jules Grévy daté du 26 mai 1885.
En raison de cette place centrale, à travers ses gestes, ses discours, le récit qu'il fait de la France et de son histoire, le Président vise à construire une perception commune du passé. Il s'agit donc d'un geste éminemment politique, un usage public de l'histoire.
Les circonstances de ces prises de parole sur le passé sont diverses : voyages à l'étranger ou réception d'un dignitaire étranger et évocation des relations mutuelles tissées au cours du temps, des combats communs ; anniversaires et commémorations ; inaugurations ; transferts au Panthéon…
Toutefois, les présidents successifs n'ont pas envisagé de la même façon cette fonction tandis que le contexte national et international s'est profondément modifié, notamment, par l'émergence de revendications mémorielles et l'essor des politiques de reconnaissance au tournant des années 80.
L'histoire comme ressource et la tentation de l'effacement
"Destin de la France ! Ces mots évoquent l'héritage du passé, les obligations du présent et l'espoir de l'avenir." (Ch. de Gaulle, déclaration du 8 janvier 1959).
Dans cette conception largement partagée par Charles de Gaulle et François Mitterrand, l'histoire est une ressource qui garantit l'avenir. "Nous sommes dans cette salle du Jeu de paume pour nous interroger en commun, devant le pays, sur ce qui nous lie à ce passé et pour mieux concevoir notre tâche à venir. Un peuple sans mémoire n'est pas un peuple libre." (F. Mitterrand, 20 juin 1989). C'est une histoire longue et continue. Il ne faut pas briser "la chaîne qui nous rattache à la longue file de ceux qui, depuis la préhistoire, ont modelé notre pays et nous ont fait ce que nous sommes" (F. Mitterrand, allocution au Mont Beuvray, 17 septembre 1985) Et c'est sur le mode du conte que De Gaulle parle de la France : "Il était une fois un vieux pays…" (4 juin 1960).
Jusqu'en 1985 le calendrier commémoratif est d'une grande stabilité et ne comporte que quatre dates.
Dans cette conception, le passé échappe à tout inventaire critique, c'est au contraire une source de réassurance collective. Ainsi concernant l'esclavage, le récit présidentiel, jusqu'à Jacques Chirac, exalte son abolition en 1848 mais tait la traite ou son rétablissement en 1802 après l'abolition de 1793-1794. De même le régime de Vichy et la collaboration sont largement occultés tandis que la Résistance est mise en valeur comme en témoignent l'hommage annuel rendu depuis 1960 au mémorial du Mont Valérien ou encore l'entrée au Panthéon de Jean Moulin en 1964.
Jusqu'en 1985 le calendrier commémoratif est d'une grande stabilité et ne comporte que quatre dates : le 14 juillet (1880), le 10 mai fête Jeanne d'Arc (1920), le 11 novembre (1922), le 8 mai (1946, sauf de 1975 à 1981) et le 27 avril "commémoration des héros victimes de la déportation" (1954), parmi ces journées seuls le 14 Juillet et le 11 Novembre ont été constamment fériés. Il s'agit donc d'un calendrier très sélectif composé de dates consensuelles.
Deux présidents font cependant un pas de côté par rapport à ces usages de l'histoire : Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, non pas qu'ils ne soient pas l'un et l'autre persuadés de la grandeur de la France et de son histoire mais ils pensent tous deux que, peu ou prou, le passé pèse trop sur le présent et entrave le futur. C'est Pompidou qui, en 1972 à Verdun, entend parler du présent car "il ne s'agit pas simplement de vivre dans le passé, si grand soit-il" ou Giscard d'Estaing qui invite les Français à ne pas se laisser "accabler par les rhumatismes de l'histoire" (Vœux du 31 décembre 1976).
C'est bien sûr la gestion du souvenir de la période de la Seconde Guerre mondiale qui impose cette prudence. Pour Pompidou, le temps est venu de l'oubli pour justifier en 1972 l'amnistie accordée au milicien Paul Touvier. De son côté, Giscard d'Estaing supprime en 1975 la commémoration du 8 Mai et écrit aux dirigeants européens : "Chacun de nous conservera les souvenirs qui sont les siens et honorera ceux auxquels l'hommage est dû. Mais il est temps d'ouvrir la voie de l'avenir et de tourner ensemble nos pensées vers ce qui nous rapproche et ce qui peut nous unir." suscitant une forte mobilisation et son rétablissement en 1981.
Le geste de reconnaissance
Au tournant des années quatre-vingt, ces formes de régulation du passé, qu'il s'agisse de l'inscription dans un roman national ou du recours à l'oubli, sont remises en cause par les demandes de plus en plus pressantes adressées aux États par ceux qui en ont été, de diverses manières, victimes ou qui se réclament de leur mémoire. Progressivement la reconnaissance des torts et crimes commis s'impose à l'ensemble des démocraties. Ainsi Bill Clinton présente-t-il en 1992 des excuses officielles aux citoyens américains d'origine japonaise incarcérés pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que Juan Carlos demande la même année aux juifs de pardonner leur bannissement du royaume en 1492.
En France c'est la responsabilité du régime de Vichy dans le génocide des juifs qui est le moment d'inflexion des politiques mémorielles.
Si en 1992, François Mitterrand est le premier chef de l'État à assister à la cérémonie annuelle de commémoration de la rafle du 16 juillet 1942, jusque-là presque exclusivement communautaire, il refuse jusqu'à la fin de son mandat de voir la République assumer les actes commis par Vichy qui reste pour lui, selon la formule gaullienne, "nul et non avenu". La rupture intervient avec le discours de Jacques Chirac du 16 juillet de 1995 dans lequel celui-ci reconnaît la responsabilité de la France dans les persécutions subies par les juifs du fait du régime de Vichy et de sa collaboration avec les nazis. Il y affirme un impératif de vérité qui rompt avec la raison d'État et les occultations du passé : "Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l'État. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c'est tout simplement défendre une idée de l'Homme, de sa liberté et de sa dignité" (J. Chirac, 16 juillet 1995).
Ce discours fait césure. L'idée d'un devoir de mémoire s'impose aux acteurs politiques. Il amène Jacques Chirac et à sa suite, bon gré mal gré, ses successeurs à assumer l'ensemble du passé national, y compris ses pages noires. En effet, la reconnaissance des crimes de l'État français par la République entraîne d'autres demandes de reconnaissance : la pratique de la traite négrière et de l'esclavage par la France, les massacres qui ont accompagné la colonisation et la décolonisation, le sort des aliénés pendant l'occupation, l'attitude de la France au Rwanda pendant le génocide des Tutsis…
Ces demandes sont adressées au Président dont il est attendu un geste symbolique, un discours de reconnaissance. Au cours des deux mandats de Jacques Chirac s'élabore une "politique de la reconnaissance", selon la formule d'Emmanuel Macron, qui loin d'affaiblir le pays le rendrait conforme à ses valeurs : "C'est notre grandeur que de savoir reconnaître les souffrances, sans taire les fautes" (F. Hollande, Hommage aux harkis, 25 septembre 2016).
Rééquilibrer les mémoires
La rupture avec l'économie mémorielle traditionnelle et les indulgences du récit national n'est pas sans conséquences. Elle suscite de violentes critiques, notamment d'une partie de la droite, qui l'identifie à de la repentance, reprenant le terme utilisé par les évêques de France en 1997 pour demander pardon du silence de l'Église face à la persécution dont avaient été victimes les juifs. Les contempteurs des gestes de reconnaissance y voient une posture masochiste et anachronique, le procès des pères par les fils. Ainsi Philippe Séguin, président du RPR, dénonce en 1997 un "climat d'expiation collective et d'autoflagellation permanentes".
Cette critique rencontre un certain écho et se trouve au cœur de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007. Élu, celui-ci se propose de fonder une Maison de l'histoire de France "pour que chacun, Français ou visiteur de passage, puisse comprendre d'où vient la France, d'où vient que nous sommes français, quelle est notre identité" (N. Sarkozy, 7 janvier 2010), soit un récit délibérément positif. Ce projet n'aboutit pas notamment du fait de l'hostilité d'une large partie des historiens qui y ont vu une restauration du vieux roman national et une réduction identitaire de l'histoire.
Toutefois, la crainte que les politiques de reconnaissance puissent altérer l'image de la France, notamment auprès des jeunes générations, est largement partagée par les présidents successifs. Il s'agit dès lors d'associer à la reconnaissance des fautes et des crimes des motifs de fierté : en quelque sorte rééquilibrer la mémoire nationale. Jacques Chirac en donne l'exemple dès le discours du 16 juillet 1995 : "Certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie". Et, à la suggestion de Simone Veil, il achève son mandat par un hommage aux Justes de France au Panthéon.
Ce souci se traduit aussi par l'accent mis sur des figures héroïques de la résistance de Guy Moquet pendant le mandat de Nicolas Sarkozy jusqu'à la décision d'Emmanuel Macron de donner le nom d'un compagnon de la Libération à chaque nouvelle promotion du nouveau service national en commençant par Henri Fertet fusillé à l'âge de 16 ans. Dans plusieurs entretiens François Hollande, comme Emmanuel Macron, se sont fait l'écho de la préoccupation de retisser un récit commun qui les anime : "Au fond, nous n'avons pas réconcilié les mémoires fracturées ni construit un discours national homogène" (E. Macron, Le Figaro, 18 avril 2021 à propos des mémoires franco-algériennes).
L'inflation mémorielle
La place prise par la mémoire dans la société française à partir des années 1980, dont la ruée vers le patrimoine est un symptôme, conduit à un gonflement du calendrier commémoratif, chaque nouvelle reconnaissance se traduisant par l'instauration d'une nouvelle date commémorative. Ainsi le nombre de journées commémoratives passe de 4 en 1985 à 18 en incluant la journée de l'Europe (ou même 20 avec la Journée internationale mémoire victimes de la Shoah et la Journée internationale des droits des femmes). À celles-ci s'ajoutent aussi les anniversaires décennaux ou les jubilés comme, à partir de 1984, la commémoration du débarquement en Normandie.
Les journées commémoratives en France en 2026 (entre parenthèses l'année d'inscription)
• 11 mars : Hommage aux victimes du terrorisme (2019)
• 19 mars : Souvenir des victimes de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc (2012)
• 7 avril : Commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda (2003 ONU, 2019 France)
• 24 avril : Commémoration du génocide arménien (2019)
• Dernier dimanche d'avril : Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation (1954)
• 8 mai : Commémoration de la Victoire du 8 mai 1945 (1953-1975 ; 1981 nouvel intitulé)
• 10 mai : Journée des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions (2006)
• 2e dimanche de mai : Fête de Jeanne d'Arc et du patriotisme (1920)
• 23 mai : Hommage aux victimes de l'esclavage colonial (2017)
• 27 mai : Journée nationale de la Résistance (2013)
• 8 juin : Journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine (2005)
• 18 juin : Anniversaire de l'Appel du 18 juin (2006)
• 14 juillet : Fête nationale (1880)
• 16 juillet (ou le dimanche suivant) : Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux "Justes" de France (1993, 2000 nouvel intitulé)
• 25 septembre : Journée nationale d'hommage aux Harkis et autres membres des formations supplétives (2003)
• 11 novembre : Anniversaire de l'Armistice de 1918 et hommage à tous les morts pour la France (1922, 2012 nouvel intitulé)
• 5 décembre : Journée nationale d'hommage aux "morts pour la France" pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie (2003).
À ces 17 journées s'ajoutent trois journées européennes ou internationales :
- 27 janvier : Journée internationale mémoire victimes de la Shoah (2002)
- 8 mars : Journée internationale des droits des femmes (1977 ONU ; 1982 France)
- 9 mai : Journée de l'Europe (1985).
En 1985, il n'y avait que 4 journées commémoratives : le 8 mai, le 14 juillet, le 11 novembre et la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation (dernier dimanche d'avril).
Source : ministère des Armées et des Anciens combattants, complété par l'auteur.
Dans le même temps, le rythme des transferts au Panthéon depuis le réinvestissement du rituel par François Mitterrand en 1987 avec l'entrée de René Cassin n'a cessé de croître (6 cérémonies pour Emmanuel Macron) avec une part prépondérante pour la période de la Seconde Guerre mondiale (12 transferts sur 20) et en son sein de la Résistance (8 transferts). De même, en seulement trois ans de 2013 à 2016, François Hollande prononce 63 discours se référant à un événement historique dont plus de la moitié portent sur la Seconde Guerre mondiale (36) et plus d'un tiers sur la Résistance (13) (selon le calcul de l'auteur).
Remarquons que ce mouvement semble irréversible. Aucune date commémorative n'est jamais supprimée, mis à part quelques années le 8 Mai, et le rapport, de 2008 de l'historien René Kaspi sur la modernisation des cérémonies publiques, qui préconisait de ne retenir que trois dates commémoratives,14 Juillet, 11 Novembre, 8 Mai, est resté lettre morte.
Le recours à l'expertise historienne
Si le récit fait de la Nation ou le geste de reconnaissance ressortissent bien du domaine politique, il est remarquable que depuis les années 90 l'Élysée sollicite régulièrement des historiens pour éclairer puis étayer sa prise de position. Si ce n'est pas toujours le Président lui-même qui en est le commanditaire direct, l'instauration d'une commission s'inscrit évidemment dans sa stratégie mémorielle, le plus souvent à fins d'éteindre polémiques et contestations par le recours à l'expertise scientifique.
Les trois premières commissions sont liées à la période de l'Occupation :
- le rapport Rémond sur le "fichier juif" (1992-1996) et la mission Mattéoli sur les spoliations des biens juifs (1997-2000) ;
- la mission Azéma sur les malades mentaux morts de faim sous Vichy en 2015 ;
Puis, sous Emmanuel Macron, il y a : - le rapport Stora sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie (2021) ;
- le rapport Duclert sur le rôle de la France au Rwanda de 1990 à 1994 en lui donnant l'accès complet aux archives (2021) ;
- le rapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain (2018) ;
- une commission mixte franco-camerounaise (avec le président Paul Biya) sur le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes camerounais (le rapport est rendu en 2025) ;
- une commission mixte franco-haïtienne d'historiens pour étudier l'impact de la dette d'indépendance de 1825 (en 2025).
Pour déployer une politique mémorielle, l'Élysée s'appuie aussi sur des missions ponctuelles (Mission du Bicentenaire de la Révolution française 1986-1990 ou Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale 2012-2019) dans lesquelles des historiens sont étroitement associés quand ils ne les dirigent pas.
L'importance croissante prise par les questions mémorielles se traduit, en 2018, par la création officielle à l'Élysée d'une fonction de "conseiller mémoire" occupée depuis lors par Bruno Roger-Petit.
Le Président et les ministères associées à la politique mémorielle
Trois ministères sont particulièrement associés à la politique mémorielle :
- Le ministère des Armées et des anciens combattants, pour reprendre l'intitulé actuel, est essentiel à deux titres. Le rituel militaire structure toutes les cérémonies commémoratives d'État. C'est lui qui leur confère la solennité requise. Ainsi, les panthéonisations commencent par le passage en revue d'un détachement par le Président, le salut du drapeau puis c'est un peloton militaire qui porte le ou les cercueils jusqu'au Panthéon, le relai étant alors pris par la garde nationale. Mais l'armée possède aussi sa propre dynamique commémorative. Elle compte une direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives qui publie depuis 1990 Les chemins de la mémoire qui se définit comme un "outils de diffusion de la politique de mémoire et de valorisation du patrimoine historique et mémoriel". C'est de la réflexion du secrétariat aux anciens combattants qu'est née, au début des années 2000, la notion de "mémoire partagée" soit "la volonté d'encourager, d'organiser et de valoriser les relations bilatérales avec les États et les peuples dont l'histoire militaire a croisé celle de la France, au cours des conflits contemporains depuis 1870, qu'ils aient été alliés ou adversaires". Cette notion devient un élément clé de la politique mémorielle chiraquienne dans une acception élargie : réconcilier les Français avec les pages sombres de leur histoire ;
- Le ministère de la Culture n'est pas en reste. Jusqu'à la création de France mémoire, qui dépend de l'Institut de France depuis 2019, une Délégation aux célébrations nationales créée en 1974 puis un Haut Comité des célébrations nationales instituée en 1998 relèvent de ce ministère. Ce comité recensait chaque année l'ensemble des rendez-vous commémoratifs (historiques, littéraires, scientifiques ou artistiques) dans lesquels pouvaient notamment puiser les élus locaux. Il est aussi notamment en charge de l'organisation des transferts au Panthéon ;
- L'Éducation nationale prend une part active aux commémorations soit en les accompagnant par des projets pédagogiques dans les établissements, soit en y faisant participer des élèves comme lors des panthéonisations. Il n'est pas rare que lors de grands rendez-vous commémoratifs le président s'adresse à des lycéens assemblés. Cette mobilisation de la jeunesse est inscrite au cœur du geste commémoratif qui utilise le passé pour évoquer le futur commun.
Certains ministères développent depuis longtemps une dynamique mémorielle propre, songeons ici au concours national de la Résistance et de la Déportation créé en 1961 à destination des élèves ou encore à l'action du secrétariat aux Anciens combattants.
Pacifier la mémoire collective en reconnaissant ce qui doit l'être sans pour autant susciter un mouvement de rejet d'une partie trop importante de l'opinion.
Cette expertise est souvent mobilisée en appui des initiatives présidentielles notamment les panthéonisations et les grandes commémorations. Ainsi lors du Bicentenaire de la Révolution française l'ensemble des rectorats a invité les enseignants à multiplier les projets pédagogiques s'inscrivant dans le cadre de cette commémoration.
"L'histoire, c'est la clé de la cohésion d'une nation. Mais il suffit de peu de choses pour que l'histoire devienne un ferment de division, que les passions s'exacerbent, que les blessures du passé se rouvrent." (J. Chirac, 9 décembre 2009). Cette citation traduit la difficulté à laquelle sont confrontés les présidents en matière de gestion du passé commun depuis les années 1990 et l'entrée dans "l'ère de la mémoire" (Pierre Nora).
Il s'agit ni plus ni moins de pacifier la mémoire collective en reconnaissant ce qui doit l'être sans pour autant susciter un mouvement de rejet d'une partie trop importante de l'opinion, soit le programme ricœurien de recherche d'une "juste mémoire". Mais cette logique rencontre une limite : reconnaître vaut-il réparation ? C'est la question posée notamment à propos d'Haïti et des 150 millions de francs or exigés en 1825 en échange de son indépendance.