Rebond économique des territoires : prendre en compte les inégalités post-Covid-19

Le Covid-19 a frappé des territoires qui connaissaient déjà des inégalités. La crise sanitaire en a ajouté d'autres qui s'expliquent en partie par des facteurs locaux. Si les mesures prises par les pouvoirs publics ont permis d'en limiter les effets, le rebond économique de ces zones passe aussi par des mesures de coopération et de revitalisation.

Bourg-Saint-Maurice, dans la vallée de la Tarentaise (Savoie) fait partie de ces territoires vulnérables face à la crise sanitaire.
Le rapport fait 27 propositions afin de relancer l'économie dans les territoires touchés par la crise sanitaire. © Coco - stock.adobe.com

Un rapport remis au Premier ministre le 30 juin 2021 sur le rebond économique des territoires examine la situation post-Covid-19 en France. Le rapport du député Jean Noël Barrot établit une cartographie des inégalités territoriales préexistantes à la crise. Il questionne par ailleurs les modalités d'intervention de l'État en soutien des territoires fragiles et propose des solutions pour accélérer le rebond de ces zones "en déprise".

Des fractures territoriales redessinées

Le territoire français avant la crise du Covid-19 était marqué par des inégalités croissantes et une forte métropolisation. Les différents territoires ont été touchés de façon hétérogène par la crise sanitaire. Ses effets n'ont recoupé que partiellement les inégalités préexistantes.

Les vulnérabilités étaient concentrées sur le quart nord-est et le pourtour méditerranéen en entrée de crise.

Seulement huit des 30 zones d'emploi les plus touchées par la crise sanitaire figuraient dans les 30 zones les plus fragiles d'avant la pandémie. La baisse d'activité, mesurée sur la masse salariale privée, y est 2,3 fois plus forte que sur le reste du territoire national (-21% en moyenne dans la zone d'emploi de la Tarentaise et -17% dans la zone de Roissy notamment).

Dans les 30 zones les plus touchées par la crise sanitaire, les facteurs locaux permettent davantage de comprendre le choc que la composition sectorielle du tissu économique. Ils expliquent à 82% la baisse d'activité dans le secteur de Roissy et à 57% dans le secteur de la Tarentaise.

Par ailleurs, le ressenti de la population est en adéquation avec ces contrastes territoriaux. Une analyse territorialisée de sentiment effectuée à partir de messages Twitter montre une détérioration plus importante de la positivité dans les territoires les plus touchés par cette crise. De mars 2020 à février 2021, la positivité est en baisse, par rapport à la même période un an auparavant :

  • de 9,2 points à Toulouse ;
  • de 6,7 points à Roissy ;
  • de 6,5 points à Calvi.

La crise semble avoir affecté les mobilités résidentielles des Français. On peut y voir l'amorce d'un nouvel "exode urbain". Entre les seconds semestre 2019 et 2020, il y a une hausse notable des acquisitions dans un autre département (13%). Le phénomène est particulièrement prononcé au départ des grandes métropoles (Paris, Marseille, Toulouse, Nantes), vers des départements périphériques plus ruraux.

Les mesures de soutien des pouvoirs publics et les mesures France Relance déployées pendant la crise ont néanmoins permis jusqu’ici d’amortir les effets inégalement répartis de la crise sanitaire sur les territoires.

Quelles recommandations ?

Le rapport fait 27 propositions afin de relancer l'économie dans les territoires touchés par la crise sanitaire, mais aussi dans le contexte d'inégalités antérieures à la pandémie. Les principales recommandations sont :

  • favoriser le prêt de main-d'œuvre, entre autres via des assouplissements juridiques ;
  • encourager les partenaires sociaux à conclure des accords collectifs à portée locale au sein d'une même branche au profit des jeunes entreprises et permettre à celles-ci de déroger aux accords de branche (minima conventionnels, mesures relatives aux CDD, période d’essai des CDI) ;
  • mettre en place une aide à la création et à la reprise d'entreprise pour les jeunes de moins de 30 ans, sous forme de capital, d’un montant de 5 000 €, dans les territoires les plus touchés ;
  • créer une plateforme ingenierie.gouv.fr de mise en relation de l’offre et de la demande d’ingénierie publique ;
  • faire connaître France Expérimentation aux acteurs économiques ;
  • poursuivre l’allégement des normes applicables à la transformation de bureaux en logements ;
  • développer une offre d'enseignement supérieur sur des territoires identifiés comme étant sinistrés ;
  • encourager la mobilité des enseignants-chercheurs sur certains territoires.