Lutte contre la pauvreté : un revenu de base pour les 18-24 ans ?

Un revenu de base pour les 18-24 ans les plus démunis. C'est ce que suggère en particulier un rapport de mars 2021 sur l'évaluation de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Ce rapport établit également un état des lieux concernant la mise en œuvre effective de la stratégie anti-pauvreté présentée en septembre 2018 par Emmanuel Macron.

Jeune femme seule et désœuvrée dans une zone abandonnée...
Le comité préconise d’expérimenter sans délai un revenu de base pour les jeunes de 18 à 24 ans les plus démunis quel que soit leur statut. © Srdjan - stock.adobe.com

Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le taux de pauvreté monétaire en 2019 en France serait de 14,5%, soit 9,1 millions d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté.

Présidé par Louis Schweitzer et piloté par France Stratégie, le comité d’évaluation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté fait le point dans son rapport de mars 2021 sur la mise en place de la stratégie anti-pauvreté depuis 2018.

Le rapport relève qu'à ce jour, sur les 35 mesures annoncées dans la stratégie présentée en 2018, seules quatre ont été mises en œuvre :

  • la revalorisation de la prime d'activité ;
  • l’assurance complémentaire santé solidaire ;
  • le renouvellement de cette assurance complémentaire pour les allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ;
  • le déploiement sur le territoire de 500 points conseil budget pour prévenir les situations de surendettement.

Des recommandations visant les 18-24 ans

Le comité attire plus particulièrement l’attention sur certains points :

  • les effets sur la pauvreté de la crise du coronavirus ;
  • le non-recours aux dispositifs existants ;
  • la précarité croissante chez les 18-24 ans ;
  • la nécessité d'une meilleure évaluation des dispositifs d'accompagnement ;
  • une accélération et une priorisation du plan "Logement d’abord" pour prévenir les expulsions, prévu pour 2021 et jugé insuffisant dans l'état selon le rapport.

Par ailleurs, le comité préconise d’expérimenter sans délai un revenu de base pour les jeunes de 18 à 24 ans les plus démunis quel que soit leur statut. Celui-ci serait attribué selon la solidarité familiale et les ressources de l’intéressé en intégrant, pour les étudiants, le système de bourse. Le coût du dispositif est estimé entre 5 et 7 milliards d'euros par an.

La crise sanitaire a en effet mis en évidence les limites du système actuel rendant les moins de 25 ans (non éligibles au RSA) dépendant des emplois précaires ou de l'aide financière de leur famille.

Des mesures à l'arrêt ou abandonnées

Parmi les mesures annoncées en 2018, deux d’entre elles ont été abandonnées :

  • le soutien des collectivités dans 60 Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) avec deux adultes par classe de maternelle ;
  • les expérimentations visant à mieux distribuer la Garantie jeunes, qui ouvre droit à une allocation pour accompagner les jeunes entre 16 et 25 ans en situation de grande précarité vers l'emploi ou la formation.

En outre, aucune information n'a été transmise au comité sur l’adaptation de l’offre d’hébergement et de logement aux familles.

L'état d’avancement des autres mesures est très inégal. Par exemple, le bonus "mixité ", visant à ouvrir davantage les crèches aux familles des enfants pauvres, a presque atteint en 2019 son objectif fixé pour 2022. Tandis que les travailleurs sociaux ou les professionnels de la petite enfance n'ont pas bénéficié des formations annoncées.

La simplification de l’accès au revenu universel d’activité (RUA), qui vise les ayants droits ne formulant pas de demande (près d’un allocataire potentiel sur trois), est à l’arrêt depuis le premier confinement de 2020.

Le projet du Service public de l’insertion et de l’emploi (SPIE) est en cours de déploiement et va continuer à élargir son champ territorial pour l’expérimentation.