Pédiatrie et soins de santé des enfants : une situation préoccupante

Un rapport, établi à la demande du ministère des solidarités et de la santé, dresse un état du secteur des soins de santé de l’enfant et de la pédiatrie. Celui-ci se révèle "préoccupant" en raison du recul démographique de la pédiatrie libérale avec, pour conséquence, une baisse préjudiciable des soins préventifs.

Entrée des urgences enfants au CHU de Poitiers, dans la Vienne.
La grande majorité des pédiatres exercent en secteur hospitalier où l'on observe une hausse des spécialisations liée aux progrès de la recherche. © Guillaume Souvant/AFP

En 2020, la France compte environ 8 500 pédiatres, dont 53% exercent exclusivement en tant que salariés à l’hôpital et 25% exercent exclusivement en libéral.

Remis le 15 mai 2021, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la pédiatrie et l'organisation des soins de santé de l'enfant en France constate une pénurie du nombre de praticiens (pédiatres, infirmières puéricultrices, auxiliaires de puériculture, sages-femmes). Face à cette situation, les auteurs proposent une série d'orientations à la fois dans le secteur hospitalier et dans le secteur libéral. 

85% des consultations pédiatriques de ville pour les généralistes

Dans huit départements, on dénombre moins d'un pédiatre pour 100 000 habitants, relève le rapport de l’IGAS pour illustrer la pénurie de pédiatres en médecine de ville. Cette baisse du nombre de praticiens se retrouve dans les structures scolaires et les services de la protection maternelle et infantile (PMI). La profession est, de surcroît, vieillissante, avec 44% des pédiatres libéraux en exercice âgés de plus de 60 ans.

85% des consultations pédiatriques de ville se font chez un médecin généraliste constate le rapport alors qu'un suivi de la santé de l'enfant par un spécialiste pourrait améliorer la prévention de maladies.

La grande majorité des pédiatres exercent en secteur hospitalier où l'on observe une hausse des spécialisations liée aux progrès de la recherche (néonatalogie, pneumo-pédiatrie, neuropédiatrie…). Mais, la charge de continuité et de permanence des soins plus importante dans les services pédiatriques  (gardes, astreintes de service, sollicitations des parents dans les services d’urgence), en lien avec la taille critique des effectifs, a un effet dissuasif sur les vocations.

Les inégalités sociales et territoriales en soins de santé des enfants sont persistantes malgré le suivi et la prévention dans les structures de l’enfance et de la petite enfance. La mortalité infantile reste deux à trois fois plus élevée en Outre-mer. De même, un enfant d'ouvrier a six fois plus de probabilités d'être obèse qu'un enfant de cadre. Outre la pénurie de pédiatres plus forte dans certains territoires, le rapport évoque un "manque de lisibilité" des examens médicaux préventifs pour les parents avec, pour conséquence, une surcharge dans les services pédiatriques d’urgence.

Dans le secteur paramédical, les professionnels des soins de l’enfant exerçant en libéral (infirmières puéricultrices, auxiliaires de puériculture, sages-femmes...) souffrent d’un manque de reconnaissance. Ils sont par ailleurs souvent sous-utilisés, en particulier en secteur ambulatoire.

Un repositionnement des rôles

Les rapporteurs suggèrent une série de recommandations pour palier à ces difficultés. Parmi celles-ci, on note :

  • une valorisation du rôle des acteurs des soins de santé de l’enfant, notamment en renforçant leur présence au sein de maisons de santé pédiatriques ;
  • le développement de l’exercice en libéral des infirmières puéricultrices ;
  • le repositionnement des rôles respectifs des médecins généralistes et des pédiatres de ville avec, pour ces derniers, un rôle de recours et d'expertise vis-à-vis des enfants ayant des besoins particuliers ou présentant des facteurs de risque ;
  • une meilleure coopération entre pédiatrie de ville et pédiatrie hospitalière ;
  • une modification de la nomenclature des actes de soins pédiatriques insuffisamment tarifés.

D’autres recommandations du rapport portent sur l’organisation territoriale des ressources en effectif pédiatrique, sur la formation initiale et continue des professionnels du secteur et sur le partage d’informations entre les différents acteurs de santé (médecins généralistes, pédiatres, infirmières puéricultrices).